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J’ai testé les matelas web

mardi 30 mai 2017 à 09:51

Comparatif des matelas Tediber, Eve, Ilobed et Casper

UPDATE 24 novembre 2017 : ajout du matelas Casper.

Lorsqu’il est devenu urgent de changer de matelas, plutôt que de me rendre dans un magasin de literie, je me suis tout naturellement tourné vers le web, curieux de voir ce qui se faisait en la matière.

J’y ai découvert que le matelas était un domaine grouillant d’activités avec des startups comme Tediber, Eve, Ilobed et Oscarsleep. Mais quel est le rapport entre un matelas et Internet ? Quel avantage à acheter un matelas sur le web ?

Rassurez-vous, pas de matelas connecté ! La particularité de ces startups matelas c’est qu’elles partagent un concept similaire, lancé par Tuft & Needle en 2012 et popularisé par Casper, deux startups américaines. Un modèle de matelas unique livré roulé sous vide, une période d’essai de 100 jours et un remboursement intégral en cas de non-satisfaction.

Contrairement à un matelas de magasin, vous pouvez donc réellement dormir pendant 100 nuits avant de faire votre choix ! Les matelas retournés sont donnés à des associations.

Chaque startup ne propose qu’un seul type de matelas mais en différentes tailles. L’idée est venue au créateur de Casper en réalisant que, dans les hôtels, on dort généralement très bien alors qu’on ne vous demande jamais le type de matelas que vous préférez. Il serait donc possible de créer un matelas « universel ».

Bref, une fois encore Internet prouve que l’on peut innover sans nécessairement faire de la haute technologie ou du tout connecté. Il n’y a même pas d’app mais seulement un concept commercial que je me devais de tester.

UPDATE : lors de la rédaction initiale de ce billet, Casper n’était pas disponible en France. C’est désormais le cas (même s’ils ne sont pas disponibles en Belgique). Ils m’ont donc envoyé un matelas gratuit pour que je les rajoute à cet article.

Tediber, le bleu nuit

Ne sachant que choisir, les caractéristiques techniques étant très similaires, je me suis tourné vers Twitter où les community managers de Tediber et Eve se sont affrontés un dimanche soir afin de me convaincre.

Ne pouvant tester le matelas, j’ai été séduit par l’image de Tediber : technique mais très classe avec un doux mélange blanc/bleu foncé évoquant pour moi l’apaisement et le sommeil. Le site, très simple et fonctionnel, met en avant le matelas et ses qualités.

Sur Twitter, le community manager de Tediber était très factuel, décrivant son produit. Le compte Eve, par contre, avait tendance à comparer voir à dénigrer les concurrents.

J’ai donc opté pour un matelas Tediber et, autant le dire tout de suite, le produit est magnifique.

La grande force de Tediber, c’est sa housse qui est tout simplement sublime. Du côté du sommier, le matelas est équipée d’une couche antidérapante particulièrement résistante. Du côté du dormeur, le matelas est d’une douceur incomparable et fait regretter d’avoir un drap de lit.

Le matelas est particulièrement moelleux et donne une douce impression de chaleur lorsqu’on s’y enfonce. Ce test ayant été réalisé en hiver, je suis curieux de savoir comment se comporte le matelas lors de fortes chaleurs.

Car, malheureusement, j’ai du renvoyer le matelas Tediber, aussi parfait soit-il. La raison ? Ma compagne, enceinte à l’époque, et moi-même étions aspirés par le centre où notre poids créait une légère dépression.

Peut-être est-ce dû à la taille choisie (140cm de large) ? Quoiqu’il en soit, je décide, un peu à contre-cœur, de renvoyer le matelas Tediber.

La communication, le retour et le remboursement se passent très bien.

Eve, le jaune

Mon second choix se porte en toute logique vers Eve. Comme je partage mon expérience sur Facebook, plusieurs d’entre vous se disent intéressés par un retour d’expérience, que vous êtes justement en train de lire. Je demande alors à Eve s’ils sont disposés à me faire une réduction en échange de mon test.

Ils acceptent de me faire le tarif “membre du personnel” (-30%) et je commande mon matelas Eve.

Contrairement à Tediber, Eve est une déception.

La housse glisse semble faite dans un tissu bon-marché, le jaune est absolument criard. Le matelas est bien moins moelleux que le Tediber mais, au moins, il ne se creuse pas au centre. Pour mon goût, il est soit trop mou, soit trop dur. Je n’arrive pas à trouver les mots mais je ne m’y sens pas bien. Ma compagne avoue avoir le même ressenti, elle qui préfère un matelas ferme.

Deux problèmes m’irritent particulièrement : le matelas glisse sur le sommier et la surface de la housse possède un relief en nid d’abeille que je trouve insupportable, malgré la présence d’une alèse et d’un drap de lit. (Eve m’affirme avoir réglé ces deux problèmes qui étaient des critiques récurrentes)

Bref, je n’aime pas le matelas Eve. Rien que l’idée d’utiliser du jaune pour symboliser le sommeil, quelle horreur !

Je décide de le remballer avec l’alèse que j’avais également commandée. Mais il m’est notifié que l’alèse ne dispose que de 30 jours d’essais, non 100 (la demande de retour ayant été fait aux alentours du 35ème jour). C’est un peu ballot…

Si la communication, le retour et le remboursement se passent bien, je garde un mauvais sentiment de cette expérience. Je n’aime pas les couleurs, le site un peu confus qui insiste plus sur des photos de modèles dénudés que sur le matelas, sur l’approche à la limite de la grosse boite industrielle, un matelas qui est plus beau en photo qu’en vrai. Notons que le site a été récemment simplifié et que les photos se centrent désormais sur le matelas.

Ilobed, le blanc

En désespoir de cause, je me tourne vers Ilobed, le dernier acteur qui n’avait pas participé à la guerre des community managers sur Twitter.

Et pour cause : contrairement aux deux précédents, Ilobed est auto-financé et est beaucoup plus petit. Je suis en contact direct avec Clément, fondateur d’Ilobed, qui répond gentiment à toutes mes questions et me propose 150€ de réduction lorsque je lui annonce écrire cet article. J’avais eu peu d’interaction sur Twitter car lui ne peut se permettre de passer son dimanche sur les réseaux sociaux et c’est très bien comme ça !

C’est également Clément qui me téléphone directement lorsqu’il réalise que ma commande est en Belgique dans une zone où un éventuel retour risque d’être difficile voire impossible. Il préfère me prévenir pour discuter avec moi et j’apprécie la démarche.

Ilobed mise sur le plus simple, moins cher. Le matelas est plus fin car, selon Clément, l’épaisseur n’est qu’un phénomène de mode. La housse est toute blanche, avec un motif agréable.

Des trois, Ilobed est certainement le plus ferme. Et nous y dormons désormais très bien.

Seul gros bémol : il glisse presqu’autant que le matelas Eve. J’ai fini par acheter sur Amazon un sous-matelas antidérapant à 20€ qui a fait des miracles mais c’est dommage. Sans compter que c’est le seul matelas pour lequel l’envers et l’endroit ne sont pas clairs du tout ! Une couche anti-dérapante résoudrait ces deux problèmes.

Le matelas Ilobed n’est clairement pas Tediber, il n’est pas enthousiasmant, il n’est pas moelleux. Mais sa sobriété est peut-être justement son meilleur atout. Et c’est celui que nous avons décidé de garder.

Oscarsleep, le gris foncé

Je me dois de citer Oscarsleep, l’acteur belge du marché du matelas francophone. Oscarsleep était plus cher et proposait un matelas retournables (on peut dormir sur les deux faces). Comme ils n’ont jamais répondu à mes requêtes, je ne l’ai pas testé. Je note cependant que le prix a baissé et que le matelas s’est aligné sur la technologie des 3 autres avec une couche à mémoire de forme du côté du dormeur.

J’avoue, je serais très curieux de l’essayer pour compléter ce test.

Casper, le gris chiné

Lors de la rédaction initiale de ce billet, Casper n’était pas disponible en Europe. Les choses évoluent et Casper s’est lancé sur le marché français (malheureusement, pas le belge). Ils m’ont contacté pour me proposer de tester gratuitement un matelas et une alèse. J’accepte.

Au niveau expérience utilisateur, on sent l’expérience de Casper et on se rapproche presque de Tediber : packaging soigné, petit mot de bienvenue. Ironiquement, j’utilise le cutter Tediber pour déballer le matelas. Bref, Tediber garde une petite longueur d’avance.

La housse de matelas est elle-même presqu’au niveau de Tediber: dessus très moelleux, anti-dérapant dessous, impression de solidité. Ici encore, Tediber me semble avoir encore une toute petite avance à une exception: le matelas Casper est équipé de poignées !  C’est une invention simple mais géniale. Après avoir déplacé un matelas Casper, les autres matelas semblent tellement peu pratiques.

L’alèse est excessivement chère: 100€. Mais, contrairement à Eve, la qualité est au rendez-vous ! L’alèse reproduit exactement la housse de matelas qui est douce et moelleuse. De plus, après avoir testé, son étanchéité est sans faille. Sans compter que, contrairement à Eve, l’alèse est également testable pendant 100 jours.

Mais venons-en au principal: qu’en est-il du confort ? Le matelas Casper est bien plus dur et bien moins moelleux que le Tediber. Mais, du coup, il offre une réelle impression de soutien. Même à deux, il n’y a aucun creux vers le centre, aucun sentiment de s’enfoncer un peu trop (problème du Tediber et du Eve). Au niveau rigidité, le Casper et le Ilobed sont très comparables mais Casper l’emporte par ses fonctionnalités supplémentaires : housse moelleuse, alèse, antidérapant (le gros soucis d’Ilobed) et poignées.

Si j’avoue particulièrement apprécier le matelas Casper, j’ai cependant quelques doutes sur l’éthique de l’entreprise. Aux États-Unis, Casper aurait fait pression sur des blogueurs critiquant négativement le matelas et, en France, Casper a publié un « publi-reportage » sur Numerama, pratique que je n’apprécie pas (les lecteurs de Numérama semble d’ailleurs d’accord avec moi).

(contrairement à ce que j’avais annoncé par erreur, je ne touche aucune commission de Casper)

Conclusion

Un matelas est quelque chose de très subjectif et je sais que des centaines de personnes adorent leur matelas Eve. Mais je déteste quand ce genre de comparatif se termine par une conclusion qui n’en est pas une, disant que toutes les solutions ont plein de qualités et ne prenant pas un parti ferme.

Du coup, ma conclusion est simple : si le budget n’est pas un problème pour vous, que vous souhaitez du moelleux, testez Tediber. C’est un matelas enthousiasmant. Si vous avez été déçu par Tediber ou que vous souhaitez de la fermeté, testez Casper, c’est un matelas qui fait plaisir à déballer et à tester. Par contre, si vous cherchez un meilleur rapport qualité prix, un matelas ferme et simple, adoptez Ilobed. Si l’éthique est un critêre important, j’ai le sentiment qu’Ilobed est également le meilleur choix. Pour l’alèse, aucun doute : Casper l’emporte haut la main (mais au prix fort). À titre personnel, j’ai longuement hésité entre le Casper et Ilobed. Le Casper a gagné pour sa couche antidérapante. Et puis, comme j’ai une commission, j’ai tout intérêt à vous vendre du Casper 😉

Mais le plus important dans cette expérience n’est pas tellement le matelas que j’ai choisi. C’est la réalisation que plus jamais je ne retournerai dans un magasin de literie pour tester un matelas en trois minutes, tout habillé. Désormais, bénéficier de 100 nuits d’essai me semble indispensable avant d’acheter un matelas. Cela parait peut-être anecdotique mais ce genre d’innovations ne cesse de creuser l’écart entre le nouveau monde et les entreprises zombies.

Dans tous les cas, je vous souhaite une bonne nuit !

 

Remarque importante : ce blog est financé par ceux d’entre vous qui m’offrent un prix libre pour chaque série de 5 billets. Cela se passe sur Tipeee ou Patreon et je ne vous remercierai jamais assez pour votre contribution. Ce billet ayant déjà été financé par une réduction de 150€ sur l’achat de mon matelas Ilobed, il n’est pas payant et ne compte pas dans la prochaine série de 5.

 

Photo par Edgar Crook.

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Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

La démocratie effraie-t-elle nos élus ?

dimanche 28 mai 2017 à 18:18

Comment les élus d’Ottignies-Louvain-la-Neuve semblent vouloir tout faire pour saboter une consultation populaire d’origine citoyenne.

Le 11 juin, dans ma ville d’Ottignies-Louvain-la-Neuve, se déroulera une consultation populaire. Chaque citoyen de 16 ans ou plus est appelé à se prononcer sur la question « Êtes-vous favorable à une extension du centre commercial ? ».

Demander aux citoyens de se prononcer sur l’avenir de leur ville, cela semble la base d’une société démocratique. Et pourtant, l’incroyable défi que représente cette simple consultation populaire m’emmène à une conclusion terrible mais limpide : les conseillers communaux d’Ottignies-Louvain-la-Neuve sont soit cruellement incompétents soit prêts à tout pour faire échouer cette consultation populaire.

L’histoire d’une initiative citoyenne

Selon le code belge de la démocratie locale, chaque commune est tenue d’organiser une consultation populaire si le projet est porté par au moins 10% des citoyens dans les communes de plus de 30.000 habitants (32.000 à Ottignies-Louvain-la-Neuve).

Peu connue, cette loi n’est que rarement utilisée. Le code de la démocratie locale limite d’ailleurs le nombre de consultation possible à 6 par législature de 6 ans avec minimum 6 mois entre chaque et aucune dans les 16 mois avant la prochaine élection communale.

Lorsque le centre commercial L’Esplanade, dont la construction avait déjà suscité de nombreux émois, a annoncé vouloir s’agrandir, un groupe motivé de citoyens s’est lancé dans la récolte de près de 3500 signatures, obligeant les édiles à organiser une consultation populaire.

Les citoyens enterrent le veau d’or lors de la parade des utopies.

Le bourgmestre Jean-Luc Roland, pourtant issu du parti Écolo, étant un grand défenseur du centre commercial, il y’a fort à parier que cette consultation fasse grincer des dents et que son organisation soit faite à contre-cœur. Je n’ai jamais compris cet engouement politique pour le centre commercial de la part d’un écologiste mais Monsieur Roland ne s’en cache pas.

L’histoire complète de cette consultation populaire est narrée avec force humour et détails par Stéphane Vanden Eede, conseiller CPAS Écolo de la ville.

Les oublis de la brochure officielle

Comme le stipule le code de la démocratie locale, la commune a fait parvenir aux habitants une brochure explicative détaillant l’enjeu et les modalités de la consultation populaire.

Surprise de taille : la brochure insiste plusieurs fois lourdement sur le fait que la participation à la consultation n’est pas obligatoire (contrairement aux élections).

Mais il n’est nul part indiqué que s’il n’y a pas au moins 10% de participation, les urnes ne seront même pas ouvertes ! Si 3200 citoyens de plus de 16 ans ne se déplacent pas, la consultation n’aura servi à rien. Au contraire, le message envoyé sera : « Nous, citoyens, ne voulons pas choisir ». Et oui, on compte bien 10% de la population, enfants compris, ce qui signifie que près de 15% des électeurs doivent participer.

Cette information me semble cruciale et je trouve particulièrement dommage qu’elle ait été omise de la brochure.

Moralité : quel que soit votre avis, allez voter à tout prix lors des consultations populaires et encouragez votre entourage à faire de même. Il est possible de donner procuration à un autre électeur si vous ne savez pas vous déplacer ce jour là. Le taux de participation est un élément crucial pour faire vivre le processus démocratique.

L’illisibilité du bulletin

La pétition signée par 3500 citoyens demandait une consultation populaire sur une question claire et précise :

« Aujourd’hui, le propriétaire de L’esplanade envisage d’agrandir sa surface commerciale. Êtes-vous favorable à une extension du centre commercial ? »

Cependant, un comité de conseillers communaux présidé par Michel Beaussart, échevin de la participation citoyenne, a décidé de rajouter 20 questions sur le bulletin de vote !

Ces 20 questions supplémentaires rendent le bulletin complètement illisible. La question principale, seule qui ait de l’importance, est reléguée sur un tout petit espace en haut à droit et il est facile de la manquer !

Les réactions de citoyens confrontés au bulletin de vote démontrent une confusion certaine : Quelle est la question principale qui a de la valeur ? Est-ce grave si certaines de mes réponses sont en contradiction l’une avec l’autre ? Comment seront dépouillées mes réponses ? À la phrase « Il n’y a pas de nécessité d’agrandir le centre commercial et d’augmenter l’offre commerciale. », je dois répondre oui ou non si je suis contre ?

Force est de constater que si on avait voulu embrouiller les citoyens, on ne s’y serait pas pris autrement. Je pense que si le taux de votes blancs à la première question est important, on pourra sans hésiter accuser la rédaction du bulletin. Ce long bulletin de vote risque également de ralentir le processus et de décourager d’éventuels votants en rallongeant inutilement les files.

L’impossibilité de dépouiller les bulletins

Toute personne un peu au fait de la sociologie vous le dira : rédiger une enquête d’opinion est un travail difficile. La méthodologie d’interprétation des résultats doit être étudiée, testée et validée.

Quand je vois un tel bulletin, je suis très curieux de savoir quel sera le protocole de dépouillement et d’interprétation des résultats.

Toutes les personnes que j’ai consulté m’ont confirmé l’amateurisme apparent de ce formulaire. Si 10.000 citoyens se rendent aux urnes et remplissent consciencieusement les 21 questions, la commune sera tout simplement assise sur une masse de données inexploitable.

Ces 20 questions ne servent donc à rien. Si ce n’est à rendre le bulletin particulièrement illisible, induire les électeurs en erreur et rallonger les files.

Un vote qui n’est plus secret

Mais là où l’incompétence est la plus tangible, c’est que ces 20 questions supplémentaires annulent l’anonymat du vote. Le code de la démocratie locale exige que le vote soit secret. Or, avec un tel bulletin, il ne l’est plus.

En effet, outre la question principale (la seule qui ait de la valeur), il y’a 2^20 bulletins possibles. Ce qui fait plus d’un million !

Il est possible pour une personne mal intentionnée de faire pression pour imposer un vote.

Exemple concret : un employeur annonce à ses 100 employés qu’il exige d’eux de voter pour l’agrandissement du centre commercial. À chaque employé, il donne une combinaison unique de réponses aux 20 questions. Par exemple « 9 oui – 1 non – 9 oui – 1 non ».

Le patron annonce alors que ses agents vont assister au dépouillement et guetter les bulletins qui suivront cette combinaison pour vérifier le vote des employés.

Si aucun bulletin ne répond à cette combinaison, l’employé est viré. Si le ou les bulletins correspondant sont tous contre l’extension, l’employé est viré.

Bien sûr, il est possible que plusieurs bulletins aient la même combinaison. Mais comme il y’a un million de combinaison pour maximum 10.000 ou 20.000 votants, la probabilité d’avoir la même combinaison est d’une pour cent ou une pour cinquante !

Sans compter que certaines combinaisons sont illogiques et que le patron peut accorder le bénéfice du doute si deux bulletins ont la même combinaison mais que l’un est pour et l’autre contre.

Le 11 juin, ne votez que pour la toute première question, bien cachée en haut à droite. Laissez les autres blanches !

Alors, incompétence ou malveillance ?

Sans être un expert en la matière et sans avoir suivi le dossier de près, j’ai relevé ces problèmes essentiels en quelques minutes à peine.

En conséquence, je suis forcé d’accuser publiquement Michel Beaussart, échevin de la participation citoyenne et tous les conseillers communaux qui ont validé ce bulletin d’être soit incompétents soit malveillants par rapport à l’organisation de cette consultation populaire.

Si Monsieur Beaussart me répond être de bonne foi, ce que je présume, il doit adresser les 3 points que j’ai soulevé, notamment en publiant un protocole validé d’interprétation des résultats.

Faute de réponse correcte, je pense que toute personne un peu soucieuse de la démocratie comprendra qu’il est indispensable de modifier d’urgence le bulletin de vote pour que celui-ci ne comporte que la question initialement demandée par la pétition.

En tant qu’échevin en charge, cette modification incombe à Monsieur Beaussart. Selon ma lecture amateur du code de la démocratie locale, rien ne s’oppose à la modification du bulletin de vote en dernière minute.

Un bulletin de vote difficilement lisible et ne permettant pas de garantir le secret du vote est un manquement gravissime au bon fonctionnement démocratique et devrait entraîner la nullité des résultats.

Si l’incompétence me semble dramatique, je peux reconnaître que l’erreur de bonne foi est humaine et excusable lorsqu’il y’a une volonté de réparer son erreur. Faute de cette volonté, les électeurs seront forcés de tirer la seule conclusion qui s’impose : il ne s’agit plus d’une erreur mais d’un acte délibéré de saboter le processus démocratique par ceux-là même qui ont été élus pour nous représenter. Ou, au mieux, le camouflage irresponsable d’une incompétence dangereuse.

Dans tous les cas, j’invite les électeurs à faire de cette consultation du 11 juin un véritable succès de participation, à ne répondre qu’à la première question et à se souvenir des réactions à cet argumentaire lorsqu’ils voteront en 2018. Et à se demander si le régime sous lequel nous vivons est bel et bien une démocratie.

Photo de couverture par Manu K.

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L’humanité a-t-elle trouvé le sens de la vie ?

dimanche 14 mai 2017 à 13:24

Quel est le sens de la vie ? Pourquoi y’a-t-il des êtres vivants dans l’univers plutôt que de la matière inerte ? Pour ceux d’entre vous qui se sont déjà posé ces questions, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle.

La bonne, c’est que la science a peut-être trouvé une réponse.

La mauvaise, c’est que cette réponse ne va pas vous plaire.

Les imperfections du big bang

Si le big bang avait été un événement parfait, l’univers serait aujourd’hui uniforme et lisse. Or, des imperfections se sont créées.

À cause des forces fondamentales, ces imperfections se sont agglomérées jusqu’à former des étoiles et des planètes faites de matière.

Si nous ne sommes pas aujourd’hui une simple soupe d’atomes parfaitement lisse mais bien des êtres solides sur une planète entourée de vide, c’est grâce à ces imperfections !

La loi de l’entropie

Grâce à la thermodynamique, nous avons compris que rien ne se perd et rien ne se crée. L’énergie d’un système est constante. Pour refroidir son intérieur, un frigo devra forcément chauffer à l’extérieur. L’énergie de l’univers est et restera donc constante.

Il n’en va pas de même de l’entropie !

Pour faire simple, l’entropie peut être vue comme une « qualité d’énergie ». Au plus l’entropie est haute, au moins l’énergie est utilisable.

Par exemple, si vous placez une tasse de thé bouillante dans une pièce très froide, l’entropie du système est faible. Au fil du temps, la tasse de thé va se refroidir, la pièce se réchauffer et l’entropie va augmenter pour devenir maximale lorsque la tasse et la pièce seront à même température. Ce phénomène très intuitif serait dû à l’intrication quantique et serait à la base de notre perception de l’écoulement du temps.

Pour un observateur extérieur, la quantité d’énergie dans la pièce n’a pas changé. La température moyenne de l’ensemble est toujours la même. Par contre, il y’a quand même eu une perte : l’énergie n’est plus exploitable.

Il aurait été possible, par exemple, d’utiliser le fait que la tasse dé thé réchauffe l’air ambiant pour actionner une turbine et générer de l’électricité. Ce n’est plus possible une fois que la tasse et la pièce sont à la même température.

Sans apport d’énergie externe, tout système va voir son entropie augmenter. Il en va donc de même pour l’univers : si l’univers ne se contracte pas sous son propre poids, les étoiles vont inéluctablement se refroidir et s’éteindre comme la tasse de thé. L’univers deviendra, inexorablement, un continuum parfait de température constante. En anglais, on parle de “Heat Death”, la mort de la chaleur.

L’apparition de la vie

La vie semble être une exception. Après tout, ne sommes-nous pas des organismes complexes et très ordonnés, ce qui suppose une entropie très faible ? Comment expliquer l’apparition de la vie, et donc d’éléments à entropie plus faible que leur environnement, dans un univers dont l’entropie est croissante ?

Jeremy England, un physicien du MIT, apporte une solution nouvelle et particulièrement originale : la vie serait la manière la plus efficace de dissiper la chaleur et donc d’augmenter l’entropie.

Sur une planète comme la terre, les atomes et les molécules sont bombardés en permanence par une énergie forte et utilisable : le soleil. Ceci engendre une situation d’entropie très faible.

Naturellement, les atomes vont alors s’organiser pour dissiper l’énergie. Physiquement, la manière la plus efficace de dissiper l’énergie reçue est de se reproduire. En se reproduisant, la matière crée de l’entropie.

La première molécule capable d’une telle prouesse, l’ARN, fut la première étape de la vie. Les mécanismes de sélection naturelle favorisant la reproduction ont alors fait le reste.

Selon Jeremy England, la vie serait mécaniquement inéluctable pour peu qu’il y aie suffisamment d’énergie.

L’humanité au service de l’entropie

Si la théorie d’England se confirme, cela serait une très mauvaise nouvelle pour l’humanité.

Car si le but de la vie est de maximiser l’entropie, alors ce que nous faisons avec la terre, la consommation à outrance, les guerres, les bombes nucléaires sont parfaitement logiques. Détruire l’univers le plus vite possible pour en faire une soupe d’atomes est le sens même de la vie !

Le seul dilemme auquel nous pourrions faire face serait alors : devons-nous détruire la terre immédiatement ou arriver à nous développer pour apporter la destruction dans le reste de l’univers ?

Quoi qu’il en soit, l’objectif ultime de la vie serait de rentre l’univers parfait, insipide, uniforme. De se détruire elle-même.

Ce qui est particulièrement angoissant c’est que, vu sous cet angle, l’humanité semble y arriver incroyablement bien ! Beaucoup trop bien

 

Photo par Bardia Photography.

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Le bouquet de fleurs

dimanche 30 avril 2017 à 23:36

Parfois, au milieu du mépris de la cohue humaine, il parvenait à croiser un regard fuyant, à attirer une attention concentrée sur un téléphone, à briser pour quelques secondes le dédain empli de stress et d’angoisse des navetteurs préssés. Mais les rares réponses à son geste étaient invariables :
— Non !
— Merci, non. (accompagné d’un pincement des lèvres et d’un hochement de tête)
— Pas le temps !
— Pas de monnaie…

Il ne demandait pourtant pas d’argent ! Il ne demandait rien en échange de ses roses rouges. Sauf peut-être un sourire.

Pris d’une impulsion instinctive, il était descendu ce matin dans le métro, décidé à offrir un peu de gentillesse, un peu de bonheur sous forme d’un bouquet de fleur destiné au premier inconnu qui l’accepterait.

Alors que la nuée humaine peu à peu s’égayait et se dispersait dans les grands immeubles gris du quartier des affaires, il regarda tristement son bouquet.
— J’aurais essayé, murmura-t-il avant de confier les fleurs à la poubelle, cynique vase de métal.

Une larme perla au coin de sa paupière. Il l’effaça du revers de la main avant de s’asseoir à même les marches de béton. Il ferma les yeux, forçant son cœur à s’arrêter.
— Monsieur ! Monsieur !

Une main lui secouait l’épaule. Devant son regard fatigué se tenait un jeune agent de police, l’uniforme rutilant, la coupe de cheveux nette et fringuante.
— Monsieur, je vous ai observé avec votre bouquet de fleur…
— Oui ? fit-il, emplit d’espoir et de reconnaissance.
— Puis-je voir votre permis de colportage dans le métro ? Si vous n’en possédez pas, je serai obligé de vous verbaliser.

Courte histoire inspirée par ce tweet. Photo par Tiberiu Ana.

 

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Mastodon, le premier réseau social véritablement social ?

mercredi 19 avril 2017 à 00:10

Vous avez peut-être entendu parler de Mastodon, ce nouveau réseau social qui fait de la concurrence à Twitter. Ses avantages ? Une limite par post qui passe de 140 à 500 caractères et une approche orientée communauté et respect de l’autre là où Twitter a trop souvent été le terrain de cyber-harcèlements.

Mais une des particularités majeures de Mastodon est la décentralisation : ce n’est pas un seul et unique service appartenant à une entreprise mais bien un réseau, comme le mail.

Si chacun peut en théorie créer son instance Mastodon, la plupart d’entre nous rejoindrons des instances existantes. J’ai personnellement rejoint mamot.fr, l’instance gérée par La Quadrature du Net car j’ai confiance dans la pérennité de l’association, sa compétence technique et, surtout, je suis aligné avec ses valeurs de neutralité et de liberté d’expression. Je recommande également framapiaf.org, qui est administré par Framasoft.

Mais vous trouverez pléthore d’instances : depuis celles des partis pirate français et belge aux instances à thème. Il existe même des instances payantes et, pourquoi pas, il pourrait un jour y avoir des instances avec de la pub.

La beauté de tout ça réside bien entendu dans le choix. Les instances de La Quadrature du Net et de Framasoft sont ouvertes et libres, je conseille donc de faire un petit paiement libre récurrent à l’association de 2€, 5€ ou 10€ par mois, selon vos moyens.

Mastodon est décentralisé ? En fait, il faudrait plutôt parler de “distribué”. Il y’a 5 ans, je dénonçais les problèmes des solutions décentralisées/distribuées. Le principal étant qu’on est soumis au bon vouloir ou aux maladresses de l’administrateur de son instance.

Force est de constater que Mastodon n’a techniquement résolu aucun de ces problèmes. Mais semble créer une belle dynamique communautaire qui fait plaisir à voir. Contrairement à son ancêtre Identi.ca, les instances se sont rapidement multipliées. Les conversations se sont lancées et des usages ont spontanément apparu : accueillir les nouveaux, suivre ceux qui n’ont que peu de followers pour les motiver, discuter de manière transparente des bonnes pratiques à adopter, utilisation d’un CW, Content Warning, masquant les messages potentiellement inappropriés, débats sur les règles de modération.

Toute cette énergie donne l’impression d’un espace à part, d’une liberté de discussion éloignée de l’omniprésente et omnisciente surveillance publicitaire indissociable des outils Facebook, Twitter ou Google.

D’ailleurs, un utilisateur proposait qu’on ne parle pas d’utilisateurs (“users”) pour Mastodon mais bien de personnes (“people”).

Dans un précédent article, je soulignais que les réseaux sociaux sont les prémisses d’une conscience globale de l’humanité. Mais comme le souligne Neil Jomunsi, le media est une part indissociable du message que l’on développe. Veut-on réellement que l’humanité soit représentée par une plateforme publicitaire où l’on cherche à exploiter le temps de cerveau des utilisateurs ?

Mastodon est donc selon moi l’expression d’un réel besoin, d’un manque. Une partie de notre humanité est étouffée par la publicité, la consommation, le conformisme et cherche un espace où s’exprimer.

Mastodon serait-il donc le premier réseau social distribué populaire ? Saura-t-il convaincre les utilisateurs moins techniques et se démarquer pour ne pas être « un énième clone libre » (comme l’est malheureusement Diaspora pour Facebook) ?

Mastodon va-t-il durer ? Tant qu’il y’aura des volontaires pour faire tourner des instances, Mastodon continuera d’exister sans se soucier du cours de la bourse, des gouvernements, des lois d’un pays particuliers ou des desiderata d’investisseurs. On ne peut pas en dire autant de Facebook ou Twitter.

Mais, surtout, il souffle sur Mastodon un vent de fraîche utopie, un air de naïve liberté, un sentiment de collaborative humanité où la qualité des échanges supplante la course à l’audience. C’est bon et ça fait du bien.

N’hésitez pas à nous rejoindre, à lire le mode d’emploi de Funambuline et poster votre premier « toot » présentant vos intérêts. Si vous dîtes que vous venez de ma part ( @ploum@mamot.fr ), je vous « boosterais » (l’équivalent du retweet) et la communauté vous suggérera des personnes à suivre.

Au fond, peu importe que Mastodon soit un succès ou disparaisse dans quelques mois. Nous devons continuons à essayer, à tester, à expérimenter jusqu’à ce que cela fonctionne. Si ce n’est pas Diaspora ou Mastodon, ce sera le prochain. Notre conscience globale, notre expression et nos échanges méritent mieux que d’être de simple encarts entre deux publicités sur une plateforme soumise à des lois sur lesquelles nous n’avons aucune prise.

Mastodon est un réseau social. Twitter et Facebook sont des réseaux publicitaires. Ne nous y trompons plus.

 

Photo par Daniel Mennerich.

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Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.