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Je ne suis plus à vendre sur Linkedin

mardi 13 avril 2021 à 15:01

Hier, j’ai enfin supprimé mon compte Linkedin. Ce compte me narguait depuis 2006 par son inutilité et son impact sur ma boîte mail. Ce compte que je voulais supprimer depuis des années, mais que je gardais, acceptant son coût de maintenance, dans la crainte qu’il me soit un jour utile.

La goutte d’eau a été de découvrir que j’avais été abonné à des newsletters par des gens que j’avais acceptés dans mon réseau (j’accepte tout le monde, comme ça je ne me pose pas de questions) et qui avait utilisé des services externes permettant d’exporter les adresses email de ses contacts Linkedin.

Mais le vase était déjà plein depuis bien longtemps. En presque 15 années d’utilisation et des milliers de mails dans ma boîte, je n’ai pas trace d’un seul contact utile, d’une seule opportunité qui m’a été permise par Linkedin. Ah si ! Un lecteur de mon roman Printeurs m’a dit, connaissant mon amour pour ce réseau, que c’est par Linkedin qu’il a appris la parution du livre. Que Linkedin m’a donc apporté un lecteur.

Pourtant, j’y ai mis du mien. Jeune et naïf, j’avais tenté de n’accepter dans mon réseau que des personnes que je connaissais suffisamment pour les recommander. Aux requêtes inconnues, j’opposais un refus poli. Je me suis pris plusieurs bordées de bois vert raillant ma jeunesse et mon incompréhension de l’open-networking. Je me suis alors adapté en acceptant toutes les requêtes, sans exception.

Durant quelques mois, j’ai poussé l’expérience (ou le vice, c’est selon) jusqu’à accepter toutes les propositions qui m’arrivaient par message, disant oui que j’étais intéressé. Du moins à celles qui ne me demandaient pas de payer pour un service, mais qui proposaient de m’employer ou de me faire rejoindre des projets.

Dans l’immense majorité des cas, je n’ai eu aucune nouvelle suite à mon acceptation. Dans certains cas, la conversation s’est poursuivie jusqu’à ce qu’on oublie de me répondre. J’étais d’accord sur tout, j’affirmais mon désir d’aller plus loin. Rien n’y a fait. J’ai même accepté d’aller donner une formation informatique en Éthiopie, je me suis retrouvé dans une discussion à 3 avec le responsable. J’ai dit oui, j’ai relancé plusieurs fois et mes derniers mails sont restés lettre morte.

J’ai ensuite décidé d’appliquer ma stratégie « email only ». Elle consiste à répondre un message standard lorsqu’on me contacte par une messagerie quelconque : « Hello, je ne consulte pas cette messagerie. Merci de me contacter par mail pour ce sujet. Voici mon adresse ». Ma page Facebook dispose d’ailleurs d’un répondeur qui le fait automatiquement et se fait régulièrement insulter.

L’idée étant que si la personne ne prend pas le temps de m’envoyer un véritable mail, c’est que ce n’est pas vraiment important, qu’elle n’attend pas vraiment une réponse.

Et bien le constat est sans attente. Je peux compter sur les doigts d’une main ceux qui m’ont effectivement envoyé un mail. Dans tous les cas, c’étaient des gens que je connaissais hors Linkedin et qui disposaient probablement de mes coordonnées.

J’ai découvert que, parfois, des connaissances me contactaient par Linkedin et que je ne voyais le message que bien plus tard. Paradoxalement, les réseaux me rendent moins facilement joignable.

https://ploum.net/facebook-ma-rendu-injoignable/

Du coup, j’ai pris le réflexe d’aller vérifier Linkedin quelques fois par mois. Et donc de subir les notifications, les demandes de connexions. Bref, de me faire aspirer par la machine à attention que les fabricants de réseaux sociaux construisent désormais si efficacement.

J’ai parfois l’impression d’être désorganisé, de lancer des tas de projets avant de les abandonner. Je crois que, sur Linkedin, les gens sont pires que moi. La quantité des relations a remplacé la qualité. Les recruteurs, les marketeux, les aspirants entrepreneurs sont comme des enfants dans un magasin de jouets. Ils veulent tout, ils remplissent leur caddie avec gourmandise avant de passer à autre chose sans rien déballer.

Linkedin a toujours été pour moi un réseau de mendiants. Mendiants pour un job (pardon « Looking for new opportunities » ou « Ready for the next challenge »), mendiants pour des clients sous toutes les formes, mendiants pour de la visibilité « professionnelle ». Les marketeux trouvent leur compte, car ils peuvent envoyer des messages à X contacts, récolter des adresses email et dire que leur journée est faite. Les recruteurs se contentent de faire des recherches par mot clé et d’utiliser des moulinettes automatisées. Le fait que j’aie fait 6 mois de J2EE en 2006 semble toujours faire de moi « le profil idéal pour un client important ». Pour le reste, tout le monde espère que passer sa journée sur Linkedin va miraculeusement se transformer en espèce sonnante et trébuchante.

Malgré tout cela, je suis resté toutes ces années. Parce que j’avais l’impression que « ça pourrait ptêtre servir un jour ». Parce que c’est dur d’accepter que le bilan soit tellement nul après autant d’années. Parce que je pensais que « c’est dommage d’abandonner un réseau patiemment constitué » (tu parles, quelques milliers de clics pour accepter des demandes souvent aléatoires).

Mais je ne pouvais plus supporter cet enjouement corporate forcé, ces messages de félicitations semi-automatiques pour fêter mes trois ans dans un job que j’ai quitté il y a 2 ans et demi en oubliant de mettre mon profil à jour (envoyés par d’illustres inconnus ou des gens avec qui j’ai partagé un bureau pendant 3 semaines il y a 10 ans), cette timeline remplie d’adjectifs dithyrambiques pour se congratuler l’un l’autre de ce qui n’est qu’une énième tentative de transformer un spreasheet d’emails en clients débités tous les mois ou de vendre un concept intellectuellement rachitique en journée de formation pour booster la performance de votre équipe.

Linkedin étant pour moi un réseau de mendiants, tout ce que j’y voyais était à vendre. Y compris mes données, mon adresse email, mon temps. J’ai décidé de me retirer, avec mes données, du marché. Je ne suis plus sur Linkedin.

Si vous me suiviez là-bas, il suffit de vous abonner à ce blog. Votre adresse mail ne sera visible que par moi, ne sera pas utilisée pour autre chose qu’envoyer mes billets et ne sera jamais partagée. Le tout, sans passer par l’intermédiaire de Microsoft (propriétaire de Linkedin). Je pense que le ratio qualité de l’information par rapport au temps passé et nombre de mails reçus est bien plus avantageux en vous abonnant à ce blog qu’en allant sur Linkedin. Si nous perdons contact suite à mon départ de Linkedin, c’est peut-être que nous n’étions tout simplement pas en contacts en premier lieu. Nous en avions seulement l’illusion, comme souvent dans l’univers des réseaux sociaux. L’illusion d’être aimé (Facebook), l’illusion d’avoir des amis (Facebook), l’illusion d’être écouté (Twitter), l’illusion d’avoir une vie cool (Instagram), l’illusion d’être professionnellement important et bien connecté (Linkedin). D’ailleurs, sans ce billet, il est probable que personne n’aurait remarqué mon absence. Sur les réseaux sociaux, les absents sont rapidement emporté par le flux, la brêve et illusoire gloriole qu’ils avaient construite se diluant instantanément dans l’immédiateté de l’oubli. Le lit de la rivière ne conserve pas la trace du caillou que vous venez de retirer.

Une situation n’est pas l’autre. Linkedin est peut-être utile, voire indispensable pour votre activité. L’important étant, comme le souligne Cal Newport dans son excellent Digital Minimalism, de bien peser le coût réel par rapport aux bénéfices réels (et non pas ceux supposés) et de faire ses propres choix en conscience.

Dans ma situation, chaque source de distraction supprimée est un livre de plus lu à la fin de l’année. Donc acte. Je quitte le grand réseau bleu, je retire ma cravate, mes chaussures corporate et me replonge dans mes lectures.

Photo by Jonathan Kho on Unsplash

Je suis @ploum, ingénieur écrivain. Abonnez-vous par mail ou RSS pour ne rater aucun billet (max 2 par semaine). Je suis convaincu que Printeurs, mon dernier roman de science-fiction vous passionnera. Commander mes livres est le meilleur moyen de me soutenir et de m’aider à diffuser mes idées !

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Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

La sculptrice et le regret du créateur.

vendredi 26 février 2021 à 13:42

À la mémoire de Gilberte De Windt, décédée en février 2021

Fin février 2020, je décidai, sur un coup de tête, d’appeler un numéro trouvé dans l’annuaire. Celui de la sculptrice Gilberte De Windt.

Mon épouse et moi l’avions rencontrée lors de ses expositions. Nous étions tombés amoureux de ses statues comme de sa personnalité. Cette vieille dame au corps frêle, mais à l’esprit incroyablement agile nous avait charmés par la finesse de son art. Nous avions sympathisé et beaucoup discuté.

Au téléphone, de but en blanc, je lui annonçai que nous souhaitions acquérir une de ses œuvres. Avec une incroyable gentillesse, elle nous invita à venir visiter son atelier.

Nous passâmes une après-midi passionnante en compagnie de son mari, Guy Berbé, artiste peintre de renom. Alors que mon épouse discutait peinture avec Guy, dans son incroyable atelier, je parlais inspiration, méditation et création avec Gilberte. Par le plus grand des hasards, nous étions tous deux en train de lire le même livre de Steven Laureys, « La méditation, c’est bon pour le cerveau ». Curieux, je tentais de m’inspirer des techniques de Gilberte pour apprendre à sculpter les mots comme elle la matière.

L’entente entre nos deux couples fut immédiate et nous convînmes de nous revoir régulièrement. Mon épouse et moi hésitions entre deux sculptures et, pour tout avouer, le budget nous faisait un peu frémir. Il s’agissait d’un pur coup de cœur irrationnel, une hérésie économique.

Deux semaines plus tard, le confinement commençait. Les enfants furent rapidement déscolarisés et nos priorités furent bouleversées.

Cependant, cette rencontre m’obsédait. J’en rêvais. Je me demandais comment allaient Gilberte et Guy. Je me rendais compte que les visiter n’était plus imaginable en ces temps de confinement. J’en souffrais, car nous avions fait la promesse de revenir. Je prenais également conscience que si l’esprit de Gilberte était brillant, son corps n’était pas immortel. Un pressentiment me hantait.

C’est avec stupeur que je découvris, presque un an jour pour jour après notre après-midi partagé, un message m’annonçant son décès. Un an que, comme beaucoup, je n’ai pas vu passer. Qui s’est envolé, emportant Gilberte avec lui. Je regarde avec tendresse la photo où elle pose près de la statue préférée de notre fils. J’ai une pensée pour Guy, son mari. Je n’ose pas l’avouer, mais je suis triste. Qui suis-je pour prétendre à la tristesse, moi qui ne les ai rencontrés que quelques fois ?

Si ce décès est naturel, dans l’ordre des choses, je ne peux m’empêcher de penser à cette dame qui, comme elle le racontait elle-même, a mené plusieurs vies fort différentes. Elle ne se mit à la sculpture qu’après sa retraite de l’enseignement ! À travers ses statues, elle transmettra pour toujours un mouvement, une finesse, une énergie aux générations à venir.

Égoïstement, je maudis cette pandémie pour avoir empêché que je passe plus de temps avec Gilberte, que je la connaisse mieux. Je suis heureux de cette après-midi lumineuse dans sa maison, son atelier. C’est un souvenir impérissable. J’aurais tant aimé la rencontrer plus tôt.

J’ai le regret de ne pas avoir pu lui acheter une statue. Secrètement, je rêvais de trouver chez moi un écrin merveilleux, d’inviter Gilberte pour lui montrer, pour lui rendre la pareille et lui faire découvrir mon atelier d’écriture orné de son œuvre. Pour lui expliquer qu’elle m’avait enseigné qu’un manuscrit est comme une de ses sculptures en terre. Un matériau de base qui doit ensuite passer par tout un processus, qu’elle nous a décrit en détail, avant de devenir la statue en bronze qu’est le livre final.

Mon atelier d’écriture n’existe pas encore et je n’ai pas de statue de Gilberte. Je n’ai plus que son souvenir.

Au fond, j’ai la chance rare de l’avoir rencontrée et de garder avec moi le souffle d’inspiration qu’elle m’a donné. Lorsque j’ai l’impression de devenir trop vieux pour être créatif, lorsque je réalise que les jeunes artistes talentueux du moment sont plus jeunes que moi, je repense souvent à son expérience, à l’admiration que j’ai éprouvée lorsqu’elle m’a confié l’importance pour elle de continuer à apprendre chaque jour, lorsque j’ai compris l’énergie qu’elle mettait dans une création.

C’est peut-être pour ça que je souhaitais tant avoir une statue de Gilberte à proximité de ma machine à écrire. Parce que ses personnages longilignes caractéristiques me rappellent les regards que nous avons échangés dans son atelier, parce qu’ils m’ancrent dans le désir de création matérielle qu’elle avait sublimé et qui m’échappe trop souvent. Parce qu’en une seule après-midi chez elle, elle a eu une influence notable sur ma vision de la création.

Merci, Gilberte, et bonne chance pour les prochaines de tes nombreuses vies, celles qui apparaissent chaque fois qu’un regard se pose sur l’une de tes nombreuses œuvres.

Salut l’artiste !

Je suis @ploum, ingénieur écrivain. Abonnez-vous par mail ou RSS pour ne rater aucun billet (max 2 par semaine). Je suis convaincu que Printeurs, mon dernier roman de science-fiction vous passionnera. Commander mes livres est le meilleur moyen de me soutenir et de m’aider à diffuser mes idées !

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Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

Et si les conspirationnistes avaient raison ?

mercredi 17 février 2021 à 12:41

De la nocivité des ondes à la bouffe bio et aux réseaux pédophiles, de la politique de la crise COVID à la distribution de vaccins : et si les complots étaient bien réels ? Réels mais pas tout à fait comme on les imagine.

Le complot des ondes électromagnétiques

Lorsque je me retrouve face à une personne qui me parle de la nocivité des ondes électromagnétiques, je lui demande d’abord si elle sait ce qu’est, physiquement, une telle onde. Dans la totalité des cas que j’ai vécus, la personne avoue son ignorance totale.

Une onde électromagnétique n’est qu’une série de particules, appelées photons, qui voyagent en vibrant à une certaine fréquence. Pour une certaine plage de fréquence, les photons deviennent visibles. On appelle cela… la lumière. Il y’a d’autres fréquences que nous ne voyons pas : l’infrarouge, l’ultraviolet et, bien entendu, les ondes radio.

Les ondes radio sont tellement difficiles à détecter qu’il est nécessaire de fabriquer des antennes particulièrement sophistiquées pour les capter. Antennes qui équipent nos téléphones.

Les ondes électromagnétiques peuvent être absorbées. L’énergie de leur vibration se transforme alors en chaleur. Pour vous en convaincre, il vous suffit de vous promener sous la plus grande source électromagnétique à notre disposition : le soleil. Les ondes émises par le soleil vous réchauffent. À trop grandes doses, elles peuvent même vous brûler. C’est le fameux « coup de soleil ». C’est également le principe qu’utilise votre four à micro-ondes, qui envoie des ondes à une fréquence dont l’énergie se transmet particulièrement bien à l’eau. C’est pour cela que votre four reste froid : il ne réchauffe que l’eau.

Les ondes électromagnétiques qui possèdent une très grande quantité d’énergie peuvent faire sauter un électron de l’atome qu’elles vont toucher. Cet atome est ionisé. Si un trop grand nombre d’atomes de notre ADN est ionisé, cet ADN ne pourra plus être réparé et cela peut induire des cancers. Il faut bien entendu une exposition longue, répétée à une source très puissante.

Par exemple le soleil. Responsable de nombreux cancers de la peau. Ou bien les rayons X, utilisés pour faire des radiographies médicales. L’avantage des ondes à très haute énergie, c’est qu’elles interagissent avec la première chose qu’elles touchent et qu’elles sont donc arrêtées facilement. C’est pour ça qu’il y’a des petits rideaux de caoutchouc plombé sur le tapis à rayons X  des aéroports. Ces protections servent essentiellement à protéger les employés qui, sans cela, seraient exposés en permanence aux rayons X. Pour le voyageur qui ne fait que passer deux fois par an, c’est bien moins essentiel.

En ce sens, les antennes GSM sont un peu comme des phares. Ils émettent des rayons électromagnétiques de la même façon. Seule la fréquence est différente.

Si un phare peut éblouir voire même brûler si on s’approche à quelques centimètres, personne n’ose imaginer que l’exposition à un phare puisse provoquer des cancers ou être nocive. De même pour votre routeur wifi : il n’émet pas plus d’énergie que votre ampoule halogène.

S’inquiéter de l’impact des ondes électromagnétiques semble donc absurde. Même si on venait à découvrir que certaines fréquences très précises pouvaient avoir un effet délétère, nous sommes dans un bain permanent d’ondes électromagnétiques depuis l’aube de l’humanité. Il est donc raisonnable de penser que tout impact actuellement inconnu, si un tel impact existe, est anecdotique.

Pourtant, je pense que les « anti-ondes » ont raison.

Les ondes sont nocives. Non pas parce qu’elles sont des ondes, mais à cause de l’usage que nous en faisons. Aujourd’hui, nous sommes en permanence hyperconnectés. Nos téléphones bruissent de notifications indésirables que nous ne savons pas désactiver. Nos maisons regorgent de petites lampes qui clignotent pour nous dire que le réseau est actif, que la tablette recharge. Quand je dors dans une chambre d’hôtel, je dois démonter la télévision pour accéder au routeur caché derrière et le débrancher. Non pas à cause des ondes, mais parce que je ne supporte pas ces lumières vertes clignotantes dans l’obscurité, lumière agrémentée de l’insupportable œil rouge luisant de la télévision en veille.

Comment ne pas être stressé à l’idée des millions de bits qui nous transperce en permanence pour aller notifier notre voisin de restaurant qu’une nouvelle vidéo YouTube est disponible ? Comment dormir en sachant toute cette activité qui nous traverse ? Les expériences ont montré que la sensibilité électromagnétique est belle et bien réelle. Que les gens en souffrent. Mais qu’elle n’est pas causée par la présence d’ondes électromagnétiques. Elle est causée par la croyance qu’il y’a des ondes électromagnétiques.

Les anti-ondes ont intuitivement perçu le problème. Avant de l’assigner à une raison qui n’est pas sous leur contrôle.

D’une manière générale, toutes les théories conspirationnistes sont des constructions basées sur un problème très juste. Problème auquel on a créé une cause artificielle absurde ou exagérée, cause qui symbolise et personnifie le problème afin d’avoir l’impression de le comprendre.

C’est pour cela que prouver l’absurdité d’une théorie du complot ne fonctionne pas. Le complot existe généralement réellement. Mais il est beaucoup trop simple, banal. Ce qui donne un sentiment d’impuissance. En lui donnant un nom, on se crée un ennemi identifié et la possibilité d’agir, de le combattre activement.

Le complot du deep state

Selon la légende, Dame Carcas libéra la ville de Carcassonne, assiégée par Charlemagne depuis cinq ans. La population mourant de faim, Dame Carcas eut l’idée de prendre le dernier porc de la ville, de nourrir avec le dernier sac de blé avant de le jeter du haut des remparts sur les assaillants. Ceux-ci se dirent que si la ville pouvait se permettre de balancer un porc nourri au blé, c’est qu’elle avait encore de nombreuses ressources et qu’il était préférable de lever le siège. Charlemagne ne se posa pas la question de savoir comment la ville pouvait avoir encore autant de ressources après cinq années de siège. Alors que les troupes s’éloignaient, Dame Carcas fit sonner les cloches de la ville qui en tirera désormais son nom : Carcas sonne !

La plupart des théories du complot se heurtent à un problème fondamental : leur réalité implique des milliers de spécialistes de domaines extrêmement différents travaillant dans le secret le plus total au sein d’une organisation incroyablement parfaite et efficace qui ne ferait jamais la moindre erreur. Or, il suffit d’ouvrir les yeux pour voir que dès que trois personnes travaillent ensemble, l’inefficacité est la loi.

Pour vous en convaincre, il vous suffit de regarder des films d’espionnage. L’histoire est toujours là même : un service ultra-secret de contre-espionnage lutte contre une organisation ultra-secrète d’espionnage qui cherche à accomplir son rôle en mettant au grand jour le service de contre-espionnage, qui s’engage donc dans une lutte de contre-contre-espionnage. C’est particulièrement marquant dans les « Missions Impossibles » ou dans la série Alias. Un peu de recul permet de se rendre compte que toutes ces organisations… ne servent strictement à rien. Même les scénaristes, spécialistes de la fiction, n’arrivent pas à trouver des idées pour justifier l’existence de telles organisations. On parachute alors artificiellement un terroriste qui veut faire sauter une bombe nucléaire, afin de camoufler légèrement la fatuité du scénario.

La réalité des services d’espionnage est tout autre. Des fonctionnaires qui, pour justifier leur budget et l’existence de leurs nombreux emplois, vont jusqu’à inventer des complots (un truc qui revient aussi dans Mission Impossible). Contrairement à Tom Cruise, les milliardaires surpuissants et les espions sont des humains qui mangent, dorment, font caca et se grattent les hémorroïdes. Ils font des erreurs de jugement, se laissent emporter par leur idéologie et leur sentiment de toute-puissance.

Et oui, ils tentent de favoriser leurs intérêts, même de manière illégale ou immorale. Cela consiste essentiellement à tenter de convaincre le monde d’acheter leur merde (le marketing), de commettre des délits d’initiés sur les plateformes boursières et de financer du lobbying politique pour que les lois soient en leur faveur. Là se trouvent les véritables complots, les véritables scandales qui ne requièrent la complicité que de quelques personnes, qui ne nécessitent pas de compétence ou de technologie particulière et qui ne sont, la plupart du temps, même pas secrets du tout !

La plupart des innovations secrètes de la guerre froide n’étaient que des canulars qui servaient à effrayer le camp adverse : rayons de la mort, rayon de contrôle des esprits, contacts extra-terrestres. D’ailleurs, les innovations réelles étaient tout sauf secrètes. La bombe nucléaire, la conquête spatiale, l’informatique et les prémices d’Internet. Comme le cochon de Dame Carcas, tout était entièrement public et les seules choses vraiment secrètes étaient ce qui n’existait pas, dans une tentative d’intoxication informationnelle.

Dans certains cas, la recherche des services secrets mènera à quelques rares avancées réelles. Ce fut par exemple le cas de Clifford Cocks qui inventa la cryptographie asymétrique en 1973 pour le compte des services secrets anglais. Malheureusement, cette invention purement théorique ne pouvait être mise en pratique sans un développement que Cocks ne pouvait réaliser seul. Elle fut dont jetée aux oubliettes avant que le concept ne soit redécouvert de l’autre côté de l’Atlantique, 3 ans plus tard, par Diffie, Hellman et Merkle qui la publieront et lanceront les bases d’une nouvelle science : la cryptographie informatique. Une fois encore l’histoire démontre que rien n’est réellement possible dans le secret et l’isolement. Le mythe de l’entrepreneur scientifique solitaire fonctionne dans les romans d’Ayn Rand (quand c’est un bon) et Ian Flemming (quand c’est un mauvais), pas dans la réalité.

La notion de « Deep state » ou d’élites secrètes prenant les décisions est plus rassurante que la vérité selon laquelle, oui, nos dirigeants sont corrompus, mais tout simplement comme des humains, pour favoriser leurs petits intérêts personnels en lieu et place de l’intérêt général. Le tout, en faisant des erreurs et en tentant de se justifier moralement que leur profit est bien pour l’intérêt général (comme la théorie du ruissellement des richesses ou l’idée selon laquelle la richesse se mérite). Les complots existent, mais ils sont petits, mesquins et pas particulièrement secrets.

Le complot des vaccins

L’idée d’un vaccin avec des puces pour nous surveiller ou des chemtrails pour contrôler nos esprits (technologies qui semblent complètement impossibles dans l’état actuel de nos connaissances et qu’il serait donc particulièrement difficile de développer en marge de la communauté scientifique, dans le secret le plus total) nous sert à oublier que nos téléphones nous surveillent déjà très bien et fournissent plus de données que ne peuvent en exploiter les gouvernements, que la télévision nous abrutit parfaitement, et que nous avons choisi de les utiliser, que personne ne nous a jamais forcés.

De même, les anti-vaccins pointent, avec justesse, le fait que l’oligopole pharmaceutique a un intérêt commercial évident à ce que nous soyons le plus possible malade pour consommer le plus de médicaments. Qu’à travers les brevets, l’industrie pharmaceutique privatise d’énormes budgets publics pour les transformer en juteux profits, parfois au détriment de notre santé. Mais il est difficile de se passer des médicaments. Il est donc plus simple d’attaquer les vaccins, médicaments dont la procédure est impressionnante (une piqure) et qui ont, à très court terme, un effet néfaste (fièvre ou durillon). Pire, on ne perçoit jamais l’utilité d’un vaccin. Si un vaccin fonctionne, on se dira toute sa vie qu’il n’était pas nécessaire… Et qu’on a été victime d’un complot.

Le vaccin, qui est probablement la plus belle invention de l’humanité en ce qui concerne le confort et l’espérance de vie, sert donc très injustement d’étendard à l’intuitif conflit d’intérêts et à la rapacité (réelle) de l’industrie pharmaceutique. La plupart des médicaments sont beaucoup moins efficaces que ce qu’ils prétendent, ils sont vendus à grands coups de marketing. Le simple fait que les devantures de pharmacie soient transformées en gigantesques panneaux publicitaires est un scandale en soi. Les vaccins sont peut-être l’exception la plus sûre, la plus bénéfique et la plus surveillée. Mais c’est aussi intuitivement la plus facile à critiquer.

Et ces critiques sont parfois nécessaires : les vaccins étant peu rentables (on ne les prend qu’une fois dans sa vie), l’industrie pharmaceutique tente de les faire développer sur des fonds publics à travers les universités avant de s’arroger tous les bénéfices en les revendant très cher aux états… qui ont financé leur mise au point ! L’université d’Oxford avait d’ailleurs annoncé son souhait de mettre son vaccin COVID dans le domaine public, sur le modèle de l’Open Source, avant de se raviser sous, à ce qu’il parait, la pression de la fondation Bill Gates. Un complot qui, sans remettre en cause la qualité du vaccin, me semble parfaitement plausible et réaliste. À  croire que les complots absurdes comme les puces 5G dans les vaccins sont inventés exprès pour décrédibiliser la moindre des critiques et nous détourner des véritables problématiques. À noter que la fondation Bill Gates joue un rôle positif prépondérant dans l’éradication de la polio. Rien n’est jamais parfaitement noir ni blanc. Le monde est complexe.

Le complot des réseaux pédophiles

Pour faire une bonne théorie du complot, il suffit donc de reprendre les souffrances réelles, de les amalgamer avec une histoire séduisante et choquante. Un exemple parmi tant d’autres est la persistance des théories de réseaux pédophiles très sophistiqués pour les élites. Parfois mâtinée de satanisme et de cannibalisme pour le décorum.

La pédophilie est bel et bien un problème de notre société. Hélas, elle est majoritairement présente au sein des familles elles-mêmes. Les enfants sont le plus souvent abusés par un parent ou un proche de confiance (comme l’ont souvent été les prêtres). Mais imaginer qu’un oncle ou un père puisse violer un enfant de sa propre famille est tellement affreux que nous rejetons la faute sur les ultra-riches. Ultra-riches qui ne font qu’ajouter de l’huile sur le feu en ayant parfois une sexualité débridée par un sentiment d’impunité, sentiment exacerbé par une culture machiste du viol menant parfois réellement à la pédophilie comme les affaires Weinstein ou Polanski.

Le traumatisme de l’affaire Dutroux en Belgique s’explique en partie, car il est difficile d’admettre qu’un pauvre type complètement malade puisse tout simplement enlever des gamines dans sa camionnette et les planquer dans sa cave. Que son nom était bien sur la liste des suspects, mais que la lenteur de la police à le démasquer s’explique essentiellement par l’application aveugle des procédures administratives en vigueur à l’époque, procédures ralenties par certains conflits de pouvoir au sein de la hiérarchie (ce qui a conduit, d’ailleurs, à une refonte complète de la police en Belgique). Il y’a un certain réconfort à imaginer que le crime n’est pas juste une série de malchances et de mesquineries administratives, mais bien la volonté d’une organisation toute puissante impliquant jusqu’à la famille royale.

Les complots de la juiverie internationale et de QAnon

Les théories du complot sont généralement l’illustration d’une perte de confiance justifiée envers les garants de la moralité et de l’autorité. Elles fleurissent le plus souvent en période de désarroi profond. La misère économique des années 30, juste après le krach boursier, permettra de mettre en avant la théorie séculaire de la cabale juive avec les conséquences que l’on sait en Allemagne. Je ne peux d’ailleurs m’empêcher de vous recommander l’excellent « Le cimetière de Prague », d’Umberto Eco, pour une illustration romancée de cette cabale.

La crise financière de 2008 n’échappe pas à la règle. Sur ses cendres naitront Donald Trump et QAnon qui n’ont, d’un point de vue historique, aucune originalité. Tout semble être, à la lettre près, issu des théories complotistes du passé.

Des thèses absurdes, mais avec, encore une fois, une intuition d’un problème très juste. Le problème de l’existence de l’industrie de la finance. Comment se fait-il qu’une industrie qui ne semble produire rien de concret pour les citoyens lambdas, qui génère des milliards, qui semble rendre chacun de ses membres millionnaires, comment se fait-il que cette industrie aux pratiques incompréhensibles reçoivent autant d’argent du gouvernement lors d’une difficulté qu’elle a elle-même créé ? Comment se fait-il que, dans ce qui se présente comme une démocratie, le principal facteur pour arriver au pouvoir soit la richesse ? Comment se fait-il que tous nos meilleurs cerveaux issus des écoles d’ingénieurs, de science ou d’administration soient recrutés dans le domaine de la finance ?

À ce sujet, je conseille le magnifique discours de Fabrice Luchini (préparé, mais jamais déclamé) dans le film « Alice et le maire ». Un film qui illustre de manière très réaliste les dessous de la politique : des gens stressés, qui enchainent les réunions et qui n’ont plus le temps de penser. Comment voulez-vous que ces organisations dont la vision à long terme relève de la prochaine élection puissent sérieusement mettre en place des complots d’envergure ?

Le complot de la malbouffe

Les théories du complot ne peuvent que diviser. Les intuitifs savent qu’elles représentent un problème réel. Les rationnels peuvent démontrer qu’elles sont absurdes et en viennent à nier l’existence du problème initial. Les deux camps ne peuvent donc plus se parler. Les comportements sensés et absurdes se mélangent.

Entrez dans un magasin de nourriture bio et vous serez abasourdi par le fatras de concepts dont une simple boîte de conserve peut se revendiquer.

Votre boîte est « bio ». Cela signifie qu’elle a reçu un label comme quoi elle utilisait une quantité limitée de certains pesticides.

La démarche est rationnelle. Si la nocivité des pesticides sur l’humain n’est pas toujours démontrée, elle l’est sur le vivant. L’absorption des pesticides par le corps a été démontrée et l’hypothèse que ces pesticides puissent avoir un impact sur la santé est sérieusement étudiée.

Votre boîte est également dans un emballage « écologique ». Cela semble intuitif, mais, malheureusement, la culture biologique produit énormément plus de CO2 que la culture avec pesticide. Ceci dit, les pesticides ont également un impact environnemental non négligeable, même si ce n’est pas du CO2.

L’aliment est également garanti sans OGM. Là, cela devient plus étrange. La nature produit en effet des OGM en permanence. C’est même le principe de l’évolution. Les OGM pourraient donc être particulièrement bénéfiques, par exemple en étant plus nutritifs. Rejeter les OGM, c’est rejeter le principe du bouturage, vieux comme l’agriculture. Mais le rejet des OGM est, encore une fois, le symptôme d’un réel problème, à savoir la volonté d’apposer une propriété intellectuelle sur les semences, procédé monopolistique dangereux. La lutte anti-OGM n’est pas tant contre le principe de l’OGM lui-même (la plupart des anti-OGM ne savent d’ailleurs pas ce qu’est un OGM) qu’une défiance envers ceux qui prétendent manipuler la nourriture sans vouloir nous dire comment ni nous permettre de le faire nous-mêmes. La défiance envers l’industrie qui pratique l’OGM  est pertinente. La défiance envers le principe même de l’OGM ne l’est sans doute pas.

Enfin, il arrive que votre nourriture (ou vos produits de beauté, s’ils sont de la marque Weleda) soit issue des principes de la biodynamie. La biodynamie est un concept inventé par Rudolf Steiner, un illuminé notoire qui a décidé de réinventer la philosophie, les sciences, la médecine, l’éducation et la religion en se basant uniquement sur son intuition. Il n’y connaissait strictement rien en agriculture, mais a un jour improvisé une conférence devant une centaine d’amis, dont seule une minorité d’agriculteurs, sur la meilleure manière de cultiver. Cette conférence a été retranscrite par une sténographe, mais Steiner lui-même a dit plusieurs fois qu’il n’avait pas relu cette transcription et que sa conférence avait pour objectif d’être orale, pas écrite. Que la transcription devait comporter énormément d’erreurs. Il mourra peu après sans jamais relire ni même mentionner le terme « biodynamie » qui sera inventé par après.

Il n’empêche que cette transcription erronée d’une conférence improvisée par un non-agriculteur passionné d’occultisme et de magie sert aujourd’hui de référence à toute une industrie. Les règles sont du style : « Telle plante doit être plantée quand Mars est visible dans le ciel parce que les fleurs sont rouges et que Mars est rouge. Et il faut répandre des rats morts dans le compost durant les nuits de pleines lunes parce que ça le fait ». Tout livre ou agriculteur qui se revendique de la biodynamie aujourd’hui ne fait qu’une chose : reprendre les élucubrations sans aucune substance empirique issues de la transcription erronée d’une seule et unique conférence d’un illuminé. Bref, la définition même de la théologie. Cependant, si on supprime toute la partie ésotérique, on retrouve les fondements de l’agriculture biologique. Comme n’importe quelle religion, la biodynamie est donc loin d’avoir tout faux. Tout simplement parce que, statistiquement, avoir tout faux est aussi improbable que d’avoir tout vrai et parce que, comme le souligne Kahneman, l’intuition est souvent juste. Mais pas toujours. Ce qui est son gros problème.

Donc, en achetant de la nourriture bio, ce que je fais personnellement, je mélange le plus souvent du sensé, du pas complètement sensé et de l’absurde total.

Tout cela à cause d’un problème intuitif bien réel : on possède désormais un confort suffisant pour faire le difficile concernant notre nourriture et force est de constater qu’on bouffe de la merde. À travers le sucre et les graisses saturées, les producteurs de nourriture ne cherchent qu’à nous rendre addicts à moindre coût au mépris le plus total de notre santé. Les aliments sont manipulés pour paraitre jolis en magasin, au détriment de leur composition. Depuis des décennies, des arnaques intellectuelles, parfois promues par nos gouvernements, ont servi les intérêts industriels (par exemple le fait de boire du lait pour renforcer les os ou le principe de la pyramide alimentaire, principe sans aucun fondement scientifique). Le complot est donc bel et bien réel !

Le complot des complotistes

Nous le sentons alors nous cherchons à préserver notre santé, à diminuer nos cancers en nous protégeant des ondes électromagnétiques et en bouffant bio. Ce qui, objectivement, pourrait avoir un impact positif. Très faible, mais ce n’est pas impossible.

Mais vous savez ce qui a un impact majeur sur notre santé ?

La cigarette, les pots d’échappement de voiture, l’alcool. Supprimez ces trois-là, dont deux sont à votre portée immédiate, et cela aura un million de fois plus d’effet que de bouffer bio et de mettre son GSM en mode avion la nuit. Pour un effet maximal, diminuez également la viande rouge, cancérigène établi, et faites 30 minutes d’exercice par jour.

Ils sont là les complots qui en veulent à votre santé. Ils crèvent les yeux. C’est le lobby du tabac qui fait qu’il est légal de fumer en public, en empestant autour de soi. C’est le lobby automobile qui vous vend des SUV en vous faisant pester sur les embouteillages et en tuant les jeunes adultes inconscients qui roulent à pleine vitesse. C’est le lobby de l’alcool qui fait des cartes blanches contre le concept de « tournée minérale » en Belgique et qui subventionne les cercles étudiants, ce sont les Facebook et Google qui accaparent toute votre vie privée et mettent en place des procédés monopolistiques qui les rendent incontournables.

Nous pouvons tous lutter contre ces complots qui nous menacent directement dans notre intégrité physique et mentale. Les plus grandes causes de mortalités évitables, hors suicide, peuvent se résumer à alcool, tabac et bagnole.

Mais c’est très difficile de renoncer à sa clope, à sa bagnole et à son compte Facebook. Alors on poste contre les vaccins, contre les OGMs et contre la 5G. On manifeste contre ce qu’on ne peut pas vraiment changer. Quitte à se mettre en danger un fumant de l’herbe « bio », en buvant des alcools distillés artisanalement et en refusant les vaccins pour ses enfants. Tout en le clamant haut et fort sur Facebook.

À force de remettre en question l’autorité, on se tourne alors vers des sources d’autorités sans aucune légitimité, mais qui nous font du bien. On prétend ne pas vouloir se faire manipuler et on va se mettre dans les pattes des intérêts commerciaux des gourous, des shamans et des vendeurs de cruches qui énergétisent l’eau. Sous prétexte de ne pas vouloir obéir, on en vient à faire exactement le contraire de ce que les autorités disent, sans réfléchir au fait qu’on est encore plus facilement manipulable, comme l’enfant qui dit toujours non et à qui on dit « Ne mange surtout pas ta soupe ! ».

Si vous pensez qu’un domaine quelconque est corrompu, de l’industrie alimentaire à la recherche scientifique, vous avez probablement raison. Mais ce n’est pas contre le domaine en question qu’il faut lutter, c’est contre la corruption. L’industrie de l’alimentation biologique, celle du cannabis, celle des cristaux énergétiques et des réseaux de coaching anti-cancer astrologique sont tout aussi corrompus, tout comme l’est la politique écologique. Ils comportent une partie de gens honnêtes dilués dans une population ne cherchant qu’à vider votre portefeuille.

Le plus dur à accepter c’est que, non, on ne nous cache pas la vérité. Elle est là, devant les yeux de qui veut bien la voir. Il n’y a rien de secret, rien de mystérieux. L’intelligence moyenne reste la même, quel que soit le niveau de richesse ou de pouvoir politique. Mais cette réalité est difficile à accepter, car elle n’offre pas de réponse toute faite, parce qu’elle n’offre aucune certitude, que des probabilités, parce qu’elle va très souvent en contradiction avec nos convictions et nos actions passées. Et parce que, si le complot est le plus souvent inventé ou exagéré, la souffrance qui en résulte est elle bien réelle.

Pour aller plus loin :  complot du Covid et autres lectures

« Vaincre les épidémies », par Didier Pittet et Thierry Crouzet.

Inventeur du gel hydroalcoolique que nous utilisons désormais tous les jours, Didier Pittet est un spécialiste suisse mondialement reconnu des maladies infectieuses et des épidémies. Dans ce livre, il retrace sa découverte du Covid, sa comparaison avec les autres épidémies (H1N1, grippe aviaire) et son expérience de devenir l’expert de référence pour Macron, qui enverra un jet privé le chercher pour l’amener à une réunion de l’Élysée. Ce livre illustre donc à merveille la vision d’une personne qui fait partie du plus haut niveau de pouvoir en ce qui concerne le COVID. Au menu : incompétences à tous les niveaux de décisions, conflits politiques qui impactent des décisions qui devraient être purement scientifiques, tentatives pas souvent efficaces de manipuler l’opinion publique « dans le bon sens » à travers le marketing. Dans le COVID comme partout, les complots sont bel et bien présents, mais tellement petits, humains, mesquins…

Didier Pittet vient d’être fait Docteur honoris causa de l’université où j’enseigne l’Open Source. Ce que je salue, car, avec la formule de son gel hydroalcoolique, il est un pionnier de l’Open Source dans le domaine de la santé.

Thierry Crouzet revient sur la nécessité de créer un vaccin Open Source.


https://tcrouzet.com/2020/12/02/je-veux-la-paix-dit-le-vaccin-mais-je-fais-la-guerre/

Ce qui n’est malheureusement pas le cas, comme je l’ai raconté, à cause de la fondation Bill Gates.


https://khn.org/news/rather-than-give-away-its-covid-vaccine-oxford-makes-a-deal-with-drugmaker/

Dans son intervention, le parlementaire belge François De Smet tente de trouver un juste milieu entre les mesures anti-Covid et les libertés publiques. Loin de crier au complot, dans un sens ou dans l’autre, il milite pour un équilibre raisonnable. Cela devient tellement rare que cela mérite d’être souligné. De la même façon, il avait dénoncé les procédures entourant le marché des vaccins anti-covid tout en militant pour plus de transparence. Un politicien qui me fait plaisir. Il risque de ne pas avoir beaucoup de voix. D’ailleurs, il ne semble intéresser personne d’autre que moi.

https://francoisdesmet.blog/2021/02/05/chambre-debat-covid-et-libertes-publiques/

https://francoisdesmet.blog/2020/12/22/chambre-vaccins-et-transparence/

Bad science, un livre et une chronique qui revient sur les arnaques scientifiques de l’industrie pharmaceutique, depuis Big Pharma aux laboratoires bio/indépendants qui fournissent les compléments alimentaires « alternatifs » (je n’ai pas lu le livre, je me fie à la critique de Cory Doctorow).


https://memex.craphound.com/2010/10/19/bad-science-comes-to-the-usa-ben-goldacres-tremendous-woo-fighting-book-in-print-in-the-states/

« Le cimetière de Prague », d’Umberto Eco. Avec sa verve habituelle, Eco nous plonge dans la vie d’un faussaire obligé de créer de toutes pièces les preuves d’un complot. Jouissif.

Compte-rendu de l’incompétence des services secrets anglais


https://www.bbc.co.uk/blogs/adamcurtis/entries/3662a707-0af9-3149-963f-47bea720b460

Un très long témoignage sur comment les théories du complot nous manipulent et sur le parallèle entre la diététique « alternative », les religions et les complots politiques.


https://wisetendersnob.medium.com/this-secret-message-could-change-your-life-wellness-culture-jesus-and-qanon-cd576e53c9c8

Photo by Markus Spiske on Unsplash

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Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

The computer built to last 50 years

jeudi 4 février 2021 à 14:38

How to create the long-lasting computer that will save your attention, your wallet, your creativity, your soul and the planet. Killing monopolies will only be a byproduct.

Each time I look at my Hermes Rocket typewriter (on the left in the picture), I’m astonished by the fact that the thing looks pretty modern and, after a few cleaning, works like a charm. The device is 75 years old and is a very complex piece of technology with more than 2000 moving parts. It’s still one of the best tools to focus on writing. Well, not really. I prefer the younger Lettera 32, which is barely 50 years old (on the right in the picture).

Typewriters are incredibly complex and precise piece of machinery. At their peak in the decades around World War II, we built them so well that, today, we don’t need to build any typewriters anymore. We simply have enough of them on earth. You may object that it’s because nobody uses them anymore. It’s not true. Lots of writers keep using them, they became trendy in the 2010s and, to escape surveillance, some secret services started to use them back. It’s a very niche but existing market.

Let’s that idea sink in: we basically built enough typewriters for the world in less than a century. If we want more typewriters, the solution is not to build more but to find them in attics and restore them. For most typewriters, restoration is only a matter of taking the time to do it. There’s no complex skills or tools involved. Even the most difficult operations could be learned alone, by simple trial and error. The whole theory needed to understand a typewriter is the typewriter itself.

By contrast, we have to change our laptops every three or four years. Our phones every couple of years. And all other pieces of equipment (charger,router, modem,printers,…) need to be changed regularly.

Even with proper maintenance, they simply fade out. They are not compatible with their environment anymore. It’s impossible for one person alone to understand perfectly what they are doing, let alone repair them. Batteries wear out. Screen cracks. Processors become obsolete. Software becomes insecure when they don’t crash or refuse to launch.

It’s not that you changed anything in your habits. You still basically communicate with people, look for information, watch videos. But today your work is on Slack. Which requires a modern CPU to load the interface of what is basically a slick IRC. Your videoconference software uses a new codec which requires a new processor. And a new wifi router. Your mail client is now 64 bits only. If you don’t upgrade, you are left out in the cold.

Of course, computers are not typewriters. They do a lot more than typewriters.

But could we imagine a computer built like a typewriter? A computer that could stay with you for your lifetime and get passed to your children?

Could we build a computer designed to last at least fifty years?

Well, given how we use the resources of our planet, the question is not if we could or not. We need to do it, no matter what.

So, how could we build a computer to last fifty years ? That’s what I want to explain in this essay. In my notes, I’m referring to this object as the #ForeverComputer. You may find a better name. It’s not really important. It’s not the kind of objects that will have a yearly keynote to present the new shiny model and ads everywhere telling us how revolutionary it is.

Focusing on timeless use cases

There’s no way we can predict what will be the next video codec or the next wifi standard. There’s no point in trying to do it. We can’t even guess what kind of online activity will be trendy in the next two years.

Instead of trying to do it all, we could instead focus on building a machine that will do timeless activities and do them well. My typewriter from 1944 is still typing. It is still doing something I find useful. Instead of trying to create a generic gaming station/Netflix watching computer, let’s accept a few constraints.

The machine will be built to communicate in written format. It means writing and reading. That covers already a lot of use cases. Writing documents. Writing emails. Reading mails, documents, ebooks. Searching on the network for information. Reading blogs and newsletters and newsgroups.

It doesn’t seem much but, if you think about it, it’s already a lot. Lots of people would be happy to have a computer that does only that. Of course, the graphic designers, the movie makers and the gamers would not be happy with such a computer. That’s not the point. It’s just that we don’t need a full-fledged machine all the time. Dedicated and powerful workstations would still exist but could be shared or be less often renewed if everybody had access to its own writing and reading device.

By constraining the use cases, we create lots of design opportunities.

Hardware

The goal of the 50-year computer is not to be tiny, ultra-portable and ultra-powerful. Instead, it should be sturdy and resilient.

Back in the typewriter’s day, a 5 kg machine was considered as ultraportable. As I was used to a 900 g MacBook and felt that my 1,1kg Thinkpad was bulky, I could not imagine being encumbered. But, as I started to write on a Freewrite (pictured between my typewriters), I realised something important. If we want to create long-lasting objects, the objects need to be able to create a connection with us.

A heavier and well-designed object feels different. You don’t have it always with you just in case. You don’t throw it in your bag without thinking about it. It is not there to relieve you from your boredom. Instead, moving the object is a commitment. A conscious act that you need it. You feel it in your hands, you feel the weight. You are telling the object: « I need you. You have a purpose. » When such a commitment is done, the purpose is rarely « scroll an endless stream of cat videos ». Having a purpose makes it harder to throw the object away because a shiny new version has been released. It also helps draw the line between the times where you are using the object and the times you are not.

Besides sturdiness, one main objective from the ForeverComputer would be to use as little electricity as possible. Batteries should be easily swappable.

In order to become relevant for the next 50 years, the computer needs to be made of easily replaceable parts. Inspirations are the Fairphone and the MNT Reform laptop. The specifications of all the parts need to be open source so anybody can produce them, repair them or even invent alternatives. The parts could be separated in a few logical blocks : the computing unit, which include a motherboard, CPU and RAM, the powering unit, aka the battery, the screen, the keyboard, the networking unit, the sound unit and the storage unit. All of this come in a case.

Of course, each block could be made of separate components that could be fixed but making clear logical blocks with defined interfaces allows for easier compatibility.

The body requires special attention because it will be the essence of the object. As for the ship of Theseus, the computer may stay the same even if you replace every part. But the enclosing case is special. As long as you keep the original case, the feeling toward the object would be that nothing has changed.

Instead of being mass-produced in China, ForeverComputers could be built locally, from open source blueprints. Manufacturers could bring their own skills in the game, their own experience. We could go as far as linking each ForeverComputer to a system like Mattereum where modifications and repairs will be listed. Each computer would thus be unique, with a history of ownership.

As with the Fairphone, the computer should be built with materials as ethical as possible. If you want to create a connection with an object, if you want to give him a soul, that object should be as respectful of your ethical principles as possible.

Opiniated choices

As we made the choice to mostly use the computer for written interaction, it makes sense, in the current affair of the technology, to use an e-ink screen. E-ink screens save a lot of power. This could make all the difference between a device that you need to recharge every night, replacing the battery every two years, and a device that basically sit idle for days, sometimes weeks and that you recharge once in a while. Or that you never need to recharge if, for example, the external protective case comes with solar panels or an emergency crank.

E-ink is currently harder to use with mouses and pointing devices. But we may build the computer without any pointing device. Geeks and programmers know the benefit of keyboard oriented workflows. They are efficient but hard to learn.

With dedicated software, this problem could be smartly addressed. The Freewrite has a dedicated part of the screen, mostly used for text statistics or displaying the time. The concept could be extended to display available commands. Most people are ready to learn how to use their tools. But, by changing the interface all the time with unexpected upgrades, by asking designers to innovate instead of being useful, we forbid any long-term learning, considering users as idiots instead of empowering them.

Can we create a text-oriented user interface with a gradual learning curve? For a device that should last fifty years, it makes sense. By essence, such device should reveal itself, unlocking its powers gradually. Careful design will not be about « targeting a given customer segment » but « making it useful to humans who took the time to learn it ».

Of course, one could imagine replacing the input block to have a keyboard with a pointing device, like the famous Thinkpad red dot. Or a USB mouse could be connected. Or the screen could be a touchscreen. But what if we tried to make it as far as we could without those?

E-ink and no pointing would kill the endless scrolling, forcing us to think of the user interface as a textual tool that should be efficient and serve the user, even if it requires some learning. Tools need to be learned and cared. If you don’t need to learn it, if you don’t need to care for it, then it’s probably not a tool. You are not using it, you are the one used.

Of course, this doesn’t mean that every user should learn to program in order to be able to use it. A good durable interface requires some learning but doesn’t require some complex mental models. You understand intuitively how a typewriter works. You may have to learn some more complex features like tabulations. But you don’t need to understand how the inside mechanism works to brink the paper forward with each key press.

Offline first

Our current devices expect to be online all the time. If you are disconnected for whatever reason, you will see plenty of notifications, plenty of errors. In 2020, MacOS users infamously discovered that their OS was sending lots of information to Apple’s servers because, for a few hours, those servers were not responding, resulting in an epidemic of bugs and error. At the same time, simply trying to use my laptop offline allowed me to spot a bug in the Regolith Linux distribution. Expecting to be online, a small applet was trying to reconnect furiously, using all the available CPU. The bug was never caught before me because very few users go offline for an extended period of time (it should be noted that it was fixed in the hours following my initial report, open source is great).

This permanent connectivity has a deep effect on our attention and on the way we use computers. By default, the computer is notifying us all the time with sounds and popups. Disabling those requires heavy configuration and sometimes hack. On MacOS, for example, you can’t enable No Disturb mode permanently. By design, not being disturbed is something that should be rare. The hack I used was to configure the mode to be set automatically between 3AM and 2AM.

When you are online, your brain knows that something might be happening, even without notification. There might be a new email waiting for you. A new something on a random website. It’s there, right on your computer. Just move the current window out of the way and you may have something that you are craving: newness. You don’t have to think. As soon as you hit some hard thought, your fingers will probably spontaneously find a diversion.

But this permanent connectivity is a choice. We can design a computer to be offline first. Once connected, it will synchronise everything that needs to be: mails will be sent and received, news and podcasts will be downloaded from your favourite websites and RSS, files will be backuped, some websites or gemini pods could even be downloaded until a given depth. This would be something conscious. The state of your sync will be displayed full screen. By default, you would not be allowed to use the computer while it is online. You would verify that all the sync is finished then take the computer back offline. Of course, the full screen could be bypassed but you would need to consciously do it. Being online would not be the mindless default.

This offline first design would also have a profound impact on the hardware. It means that, by default, the networking block could be wired. All you need is a simple RJ-45 plug.

We don’t know how wifi protocols will change. There are good chance that today’s wifi will not be supported by tomorrow’s routers or only as a fallback alternative. But chances are that RJ-45 will stay for at least a few decades. And if not RJ-45, a simple adaptor could be printed.

Wifi has other problems: it’s a power hog. It needs to always scan the background. It is unreliable and complex. If you want to briefly connect to wifi, you need to enable wifi, wait for the background scan, choose the network where to connect, cross your fingers that it is not some random access point that wants to spy your data, enter the password. Wait. Reenter that password because you probably wrote a zero instead of a O. Wait. It looks to be connected. Is it? Are the files synchronised? Why was the connection interrupted? Am I out of range? Are the walls too thick?

By contrast, all of this could be achieved by plugging a RJ-45 cable. Is there a small green or orange light? Yes, then the cable is well plugged, problem solved. This also adds to the consciousness of connection. You need to walk to a router and physically connect the cable. It feels like loading the tank with information.

Of course, the open source design means that anybody could produce a wifi or 5G network card that you could plug in a ForeverComputer. But, as with pointing devices, it is worth trying to see how far we could go without it.

Introducing peer-to-peer connectivity

The Offline First paradigm leads to a new era of connectivity: physical peer to peer. Instead of connecting to a central server, you could connect two random computers with a simple cable.

During this connection, both computers will tell each other what they need and, if by any chance they can answer one of those needs, they will. They could also transmit encrypted messages for other users, like bottles in the sea. If you ever happen to meet Alice, please give her this message.

Peer-to-peer connectivity implies strong cryptography. Private information should be encrypted with no other metadata than the recipient. The computer connecting to you have no idea if you are the original sender or just one node in the transmission chain. Public information should be signed, so you are sure that they come from a user you trust.

This also means that our big hard disks would be used fully. Instead of sitting on a lot of empty disk spaces, your storage will act as a carrier for others. When full, it will smartly erase older and probably less important stuff.

In order to use my laptop offline, I downloaded Wikipedia, with pictures, using the software Kiwix. It only takes 30Go of my hard drive and I’m able to have Wikipedia with me all the time. I only miss a towel to be a true galactic hitchhiker.

In this model, big centralised servers only serve as a gateway to make things happen faster. They are not required anymore. If a central gateway disappears, it’s not a big deal.

But it’s not only about Wikipedia. Protocols like IPFS may allow us to build a whole peer-to-peer and serverless Internet. In some rural areas of the planet where broadbands are not easily available, such Delay Tolerant Networks (DTNs) are already working and extensively used, including to browse the web.

Software

It goes without saying that, in order to built a computer that could be used for the next 50 years, every software should be open source.

Open source means that bugs and security issues could be solved long after the company that coded them has disappeared. Once again, look at typewriters. Most companies have disappeared or have been transformed beyond any recognition (try to bring back your IBM Selectric to an IBM dealer and ask for a repair, just to see the look on their face. And, yes, your IBM Selectric is probably exactly 50 years old). But typewriters are still a thing because you don’t need a company to fix them for you. All you need is a bit of time, dexterity and knowledge. For missing parts, other typewriters, sometimes from other brands, can be scavenged.

For a fifty-year computer to hit the market, we need an operating system. This is the easiest part as the best operating systems out there are already open source. We also need a user interface who should be dedicated to our particular needs. This is hard work but doable.

The peer-to-peer offline-first networking part is probably the most challenging part. As said previously, essential pieces like IPFS already exist. But everything needs to be glued together with a good user interface.

Of course, it might make sense to rely on some centralised servers first. For example, building on Debian and managing to get all dedicated features uploaded as part of the Official Debian repository already offers some long-term guarantees.

The main point is to switch our psychological stance about technological projects. Let’s scrap the Silicon Valley mentality of trying to stay stealthy then to suddenly try to get as many market share as possible in order to hire more developers.

The very fact that I’m writing this in the public is a commitment to the spirit of the project. If we ever manage to build a computer which is usable in 50 years and I’m involved, I want it highlighted that since the first description, everything was done in the open and free.

More about the vision

A computer built to last 50 years is not about market shares. It’s not about building a brand, raising money from VC and being bought by a monopoly. It’s not about creating a unicorn or even a good business.

It’s all about creating a tool to help humanity survive. It’s all about taking the best of 8 billion brains to create this tool instead of hiring a few programmers.

Of course, we all need to pay bills. A company might be a good vehicle to create the computer or at least parts of it. There’s nothing wrong with a company. In fact, I think that a company is currently the best option. But, since the very beginning, everything should be built by considering that the product should outlast the company.

Which means that customers will buy a tool. An object. It will be theirs. They could do whatever they want with it afterward.

It seems obvious but, nowadays, nearly every high technological item we have is not owned by us. We rent them. We depend on the company to use them. We are not allowed to do what we want. We are even forced to do things we don’t want such as upgrading software at an inappropriate time, sending data about us and hosting software we don’t use that can’t be removed or using proprietary clouds.

When you think about it, the computer built to last 50 years is trying to address the excessive consumption of devices, to fight monopolies, to claim back our attention, our time and our privacy and free us from abusive industries.

Isn’t that a lot for a single device? No because those problems are all different faces of the same coin. You can’t fight them separately. You can’t fight on their own grounds. The only hope? Changing the ground. Changing the rules of the game.

The ForeverComputer is not a replacement. It will not be better than your MacBook or your android tablet. It will not be cheaper. It will be different. It will be an alternative. It will allow you to use your time on a computer differently.

It doesn’t need to replace everything else to win. It just needs to exist. To provide a safe place. Mastodon will never replace Twitter. Linux desktop never replaced Windows. But they are huge successes because they exist.

We can dream. If the concept becomes popular enough, some businesses might try to become compatible with that niche market. Some popular websites or services may try to become available on a device which is offline most of the time, which doesn’t have a pointer by default and which has only an e-ink screen.

Of course, those businesses would need to find something else than advertising, click rates and views to earn money. That’s the whole point. Each opportunity to replace an advertising job (which includes all the Google and Facebook employees) by an honest way to earn money is a step in destroying our planet a bit less.

Building the first layers

There’s a fine equilibrium at play when an innovation tries to change our relationship with technology. In order to succeed, you need technologies, a product and contents. Most technologists try to build technologies first, then products on top of it then waits for content. It either fails or become a niche thingy. To succeed, there should be a game of back and forth between those steps. People should gradually use the new products without realising it.

The ForeverComputer that I described here would never gain real traction if released today. It would be incompatible with too much of the content we consume every day.

The first very small step I imagined is building some content that could, later, be already compatible. Not being a hardware guy (I’m a writer with a software background), it’s also the easiest step I could do today myself.

I call this first step WriteOnly. It doesn’t exist yet but is a lot more realistic than the ForeverComputer.

WriteOnly, as I imagine it, is a minimalist publishing tool for writers. The goal is simple : write markdown text files on your computer. Keep them. And let them published by WriteOnly. The readers will choose how they read you. They can read it on a website like a blog, receive your text by email or RSS if they subscribed, they can also choose to read you through Gemini or DAT or IPFS. They may receive a notification through a social network or through the fediverse. It doesn’t matter to you. You should not care about it, just write. Your text files are your writing.

Features are minimal. No comments. No tracking. No statistics. Pictures are dithered in greyscale by default (a format that allows them to be incredibly light while staying informative and sharper than full-colour pictures when displayed on an e-ink screen).

The goal of WriteOnly is to stop having the writers worrying about where to post a particular piece. It’s also a fight against censorship and cultural conformity. Writers should not try to write to please the readers of a particular platformn according to the metrics of that platform moguls. They should connect with their inner selves and write, launching words into the ether.

We never know what will be the impact of our words. We should set our writing free instead of reducing it to a marketing tool to sell stuff or ourselves.

The benefit of a platform like WriteOnly is that adding a new method of publishing would automatically add all the existing content to it. The end goal is to have your writing available to everyone without being hosted anywhere. It could be through IPFS, DAT or any new blockchain protocol. We don’t know yet but we can already work on WriteOnly as an open source platform.

We can also already work on the ForeverComputer. There will probably be different flavours. Some may fail. Some may reinvent personal computing as we know it.

At the very least, I know what I want tomorrow.

I want an open source, sustainable, decentralised, offline-first and durable computer.

I want a computer built to last 50 years and sit on my desk next to my typewriter.

I want a ForeverComputer.

Make it happen

As I said, I’m a software guy. I’m unlikely to make a ForeverComputer happen alone. But I still have a lot of ideas on how to do it. I also want to focus on WriteOnly first. If you think you could help make it a reality and want to invest in this project contact me on lionel at ploum.net.

If you would like to use a ForeverComputer or WriteOnly, you can either follow this blog (which is mostly in French) or subscribe here to a dedicated mailing list. I will not sell those emails, I will not share them and will not use them for anything else than telling you about the project when it becomes reality. In fact, there’s a good chance that no mail will ever be sent to that dedicated mailing list. And to make things harder, you will have to confirm your email address by clicking on a link in a confirmation mail written in French.

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Further Reads

« The Future of Stuffs », by Vinay Gupta. A short, must-read, book about our relationship with objects and manufacturing.

« The Typewriter Revolution », by Richard Polt. A complete book and guide about the philosophy behind typewriters in the 21st century. Who is using them, why and how to use one yourself in an era of permanent connectivity.

NinjaTrappeur home built a digital typewriter with an e-ink screen in a wooden case:
https://alternativebit.fr/posts/ultimate-writer/

Another DIY project with an e-ink screen and a solar panel included:
https://forum.ei2030.org/t/e-ink-low-power-cpu-solar-power-3-sides-of-the-same-lid/82

SL is using an old and experimental operating system (Plan9) which allows him to do only what he wants (mails, simple web browsing and programming).
http://helpful.cat-v.org/Blog/2019/12/03/0/

Two artists living off the grid on a sail boat and connecting only rarely.
https://100r.co/site/working_offgrid_efficiently.html

« If somebody would produce a simple typewriter, an electronic typewriter that was silent, that I could use on airplanes, that would show me a screen of 8 1/2 by 11, like a regular page, and I could store it and print it out as a manuscript, I would buy one in a second! » (Harlan Ellison, SF writer and Startrek scenarist)
http://harlanellison.com/interview.htm

LowTech magazine has an excellent article about low-tech Internet, including Delay Tolerant Networks.
https://solar.lowtechmagazine.com/2015/10/how-to-build-a-low-tech-internet.html

Another LowTech magazine article about the impact typewriters and computers had on office work.
https://solar.lowtechmagazine.com/2016/11/why-the-office-needs-a-typewriter-revolution.html

UPDATE 6th Feb 2020 : Completely forgot about Scuttlebutt, which is an offline-first, p2p social network. It does exactly what I’m describing here to communicate.

https://scuttlebutt.nz/get-started/

A good very short introduction about it on BoingBoing :

https://boingboing.net/2017/04/07/bug-in-tech-for-antipreppers.html

UPDATE 8th Feb 2020 : The excellent « Tales from the Dork Web » has an issue on The 100 Year Computer which is strikinly similar to this piece.

https://thedorkweb.substack.com/p/the-100-year-computer

I also add this attempt at a Offline-first protocol : the Pigeon protocol :

https://github.com/PigeonProtocolConsortium/pigeon-spec

And another e-ink DIY typewriter :

https://hackaday.com/2019/02/18/offline-e-paper-typewriter-lets-you-write-without-distractions/

UPDATE 15th Feb 2020 : Designer Micah Daigle has proposed the concept of the Prose, an e-ink/distraction free laptop.

https://medium.com/this-should-exist/prose-a-distraction-free-e-ink-laptop-for-thinkers-writers-4182a62d63b2

Je suis @ploum, ingénieur écrivain. Abonnez-vous par mail ou RSS pour ne rater aucun billet (max 2 par semaine). Je suis convaincu que Printeurs, mon dernier roman de science-fiction vous passionnera. Commander mes livres est le meilleur moyen de me soutenir et de m’aider à diffuser mes idées !

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Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

Condorcet, les réseaux sociaux et les producteurs de merde

vendredi 15 janvier 2021 à 13:06

Le XVIIIe siècle et les réseaux présociaux

En 1793, au cœur de la Révolution française, la plupart des députés girondins, particulièrement les brissotins, sont arrêtés et exécutés par les Montagnards dirigés par Robespierre. C’est la fameuse Terreur durant laquelle Robespierre voit dans la moindre idée modérée une menace contre la révolution.

Bien qu’il ne soit pas officiellement Girondin, un mandat d’arrestation est également émis contre le député, mathématicien et philosophe Condorcet, ami de Brissot. Condorcet est un idéaliste optimiste. Opposé à la peine de mort, il s’est refusé à voter pour l’exécution de Louis XVI, crime contre-révolutionnaire s’il en est.

Piètre orateur, Condorcet est un homme d’écrit d’une grande finesse et d’une grande intelligence, mais avec des compétences sociales limitées. S’il a utilisé sa plume essentiellement pour étudier les mathématiques, notablement celle du vote, et défendre ses idéaux (très en avance sur leur temps, notamment sur l’égalité des droits des hommes, des femmes, des noirs, sur la nécessité d’une éducation gratuite obligatoire et de qualité voire même sur une forme de revenu de base), il n’hésite pas à la tremper dans le fiel pour critiquer vivement les différents extrémistes que sont pour lui Robespierre ou Marat.

Car, au 18e siècle, pas besoin de Facebook pour s’insulter publiquement. Les publications, souvent éphémères et autoéditées, se suivent et se répondent avec virulence pour le plus grand plaisir des Parisiens. Le troll le plus célèbre étant assurément Voltaire.

Forcé de se cacher dans une petite chambre pour ne pas être guillotiné comme ses camarades, Condorcet va d’abord écrire toute sa rage, tenter de rétablir la vérité à travers des missives qu’il fait parvenir à différentes publications.

Percevant qu’il s’épuise et dépérit, Sophie de Condorcet, son épouse et complice, lui enjoint d’arrêter d’écrire contre les autres et le convainc d’écrire pour lui. Écoutant les conseils de son épouse, Condorcet va se mettre à rédiger ce qui sera son Opus Magna : « Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain ».

Bien que pourchassé et ayant vu ses amis guillotinés, Condorcet aux abois et sentant sa fin proche livre un plaidoyer humaniste et optimiste sur le futur de l’humanité. Le manuscrit achevé, il quittera sa chambre au bout de neuf mois par crainte de faire condamner sa logeuse. La brave dame sait qu’elle sera guillotinée sans procès si Condorcet est trouvé chez elle, elle refuse néanmoins à le laisser sortir et celui-ci doit user d’un subterfuge pour s’éclipser. Après deux jours d’errances, Condorcet est arrêté comme étant suspect, mais pas reconnu. Le temps de l’enquête, il est placé dans une petite prison locale où il décèdera mystérieusement. Suicide ou crise cardiaque liée à une piètre santé ? On ne le saura jamais.

L’histoire de Condorcet me revient à l’esprit chaque fois que je vois passer des débats, des attaques, des réponses détaillées à ces attaques (souvent de bonne foi). C’est une histoire à garder en mémoire chaque fois que l’envie vous prendra d’interagir sur les réseaux sociaux ou de pondre un virulent billet de blog à charge.

Livres vs réseaux

Car les réseaux sociaux sont mathématiquement bien pires que ce qu’on imaginait. Même si on construisait un réseau social éthique/bio/fairtrade/cycliste/sans gluten qui ne tente pas de nous vendre n’importe quelle merde ni de nous faire réagir à tout prix, le simple fait que ce soit un réseau social est suffisant pour que la qualité des messages mis en avant soit inversement proportionnelle au nombre de messages sur ledit réseau.

En résumé : au plus il y’a de messages, au plus votre lecture ne sera qu’un petit pourcentage des messages (logiques) et au plus la qualité moyenne des messages baissera.

=> http://meta.ath0.com/2020/12/social-notwork/

La conclusion optimiste c’est qu’il est difficile de faire un plus grand réseau que Facebook, que leurs algorithmes tirent encore plus la qualité vers le bas et que, mathématiquement, on aurait touché le fond. Ce que vous lisez sur Facebook serait donc la lie de l’humanité, le pire du pire.

La bonne nouvelle, c’est que si vous vous éloignez un instant de l’écran, que vous allez jusqu’à la bibliothèque municipale (voire celle de votre salon qui est devenue purement décorative depuis que vous avez un smartphone), vous trouverez des tas de choses à lire qui représente généralement le meilleur de l’humanité (particulièrement les vieux livres qui restent classiques ou populaires). Je vous invite à essayer, vous allez voir, l’effet est saisissant ! (même si c’est perturbant de ne pas avoir des notifications et des discussions qui interrompent la lecture).

Bon, encore faut-il que les éditeurs jouent leur rôle :  celui de forcer les artistes à innover, à sortir des sentiers battus. Malheureusement, ils font exactement le contraire en tentant de formater les œuvres, d’éviter de prendre des risques pour s’assurer une rentabilité. Or, les réels succès seront originaux.

=> https://unspicilege.org/index.php?post/Des-auteurs-et-des-artistes

Grandir pour vendre de la merde

Il semble y avoir un fil conducteur. Plus on devient grand, plus on produit de la merde. Comme le souligne Vinay Gupta dans son excellent « The Future Of Stuff » (livre très court qui ressemble au Capital de Marx live-tweeté par un cyberpunk sous amphés), le but du tailleur est de faire des vêtements qui vous aillent bien. C’est l’essence de son métier, de sa réputation, de son business. Le but d’un producteur de vêtements est de les vendre. C’est très différent. Le métier est différent et les produits seront différents. En fait, le vêtement peut même être immettable, on s’en fout s’il se vend.

Et lorsqu’une grosse entreprise se retrouve, par erreur, à faire un bon produit, elle s’arrange immédiatement pour corriger le tir. Désolé, on l’a pas fait exprès.

Pour ceux qui ont installé des réseaux wifi dans les années 2010, le WRT54G de Linksys était le meilleur routeur qu’il était possible d’acheter. La raison ? On pouvait flasher le firmware pour le remplacer par un logiciel open source permettant plein de choses (comme de servir de répétiteur, de configurer la puissance de chacune des antennes, d’installer un firewall, etc. Perso, j’utilisais DD-WRT). Mais ce n’était en fait pas volontaire. Linksys avait sous traité la gestion de la puce à Broadcom qui avait lui-même sous-traité le développement du firmware à une obscure boîte asiatique, laquelle avait tout simplement mis un Linux. Or, Linux étant sous GPL, il a bien fallu rendre les sources publiques.

Cela ne faisait pas les affaires de Cisco, qui venait de racheter Linksys, pour une raison toute simple : le firmware open source offrait des fonctionnalités normalement réservées aux produits bien plus onéreux. L’astuce qu’a trouvée Cisco ? Sortir une nouvelle version du WRT54G avec un processeur moins puissant et moins de mémoire, histoire d’empêcher la version open source de tourner.

Ce qui illustre bien que le but d’une entreprise n’est, en règle générale, pas de faire un bon produit pour les consommateurs, mais, au contraire, tenter de les forcer à acheter la plus mauvaise qualité possible.

=> https://tedium.co/2021/01/13/linksys-wrt54g-router-history/

L’idéologie de la Silicon Valley est qu’il faut soit croître au point de contrôler le monde, soit se faire racheter par un plus gros, soit disparaitre. Gardons à l’esprit que ce n’est qu’une idéologie. Et que nous sommes en train d’en subir les effets néfastes. Non, Gemini ou Mastodon ne remplaceront pas le web et Twitter. On s’en fout. Le but est d’être une alternative, pas un remplacement.

Mon premier conseil ? Évitez de travailler pour les grands monopoles.

Drew DeVault explique pourquoi c’est une mauvaise idée de bosser pour les GAFAM. Une mauvaise idée à la fois pour vous et pour le monde. Même si vous êtes super bien payé, vous jouez à la roulette russe avec votre avenir.

=> https://drewdevault.com/2021/01/01/Megacorps-are-not-your-dream-job.html

La vie privée et le respect mutuel

Mon second conseil ?

Même si tout cela vous passe par-dessus la tête, faites un effort d’écouter lorsque les gens qui s’intéressent au sujet expliquent des choses. Pour le moment, si vous utilisez Whatsapp, on vous demande certainement d’installer Signal.

Et bien, faites-le ! Ça ne vous coûte que quelques minutes d’effort et quelques mégaoctets d’espace sur votre téléphone.

Je sais bien que vous avez déjà trois messageries, que vous vous en foutez, que vous n’avez rien à cacher.

Mais c’est par simple respect des autres. En installant Whatsapp, vous avez fourni à Facebook tout votre carnet d’adresses, y compris ceux qui ne souhaitent pas être sur Facebook. La moindre des choses que vous pouvez faire est de permettre à vos amis pour qui c’est important de vous contacter sur Signal. Personne ne vous demande d’abandonner Whatsapp. On vous demande juste de ne pas rajouter à la pression sociale d’utiliser un service Facebook.

C’est comme pour les fumeurs : on ne vous demande pas d’arrêter de fumer, mais juste de ne pas nous forcer à fumer (même si, pour reprendre l’analogie, nous continuons à subir le tabagisme passif).

Alors, oui, Signal n’est pas parfait. Mais il est très bien alors installez-le par simple soutien citoyen envers ceux qui ne souhaitent pas être totalement pistés par Facebook. C’est bien leur droit, non ? En fait, la question est plutôt inverse : en quoi auriez-vous le droit d’imposer Whatsapp à vos contacts qui ne le souhaitent pas ?

=> https://standblog.org/blog/post/2021/01/13/Par-quoi-remplacer-WhatsApp

Si vous voulez aller plus loin dans l’exploration de la protection de la vie privée, voici le plug-in pour navigateur que j’attendais : Privacy Redirect. Il redirige Twitter, Instagram, Youtube, Reddit, Google Maps et Google vers des « miroirs » ou des alternatives qui préservent la vie privée tout en vous permettant d’accéder au contenu. C’est bien entendu complètement configurable et il est facile de désactiver un filtre particulier temporairement. J’utilise Teddit pour accéder aux liens Reddit et j’ai installé le logiciel Freetube, qui s’ouvre en dehors du navigateur, et permet de visualiser les vidéos Youtube rapidement et sans pub! J’ai également découvert que si l’interface d’Open Street Maps n’est pas aussi facile que celle de Google Maps, les résultats sont tout à fait utilisables. Je n’ai même pas besoin de me forcer : je tape machinalement « maps » et arrive sur openstreetmaps. Bon, pour la recherche, je reste à Duckduckgo parce que Searx est vraiment très expérimental.

Bref, un excellent outil pour tenter de changer ses habitudes à moindre effort.

=> https://github.com/SimonBrazell/privacy-redirect

S’informer hors des monopoles

Pour s’informer en dehors des réseaux sociaux, il reste les bons vieux flux RSS, les mailings-liste et même… Gemini. Je vous explique ma routine matinale pour lire Gemini grâce au client en ligne de commande AV-98. C’est très geek, ce n’est pas pour tout le monde, mais ça me change des onglets ouverts dans tous les sens.

=> https://linuxfr.org/users/ploum/journaux/augmenter-le-rendement-de-votre-moulage-de-pres-de-174

J’ai d’ailleurs lancé mon gemlog, en anglais.

=> gemini://rawtext.club/~ploum/

Si Gemini ne vous intéresse pas, vous pouvez vous en passer sans soucis. Si vous avez raté mon billet expliquant ce qu’est Gemini, le voici.

=> https://ploum.net/gemini-le-protocole-du-slow-web/

Ce qu’il y’a de rafraichissant avec Gemini, c’est l’impression de lire des textes tout simplement humains. Il n’y a pas de volonté de convaincre, pas de followers, pas de likes, pas de statistiques. Il y’a un plaisir calme à lire des avis, même complètement divergents, sur Gemini. Le fait d’être en ligne de commande et sans images y est également pour beaucoup.

Mais j’avoue que Gemini est encore limité. Je m’informe et m’inspire principalement par flux RSS.

Si je ne devais garder qu’un seul flux RSS, ce serait le Pluralistic de Cory Doctorow. Chaque jour, Cory poste un long billet composé de plusieurs sujets qu’il développe brièvement. C’est super intéressant, super bien résumé. Comme il poste ça sur Twitter, Mastodon, sa mailing-liste, son site web et Tumblr, que chaque billet vient avec des images et un colophon, je lui avais demandé quelle était sa technique de travail. Il m’avait répondu qu’il comptait justement en parler pour fêter le premier anniversaire de Pluralistic.

Je trouvais que, même avec de bons outils et bien automatisé, le tout devait être un travail de titan. Il s’avère que Cory n’utilise pas d’outils particuliers. Pire, il se complique la vie en postant tout d’abord dans Twitter puis en copiant/collant dans Mastodon et Tumblr puis en remettant tout dans un fichier XML qu’il édite à la main. Il va jusqu’à écrire à la main le code HTML pour la licence Creative Commons. Et faire ses montages photos dans Gimp. Et ça, tous les jours !

Insupportable pour un programmeur. Un lecteur l’a tellement pris en pitié qu’il lui a fait un script python pour simplifier certaines opérations. Cela reste néanmoins complètement inefficace. Mais une petite référence a attiré mon attention. Son père faisait de la mise en page de publications à la main, en coupant des morceaux de papier et les collant pour faire des compositions. Cory a l’impression de refaire le même travail.

Et peut-être que cette inefficacité est essentielle pour lui permettre de digérer ce qu’il a lu, de relire ce qu’il écrit. En étant inefficace, il est immergé plusieurs heures dans ce qu’il a écrit. Il ne cherche pas à optimiser ses clicks, ses visiteurs. Il ne cherche pas à poster rapidement, à être efficace. Il est tailleur et non pas producteur de vêtements. Force est de constater que cela se sent.

=> https://pluralistic.net/2021/01/13/two-decades/

Bds et pub obligatoire pour Printeurs

Outre les flux et les biographies de Condorcet, je lis aussi des Bds.

Je viens de terminer le 4e tome d’Aspic, par Gloris et Lamontagne. Une série vraiment brillante. Ce n’est pas un chef-d’œuvre absolu, mais lorsqu’un très bon dessin se met au service de personnages particulièrement attachants et d’une véritable histoire, il serait malvenu de bouder notre plaisir.

Loin d’être une série à rallonge avec une intrigue infinie (coucou XIII et Sillage), Aspic propose plutôt des enquêtes en deux tomes, enquêtes qui mélangent allègrement un côté enfantin et un côté adulte assez sombre.

À propos de livres adultes et sombres, Tonton Alias a fait une critique de Printeurs où il me compare… à Cory Doctorrow !

Je rapprocherais Printeurs des romans d’anticipation technologiques de Cory Doctorow. J’y ai trouvé quelques idées vraiment brillantes, comme l’idée du ciblage publicitaire comme outil de drague ou de surveillance.

Il a aussi quelque chose qui manque souvent aux bouquins de Doctorow: une intrigue trépidante. C’est un bon page-turner.

=> https://alias.erdorin.org/printeurs-de-ploum/

Il émet également des remarques négatives avec lesquelles je suis relativement d’accord. Pour les véritables amateurs de SF, Printeurs est un brin désuet. C’était assumé, car pensé au départ comme un hommage aux séries pulp des années 50. Je prends note pour m’améliorer.

Ceci dit, si vous n’êtes pas convaincu, je vous invite à lire ce qu’en disent Sebsauvage et d’autres mastonautes :

=> https://sebsauvage.net/links/?SlHGmQ

Notamment Sebiii et Pyves, qui se plaignent d’avoir failli faire une nuit blanche à cause de moi.

=> https://mastodon.social/@Sebiiiii/105321398407717687
=> https://framapiaf.org/@Pyves/105389956170119860

Purexo m’a également fait le plaisir de publier une critique de Printeurs… sur Gemini ! Je me demande si Printeurs est le premier roman critiqué sur Gemini.

=> gemini://purexo.mom/blog/2020/12-16-critique-printeurs.gmi

Si cela vous a convaincu, voici le lien pour commander :

=> https://www.plaisirvaleurdhistoire.com/shop/38-printeurs

Mais si ce genre de SF n’est pas votre truc, je comprends parfaitement. J’espère vous surprendre agréablement avec mes futurs écrits.

Je vous remercie d’avoir accordé du temps pour me lire. Vous écrire à vous, mes abonnés ou lecteurs occasionnels, est à la fois un plaisir et un processus intellectuel important pour moi. J’espère que ce plaisir est partagé et je vous souhaite une excellente journée.

Image : Mort de Condorcet, musée de la Révolution Française.

Je suis @ploum, ingénieur écrivain. Abonnez-vous par mail ou RSS pour ne rater aucun billet (max 2 par semaine). Je suis convaincu que Printeurs, mon dernier roman de science-fiction vous passionnera. Commander mes livres est le meilleur moyen de me soutenir et de m’aider à diffuser mes idées !

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