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Repensez l’argent et expérimentez le prix libre !

mardi 4 octobre 2016 à 20:58
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Lorsqu’on entend parler des pauvres travailleurs licenciés qui perdent leur emploi, on oublie souvent de préciser que ce n’est pas l’emploi que les travailleurs souhaitent préserver : c’est le salaire qui va avec.

Mais la plupart des gens ne savent pas comment obtenir de l’argent autrement qu’avec un salaire.

Le parallèle est frappant lorsqu’on pense à la publicité sur le net : la plupart des éditeurs de contenu se plaignent des bloqueurs de publicité. Mais, au fond, ils n’ont que faire d’afficher la publicité chez leurs lecteurs, ils veulent uniquement être payés pour leur travail. Et ils ne voient pas d’autres alternatives. La publicité n’est donc qu’un intermédiaire nécessaire pour transmettre l’argent entre les producteurs et les consommateurs.

Pour certains, l’argent est la racine de tous les maux. Ils rêvent d’une société sans argent.

Mais, comme les deux exemples précédents l’illustrent, je pense que l’argent n’est pas vraiment le problème. Le réel problème c’est notre incapacité à imaginer d’autres modèles pour faire circuler l’argent que des modèles destructeurs et dans lesquels les plus pauvres sont les plus exploités.

Lors d’une rencontre à Lille, Simon, du collectif Catalyst, a utilisé une analogie que j’apprécie beaucoup : l’argent est à la société ce que le sang est au corps. Il est nécessaire, il doit pouvoir se diffuser partout. Mais le but n’est pas d’en avoir le plus possible dans un organe ou un membre, sinon on explose.

Personnellement, je promeus le prix libre : payez si vous le souhaitez, dans la mesure de vos envies et de votre capacité.

Ce système est particulièrement sain : il me pousse à me concentrer sur la qualité et non pas sur le marketing qui va vous amener à acheter mon produit, quitte à ce que vous soyez déçu par après. Il est également très équitable, permettant à tout le monde d’accéder à ce que je produis, sans restriction économique.

On pourrait croire le prix libre cantonné à la sphère internet mais je le rencontre de plus en plus fréquemment. Depuis les cours d’apnée à prix libre aux formations ouvertes avec une tirelire proposant de « contribuer en conscience ».

Pour beaucoup, le prix libre est une utopie : les gens profiteront sans payer. Mais cette manière de penser est justement ce qu’il nous faut changer. Elle provient de cette croyance que tout le monde ne cherche qu’à amasser le plus d’argent, se gonfler de sang jusqu’à éclater. C’est également cette mentalité qui est la cause de l’absurdité de notre vision de l’emploi et de la dégradation de beaucoup de services, dont seul le marketing est efficace. En effet, dans une vision traditionnelle, une fois que le client a payé, on peut se contenter de lui donner le strict minimum.

Et pourtant, la croyance en la cupidité universelle, si fermement ancrée, n’est jamais vérifiée par les faits. Pour beaucoup, y compris pour moi, le prix libre fonctionne mieux que d’autres sources de revenus pour peu qu’il soit bien expliqué et que les « clients » soient conscientisés.

Mieux ! L’équipe du développement Gratipay et le collectif Catalyst ont réalisé des expériences au cours desquelles chacun pouvait choisir son salaire en fonction de sa contribution. Il s’avère que, dans leurs expériences, les humains collaboraient naturellement et ne cherchaient pas à tirer un maximum de profit !

Tout modèle économique autre que le prix libre implique un contrôle total du produit vendu : empêcher le “client” de s’approprier le contenu, de le consulter de la manière dont il le souhaite, de le repartager. Ce contrôle est incompatible avec la vision que j’ai d’Internet et de la société d’abondance.

Je suis convaincu que nous n’aurons à termes que le choix entre une économie basée sur le prix libre ou une censure totale, un contrôle de nos comportements et de nos pensées, que ce soit pour nous faire consommer ou pour nous empêcher de “pirater”.

Il est donc temps de repenser notre rapport à l’argent. De donner l’argent aux gens qui font des choses qui nous plaisent, à des personnes plutôt que pour se procurer des produits sans âme et sans histoire. La publicité n’étant qu’un intermédiaire, elle est en train de connaître le sort qu’Internet réserve à tous les intermédiaires : l’obsolescence. Il est temps de promouvoir le prix libre en l’acceptant lors de nos contributions à la société.

Personnellement, mon blog est payant ! En sus de Flattr, qui est malheureusement en perte de vitesse, j’accepte les dons ponctuels ou réguliers sur Paypal, Liberapay et Tipeee.

Tous les 5 articles, j’activerai Tipeee. Cela signifie que si je n’écris pas, je ne reçois rien. Si j’écris beaucoup, je reçois beaucoup. À vous de décider combien valent 5 articles de ce blog et d’expérimenter concrètement le prix libre en me soutenant sur Tipeee. En mettant 2€ sur Tipeee, vous pensez que chacun de mes articles vaut, en moyenne, 40 centimes. Si vous préférez me soutenir, même symboliquement, à la semaine afin de favoriser les projets d’écriture au long cours, je vous invite à tester Liberapay.

Et si payer pour ce qu’on aime plutôt que ce qu’on nous vend était une de ces nombreuses libertés que nous avons oubliées ?

 

Photos par Pictures of Money.

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Laissez-moi la nuit !

vendredi 16 septembre 2016 à 22:09
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Pour Stoyan, mon ami et lecteur de ce blog, décédé le 8 septembre 2016.

Laissez-moi la nuit !

Depuis que je suis tout petit,
J’ai été entouré et vous m’avez appris
Que le soleil est source de toute vie.
Aujourd’hui, regardez, j’ai grandi.
Alors laissez-moi la nuit.

Laissez moi ma colère contre les traditions,
Contre les religions et toutes ces règles à la con
Auxquelles on devrait obéir sans poser de question.
Laissez-moi leur hurler, leur crier mon nom
Les secouer dans un grand bruit,
Dans un tohu-bohu, un charivari,
Oui, laissez-moi la nuit.

Laissez moi la nuit
Laissez moi partir dans le noir
Laissez moi vierge de vos espoirs
Laissez moi hurler
Laissez moi choquer
Laissez-moi même si vous n’aimez pas
Laissez-moi même si vous ne comprenez pas
Laissez-moi choisir
Laissez-moi haïr
Laissez-moi être incompris
Laissez-moi la nuit

Ne cherchez pas de responsabilité
Ne vous demandez pas comment me changer
N’essayez pas de modifier le passé !
De l’amour, vous m’en apportez,
Comprenez que personne n’a failli, j’ai choisi
Alors, laissez-moi la nuit.

Lorsque s’évanouit l’illusion d’éternité,
Lorsque meurt le voile de la naïveté,
Lorsque la lumière fait place à l’obscurité,
Il ne reste plus qu’une insatiable quête de liberté.
Laissez-moi ce chemin que j’ai choisi.
Laissez-moi la liberté de la nuit.

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Sunrise, le calendrier du futur

jeudi 1 septembre 2016 à 14:31
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En février 2015, Pierre Valade, co-fondateur du calendrier Sunrise, m’a demandé de collaborer avec lui à la rédaction d’un texte explorant le futur possible de notre utilisation d’un calendrier électronique. La société Sunrise a ensuite été rachetée par Microsoft et le calendrier Sunrise a malheureusement été définitivement mis hors-service ce 1er septembre 2016. Avec l’accord de Pierre, j’ai décidé de rendre ce texte public afin de célébrer, une dernier fois, Sunrise et ce qu’il aurait pu devenir : le calendrier du futur !

 

– À ce soir mon chéri !

Je hurle depuis le hall d’entrée tout en enfilant ma veste. La réponse de mon époux me parvient, lointaine.

— À ce soir ! J’ai vu que tu ne rentrais pas trop tard. Je m’occupe de nous préparer un bon petit plat.

Esquissant un sourire, je sors en refermant la porte derrière moi. La voiture est justement en train de se garer. Une légère vibration à mon poignet me confirme que je dois embarquer. La portière s’ouvre et une voix neutre me demande si je suis prêt à partir.

— Oui, confirmation de départ immédiat, annoncé-je machinalement.

Je m’étire et m’installe confortablement dans le fauteuil. Le temps estimé de trajet est inscrit sur un écran : 1h15. Mon interview du jour aura lieu en plein cœur de New York, dans le lounge d’un grand hôtel. Un hôtel que ni Pierre Valade, mon interviewé, ni moi ne connaissons. Mais qui, selon les algorithmes de Sunrise, est le plus propice à notre rendez-vous. Il faut dire que je me suis contenté d’envoyer une demande de rencontre avec quelques explications. Pierre a accepté. Nos agendas ont fait le reste.

À peine ai-je sorti ma tablette de mon sac qu’elle me propose des lectures et des vidéos qui correspondent au temps du trajet. Pratique mais, aujourd’hui, j’ai seulement envie de rêver, de regarder le paysage défiler, de méditer. Je me sens particulièrement zen.

En quelques années à peine, j’ai perdu ce réflexe de stress permanent que nous imposaient nos conventions. Peur d’être en retard, peur de rater un train ou un avion, peur de ne pas avoir le temps. Nous étions tellement obnubilé par la crainte de perdre du temps que nous en passions la majeure partie à organiser nos agendas, à arriver à l’avance à nos rendez-vous. Notre société était pauvre en temps et ceux qui ne le rentabilisaient pas étaient perçus comme des paresseux, des gaspilleurs de temps.

L’utilisation du temps relatif a, de manière surprenante, apporté une solution à ce paradoxe. Désormais, il est rare que je sache l’heure absolue. Je sais juste le temps qu’il me reste avant de me rendre quelque part. Je ne m’occupe même plus de choisir les moyens de transport : je me contente d’inviter mon mari à un week-end romantique à Paris, j’accepte une offre de voyage si elle correspond à mon budget et, après avoir fait nos bagages suite à un rappel judicieusement placé dans mon emploi du temps par Sunrise, nous embarquons dans la voiture qui nous conduit à l’aéroport.

S’arrêtant doucement, la voiture me sort de ma rêverie. Un coup d’œil à mon téléphone m’indique que Pierre vient également d’arriver. Je le repère au fond du lobby.

– Bonjour Pierre !

– Bonjour, enchanté de faire votre connaissance.

Après les présentations d’usage, je me lance directement dans l’interview.

— Pierre, comment vous est venu l’idée de fonder Sunrise ?

— Étant un grand distrait, j’avais tout simplement besoin d’un très bon calendrier.

— Qu’est-ce qui n’était pas satisfaisant avec les solutions existantes ? La plupart des entreprises étaient très satisfaites avec leur calendrier Exchange.

— Microsoft Exchange, comme la majorité des outils de cette époque, cherchait à organiser le problème, pas à le résoudre. Le but d’Exchange était de gérer un calendrier. Le but de Sunrise, c’est de vous permettre de profiter de votre temps. C’est très différent.

— Concrètement, en quoi Sunrise s’est-il démarqué ? Quelle a été l’innovation majeure ?

— Sunrise n’est pas une invention unique, soudaine. C’est un ensemble d’innovations continues, d’améliorations perpétuelles. Google, Microsoft, Facebook et Apple ne s’intéressant pas vraiment au problème, il y avait une place à prendre. Sunrise est né et nous avons acquis de l’expérience, nous sommes devenus des spécialistes, des experts. Nous étions les seuls !

— Et quel est ton rôle dans cette aventure ?

— Je suis un peu le chef d’orchestre. J’ai une vision précise et je cherche à recruter les personnes qui seront capables faire passer cette vision du rêve à la réalité.

— Pourrais-tu me donner un exemple concret de ta vision ?

— Et bien j’etais convaincu que l’optimisation du temps était un problème relativement simple pour un ordinateur alors que les outils existants étaient particulièrement laborieux à utiliser. Sunrise s’est donc concentré sur le design et l’interaction utilisateur. Pas besoin d’algorithme intelligent si personne ne peut utiliser ton application !

— En effet. Mais vous avez cependant introduit beaucoup d’intelligence par la suite…

Il acquiesce avant de jeter un coup d’œil machinal à son téléphone.

— Dîtes, je vois dans mon agenda qu’une parade musicale passe à deux rues d’ici. Ça vous dirait d’aller la voir.

— J’avais prévu de m’atteler à la rédaction de votre interview mais je pourrai faire ça durant mon retour en voiture.

— Elle viendra vous chercher là bas. Et puis, une parade musicale dans les rues de New York, c’est une occasion à ne pas manquer. Autant en profiter !

Me prenant par le bras, il m’emmène vers la sortie. Je résiste pour la forme.

— Au fait, quelle heure est-il ? me demande-t-il mystérieusement.

— Aucune idée ! fais-je, étonné.

— Parfait ! Ignorer l’heure est la meilleure façon de profiter du temps présent.

— Après tout, tant que je suis rentré pour le repas que me prépare mon mari…

— Vous utilisez Sunrise ? Alors, aucun risque ! me fait-il avec un clin d’œil complice.

Au loin, je perçois déjà les premiers échos de la fanfare.

 

Photo par Clément Cousin. Also available in English.

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Printeurs 39

jeudi 21 juillet 2016 à 16:23
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Ceci est le billet 39 sur 40 dans la série Printeurs

Nellio, Eva, Max et Junior fuient l’usine de mannequins sexuels à bord d’un taxi automatique gratuit.

Le taxi nous emmène à toute allure.
— Junior, tu es sûr que l’on ne sera pas tracé ?
— Pas si on utilise le mode gratuit. Les données sont agrégées et anonymisées. Un vieux reliquat d’une ancienne loi. Et comme le système informatique fonctionne, personne n’ose le mettre à jour ni triturer un peu trop les bases de données. Par contre, si on achète quoi que ce soit dans le tunnel, nous serons immédiatement remarqués !

Tout en répondant, il regarde avec émerveillement les doigts métalliques que Max lui a greffé.

— Waw, dire que j’ai attendu tout ce temps pour me faire greffer un implant auriculaire ! C’est génial !
— C’était nécessaire pour t’implanter le logiciel de gestions des doigts, ajoute Max. Mais l’implant auriculaire est fournit avec une légère euphorie pour atténuer la douleur.
— Au fait, Max, où va-t-on ?
— J’ai contacté FatNerdz sur le réseau. Il m’a filé les coordonnées du siège du conglomérat de la zone industrielle.
— Peut-on réellement faire confiance à ce FatNerdz que personne n’a jamais vu ni ne connait ?

Max semble hésiter un instant.

— À vrai dire, que peut-il nous arriver de pire que nous faire descendre par des drones explosifs ? Et c’est ce qui nous arrivera si nous ne faisons rien. Il y a un combat certain pour te capturer, Nellio. Autant tirer tout cela au clair une bonne fois pour toute…

Je me tourne vers Eva.

— Eva ? Parle moi ! Aide-nous !

Elle me darde d’un regard froid, cruel.

— Je pense savoir qui est FatNerdz. Je n’ai pas de preuve mais j’ai l’intime conviction que je le connais bien. Trop bien même…

Je n’ai pas le temps d’exprimer mon étonnement que la voiture ralentit soudainement. Toutes les vitres descendent et nos sièges se tournent automatiquement vers l’extérieur. Junior nous hurle un ordre avec un ton incroyablement autoritaire.

— Surtout, ne touchez rien, n’achetez rien ! Gardez les mains coincées en dessous de vos fesses.

Devant nos yeux se mettent à défiler des distributeurs nous présentant toutes sortes de produits : barres sucrées, boissons colorées, alcools, vêtements, accessoires…

— Junior, fais-je un peu honteux d’avouer mon ignorance, je n’ai jamais pris les tunnels gratuits. J’ai toujours pu me payer des courses individuelles…
— Heureux veinard ! Les tunnels gratuits n’ont de gratuit que le nom. À force de les utiliser, ils coûtent bien plus cher à l’usager que de payer directement des courses individuelles. C’est ce qui rend les pauvres encore plus pauvres : ils vendent la seule chose qui leur reste, leur personnalité et leur libre arbitre, pour une illusion de gratuité.

Des hologrammes commencent à danser devant mes yeux, des femmes et des hommes nus se trémoussent, boivent d’alléchantes boissons et me tendent langoureusement des cuillerées de yaourt ou des morceau de fruits recomposés. Je sens monter en moi un mélange d’appétit, de désir sexuel, de fringale… Instinctivement, je tends le bras vers une délicieusement rafraichissante bouteille de jus…

— Non ! me hurle Junior en me tapant violemment sur le bras. Si tu touches le moindre objet, il te sera crédité via un scan rétinien. Les transactions financières étant étroitement surveillées dans le cadre des lois anti-terroristes, nous serons pulvérisés dans la seconde ! Tiens bon !

La voiture me semble de plus en plus lente. Ce tunnel est interminable.

– Tant qu’on n’achète pas, la voiture ralentit, me souffle Junior. Mais il y a une durée maximale. Tiens bon !

Je ferme les yeux afin de soulager mes pulsions mais les phéromones de synthèse aguichent mes sens. Mes nerfs sont à fleur de peau, je me sens agressé, écorché, violé. Le désir monte en moi, j’ai envie de hurler, je me mords les mains jusqu’au sang. Je…

Lumière !

— Nous sommes sortis !

La voiture reprend de la vitesse Je respire douloureusement. De grosses gouttes de sueur perlent sur mon front. De sa main cybernétique, Junior me caresse l’épaule.

— C’est vrai que ça doit être violent si c’est la première fois. Le problème c’est que lorsqu’on y est exposé enfant, on développe une forme d’accoutumance. Les réflexes d’achats sont ceux ancrés dans la petite enfance. Les publicitaires sont donc dans une concurrence de plus en plus violente afin d’outrepasser ces habitudes.

Je me tourne vers Eva, qui semble être restée impassible.

— Eva, pourtant toi aussi tu m’avais dit ne pas avoir été exposé à la publicité. Encore moins que moi ! Tu m’as raconté que tes parents avaient fait d’énormes sacrifice pour cela.

Elle hésite. Se triture les lèvres. Un silence gêné s’installe que Max rompt.
— Eva, il est peut-être temps de lui dire la vérité.
— Je ne sais pas s’il est prêt à l’entendre…

Je hurle !

— Bon sang, je suis manipulé, pourchassé et traqué, j’ai bien le droit de savoir ce qui m’arrive ! Merde, Eva, je croyais sincèrement que je pouvais compter sur toi.
— Tu as toujours pu compter sur moi, Nellio. Toujours ! Je ne t’ai menti que sur une seule chose : mon origine.
— Alors dis moi tout !
— Je croyais que ce que tu as vu à l’usine Toy & Sex était suffisant.
— Et bien non ! Cela a rendu tout encore plus confus pour moi ! Pourquoi ces poupées gonflables nouvelle génération sont-elles à ton effigie ?

Max émet un son qui, s’il avait un larynx biologique, ressemblerait sans doute à un toussotement.

— Nellio, continue Eva doucement. Ces poupées ne sont pas à mon effigie.
— Mais…
— C’est moi qui suis…

Une formidable explosion retentit soudain. La voiture est soufflée et projetée violemment sur le flanc. Des crépitements d’armes à feu se font entendre.

— Ils nous ont repéré, hurlé-je !
— Non, me répond Junior. Si c’était le cas, nous serions mort. C’est certainement un attentat.

Nous sommes tous les quatre emmêlés, culs par dessus tête. Max tente de s’extirper du véhicule. Ses pieds et se genoux me broient les côtes mais la douleur reste supportable.

— Oh merde, un attentat, soupiré-je en portant la main à mon front ensanglanté. Encore ces foutus militants du sultanat islamique !
— Ou alors, des policiers en service commandé, ajoute Junior avec un sourire narquois.
— Hein ?
— Oui, s’il n’y a pas assez d’attentat, on en organise des petits histoire de justifier les budgets. Parfois ce sont des initiatives locales. Parfois, c’est carrément des ordres qui viennent d’en haut afin de faire passer des lois ou de prendre des mesures. Dans tous les cas, ça fait consommer de l’info, ça occupe les télépass.

La voix de Max nous parvient de l’extérieur.

— Dites, vous vous magnez le train ? Ils sont en train de descendre tout le monde de l’autre côté de la rue. Mais ils risquent bien de venir canarder les survivants de l’explosion.
— Après toi, fais-je à Junior d’un air blasé, heureux de vivre enfin une explosion dont je ne suis pas la cible prioritaire.

 

Photo par Oriolus.

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Reliez Ottignies et Bruxelles en vélo grâce au VER

vendredi 24 juin 2016 à 14:27
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Une piste cyclable parfaitement sécurisée et sur site propre pour relier Ottignies à Bruxelles en seulement 16km ? Le tout entièrement financé par l’argent du contribuable ?

Un rêve ?

En fait, c’est déjà une réalité que vous avez déjà financé à hauteur de plusieurs milliards d’euros.

Seul petit problème à régler : les contribuables qui ont financé cette merveille sont interdits d’accès.

Car cette merveilleuse piste cyclable, c’est le tracé du futur RER. Un chantier qui a déjà englouti des milliards d’euros d’argent public pour un résultat qui serait, au mieux, utilisable en 2024. Mais les prévisions les plus réalistes tablent pour une arrivée du RER aux alentours de 2030. Si jamais il est finalement terminé et n’est pas déjà périmé avant même sa mise en service.

De Ottignies à Bruxelles (gare de Boitsfort), il existe donc une véritable route goudronnée, lisse, plate, sans aucune côte et sans aucun trafic. Cette route en parfait état ne s’approche jamais à moins de trois mètres des voies de chemin de fer et en est toujours séparé par une bordure et un écran minimal de végétation. Nous l’avons baptisé le VER, Vélo Express Régional.

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Cliquez pour voir l’animation

L’association cycliste Gracq a très récemment annoncé que certains de ses membres utilisaient certains tronçons du VER. La réaction d’Infrabel, gestionnaire des voies, ne s’est pas fait attendre : l’accès à cette route est strictement interdit voire serait dangereux.

Cette route en parfait état devrait donc rester inutilisée et se dégrader inutilement pendant au minimum une décennie.

C’est pour en avoir le cœur net que cinq cyclistes ont décidé de relier Ottignies à Boitsfort en vélo, un jour de grève générale : Stéphane, Nils, Natacha, Yves et votre serviteur.

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Preuve que l’idée est dans l’air du temps : nous préparions notre action alors qu’aucun de nous n’était au courant de l’action très similaire du Gracq.

Le résultat est sans appel : seul le tronçon entre les gares de Genval et La Hulpe (2km) n’est pas encore aménagé. Le passage est strictement impossible sans s’approcher dangereusement des voies ou en les traversant (l’aménagement étant fait de l’autre côté des voies). Il est donc impératif de quitter le VER avant la gare de Genval et de le reprendre à la gare de La Hulpe, impliquant un détour de 15 minutes.

Le reste du trajet se fait de manière entièrement sécurisée sur une route large et dégagée. Deux passages d’une centaine de mètres sont en sable et en terre mais restent praticables en VTT, le premier à Profondsart et le second dans la gare de Boitsfort même.

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Passage boueux à Profondsart

Au total ? Un VER d’un peu plus de 16km sur un terrain absolument plat. Pour un cycliste entraîné, ce trajet est réalisable en une demi-heure. Et pour ceux qui préfèrent prendre le temps et admirer le cadre très agréable, 45 à 50 minutes semble un grand maximum. Tant que la jonction Genval vers La Hulpe n’est pas finalisée, une petite heure semble un temps raisonnable, même pour un cycliste néophyte.

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Une partie du trajet est même couverte

Autre obstacle imprévu : une étendue de verre brisé dans la gare de Rixensart qui déchirera le pneu de votre serviteur, le forçant à faire demi-tour tandis que les quatre autres continuaient vers Boitsfort.

Mais rien de mieux pour vous convaincre qu’une petite vidéo (d’où il ne manque que les derniers kilomètres).

Alors, est-ce dangereux ?

Oui, clairement. Le fait de devoir faire un détour entre Genval et La Hulpe nécessitant de passer par des rues ouvertes au trafic automobile et sans pistes cyclables est certainement la partie la plus dangereuse du trajet. Un danger que les cyclistes vivent au quotidien mais qui pourrait désormais être évité grâce au VER.

En dehors du tronçon Genval/La Hulpe, les trains restant toujours à une bonne distance ne peuvent en aucun cas représenter le moindre danger.

Est-ce légal ?

Non. Bien qu’il n’y ait ni dégâts matériel, ni victimes, cette action que nous avons entreprise est illégale.

Cette illégalité est-elle justifiable ?

Suite à l’action du Gracq, la réaction d’Infrabel ne s’est pas fait attendre : des bacs de ciment ont été volontairement placés pour bloquer l’accès aux cyclistes. Cette réaction vous semble-t-elle responsable et utile ?

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Infrabel ne supporte pas la concurrence intolérable du vélo

Le pouvoir politique qui lutte pour la mobilité, la réduction des polluants peut-il légitimement décider que les cyclistes n’ont pas le droit d’être protégés et ne doivent en aucun cas bénéficier du VER ?

Ces politiciens ne seront-ils pas moralement responsables si un cycliste se fait renverser par une voiture car il a décidé de respecter l’interdiction d’utiliser le VER et roule au milieu de routes pensées pour l’automobile ?

Un état démocratique qui a financé le VER avec l’argent du contribuable a-t-il le droit d’interdir ces mêmes contribuables de l’utiliser ?

Ne devrait-on pas au contraire finaliser au plus vite la jonction Genval/La Hulpe et inaugurer une formidable voie verte sur laquelle pourrait naître une véritable économie de proximité : buvette pour cyclistes assoiffés, ateliers de réparation, salles de réunions et espaces de travail.

La créativité est sans limite. Il ne reste plus qu’à finaliser l’effort accompli.

Mesdames et Messieurs les politiciens, vous avez aujourd’hui l’opportunité de transformer le plus grand des travaux inutiles belges, véritable gabegie d’argent public (le RER) en un formidable investissement écologique et économique, le VER.

Mesdames et messieurs les politiciens, il suffit d’une impulsion pour finaliser le VER. La balle est dans votre camp !

 

Photo de couverture : départ du VER depuis le pont de Jassans à Ottignies. Photos et vidéos par Stéphane Vandeneede et moi-même.

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