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HADOPI : vers la fin d’une absurde prohibition culturelle ?

vendredi 28 juin 2013 à 00:37

prohibitionJe vous annonçais ce matin que quelque chose d’énorme était en train de se préparer rue du Texel… et effectivement, la surprise est de taille. Comme je vous l’expliquais tout à l’heure, l’HADOPI marque une volonté de sortir de la riposte graduée contre laquelle nous luttons depuis plus de 4 ans. Mais contrairement à ce que l’on peut déjà lire dans certains articles, il ne s’agit pas d’une licence globale : ce ne sont pas les utilisateurs qui financeraient directement par une contribution ce système, mais les acteurs qui en tirent un profit financier. L’HADOPI envisage ce que nous n’osions nous même pas imaginer après tout ce temps à avoir l’impression de lutter contre des moulins à vent : une reconnaissance, formelle, des échanges non marchands, s’appuyant sur un système de rétribution des auteurs, financé par les diffuseurs faisant commerce (direct ou indirect) de la diffusion d’œuvres de l’esprit dématérialisées.

Pour ceux à qui ces mots font mal au crâne, je vais vous la faire plus simple :

Si ce projet est mené à bien, nous pourrions enfin échanger en peer to peer sans qu’une bande de guignols ne tente de flasher notre adresse IP pour la transmettre à l’HADOPI… fini la police privée du P2P, fini les spams qui vous demandent de « sécuriser votre connexion » sans vous expliquer comment, fini le risque d’amende, fini le risque de se retrouver devant un juge, fini les coupures de connexion, et surtout… fini le délit de contrefaçon totalement crétin lorsque l’on télécharge un film ou un MP3.

Ça, c’est ce que la majorité d’entre nous appréciera, c’est déjà en soi une première mondiale. Mais il faut pousser la réflexion un peu plus loin pour comprendre jusqu’où va cette proposition de reconnaissance des échanges non marchands. L’HADOPI dit étudier la faisabilité de cette reconnaissance des ces échanges en proposant une compensation financière aux ayants droit, payée par les entités qui tirent un profit direct ou indirect de la mise à disposition des œuvres.

Les implications dépassent même le stade de la diffusion des œuvres culturelles. Les effets de cette petite révolution si elle venait à se concrétiser, serait un moteur pour l’innovation dont de nombreuses PME ou TPE pourraient tirer profit. Même des plateformes aujourd’hui considérées comme illégales pourrait devenir parfaitement légales en contribuant à la rémunération des auteurs. L’innovation dans la diffusion des œuvres est principalement freinée par les coûts d’accès aux différents catalogues. Pire, impossible pour une société ne disposant pas de plusieurs millions d’euros d’accéder à tous les catalogues, et ainsi de proposer une « offre légale » digne de ce nom. La reconnaissance des échanges non marchands pourrait ainsi mettre un sacré coup de pied dans la fourmilière et les ayants droit n’auraient plus aucun intérêt à restreindre l’accès à leur catalogue puisque ce dernier s’échangerait d’une manière ou d’une autre, à eux de décider s’ils veulent tirer un profit des échanges au lieu de rien du tout… et ça, c’est la vraie révolution. Ceci pourrait donc au final directement profiter à des auteurs qui ont le malheur de faire partie du « mauvais catalogue », celui auquel s’agrippe un ayant droit le privant d’espoir de toute diffusion, et donc de toute rémunération.

Il y a quand même maintenant deux caps qui vont être compliqués à franchir :

Le premier est d’ordre légal. C’est là que nous verrons si le gouvernement entreprendra la sortie de la riposte graduée, ou si ce dernier, reniant ses promesses de campagne, décide de ne rien faire et donc, de rester dans une ère répressive absurde qui pénalise autant les internautes que les auteurs. Quand on fait rentrer quelque chose d’aussi débile que la riposte graduée dans le corpus législatif, il est forcément un peu compliqué de s’en débarrasser.

Le second est d’ordre technique puisqu’il touchera au modèle de rémunération et risque de s’opposer de manière assez frontale aux réticences des SPRD qui profitant de leur quasi monopole, ont su créer un véritable système mafieux épinglé à maintes reprises par la cours des comptes.

Bref, la bataille HADOPI n’est pas terminée, et ce n’est peut être pas le CSA qui la gagnera.

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#PRISM : iTrust, ou le iBullshit souverain avec du iFud dedans

jeudi 27 juin 2013 à 20:44

albundyLe site Toulouse7.com ayant décidé d’égarer mon commentaire en réaction à cet article, je me suis dit qu’au final, une réponse trouverait un peu plus d’écho sur ce blog pour sensibiliser les personnes qui pourraient se laisser berner. On se doutait bien que des petits malins allaient surfer sur la vague PRISM pour refourguer leurs « solutions » qui n’en sont pas. Je viens de tomber sur le parfait exemple d’article de page de pub totalement à côté de la problématique de fond pour mettre en avant une solution technique qui ne répond en rien à l’expression d’un besoin de confidentialité pourtant réel des entreprises comme des particuliers face à PRISM, Tempora, et tous les programmes de renseignement d’origine électromagnétique… qui se traduit, rappelons le, par ce qu’on appelle de l’interception massive sur les réseaux IP…

Par pitié, si vous êtes chef d’entreprise et que vous vous sentez concerné par la confidentialité de vos données professionnelles, ne vous laissez surtout pas endormir par ce genre de charlatant qui vous préconise une solution (la leur) alors qu’ils n’ont visiblement pas compris le problème. Nous le savons, le monde de la « sécurité » informatique raffole des peurs des uns et des autres. Un prospect qui a peur, c’est un client en puissance. Si en plus on joue sur sa fibre patriotique, c’est le jackpot.

Si vous vous souvenez par exemple du logiciel de « sécurisation » HADOPI qui n’a finalement jamais vu le jour et dont j’ai d’ailleurs largement parlé sur ce blog, vous vous souvenez peut être aussi des pseudo solutions à la con, comme les HADOPIPOWARES vendus par des sociétés comme Orange et beaucoup d’autres, ce alors qu’aucune spécification n’était rédigée. Un défilé de « solutions » toutes plus crétines les unes que les autres, quand elles n’étaient pas tout simplement vouées à créer plus d’insécurité que de sécurité. A n’en pas douter, et je m’y attendais, PRISM va provoquer le même phénomène, mais cette fois à l’échelle mondiale. Et ça c’est inquiétant.

i (won’t) Trust you

Notre premier winner s’appelle Jean-Nicolas Piotrowski, il dirige la société iTrust, dont je ne remets pas en cause la qualité des produits, je ne les connais pas, je ne les ai pas testé. En revanche je remets en cause ses propos sans queue ni tête pour vendre sa salade, et tout le iBullshit qu’il met autour pour nous enrober ça en se parant de sa blouse blanche.

Il commence d’ailleurs assez fort en mettant en branle son expertise en droit international, un terrain sur lequel peu d’experts en sécurité s’aventurent tant il est casse gueule :

L’espionnage par PRISM n’est pas légal et va à l’encontre à la fois de la règlementation US du tribunal fédéral relatif au renseignement étranger et de la règlementation européenne.

Ah bon ? PRISM ne serait donc pas « légal »… Please define « légal »… légal pour qui ? Légal pour quoi ? Le Patriot Act est illégal ? Un traité comme l’UKUSA est illégal ? J’entends déjà d’ici les britanniques ricaner… j’entends aussi tous les juristes se fendre la poire. Après ce bref interlude juridique, on rentre dans le FUD technique, un peu comme le coup du « connu inconnu » qui m’avait tant fait rigoler :

tel qu’il est techniquement décrit, il ne permet pas seulement de surveiller des individus (officiellement étrangers aux USA) mais permet aussi de perpétrer de l’espionnage économique (notamment à destination des entreprises utilisant les services tels que par exemple : Google, Microsoft, Apple.)

PRISM serait donc « techniquement décrit », intéressant. Bon si vous avez des spécifications techniques sous le coude, elles m’intéressent, n’hésitez pas à me les transmettre par mail. Chez Reflets, nous avons assez candidement cherché dans les moult gigas de PDF et PowerPoint tout laids de la DISA, et on est loin, très loin, d’avoir un descriptif technique du gros zizi américain. La surveillance de masse, c’est un peu comme une boite de chocolats, on ne sait jamais sur quelle agence on va tomber.

Maintenant que le lecteur est persuadé que PRISM est illégal et qu’il est face à un « expert », le voilà mûr pour se faire cueillir :

Alors que faire ? Il faut simplement appliquer ce que certaines instances européennes légitimes et certains experts préconisent

  • utiliser des logiciels et solutions professionnelles européennes (Préconisations faites par la CNIL, le rapport du sénateur Boeckel et l’agence européenne ENISA)
  • héberger des données d’entreprises dans des data centers sur sol européen,
  • choisir des prestataires informatiques privilégiant des solutions européennes dans leurs infrastructures et qui ne seront donc pas soumises au Patriot Act
  • choisir des prestataires de droits européens.

Si Jean-Nicolas Piotrowski avait la moindre idée de ce qu’est PRISM, il ne sortirait pas de telles énormités. Nous l’avons expliqué depuis le début, PRISM est un tout petit machin au sein d’un programme bien plus global… et un programme faisant l’objet d’accords internationaux… avec des pays européens, les britanniques en tête (avec TEMPORA), mais pas que. En outre les USA sont loin d’être les seuls à wiretaper les câbles sous marins ou le cul des iX. Britaniques et français (pour ne citer qu’eux) s’adonnent aussi très certainement à ce genre de pratiques. Prétendre que la problématique de l’interception de masse se limite à PRISM, c’est faire preuve d’un manque de discernement et d’information crasse sur le monde fou fou fou du renseignement d’origine électromagnétique. Je passe sur le clin d’œil au rapport Bockel (et non Boeckel) et le troll sur les routeurs chinois en vous invitant à lire ce billet de Stéphane Bortzmeyer pour vous laisser prendre la mesure de tout le FUD autour de ce sujet.

La conclusion de Jean-Nicolas Piotrowski, on s’y attendait un peu :

Les solutions existent, la preuve en est, j’en ai développé une non soumise au Patriot Act qui garantit une totale confidentialité des données. L’histoire de PRISM nous montre que ce n’est pas le cas pour les solutions américaines.

Wahou… un solution non soumise au Patriot Act ! c’est fort ça ! Nous voila rassurés ! Mais mesurons le degré de soumission au Patriot Act de manière un peu plus objective.

On va dire que pour la tuyauterie, c’est à peu près bon, regardons les dessous. C’est tout de suite moins souverain…

fbscript

C’est d’ailleurs assez curieux pour une société de sécurité informatique d’avoir des trackers Facebook et une fan page sur ce réseau social soumis au Patriot Act et collaborant directement avec la NSA, mais pourquoi pas… C’est bien mignon de claironner qu’on a développé un logiciel non soumis au Patriot Act, ce qui est au passage une tautologie pour une entreprise française, mais si on veut se positionner commercialement de manière sérieuse dans les solutions « PRISMproof », on commence par éviter les trackers Facebook sur son site professionnel.

PRISMproof ?

Avant que vous ne me posiez la question « alors comment on fait pour échapper à PRISM », je vais tenter de vous faire une (trop) brève réponse, elle n’est pas parole d’évangile mais elle ne vise qu’à vous donner des pistes, en fonction de vos activités (car il serait idiot de penser que nous avons tous les mêmes besoins et les mêmes exigences en matière de confidentialité, ce en fonction de nos activités) :

D’une manière générale, ne croyez jamais un commerçant qui affirme vous rendre 100% anonyme sur le Net, c’est forcément un menteur. D’une manière générale ne croyez jamais une personne qui après 20 lignes pour vous expliquer PRISM conclura par « la preuve, j’ai moi même développé la solution qui garantie la confidentialité de vos données« , car ce dernier n’a non seulement rien prouvé, mais c’est très probablement un menteur. Et en matière de confidentialité, il y a certains pays ou ces menteurs peuvent finir avec des morts sur la conscience

Enfin, ne croyez jamais un expert en sécurité qui sort les mêmes âneries qu’un ministre qui dépend de Bercy.

Un pourcentage non négligeable de la confidentialité se passe entre la chaise et le clavier, non sur un disque dur.

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L’HADOPI ouvre la porte à la normalisation des échanges non marchands

jeudi 27 juin 2013 à 18:48

lolcat-gets-bustedC’est une petite révolution. Après plus de 3 ans de choc frontal avec les Internautes la Haute Autorité ouvre (enfin) une porte à la reconnaissance des échanges non marchands (attention ça va seeder chérie). Dans un communiqué daté de ce jour, l’HADOPI « commence l’analyse de la possibilité, ou non, de modéliser un système de rémunération compensatoire des échanges non marchands« . Les mots ont leur sens. On parle bien ici de sortir du principe de la riposte graduée et _enfin_ d’envisager un système de rémunération des auteurs qui ne reposerait plus que sur le bon vouloir des SPRD en quasi monopole et des copyright nazis.

Il n’est pas ici question de licence globale mais bien d’aller chercher l’argent là où il se trouve, sur les plateformes de téléchargement qui tirent profit de la diffusion des œuvres, tout en permettant à des trackers torrent de « vrai partage » d’exister, et ce en toute légalité. L’HADOPI parle d’un cercle vertueux, et effectivement, on peut très bien imaginer à terme certaines « grosses » boards warez qui tirent profit de la diffusion d’œuvres (des revenus publicitaires), devenir légales, si elles acceptent de reverser une partie de leurs bénéfices aux auteurs.

Tout le travail porte maintenant sur le calcul de ces participations en fonction de paramètres qui restent probablement à définir, mais c’est tout de suite plus plausible et réaliste que les spécifications techniques d’un « contre logiciel » comme l’appelait Christine Albanel.

Oui c’est bien une petite révolution, un virage à 180° qui est en train de s’opérer… et peut être le début de la sortie des sombres années de cyber-prohibition culturelle que nous vivons. Légaliser les échanges non-marchand en faisant payer ceux qui font commerce des oeuvres.

Voici le communiqué complet que je vous invite à lire et à relire, à en débattre, car on peut penser ce que l’on veut de l’HADOPI, mais nous avons peut être sous les yeux le geste que beaucoup d’entre nous attendent depuis le début. Certes il ne faut pas se réjouir trop vite, certes, c’est loin d’être fait, mais si l’Autorité marque une volonté affichée de sortir de la riposte graduée pour enfin permettre la circulation des œuvres, c’est un pas de géant

Accès aux œuvres sur Internet : l’Hadopi engage l’analyse d’un système de rémunération proportionnelle du partage.
27/06/2013

Dans le cadre de ses travaux d’étude et de recherche, l’Hadopi commence l’analyse de la possibilité, ou non, de modéliser un système de rémunération compensatoire des échanges non marchands. Ce travail prospectif s’inscrit dans le cadre de la mission légale de l’institution d’identification et d’étude des modalités techniques permettant l’utilisation illicite des œuvres sur les réseaux et de propositions de solutions pour y remédier.

Selon l’approche retenue, un même usage est qualifié soit de « piratage en ligne », soit « d’échange non marchand ». Cet usage a été rendu possible par internet et les sites et services développés sur le réseau. Il est complexe, migrateur et résilient. La dernière enquête publiée par l’institution, « carnets de consommation », en donne une illustration riche d’enseignements.

Face à la permanence de cet usage, que l’Hadopi a pour mission de dissuader, il reste à apporter une réponse durable à la question de la création, de l’acquisition et du partage des œuvres sur internet. La possibilité, ou non, d’intégrer les « échanges non marchands » dans cette réponse est posée dans le rapport de la mission « Acte II de l’exception culturelle ».

En accord avec la Présidente de l’Hadopi, le Secrétaire général a présenté au Collège les orientations de cette analyse. Son objectif est d’évaluer la pertinence et la faisabilité d’une « rémunération proportionnelle du partage » emportant acceptation des échanges concernés.

L’expérience acquise par l’institution au cours des trois dernières années tendrait à laisser penser que l’intégration de ces usages pourrait être de nature à créer un cercle vertueux favorable tout à la fois à la création, aux usages, à l’innovation et à un meilleur partage de la valeur.

Cette intégration pourrait être envisagée sous la double condition d’une définition légale claire du statut des œuvres et des usages, et d’une compensation équitable et proportionnelle pour les titulaires des droits des œuvres échangées.

L’exception pour copie privée comme la rémunération équitable fournissent des modèles dont il semblerait possible de s’inspirer pour aller en ce sens, notamment en matière d’inscription dans le droit et de mode de répartition en gestion collective.

La piste de réflexion poursuivie s’appuie sur deux postulats : seule la consommation non marchande des œuvres protégées peut engendrer une compensation financière potentielle ; seules les entités tirant, par leurs activités, un gain marchand des échanges non marchands des œuvres protégées doivent participer à la compensation, à due proportion du volume, de la nature des activités, et du profit qui en est retiré.

Les travaux ont vocation à valider ou invalider la faisabilité d’un tel système et d’en évaluer la pertinence. Ils feront l’objet de consultations et de publications régulières et ouvertes.

Ils porteront pour l’essentiel sur la possibilité, ou non, de déterminer un profil d’usages, un profil d’intermédiaires redevables, une méthode de calcul de barème de rémunération pour les titulaires de droit, déterminant les caractéristiques d’un modèle valide de rémunération ; et, si un tel modèle semble exister, ses conséquences économiques et son encadrement juridique.

Un premier document de travail balayant les différents usages va être rendu public prochainement. Il a pour objectif de clarifier et préciser ceux d’entre eux susceptibles d’être qualifiés d’ « échanges non marchands ». Il sera soumis à remarques et contributions.

Les résultats seront présentés au Collège de l’Hadopi qui, sur le fondement de ses compétences légales, décidera des suites qu’il choisit de leur donner.

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#BullshitOfTheDay : Toi aussi fais toi ton #PRISM… chez #Google !

mardi 25 juin 2013 à 15:01

research-cat-lolcat-706798Il y a des jours comme ça où on se demande pourquoi  on s’emmerde à essayer de comprendre et d’expliquer de manière à peu près sérieuse un sujet aussi complexe que  PRISM. Derrière les 5 PowerPoints d’Edward Snowden, la presse du monde entier a réussi à atteindre des sommets de conneries. La plus belle d’entre elles pourrait bien revenir à Computerworld sur lequel je suis tombé grâce à BigBrowser qui ne m’avait pourtant pas habitué à relayer ce genre d’article totalement débile. L’objet du délit s’intitule « How to run your own NSA spy program » que BigBrowser a évoqué ici : « Créer votre propre programme Prism à la maison« .

Outre le fait que l’article navigue entre absurdité technique et sensationnalisme parsemé de buzzwords 2.0 qui ressemblent à un billet sponsorisé par une agence de comm’, on se demande bien ce qui a pu passer par la tête de l’auteur pour tenter de faire gober à ses lecteurs qu’il est possible, pour le péquin moyen, de se créer un système de surveillance de masse grâce à un simple compte Gmail. Pourtant, en s’arrêtant au titre, on se dit que l’article va parler d’outils sympas comme mmnt, ShodanHQ ou les excellents Maltego et Casefile de Paterva… Je me disais qu’on allait nous fournir un patch SQLMap pour dorker différents moteurs de recherches, le tout plugué sur un bruteforcer de services en ligne et de réseaux sociaux qui réutilise les dumps de tables passwords en mode automatisé… ben non !

Au lieu de ça, toute la démonstration de l’auteur porte sur « comment créer son programme PRISM en reposant à 100% sur les services de… Google ». Une sorte de Prism dans le Prism ! Fallait y penser.

Et c’est un véritable festival :

One easy way is to use integrated Google services together.

Google now offers 15 GB of free storage that can be divided any way you like between Gmail, Google Drive and Google+ photos. And they’ll give you more if you pay for it.

Google also offers an Alerts service that searches the Internet and mails you the results. Most people set up only the number of Alerts that they can read. But that’s not the NSA way.

The PRISM approach would be to harvest far more Google Alerts than any human could possible process, then use Gmail filters to automatically skip the inbox and send them straight to a specially created folder within Gmail. You can set up new Alerts every day each time you think of an area of interest. These can include people you know, companies to watch, ideas to keep up with.

Repris par BigBrowser, on se rend compte de l’absurde marmelade que l’on obtient :

L’un des moyens les plus simples pour collecter un grand nombre de données, c’est encore d’utiliser de manière intégrée tous les services Google. Avec une offre gratuite de stockage de 15 Go, bon nombres de possibilités s’offrent à vous.

Google Voice (restreint aux internautes américains), un service de télécommunication en ligne, permet ainsi de sauvegarder tous vos appels téléphoniques et chats. Il suffit de cocher l’option de « sauvegarde » pour recevoir toutes vos informations par e-mail et le tour est joué.

Petit rappel, PRISM sur le papier, c’est pour collecter les communications des autres… pas ses propres communications (ça chez les gens normalement cortiqués, on appelle ça une sauvegarde domestique, pas PRISM). A lire l’auteur, on a l’impression qu’il suffit d’avoir un compte Google pour accéder aux communications de tous les utilisateurs de Google… du grand n’importe quoi. Mais la comparaison entre Google Drive, Google Hangout, Google Scholars, Google Vibromassor® et PRISM ne s’arrête pas là. Très sérieusement, l’auteur nous explique que pour se la jouer comme la NSA, il faut tweaker votre code pour bénéficier au mieux de Google Alert (sûrement pour mieux dumper vos flux RSS sur Google Drive !). Bon sang mais c’est bien sûr ! :

The key to great NSA-style data harvesting, by the way, is to constantly tweak your code. Keep adding, deleting and modifying your Google Alerts and RSS feeds to make sure they deliver the kind of data you want.

Mais l’auteur peut encore creuser, il en a sous le pied. Point d’orgue de son article : le filtrage algorithmique. Avons nous sous les yeux l’article du seul journaliste qui semble avoir eu un accès complet aux différents programmes du GCCS-J … dont la presse semble se foutre éperdument en préférant reprendre le premier énorme bullshit qui passe sur « comment sécuriser ses communications mobiles grâce à des programmes diffusés sur l’AppStore d’Apple et maintenant comment jouer à la NSA grâce à Google ? » :

There’s one ironic caveat to using the NSA’s methods for wide-scale information harvesting and algorithmic filtering, which is that the NSA may theoretically know everything you’re doing.

The NSA’s domestic surveillance programs are controversial and possibly unconstitutional. But let’s face it: They work.

« Wide-scale » avec ton compte Gmail ?… on ne doit pas avoir la même notion de ce qu’est le wide-scale.

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Tempora : le premier dommage collatéral de l’affaire Prism

mardi 25 juin 2013 à 02:46

vaderVous pensiez que seuls les américains avaient la possibilité de s’adonner à de l’écoute massive ? Et voilà Tempora révélé au grand public par le Guardian. L’affaire a de quoi faire sourire et il y a fort à parier que c’est le premier d’une longue liste de noms. Les autorités Allemandes ont officiellement demandé des explications au gouvernement britannique. Ce qui est amusant car il n’y a pas bien longtemps… je vous parlais de quoi et de qui ? Ah oui… de l’hypocrisie des allemands et des britanniques.

Et les allemands, ils en ont des raisons de ne pas être contents, car figurez vous qu’ils découvrent tout juste que les britanniques ont aussi leur programme d’interception de masse, Tempora. La ministre de la justeice ne semble pas avoir de mot assez fort pour qualifier cet affront. Et tout ça dans leur dos, à eux, leurs copains européens.

The Guardian said documents from Snowden showed that Britain’s Government Communications Headquarters (GCHQ) began « Tempora » 18 months ago to tap and store world phone calls and Internet data traffic for 30 days « without any form of public acknowledgement or debate. »

Alors que l’on date PRISM de 2004, le programme britannique n’aurait lui que 18 mois. Et comme nos copains anglais sont connus pour avoir un plus petit zizi que nos amis américains, ils ne stockent les communications que 30 jours… oui juste 30 jours. Et si vous pensiez que Prism c’était LE gros zizi ultime, je vous invite à lire cet article de Kitetoa sur Reflets (si tu es journaliste et que tu as découvert PRISM dans des dépêches AFP, et que tu as envie de briller lors de soirées mondaines, la lecture de cet article est indispensable)… bref vous allez vite comprendre pourquoi depuis le début de cette affaire nous n’avons de cesse d’expliquer que Prism est en fait un tout petit bidule.

Et bien on a pas finit de rigoler. Allez avant que nos euros députés ne fassent mine de s’étonner, on va les aider un peu :

La Suisse fait pareil, le programme se nomme Onyx. Quand à la Suède, elle n’est pas en reste, elle a une loi dédiée qui se nomme FRA… Mais nous en France, on ne fait pas ce genre de trucs, il se peut que de temps en temps, on refourgue un système ou deux de surveillance à l’échelle d’une nation à des des dictateurs, de manière complétement désintéressée, il va de soi, mais ce n’est évidemment qu’un produit d’exportation. Puis tant qu’à y aller franchement, quand on voit tout ce qui passe comme tuyauterie optique aux Pays-Bas, on se dit que les autorités locales seraient bien bêtes de ne pas en profiter…

Il est d’ailleurs assez amusant de voir que Fleur Pellerin, loin d’aller demander des comptes aux américains ou aux anglais, @FleurPellerin, les données ne naissent pas et ne meurent pas sur des serveurs américains… elles circulent." href="http://bluetouff.com/2013/06/16/prism-non-fleurpellerin-les-donnees-ne-naissent-pas-et-ne-meurent-pas-sur-des-serveurs-americains-elles-circulent/" target="_blank">s’empresse de raconter n’importe quoi à la presse en préconisant un cloud souverain là où il faudrait éduquer le public à chiffrer et anonymiser ses communications. Peut-être est-ce parce qu’en rendant sourds et aveugles les services étrangers, nous nous rendrions sourds et aveugles nous même ?

Bref à l’ouest rien de nouveau depuis 2010 : à force de vouloir écouter tout le monde, on finit par ne plus entendre personne.

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