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Comment j’ai déconnecté

vendredi 26 octobre 2018 à 16:47

Cela fait maintenant trois semaines que j’ai commencé ma déconnexion, trois semaines pleines de surprises. Trois semaines tellement surprenantes que je trouve intéressant de partager avec vous « comment » j’ai déconnecté et ce que j’ai mis en place exactement. Car il n’y a pas de secret : pour atteindre des objectifs, il faut se construire des outils.

1. Prise de conscience.

Avant toute chose, il est nécessaire de prendre conscience du problème que vous souhaitez régler. L’accepter. Avoir envie de changer des choses. Être motivé. Si vous ne voyez pas de problème à votre utilisation actuelle d’Internet, il n’y a pas de raison de la changer.

La technologie ne peut qu’aider la motivation, la soutenir. Toute seule, est elle inutile. Vous pouvez installer 15 apps pour détailler votre temps passé en ligne, pour bloquer pendant 25 minutes l’accès à votre navigateur, encore faut-il que vous l’utilisiez. Et que cette utilisation ne soit pas contre-productive : si le fait d’avoir fait une séance de 25 minutes pseudo-productive vous permet de vous auto-récompenser en passant le reste de la journée à glander, le problème n’est pas résolu. Peut-être qu’il est nécessaire de remonter à la racine du problème plutôt que de le camoufler.

2. Établir les règles de votre déconnexion.

Même si elles vont forcément changer et être adaptées, il est important de clarifier vos règles. Pour Thierry Crouzet, c’était “pas d’accès à Internet direct” mais il ne s’empêchait pas de regarder la télévision, de lire les journaux ou de demander à sa femme de lui télécharger ce dont il avait besoin.

Pour moi les règles initiales étaient :

Au final, ces règles ont rapidement évolué pour devenir :

L’app Refind, qui propose les meilleurs liens partagés par vos contacts Twitter, est ainsi passé à la trappe dès le deuxième jour alors que je pensais en faire un outil important de ma déconnexion. À ma grande surprise, Pocket a également disparu de mon téléphone. Je le garde cependant sur mon Kobo mais n’étant pas alimenté en contenu, son utilisation est exceptionnelle. Je réfléchis à réintroduire un lecteur RSS uniquement sur mon ordinateur (les suggestions de flux à suivre sont les bienvenues, je ne souhaite pas de l’actualité mais au contraire des réflexions nouvelles, différentes).

3. Mise en place d’une solution technique de blocage

Il est primordial de comprendre que la volonté d’un humain est limitée. Se fixer des règles est une chose mais il est illusoire de se faire confiance pour “respecter les règles”. Les automatismes ont la vie dure et il m’arrive encore, sans réfléchir, d’ouvrir un navigateur et de taper une URL d’un site interdit, par réflexe.

Sur Facebook, j’avais déjà mon système depuis plusieurs mois, inspiré par Pierre Valade. L’idée est de se désabonner d’absolument tous vos amis Facebook et de toutes les pages que vous likez (en fait, vous pouvez déliker absolument tout, les likes ne servent qu’à vous profiler publicitairement. Oui, vous pouvez même enlever le like que vous aviez gentiment mis sur ma propre page, je suis suicidaire à ce point là !). Cela va rendre votre flux complètement vide tout en préservant vos liens d’amitié. Attention, pour que cela fonctionne, il est indispensable de se désabonner de tout le monde et de le faire à chaque nouvel ami. Il suffit d’avoir quelques amis pour que Facebook aie assez de matériel pour remplir votre flux. Une fois que c’est fait, vous pouvez désinstaller l’app Facebook et utiliser la version Messenger Lite pour chatter.

La beauté de cette solution c’est que vous êtes officiellement sur Facebook mais quand on vous parle d’un truc, vous répondez que vous ne l’avez pas vu et tout le monde trouve ça normal car il est évident que tout le monde ne peut pas tout voir.

Mais si, comme moi, vous optez pour la déconnexion totale, cette étape n’est même pas nécessaire (elle peut cependant être vue comme une étape temporaire pour adoucir la déconnexion).

Le jour choisi pour le grand saut, déconnectez-vous de chacun de vos comptes ! J’ai commis l’erreur de ne pas le faire immédiatement ce qui a fait que la première fois que j’ai levé le blocage pour une bonne raison (de type aller chercher une adresse pour un restaurant qui n’a qu’une page facebook), les notifications m’ont sauté au visage.

Pour le blocage proprement dit, j’ai choisi Adguard, car disponible sur Android et MacOS, avec la liste de blocage suivante :

||dhnet.be^$empty,important
||lalibre.be^$empty,important
||9gag.com^$empty,important
||facebook.com^$empty,important
||lesoir.be^$empty,important
||rtbf.be^$empty,important
||lavenir.net^$empty,important
||sudpresse.be^$empty,important
||linkedin.com^$empty,important
||twitter.com^$empty,important
||mamot.fr^$empty,important
||macrumors.com^$empty,important
||numerama.com^$empty,important
||plus.google.com^$empty,important
||joindiaspora.org^$empty,important

J’ai commencé par bloquer un site que je ne visitais jamais (dhnet.be) pour tester puis j’ai ajouté ceux que je fréquentais régulièrement (précision, la liste est dans le désordre). Durant les trois premiers jours, cette liste s’est un peu allongée. Mais elle reste remarquablement courte ! Il va sans dire que les applications respectives sont également désinstallées de mon smartphone.

Le seul blocage auquel j’ai renoncé est medium.com car beaucoup de sites légitimes l’utilisent et je devais sans cesse désactiver Adguard pour accéder au résultat de ma recherche. Mais je me suis déconnecté et je ne visite jamais Medium directement, je n’y accède que lorsque le lien que je suis y est hébergé.

Car, oui, je m’autorise de couper mon filtrage si l’information que je cherche le rend nécessaire. Le but n’est pas de me “priver” arbitrairement mais d’utiliser Internet avec la conscience de ce que je souhaite obtenir. Devoir couper Adguard me force à prendre conscience de ce que je fais.

4. Configuration de l’ordinateur et du téléphone.

J’ai également éprouvé, après quelques jours de déconnexion, le besoin de changer l’interface de mon smartphone pour le rendre moins “sexy”, pour ne plus me procurer de plaisir à le dégainer, à chercher machinalement l’icône Twitter. Exit donc la couleur et les jolies icônes. Le launcheur AIO s’est révélé absolument parfait. D’ailleurs, si vous connaissez un moyen pour arriver à ce genre de résultat sur un Iphone, je suis preneur de tout conseil. Le fait d’avoir de la couleur sur mon écran me semble désormais ultra agressif.

Voilà ce que je vois désormais quand je dévérouille mon téléphone. Et si l’app souhaitée n’est pas dans mes raccourcis (vers le bas de de l’écran), je dois chercher en tapant le nom de l’app. Pas moyen de lancer une app sans réfléchir !

J’ai activé les notifications pour les applications suivantes : mail, Whatsapp, Signal et agenda. J’avais initialement désactivé les mails mais, du coup, à chaque fois que je regardais mon téléphone, je lançais l’app. Désormais, un coup d’œil me permet de voir si je dois traiter quelque chose. Tout le reste est en théorie désactivé. Grâce à un bouton hardware, le téléphone est en permanence en silencieux sauf si j’attends un coup de fil. Je ne mets donc pas mon téléphone en silencieux, c’est le contraire : je le mets en mode bruyant lorsque j’en ai besoin. Conséquence directe : je ne vois les notifications que sur l’écran et seulement si je le consulte volontairement. Elle ne m’interrompent pas.

L’agenda et les appels téléphoniques ont la permission de faire vibrer ma montre et donc de m’interrompre.

Pour mon ordinateur, j’ai également fait du nettoyage dans la barre de lancement rapide, ne laissant que le calendrier et ma liste de todo. Pour le reste, je dois taper le nom de l’application dans Alfred, ce qui m’oblige à réfléchir et ne pas être dans le réflexe de cliquer sur une icône. De ce fait, je n’accède à mon navigateur qu’en tapant une recherche DuckDuckGo dans Alfred.

Alfred, mon lanceur de recherches
Ma barre d’icônes

Au fait, mon ordinateur est en permanence en mode Do Not Disturb. Je sais bien que MacOS ne permet pas d’être en permanence dans ce mode mais il permet de fixer Une plage horaire. La mienne s’étant de 4h du matin à 3h du matin. En théorie, entre 3h et 4h, je recevrai les notifications mais je suis rarement devant mon ordinateur à cette heure là.

Do not disturb

Cette déconnexion s’est également accompagnée d’un besoin pressant de minimalisme. J’ai donc désinstallé énormément d’apps et de logiciels. Exit tous les outils de tracking (hors Strava) ou de statistiques. RescueTime, par exemple, s’est révélé particulièrement retors : en quelques jours d’utilisation, j’avais pris le réflexe de consulter mes statistiques de “productivité”, d’ouvrir les apps dites “productives” sur mon écran lorsque je réfléchissais dans le vide. Bref, tout le contraire de ce que je cherchais.

5. Au sujet des emails

Cela fait des années que j’applique la méthode Inbox 0 et me désabonne de tout ce qui contient un lien “unsubscribe”. Par définition, s’il y’a un lien pour se désinscrire, c’est que ce n’est pas critique et je peux m’en passer. J’ai également un filtre qui envoie directement dans les archives les mails pour lesquels je ne suis pas explicitement dans le champs “to”. Pour l’anecdote, l’université dans laquelle j’enseigne produit une quantité invraisemblable de newsletters et de listes de diffusion dont il est impossible de se désinscrire. Il y’a d’ailleurs toute une équipe uniquement en charge de produire ces newsletter. Avant mon filtre automatique, mes journées étaient un combat permanent entre l’équipe chargée de remplir mon inbox et moi, tentant de la vider, de trouver les bons filtres pour n’avoir que ce qui m’intéressait. J’ai fini par gagner même s’ils ne le savent pas encore.

J’envoie également une réponse automatisée (via un snippet Alfred) pour réclamer ma suppression de tout envoi de type “marketing” (en citant la RGPD), même personnalisé. J’en profite pour demander d’où vient mon adresse ce qui m’a permis de remonter à la source et de me faire supprimer de plusieurs bases de données (la plus pénible étant un certain « hors antenne »). Je fais désormais la même chose avec les mailings papiers.

Avec ma déconnexion, j’ai simplement décidé d’être encore plus sévère et d’appliquer systématiquement ces règles que je suivais déjà mais avec un certain laxisme. En 3 semaines, mon inbox s’est incroyablement calmée à tel point que, désormais, je peux passer plusieurs jours sans “traiter mes mails”.

Alors oui, ce système extrême possède le risque de me faire “rater” quelque chose. Mais toute l’expérience réside justement en ne plus avoir peur de rater quelque chose. Avant, je ratais 100 infos par jour, aujourd’hui j’en rate peut-être 150. L’univers finit toujours bien par trouver une façon de nous prévenir de ce qui est réellement important. De toutes façons, l’excuse “Ah non, je n’ai pas vu passer cet email. Il doit être dans mes spams” est désormais universellement admise.

6. Poster sur les réseaux sociaux

Ma particularité dans cette expérience est que je suis producteur de contenu web, que la majorité de mon audience provient des réseaux sociaux. Je ne peux donc pas simplement arrêter de poster. Enfin, si, je peux mais ne le souhaite pas.

La solution la plus connue pour poster sur différents réseaux sociaux est Buffer mais l’abonnement coûte fort cher et l’interface très complexe pour mes maigres besoins. J’ai découvert l’alternative Friends+Me grâce à Balise. C’est vachement moins abouti mais beaucoup plus simple. Le plan gratuit me permet de poster sur ma page Facebook et sur Twitter, ce qui envoie également le post sur Mastodon.

Je poste donc sur ces réseaux mais en différé (l’heure est programmée à l’avance) et je ne vois pas les réactions, les réponses ou les partages. Bref, rien du tout.

Diaspora, Google+ et Linkedin sont abandonnés, tout comme mon compte Facebook personnel. De toutes façons, entre nous, ce n’est pas comme si ces réseaux étaient importants. Pour l’anecdote, j’ai du aller chercher une info sur Linkedin et, comme j’avais oublié de me déconnecter, un popup de chat m’a sauté au visage avec une dizaine de nouveaux messages.

La plupart concernaient des félicitations pour un vague anniversaire de travail (ça se fête, ça ?) et provenaient de gens que je ne connaissais pas ou d’ex-collègues que je n’ai plus vu depuis une bonne décennie. Les autres messages tentaient d’obtenir que je fasse de la pub pour des projets obscurs liés à la blockchain ou que me proposait des entretiens d’embauche pour devenir développeur sous-payé dans de grandes institutions bancaires. Linkedin est décidément sa propre parodie.

6. S’engager

Engagez-vous vis-à-vis de vos proches et de vos contacts, rendez votre déconnexion publique avec une date de début et une date de fin. Cet engagement peut servir de garde fou moral. Le fait d’avoir une date de fin est également un bon objectif afin de tester en profondeur. Sans date de fin, il serait facile après 2 semaines de dire “ça ne me convient pas”. Plusieurs mois me semble un minimum. J’ai personnellement fixé le 31 décembre car c’était une symbolique facile et que ça donnait une durée de 3 mois à l’expérience.

Le fait de rendre la nouvelle publique, surtout sur les réseaux où vous êtes habituellement actifs, permet à vos contacts de ne pas s’inquiéter voire, de vous contacter pour ce qu’ils estiment important.

J’ai déjà reçu plusieurs mails d’amis proches, de “connaissances virtuelles” ou de lecteurs de mon blog avec en lien un article qui “devrait m’intéresser”. Dans tous les cas ça s’est révélé intéressant et j’ai été très touché par cet échange direct. Peut-être parce que j’avais également l’espace mental pour apprécier le message plutôt que pour voir cela comme “un mail de plus à traiter”.

Au final…

Bien entendu, ces solutions ont leurs limites. Elles ne s’appliquent qu’à mon cas particulier (je n’aurais jamais abandonné les réseaux sociaux si je devais pointer 8h par jour dans un open space grisonnant. Les réseaux sociaux sont un parfait échappatoire pour avoir l’air concentré sur son ordinateur). De plus, ces règles ne sont en place que depuis 3 semaines et doivent encore être testé dans la durée.

Mais s’interroger sur son utilisation des technologies, sur sa dépendance est toujours un questionnement sain. Le petit système que je viens de vous partager me semble un excellent point de départ pour ceux qui souffrent des mêmes problèmes que moi et souhaiteraient tenter le même genre de solution.

Entre nous, j’ai déjà tenté de me désintoxiquer de Facebook il y’a exactement 8 ans. À relire l’article, je constate que rien n’a changé. Le fait d’être candidat aux élections m’a fait rechuter.

Cette tentative sera-t-elle la bonne ? Les paris sont ouverts !

Photo by Kyle Glenn on Unsplash

Je suis @ploum, conférencier et écrivain électronique déconnecté rémunérés en prix libre sur Tipeee, Patreon, Paypal, Liberapay ou en millibitcoins 34pp7LupBF7rkz797ovgBTbqcLevuze7LF. Vos soutiens, même symboliques, font une réelle différence pour moi. Merci !

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

Le jour où j’ai désinstallé mon app préférée !

mardi 16 octobre 2018 à 11:32

Ça y’est, c’est fait ! J’ai désinstallé Pocket de mon smartphone. Pocket qui est pourtant l’application que j’ai toujours trouvée la plus importante, l’application qui a justifié que je repasse sur un Kobo afin de lire les articles sauvegardés. Pocket qui est, par définition, une manière de garder des articles glanés sur le web « pour plus tard », liste qui tend à se remplir au gré des messages sur les réseaux sociaux.

Or, ne glanant plus sur le web depuis ma déconnexion, force est de constater que je n’ajoute rien de nouveau à Pocket (sauf quand vous m’envoyez un mail avec un lien qui devrait selon vous m’intéresser. J’adore ces recommandations, merci, continuez !). Le fait d’avoir le temps pour lire la quantité d’articles amassés non encore lus (une petite centaine) m’a fait réaliser à quel point ces articles sont très très rarement intéressants (comme je le signalais dans le ProofOfCast 12, ceux sur la blockchain disent absolument tous la même chose). En fait, sur la centaine d’articles, j’en ai partagé 4 ou 5 sur le moment même, j’en retiens un seul qui m’a vraiment appris des choses (un article qui résume l’œuvre d’Harold Adams Innis) et 0 qui ont changé quoi que ce soit à ma perspective.

L’article sur Innis est assez paradoxal dans le sens que son livre le plus connu est dans ma liste de lecture depuis des mois, que je n’ai encore jamais pris le temps de le lire. Globalement, je peux dire que ma liste Pocket était inutile à 99% et, à 1%, un succédané d’un livre que j’ai envie de lire. Que lire ces 100 articles m’a sans doute pris le temps que j’aurais pris à lire rapidement le livre en question.

Le résultat est donc assez peu brillant…

Mais il y’a pire !

Pocket possède un flux d’articles « recommandés ». Ce flux est extrêmement mal conçu (beaucoup de répétitions, des mélanges à chaque rafraichissement, affiche même des articles qui sont déjà dans notre liste de lecture) mais est la seule application qui reste sur mon téléphone à fournir un flux d’actualités.

Vous me voyez venir…

Mon cerveau a très rapidement pris l’habitude de lancer Pocket pour « vider ma liste de lecture » avant d’aller consulter les « articles recommandés » (entre nous, la qualité est vraiment déplorable).

Aujourd’hui, alors qu’il ne me reste que 2 articles à lire, voici deux suggestions qui se suivaient dans mon flux :

La coïncidence est absolument troublante !

D’abord un article pour nous faire rêver et dont le titre peut se traduire par « Devenir milliardaire en 2 ans à 20 ans, c’est possible ! » suivi d’un article « Le réchauffement climatique, c’est la faute des milliardaires ».

Ces deux articles résument sans doute à eux seuls l’état actuel des médias que nous consommons. D’un côté, le rêve, l’envie et de l’autre le catastrophisme défaitiste.

Il est évident qu’on a envie de cliquer sur le premier lien ! Peut-être qu’on pourrait apprendre la technique pour faire pareil ? Même si ça parait stupide, le simple fait que je sois dans un flux prouve que mon cerveau ne cherche pas à réfléchir, mais à se faire du bien.

L’article en question, pour le préciser, ne contient qu’une seule information factuelle : la startup Brex, fondée par deux vingtenaires originaires du Brésil, vient de lever 100 millions lors d’un Round C, ce qui place sa valeur à 1 milliard. Dit comme ça, c’est beaucoup moins sexy et sans intérêt si vous n’êtes pas dans le milieu de la fintech. Soit dit en passant, cela ne fait pas des fondateurs des milliardaires vu qu’ils doivent à présent bosser pour faire un exit profitable (même si, financièrement, on se doute qu’ils ne doivent pas gagner le SMIC et que l’aspect financier n’est plus un problème pour eux).

Le second article, lui, nous rappelle que les plus grosses industries sont celles qui polluent le plus (quelle surprise !) et qu’elles ont toujours fait du lobby contre toute tentative de réduire leurs profits (sans blague !). Le rapport avec les milliardaires est extrêmement ténu (on sous-entend que ce sont des milliardaires qui sont dans le conseil d’administration de ces entreprises). L’article va jusqu’à déculpabiliser le lecteur en disant que, vu les chiffres, le consommateur moyen ne peut rien faire contre la pollution. Alors que la phrase porte en elle sa solution : dans « consommateur », il y’a « consommer » et donc les « consommateurs » peuvent décider de favoriser les entreprises qui polluent moins (ce qui, remarquons-le, est en train de se passer depuis plusieurs années, d’où le green-washing des entreprises suivi d’un actuel mouvement pour tenter de voir clair à travers le green-washing).

Bref, l’article est inutile, dangereusement stupide, sans rapport avec son titre, mais le titre et l’image donnent envie de cliquer. Pire en fait : le titre et l’image donnent envie de discuter, de réagir. J’ai été témoin de nombreux débats sur Facebook dans les commentaires d’un article, débat traitant… du titre de l’article !

Lorsqu’un commentateur un peu plus avisé que les autres signale que les commentaires sont à côté de la plaque, car la remarque est adressée dans l’article et/ou l’article va plus loin que son titre, il n’est pas rare de voir le commentateur pris en faute dire « qu’il n’a pas le temps de lire l’article ». Les réseaux sociaux sont donc peuplés de gens qui ne lisent pas plus loin que les titres, mais se lancent dans des diatribes (car on a toujours le temps de réagir). Ce qui est tout bénéf pour les réseaux sociaux, car ça fait de l’animation, des interactions, des visites, des publicités affichées. Mais également pour les auteurs d’articles car ça fait des likes et des vues sur leurs articles.

Le fait que personne ne lise le contenu ? Ce n’est pas l’objectif du business. Tout comme ce n’est pas l’objectif d’un fast-food de s’inquiéter que vous ayez une alimentation équilibrée riche en vitamines.

Si vous voulez une alimentation équilibrée, il faut trouver un fournisseur dont le business model n’est pas de vous « remplir » mais de vous rendre « meilleur ». Intellectuellement, cela signifique se fournir directement chez vos petits producteurs locaux, vos blogueurs et écrivains bio qui ne vivent que de vos contributions.

Mais passons cette intrusion publicitaire éhontée pour remarquer que j’ai désinstallé Pocket, mon app la plus indispensable, après seulement 12 jours de déconnexion.

Suis-je en train d’établir des changements durables ou bien suis-je encore dans l’enthousiasme du début, excité par la nouveauté que représente cette déconnexion ? Vais-je tenir le coup sans absolument aucun flux ? (et punaise, c’est bien plus difficile que prévu) Vais-je abandonner la jalousie envieuse de ceux devenus milliardaires (car si ça m’arrivait, je pourrais me consacrer à l’écriture) et me mettre à écrire en réduisant ma consommation (vu que moins exposé aux pubs) ?

L’avenir nous le dira…

Photo by Mantas Hesthaven on Unsplash

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Une limite d’âge pour voter et être élu ?

vendredi 12 octobre 2018 à 10:56

Dans mon pays, il faut 18 ans pour pouvoir se présenter aux élections (il n’y a pas si longtemps, il fallait même 23 ans pour être sénateur). Je suppose que la raison est que l’on considère que la plupart des jeunes de moins de 18 ans sont trop immatures intellectuellement. Ils sont trop aisément influençables, ils ne connaissent pas encore les réalités de la vie.

Bien sûr, la limite est arbitraire. Certains sont bien plus matures et réalistes à 15 ans que ce que certains ne seront jamais de toute leur vie de centenaire.

Nous acceptons cette limite arbitraire pour éviter l’innocence et la naïveté de la jeunesse.

Mais qu’en est-il de l’inverse ?

J’observe que beaucoup d’adultes qui étaient très idéalistes à 20 ans deviennent soudainement plus préoccupés par leur petit confort et payer les traites de la maison dans la trentaine et la quarantaine. Au-delà, nous sommes nombreux à devenir conservateurs, voire réactionnaires. Ce n’est certes pas une généralité, mais c’est quand même une forme de constance humaine observée depuis les premiers philosophes. Pline (ou Sénèque ? Plus moyen de retrouver le texte) en parlait déjà dans mes cours de latin.

Mais du coup pourquoi ne pas mettre une limite d’âge à la candidature aux élections ?

Plutôt que de faire des élections un concours de serrage de mains de retraités dans les kermesses, laissons les jeunes prendre le pouvoir. Ils ont encore des idéaux eux. Ils sont vachement plus concernés par le futur de leur planète, car ils savent qu’ils y vivront. Ils sont plus vifs, plus au courant des dernières tendances. Mais, contrairement aux plus âgés, ils n’ont ni le temps ni l’argent à investir dans des élections.

Imaginez un instant un monde où aucun élu ne dépasserait l’âge de 35 ans (ce qui me disqualifie directement) ! Et bien, en toute honnêteté, je trouve ça pas mal. Les ainés deviendraient les conseillers des plus jeunes et non plus le contraire où les plus jeunes font les cafés des plus vieux en espérant monter dans la hiérarchie et bénéficier d’un poste enviable à 50 ans.

En approchant de la limite fatidique des 35 ans, les élus commenceraient à vouloir plaire aux plus jeunes encore empreints de rébellion. Comme ce serait beau de voir ces trentenaires considérer les intérêts des plus jeunes comme leur principale priorité. Comme il serait jouissif de ne plus subir la suffisance d’élus cacochymes admonestant la fainéantise de la jeunesse entre deux tournois de golf.

Bien sûr, il y’a énormément de vieux qui restent jeunes dans leur cœur et leur esprit. Vous les reconnaitrez aisément : ils ne cherchent pas à occuper l’espace, mais à mettre en avant la jeunesse, la relève. Allez savoir pourquoi, j’ai l’impression que ceux-là auraient tendance à être plutôt d’accord avec ce billet. 

Après tout, on se prive bien de toute l’intelligence et de la vivacité des moins de 18 ans, je n’ai pas l’impression que le conservatisme des anciens jeunes nous manquera beaucoup.

Photo by Cristina Gottardi on Unsplash

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Printeurs 46

jeudi 4 octobre 2018 à 17:09

Après Junior, c’est au tour de Max d’être tué par les défenses de l’étrange bâtiment. Eva et Nellio restent seuls.

Tout en parlant, nous continuons à marcher dans un long couloir de vitres dorées, laissant derrière nous le corps désarticulé de Max. Je suis étrangement insensible. Peut-être est-ce l’état de choc ? Nous nous arrêtons devant une large porte en bois verni et aux poignées dorées. Dans cet univers, la porte semble incongrue, hors du temps. Elle se dresse comme un cercueil au milieu d’un jardin d’enfants. Le mur qui l’entoure est constellé de bas-reliefs en marbre, de luminaires en fer forgé.

Eva semble réfléchir mais je n’en démords pas. J’exige des explications. Je veux savoir, comprendre à tout prix, quelle que soit l’incongruité du décor.

— Seconde question, Eva. Pourquoi sommes-nous, selon toi, morts ? Et pourquoi parles-tu des humains en disant “vous” ? Tu viens pourtant de prouver que tu es entièrement biologique !

— Alors, tu n’as pas encore compris ?

Ses yeux se plongent dans les miens. J’y lis une incroyable humanité, un mélange de naïveté teintée d’une infinie sagesse. Eva a les yeux d’un nouveau né qui aurait mille ans et vécu toutes les guerres. Elle est à la fois humaine et inhumaine dans sa totale humanité. Elle est le surhomme qui est tous les hommes à la fois. Face à elle, je me sens d’une idiotie sans nom. Que n’ai-je pas vu qui est pourtant tellement évident ?

— Non, je n’ai pas compris. Ou alors, je me refuse à accepter. Je veux entendre la vérité de ta propre bouche. Je veux que tu me dises tout sans sous-entendu, sans tabou. Que tu m’expliques cette vérité qui m’échappe comme tu le ferais à un enfant de cinq ans.

Lentement, elle me passe la main sur le visage. Doucement, elle se mordille les lèvres. Je frémis. Je ferme les yeux en sentant l’odeur de ses doigts frôlants mes narines.

— Quelle vérité, Nellio ?

Je la regarde en déglutissant. Elle ne m’a jamais semblé si belle qu’en cet instant. Au milieu du cataclysme chimique qu’est mon corps se mêle désormais un bestial instinct de reproduction patiemment transformé en amour par les millénaires d’évolution et de sélection naturelle.

— La vérité, Eva. La seule, l’unique vérité. Ce qui s’est vraiment passé.
— Comment pourrais-tu prétendre à la vérité toi dont la perception se limite obligatoirement à cinq sens sous-développés. Sens qui apportent leurs informations erronées a un cerveau rachitique. Une cellule du genou d’un astronome peut-elle comprendre ce qu’est une planète, ce qu’est la gravitation ? Un humain ne peut pas comprendre l’infrarouge ni l’ultraviolet. Il ne peut entendre qu’une gamme de sons tellement étroite et peut à peine imaginer ce qu’est une odeur là où un chien reconnaitra une personne plusieurs heures après son passage.
— Je…
— Nellio, les vérités sont infinies, complexes, changeantes.

Nos corps se sont rapprochés. Ses mains carressent ma poitrine, mon cou. Machinalement, je l’ai saisie par les hanches. Ma respiration se fait haletante.

— Eva, j’ai besoin de comprendre. Pourquoi ne te considères-tu pas comme faisant partie des humains ?

Pour toute réponse, elle pose goulument ses lèvres sur les miennes. Sa langue cherche maladroitement à me pénétrer. Des bras, j’entoure ses épaules, caresse son dos, descend doucement sur le creux de ses reins.

Elle s’écarte un instant pour reprendre son souffle et contemple mon visage ahuri. Un rire franc, cristallin, féminin, contagieux se répand et m’entoure. Je ne peux résister. Je ris, je l’accompagne.

Sans que je ne sache trop comment, nous nous retrouvons enlacés, roulants sur le sol vitré et brillant. Frénétiquement, elle déboutonne mon pantalon, tente de me l’enlever avec de petits gestes fébriles. Mon cœur s’emballe, ma vue se brouille. Dans mon excitation, je peine à avaler quelques bouffées d’air tout en tentant de lui prodiguer quelques maladroites caresses.

Le temps a cessé d’exister. Les morts, le risque, l’incongruité de l’endroit ont été effacés de ma mémoire alors que nos corps nus ne cherchent plus qu’à s’unir, se reproduire. Je ne suis que désir : entasser, posséder, pénétrer, aimer, recopier les chromosomes qui me constituent.

Sur le sol s’activent deux animaux gouvernés par des hormones, deux amas de cellules cherchant à se reproduire, à perpétuer la vie. Toute intelligence a disparu. Mon être, mon histoire, ma vie, ma philosophie sont condensés en cet unique instant où ma semence viendra féconder une femelle, où, peut-être, je transmettrai la vie avant de dépérir, inconscient de ma propre inutilité.

Mon sexe fouille, glisse avant de s’insérer dans ce corps que je possède, que je tiens dans mes mains. Entre deux grognements essoufflés, je vois Eva rire, gémir, se crisper de douleur, être surprise, sourire, jouir.

Je suis sur elle, je l’écrase de mon poids. L’instant d’après, elle me chevauche, me domine. Nous roulons, nous tournons. J’admire ses seins, son ventre, sa gorge, son dos, ses fesses sombres et délicieuses. Mes mains cherchent à la caresser, à jouir de chaque centimètre de son corps.

Alors qu’elle se tortille sous moi, mon sexe est brusquement enserré. Durant une fraction de seconde, ma gorge se contracte, je déglutis. Puis, je jouis dans un râle profond, bestial, organique. Mon corps est pris de spasmes incontrôlables. Eva me répond par un petit couinement avant que je ne m’affale à ses côtés, épuisé, repus.

Combien de temps restons-nous côte-à-côte sans rien dire, reprenant notre souffle ? Tout mon esprit lutte contre cet implacable sommeil post-coïtal. Je tente de reprendre mes esprits.

Eva est la première à rompre le silence :
— C’est donc cela être humain ? C’est tellement beau et effrayant à la fois. Je croyais que la douleur et le plaisir étaient deux extrêmes opposés mais je constate que, chez l’humain, la frontière est floue. Jamais je n’avais compris cela. Je tentais de minimiser la douleur et, sans le savoir, je tuais le plaisir. J’ai été créé pour le plaisir. Pourtant, je suis le fruit d’un monde de douleur.
— Eva, de quoi parles-tu ?

Elle soupire avant de m’adresser un regard à la fois complice et condescendant. Du bout des doigts, elle frôle ma joue.
— Il est temps que je t’explique qui je suis, Nellio…

Dans un claquement, la porte devant laquelle nous gisons, pantins nus et désarticulés, s’ouvre brusquement.

Photo by Alessia Cocconi on Unsplash

Je suis @ploum, conférencier et écrivain électronique déconnecté rémunérés en prix libre sur Tipeee, Patreon, Paypal, Liberapay ou en millibitcoins 34pp7LupBF7rkz797ovgBTbqcLevuze7LF. Vos soutiens, même symboliques, font une réelle différence pour moi. Merci !

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

Je suis déconnecté !

mercredi 3 octobre 2018 à 21:35

Bonjour,

Ceci est un répondeur automatique.

Jusqu’au 31 décembre 2018, j’ai décidé de tenter l’expérience de me déconnecter complètement des réseaux sociaux, des sites de presse/média/informations/actualités et de tout service web vivant de la publicité. Je vous détaille mes motivations dans ce billet.

Mes comptes Twitter, Mastodon et ma page Facebook continueront à exister et être alimentés automatiquement par les billets de ce blog mais je ne verrai pas vos demandes d’ajout, vos commentaires, vos notifications, vos likes ni vos messages. Les autres comptes (Facebook perso, Google+, Diaspora, …) seront certainement désertés. 

Cette expérience sera partagée sur ce blog, tant au niveau des réflexions que des outils techniques mis en place. Si vous la trouvez intéressante, n’hésitez pas à me soutenir sur Tipeee.

Si vous voyez une personne tentant d’interagir avec moi sur un réseau social, merci de lui envoyer ce lien.

Pour me contacter, utilisez le mail: lionel@ploum.net ou laissez un message après le bip sonore.

BIIIIIIIIP

Photo by Amy Lister on Unsplash

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