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L’humanité est-elle condamnée à disparaître comme les dinosaures ?

lundi 10 octobre 2016 à 12:41
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Depuis leur découverte, le gigantisme des dinosaures passionne les hommes. Comment la nature a-t-elle pu produire de tels monstres ? Et comment ont-ils pu disparaître massivement alors qu’ils étaient les rois de la planète ? Sommes-nous condamnés à subir le même sort ?

Trois questions qui sont étroitement liées.

Une question de taille et d’énergie

Le gigantisme des dinosaures n’est, après tout, que le résultat d’une évolution parfaitement logique.

Dans un monde où règne la loi de la jungle, manger ou être mangé, être gros est un avantage indéniable. Plus on est gros, plus on est difficile à attaquer.

Suite à cette stratégie évolutive, les sauriens sont donc devenus de plus en plus grands, de plus en plus forts. Même les herbivores sont devenus gigantesques afin de ne pas représenter une proie trop facile.

Cependant, plus un corps est grand, plus il a besoin d’énergie pour se maintenir en vie et pour se déplacer. La seule source d’énergie utilisable par les dinosaures est la nourriture. Chasser ou cueillir, afin de trouver de l’énergie, demande donc paradoxalement énormément d’énergie.

Cette croissance en taille est donc limitée par la capacité physique à extraire de l’énergie de l’environnement. Et, tout simplement, par la capacité de l’environnement à se régénérer pour fournir cette énergie.

Acculés dans les limites physiques du rendement énergétiques, condamnés à passer leur vie à extraire de l’énergie de leur environnement, les dinosaures étaient donc à la merci du moindre changement rendant l’énergie plus rare.

Si l’on explique souvent la disparition des dinosaures à cause d’une météorite, hypothèse très plausible, il faut préciser que le météorite en question n’a fait qu’accélérer un déclin qui était de toute façon inéluctable. Les dinosaures ne pouvaient pas survivre.

Remplacer le gigantisme par l’intelligence

L’évolution a donc suivi une autre stratégie. Le gigantisme physique étant un cul-de-sac, les espèces qui survécurent à la raréfaction des ressources développèrent une autre caractéristique : l’intelligence.

Avec l’intelligence, les individus pouvaient se défendre (éviter d’être mangé) et trouver à manger sans nécessiter des ressources gigantesques.

L’intelligence est-elle donc la solution ?

Les dinosaures ont régné sur la terre durant 160 millions d’années avant de disparaître. Après seulement 65 millions d’années, l’intelligence est sur le point de détruire la planète. Tout semble indiquer que l’intelligence serait donc encore pire que le gigantisme !

En effet, l’intelligence a permis très vite l’apparition de la collaboration afin d’optimiser la protection des individus et la recherche de ressources.

Les groupes d’individus suivirent la même logique évolutive que les dinosaures et il s’avéra que plus un groupe était gros, plus il était puissant. Les groupes n’eurent donc d’autres ambitions que de devenir de plus en plus gros. Pour les tribus, les empires, les pays, les religions et désormais les entreprises, la croissance était le seul moyen de survivre.

Tout comme les dinosaures, les groupes d’individus sont donc désormais devenus gigantesques, consommant des quantités incroyables de ressources uniquement pour se maintenir en vie.

Contrairement aux dinosaures, il n’a pas été nécessaire d’attendre une météorite : la consommation de ressources et la production de déchets sont telles que le cataclysme est généré par les groupes d’individus eux-mêmes !

Une extinction inéluctable

L’histoire des dinosaures illustre que ce système ne peut que s’écrouler violemment. Les dinosaures ne se sont pas adaptés en devenant plus petits, plus raisonnables. Ils ont tout simplement disparus, laissant la place à d’autres espèces.

Il est illusoire d’espérer une autre issue pour notre situation particulière.

Par ailleurs, contrairement aux dinosaures, ce ne sont pas les individus qui sont inadaptés mais les groupes d’individus.

Une question reste donc ouverte dont la réponse ne dépend que de nous : la disparition des groupes gigantesques d’être humains doit-elle entraîner la disparition des êtres humains ?

Notre système va-t-il laisser la place à une toute autre espèce qui colonisera une terre ravagée ? Ou bien les homo sapiens sapiens vont-ils évoluer afin de survivre ?

Quelques soient nos choix, la disparition du système peuplé de nations, de religions et de multinationales est désormais inéluctable.

Si nous ne nous en détachons pas rapidement, nous disparaitrons avec, comme des marins accrochés à la coque de leur navire en train de sombrer.

Notre seul espoir, en tant qu’espèce, est donc de nous distancier au plus vite de ce système. D’inventer un nouveau système qui n’est plus fait de groupes en compétition mais d’individus en collaboration. De ne plus chercher à grossir au détriment des autres mais de nous entraider.

Pour éviter de disparaître comme les dinosaures, nous devons devenir Homo Collaborans !

 

Photo par Jordan.

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Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

Printeurs 40

samedi 8 octobre 2016 à 15:50
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Ceci est le billet 40 sur 41 dans la série Printeurs

Le taxi dans lequel Nellio, Eva, Max et Junior s’enfuient est soudainement balayé par une explosion terroriste.

 

Très vite, je repère les journalistes qui filment l’événement. Les terroristes font toujours très attention de ne pas les blesser afin de donner une visibilité maximale à leur action.

— Par ici ! crié-je.

Mais les terroristes semblent de plus en plus nombreux. Tous les clients sortant du centre commercial de l’autre côté de la rue sont abattus sans pitié. Des grenades sont lancées à travers les vitrines des magasins.

— C’est pas un petit attentat de misère, murmure Junior. On n’a pas intérêt à se faire remarquer.

Trop tard ! Un terroriste isolé nous a aperçut et pointe son arme vers notre petit groupe.

— Nous sommes journalistes ! crie Eva.
— Continuez ! renchérit Junior. Vous êtes en train de devenir le hashtag top trending du jour.

Le terroriste baisse son arme, indécis, mais continue à se rapprocher de nous. Il est vêtu comme n’importe quel étudiant, il est jeune et son regard ne respire aucune haine particulière.

— On est vraiment le hashtag top trending ? demande-t-il d’une voix hésitante.
— Oui, répond Eva. Faut dire que vous avez fait du beau boulot.
— Fait voir tes chaussures ? demande Junior. Génial, c’est justement la marque qui sponsorise notre émission ! Tu peux prendre une pause un peu aggressive ? Je vais te filmer avec mes implants rétiniens.

Flatté, le terroriste obtempère. Je l’entends murmurer en pointant le doigt vers le ciel :
— Tu es vengé mon frère ! Toi dont l’attentat n’avait eu aucun retentissement médiatique, c’est à toi que je dédie ce hashtag top trending !

Prudemment, nous opérons une retraite stratégique. La voix chaude et grave de Max me parvient, comme un souffle d’été :

— Reculons progressivement. Les collègues de Junior ne vont pas tarder. Abritons-nous derrière les journalistes.
— Tiens, ajoute Junior, je n’ai jamais compris pourquoi certains blogueurs étaient appelés des journalistes et d’autres des blogueurs. Y’a une raison particulière ?
— Les journalistes reçoivent de l’argent public en plus de la publicité traditionnelle, fais-je.
— Mais pour quelle raison ?
— C’est historique. C’est pour s’assurer de leur objectivité.
— Ah ? Et ça marche ?
— À ton avis ?
— À mon avis, c’est complètement stupide.
— Ça s’appelle une tradition.
— C’est ce que je dis, c’est complètement stupide. Mais sinon, je trouve ça cool de voir un attentat autrement qu’à travers un avatar. Avec mon vrai corps !
— Ça change quelque chose ?
— Rien du tout ! C’est juste cool.
— L’euphorie de l’implant… intervient Max.

À pas prudents, nous nous sommes éloignés de l’attentat de manière suffisante pour pouvoir nous mêler aux badauds qui, à distance prudente, apprécient le spectacle.

— Bon, et bien il nous reste à trouver un moyen de rejoindre le siège du conglomérat. Le tout sans utiliser le moindre ordinateur ni appareil électronique. Ça va être du gâteau. Je ne sais même pas dans quelle direction il faut aller.
— Et si on demandait ?

Je reste un instant étonné de ne pas y avoir tout simplement pensé. Le sentiment d’être traqué m’a transformé en coupable. J’ai peur de toute interaction. Selon tous les algorithmes de surveillance, mon comportement doit être éminemment suspect pour la seule et unique raison que je sais être suspect. Prenant une profonde inspiration, je m’approche d’une des passantes qui se met sur la pointe des pieds pour tenter de filmer l’attentat et, qui sait, obtenir une vidéo qui deviendrait virale.

— Excusez-moi…
— Vous avez vu ? Vous venez de là-bas, non ? C’est dangereux ? Ça vaut la peine de filmer ?
– C’est plein de journalistes mais…
– Oh, les journalistes, vous savez ce que c’est. Ils filment tout puis ne montrent que ce qui les arrange après montage. De toutes façons, les journalistes, ils sont tous complices.
– Est-ce que vous pourriez…
– Oh, je sais ce que vous allez dire. Ils ne sont pas tous pareil, il y’en a des biens. Mais à partir du moment où ils sont payés par l’état, que voulez-vous, c’est la porte ouverte au clientélisme !
– Je cherche à…
– Alors je ne cautionne pas du tout les journalistes subventionnés mais si je pouvais faire une vidéo dont ils me rachèteraient l’exclu, ça m’arrangerait, vous comprenez ? Ou alors je la revends aux sites privés. Ils paient mieux !
— Mais…
— Je sais ce que vous allez dire : pourquoi ne pas mettre moi-même la vidéo en ligne et toucher les royalties des publicités ? J’avoue m’être posé la question mais si jamais je ne fais pas le buzz, je perds tout ! C’est un fameux risque, vous ne trouvez pas ?

Impuissant face à l’intarissable torrent de paroles de mon volubile interlocuteur, je cherche machinalement de l’aide dans le regard de sa voisine qui s’est rapprochée, interpellé par cet étrange monologue. Celle-ci réagit à mon appel silencieux en brandissant une caméra montée en bague sur son poing serré.

— Quoi ? Vous préférez donc les pseudo-journalistes publicitaires aux journalistes d’état ? Les journalistes d’état, eux au moins, n’ont pas pour métier de nous abrutir avec de la publicité !
— Ah non, répond mon premier interlocuteur ? Pourtant ils utilisent également de la publicité !
— Pas tous ! Et ce n’est qu’une aide supplémentaire.
— Donc vous voulez dire que ce sont des publicitaires sponsorisés par l’état ?
— Ils ont une éthique ! Et je préfèrerais cent fois leur vendre ma vidéo même si cela signifie en toucher un prix inférieur !
— Une éthique ? Quelle vaste blague !
— Parfaitement ! Et ils ont au moins la décence de désactiver les publicités joyeuses pour les événements dramatiques, eux ! Il y a des gens qui se font tuer à quelques mètres de nous et des charognards comme vous ne cherchent qu’à les filmer pour faire vivre des publicitaires !
— Vous faites pareil, madame !
— Non, moi je cherche à fournir du matériel à des journalistes responsables afin d’informer les citoyens, c’est complètement différent !

Je recule prudemment. Max me touche l’épaule de sa main mi-écorchée, mi-métal. Personne ne semble faire attention à lui. Tout au plus lui demande-t-on s’il a été blessé dans l’attentat.

Par gestes, il me montre une automobile semi-blindée un peu à l’écart dans laquelle Eva et Junior sont en train de s’afférer. Emboitant le pas à Max, je m’y engouffre sans poser de questions.

Une rafale retentit, suivit d’un léger bruit de réacteur. À la place où je me tenais, les deux cadavres de mes interlocuteurs gisent, déchiquetés.

— Un drone de combat, ai-je le temps de murmurer.
— Oui, m’explique Max. Ils sont programmés pour détecter les comportements pré-terroristes en se basant sur les données comportementales des individus, leurs utilisations des réseaux sociaux, etc. La conversation que ces deux là viennent d’avoir a sans doute du activer une série de mots clés.
— Mais ils n’étaient pas terroristes !
— Un faux positif… La rançon de la technologie.
— Et les terroristes eux n’ont pas été arrêtés !
— Un faux négatif…

Je ne réagis même pas. Tout cela me semble normal. Je me contente de regarder l’intérieur de la voiture dans laquelle je viens de m’asseoir.

 

Photo par Elizabeth Amore Bradley.

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Repensez l’argent et expérimentez le prix libre !

mardi 4 octobre 2016 à 20:58
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Lorsqu’on entend parler des pauvres travailleurs licenciés qui perdent leur emploi, on oublie souvent de préciser que ce n’est pas l’emploi que les travailleurs souhaitent préserver : c’est le salaire qui va avec.

Mais la plupart des gens ne savent pas comment obtenir de l’argent autrement qu’avec un salaire.

Le parallèle est frappant lorsqu’on pense à la publicité sur le net : la plupart des éditeurs de contenu se plaignent des bloqueurs de publicité. Mais, au fond, ils n’ont que faire d’afficher la publicité chez leurs lecteurs, ils veulent uniquement être payés pour leur travail. Et ils ne voient pas d’autres alternatives. La publicité n’est donc qu’un intermédiaire nécessaire pour transmettre l’argent entre les producteurs et les consommateurs.

Pour certains, l’argent est la racine de tous les maux. Ils rêvent d’une société sans argent.

Mais, comme les deux exemples précédents l’illustrent, je pense que l’argent n’est pas vraiment le problème. Le réel problème c’est notre incapacité à imaginer d’autres modèles pour faire circuler l’argent que des modèles destructeurs et dans lesquels les plus pauvres sont les plus exploités.

Lors d’une rencontre à Lille, Simon, du collectif Catalyst, a utilisé une analogie que j’apprécie beaucoup : l’argent est à la société ce que le sang est au corps. Il est nécessaire, il doit pouvoir se diffuser partout. Mais le but n’est pas d’en avoir le plus possible dans un organe ou un membre, sinon on explose.

Personnellement, je promeus le prix libre : payez si vous le souhaitez, dans la mesure de vos envies et de votre capacité.

Ce système est particulièrement sain : il me pousse à me concentrer sur la qualité et non pas sur le marketing qui va vous amener à acheter mon produit, quitte à ce que vous soyez déçu par après. Il est également très équitable, permettant à tout le monde d’accéder à ce que je produis, sans restriction économique.

On pourrait croire le prix libre cantonné à la sphère internet mais je le rencontre de plus en plus fréquemment. Depuis les cours d’apnée à prix libre aux formations ouvertes avec une tirelire proposant de « contribuer en conscience ».

Pour beaucoup, le prix libre est une utopie : les gens profiteront sans payer. Mais cette manière de penser est justement ce qu’il nous faut changer. Elle provient de cette croyance que tout le monde ne cherche qu’à amasser le plus d’argent, se gonfler de sang jusqu’à éclater. C’est également cette mentalité qui est la cause de l’absurdité de notre vision de l’emploi et de la dégradation de beaucoup de services, dont seul le marketing est efficace. En effet, dans une vision traditionnelle, une fois que le client a payé, on peut se contenter de lui donner le strict minimum.

Et pourtant, la croyance en la cupidité universelle, si fermement ancrée, n’est jamais vérifiée par les faits. Pour beaucoup, y compris pour moi, le prix libre fonctionne mieux que d’autres sources de revenus pour peu qu’il soit bien expliqué et que les « clients » soient conscientisés.

Mieux ! L’équipe du développement Gratipay et le collectif Catalyst ont réalisé des expériences au cours desquelles chacun pouvait choisir son salaire en fonction de sa contribution. Il s’avère que, dans leurs expériences, les humains collaboraient naturellement et ne cherchaient pas à tirer un maximum de profit !

Tout modèle économique autre que le prix libre implique un contrôle total du produit vendu : empêcher le “client” de s’approprier le contenu, de le consulter de la manière dont il le souhaite, de le repartager. Ce contrôle est incompatible avec la vision que j’ai d’Internet et de la société d’abondance.

Je suis convaincu que nous n’aurons à termes que le choix entre une économie basée sur le prix libre ou une censure totale, un contrôle de nos comportements et de nos pensées, que ce soit pour nous faire consommer ou pour nous empêcher de “pirater”.

Il est donc temps de repenser notre rapport à l’argent. De donner l’argent aux gens qui font des choses qui nous plaisent, à des personnes plutôt que pour se procurer des produits sans âme et sans histoire. La publicité n’étant qu’un intermédiaire, elle est en train de connaître le sort qu’Internet réserve à tous les intermédiaires : l’obsolescence. Il est temps de promouvoir le prix libre en l’acceptant lors de nos contributions à la société.

Personnellement, mon blog est payant ! En sus de Flattr, qui est malheureusement en perte de vitesse, j’accepte les dons ponctuels ou réguliers sur Paypal, Liberapay et Tipeee.

Tous les 5 articles, j’activerai Tipeee. Cela signifie que si je n’écris pas, je ne reçois rien. Si j’écris beaucoup, je reçois beaucoup. À vous de décider combien valent 5 articles de ce blog et d’expérimenter concrètement le prix libre en me soutenant sur Tipeee. En mettant 2€ sur Tipeee, vous pensez que chacun de mes articles vaut, en moyenne, 40 centimes. Si vous préférez me soutenir, même symboliquement, à la semaine afin de favoriser les projets d’écriture au long cours, je vous invite à tester Liberapay.

Et si payer pour ce qu’on aime plutôt que ce qu’on nous vend était une de ces nombreuses libertés que nous avons oubliées ?

 

Photos par Pictures of Money.

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Laissez-moi la nuit !

vendredi 16 septembre 2016 à 22:09
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Pour Stoyan, mon ami et lecteur de ce blog, décédé le 8 septembre 2016.

Laissez-moi la nuit !

Depuis que je suis tout petit,
J’ai été entouré et vous m’avez appris
Que le soleil est source de toute vie.
Aujourd’hui, regardez, j’ai grandi.
Alors laissez-moi la nuit.

Laissez moi ma colère contre les traditions,
Contre les religions et toutes ces règles à la con
Auxquelles on devrait obéir sans poser de question.
Laissez-moi leur hurler, leur crier mon nom
Les secouer dans un grand bruit,
Dans un tohu-bohu, un charivari,
Oui, laissez-moi la nuit.

Laissez moi la nuit
Laissez moi partir dans le noir
Laissez moi vierge de vos espoirs
Laissez moi hurler
Laissez moi choquer
Laissez-moi même si vous n’aimez pas
Laissez-moi même si vous ne comprenez pas
Laissez-moi choisir
Laissez-moi haïr
Laissez-moi être incompris
Laissez-moi la nuit

Ne cherchez pas de responsabilité
Ne vous demandez pas comment me changer
N’essayez pas de modifier le passé !
De l’amour, vous m’en apportez,
Comprenez que personne n’a failli, j’ai choisi
Alors, laissez-moi la nuit.

Lorsque s’évanouit l’illusion d’éternité,
Lorsque meurt le voile de la naïveté,
Lorsque la lumière fait place à l’obscurité,
Il ne reste plus qu’une insatiable quête de liberté.
Laissez-moi ce chemin que j’ai choisi.
Laissez-moi la liberté de la nuit.

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Sunrise, le calendrier du futur

jeudi 1 septembre 2016 à 14:31
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En février 2015, Pierre Valade, co-fondateur du calendrier Sunrise, m’a demandé de collaborer avec lui à la rédaction d’un texte explorant le futur possible de notre utilisation d’un calendrier électronique. La société Sunrise a ensuite été rachetée par Microsoft et le calendrier Sunrise a malheureusement été définitivement mis hors-service ce 1er septembre 2016. Avec l’accord de Pierre, j’ai décidé de rendre ce texte public afin de célébrer, une dernier fois, Sunrise et ce qu’il aurait pu devenir : le calendrier du futur !

 

– À ce soir mon chéri !

Je hurle depuis le hall d’entrée tout en enfilant ma veste. La réponse de mon époux me parvient, lointaine.

— À ce soir ! J’ai vu que tu ne rentrais pas trop tard. Je m’occupe de nous préparer un bon petit plat.

Esquissant un sourire, je sors en refermant la porte derrière moi. La voiture est justement en train de se garer. Une légère vibration à mon poignet me confirme que je dois embarquer. La portière s’ouvre et une voix neutre me demande si je suis prêt à partir.

— Oui, confirmation de départ immédiat, annoncé-je machinalement.

Je m’étire et m’installe confortablement dans le fauteuil. Le temps estimé de trajet est inscrit sur un écran : 1h15. Mon interview du jour aura lieu en plein cœur de New York, dans le lounge d’un grand hôtel. Un hôtel que ni Pierre Valade, mon interviewé, ni moi ne connaissons. Mais qui, selon les algorithmes de Sunrise, est le plus propice à notre rendez-vous. Il faut dire que je me suis contenté d’envoyer une demande de rencontre avec quelques explications. Pierre a accepté. Nos agendas ont fait le reste.

À peine ai-je sorti ma tablette de mon sac qu’elle me propose des lectures et des vidéos qui correspondent au temps du trajet. Pratique mais, aujourd’hui, j’ai seulement envie de rêver, de regarder le paysage défiler, de méditer. Je me sens particulièrement zen.

En quelques années à peine, j’ai perdu ce réflexe de stress permanent que nous imposaient nos conventions. Peur d’être en retard, peur de rater un train ou un avion, peur de ne pas avoir le temps. Nous étions tellement obnubilé par la crainte de perdre du temps que nous en passions la majeure partie à organiser nos agendas, à arriver à l’avance à nos rendez-vous. Notre société était pauvre en temps et ceux qui ne le rentabilisaient pas étaient perçus comme des paresseux, des gaspilleurs de temps.

L’utilisation du temps relatif a, de manière surprenante, apporté une solution à ce paradoxe. Désormais, il est rare que je sache l’heure absolue. Je sais juste le temps qu’il me reste avant de me rendre quelque part. Je ne m’occupe même plus de choisir les moyens de transport : je me contente d’inviter mon mari à un week-end romantique à Paris, j’accepte une offre de voyage si elle correspond à mon budget et, après avoir fait nos bagages suite à un rappel judicieusement placé dans mon emploi du temps par Sunrise, nous embarquons dans la voiture qui nous conduit à l’aéroport.

S’arrêtant doucement, la voiture me sort de ma rêverie. Un coup d’œil à mon téléphone m’indique que Pierre vient également d’arriver. Je le repère au fond du lobby.

– Bonjour Pierre !

– Bonjour, enchanté de faire votre connaissance.

Après les présentations d’usage, je me lance directement dans l’interview.

— Pierre, comment vous est venu l’idée de fonder Sunrise ?

— Étant un grand distrait, j’avais tout simplement besoin d’un très bon calendrier.

— Qu’est-ce qui n’était pas satisfaisant avec les solutions existantes ? La plupart des entreprises étaient très satisfaites avec leur calendrier Exchange.

— Microsoft Exchange, comme la majorité des outils de cette époque, cherchait à organiser le problème, pas à le résoudre. Le but d’Exchange était de gérer un calendrier. Le but de Sunrise, c’est de vous permettre de profiter de votre temps. C’est très différent.

— Concrètement, en quoi Sunrise s’est-il démarqué ? Quelle a été l’innovation majeure ?

— Sunrise n’est pas une invention unique, soudaine. C’est un ensemble d’innovations continues, d’améliorations perpétuelles. Google, Microsoft, Facebook et Apple ne s’intéressant pas vraiment au problème, il y avait une place à prendre. Sunrise est né et nous avons acquis de l’expérience, nous sommes devenus des spécialistes, des experts. Nous étions les seuls !

— Et quel est ton rôle dans cette aventure ?

— Je suis un peu le chef d’orchestre. J’ai une vision précise et je cherche à recruter les personnes qui seront capables faire passer cette vision du rêve à la réalité.

— Pourrais-tu me donner un exemple concret de ta vision ?

— Et bien j’etais convaincu que l’optimisation du temps était un problème relativement simple pour un ordinateur alors que les outils existants étaient particulièrement laborieux à utiliser. Sunrise s’est donc concentré sur le design et l’interaction utilisateur. Pas besoin d’algorithme intelligent si personne ne peut utiliser ton application !

— En effet. Mais vous avez cependant introduit beaucoup d’intelligence par la suite…

Il acquiesce avant de jeter un coup d’œil machinal à son téléphone.

— Dîtes, je vois dans mon agenda qu’une parade musicale passe à deux rues d’ici. Ça vous dirait d’aller la voir.

— J’avais prévu de m’atteler à la rédaction de votre interview mais je pourrai faire ça durant mon retour en voiture.

— Elle viendra vous chercher là bas. Et puis, une parade musicale dans les rues de New York, c’est une occasion à ne pas manquer. Autant en profiter !

Me prenant par le bras, il m’emmène vers la sortie. Je résiste pour la forme.

— Au fait, quelle heure est-il ? me demande-t-il mystérieusement.

— Aucune idée ! fais-je, étonné.

— Parfait ! Ignorer l’heure est la meilleure façon de profiter du temps présent.

— Après tout, tant que je suis rentré pour le repas que me prépare mon mari…

— Vous utilisez Sunrise ? Alors, aucun risque ! me fait-il avec un clin d’œil complice.

Au loin, je perçois déjà les premiers échos de la fanfare.

 

Photo par Clément Cousin. Also available in English.

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Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

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