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3 janvier 2022, qu’est-ce qu’une déconnexion ?

lundi 3 janvier 2022 à 15:34

Troisième jour de ma « déconnexion ». Elle m’obnubile, m’encombre l’esprit. Difficile de penser à autre chose. Mais au fond, qu’est-ce qu’une déconnexion ? Est-il réellement possible de se déconnecter totalement ? Est-ce que je lis les emails me demandant si je lis mes emails ? Je reste un humain, un animal social vivant dans un monde où la connexion à Internet est omniprésente.

Le terme « déconnexion » est donc arbitraire et propre à chacun. Un chef d’entreprise qui met son téléphone en mode avion le temps d’un week-end parle de déconnexion. De nombreux stages offrent de la déconnexion sous le nom « digital detox ». Mais lorsqu’il est question de dépasser quelques jours, il est indispensable de mettre en place un protocole, de formaliser les règles qui permettront d’établir si, oui ou non, nous respectons notre déconnexion.

Le pionnier en la matière est Thierry Crouzet qui, en 2012, a raconté dans son livre « J’ai débranché » les six mois passés sans utiliser Internet à une époque où l’addiction restait cantonnée à quelques geeks. Une déconnexion totale ? Pas tout à fait ! Lorsque l’utilisation d’Internet devenait incontournable, Thierry se mettait à supplier son épouse d’accomplir pour lui les actions nécessaires en ligne. Chaque déconnexion implique de mettre en place des échappatoires codifiées pour survivre dans un monde connecté.

Les déconnexions peuvent aller de la plus extrême, comme celle de Robert Hassan qui raconte dans « Uncontained » les cinq semaines passées sur un bateau porte-conteneurs sans connexion et avec des interactions minimales avec une poignée de membres d’équipage. À l’opposé, ma déconnexion de 2018 consistait à bloquer les sites d’actualités et de réseaux sociaux dans mon navigateur pendant trois mois. L’écrivain Cory Doctorow prend des « email holidays » durant lesquels chaque nouvel email reçu est effacé. L’expéditeur reçoit une réponse automatique lui demandant de réenvoyer son mail après une date donnée. Si la demande est urgente, l’expéditeur doit contacter la mère de Cory. Les informations de contact de celle-ci ne sont pas fournies, toute personne ne sachant pas contacter sa mère n’étant pas censée devoir le contacter en urgence.

Si ces expériences sont particulièrement utiles pour ouvrir les yeux et prendre un temps de réflexion, elles possèdent toutes un point commun : elles ne sont pas durables. Une fois le temps de la déconnexion terminée, les anciennes habitudes vont reprendre graduellement leur place. C’est insidieux, car la reconnexion est généralement perçue avec un certain dégoût. Le temps de déconnexion est idéalisé. Il devient un éden, un lieu de villégiature confortable, mais incompatible avec les exigences du monde moderne. Le néo-reconnecté est persuadé d’avoir changé. Il est d’abord parcimonieux, se reconnecte avec douceur. À la première période de stress, de nouveaux réflexes délétères se mettent en place.

Dix ans après sa déconnexion, Thierry s’énerve encore sur Facebook et reconnait « craquer » sans raison impérieuse pour un nouveau macbook. Robert Hassan explique avoir replongé dans son quotidien frénétique. Moi-même, je n’ai supprimé mes comptes de réseaux sociaux qu’à la perspective de cette déconnexion-ci, celle d’il y a trois ans étant déjà depuis longtemps oubliée.

En concevant cette déconnexion, je me suis posé l’objectif d’en faire une déconnexion durable. D’établir un protocole qui devrait pouvoir s’installer dans la durée, y compris après cette année de test. Le but n’est pas de prendre des vacances, mais bien d’établir une nouvelle méthode de travail.

Le tour réflexe

Lorsque je suis connecté à Internet, j’effectue machinalement ce que j’appelle mon « tour ». Une série de sites à visiter pour vérifier qu’il n’y rien d’urgent, rien d’important, rien de nouveau en ligne. Ce concept de « tour » est partagé par beaucoup de personnes dans ma situation. Il commence, par exemple, par vérifier sa boîte mail puis vérifier un site d’actualité puis Facebook, Linkedin, Twitter et quelques salons de discussion en ligne. Il peut contenir des éléments aussi divers que les résultats du football, un forum ou les cours de la bourse.

À chaque arrêt, il y’a potentiellement des nouveautés à lire, des messages auxquels répondre. Si le tour est suffisamment long, il peut être immédiatement recommencé une fois terminé, des messages ou des réponses étant arrivées dans l’intervalle. Il se transforme en boucle. Beaucoup de personnes utilisant Internet au quotidien possèdent ce genre de tour. Il n’est pas toujours conscient, pas toujours ordonné. On pourrait même dire que toute connexion à Internet sans un objectif préalable clairement défini ne sert qu’à accomplir une variante de ce « tour » réflexe, presque atavique. Chez certains, le tour ne contient qu’une étape : Facebook ou Instagram.

Une anecdote illustre l’effrayante force de l’habitude d’un tour. En 2014, le collègue placé à mes côtés dans l’openspace où je travaillais me montre un meme, une image comique particulièrement adaptée à la situation que nous rencontrions à ce moment-là. Je rigole. Je lui demande où il à trouvé cela.

— Sur 9gag. (prononcez « naïne gag» )

— Sur quoi ?

— Quoi ? Tu ne connais pas 9gag ?

Devant ma mine ahurie, il m’explique le principe du site, une simple page sur laquelle s’affichent les images rigolotes ayant reçu le plus de votes. Le site est tellement populaire que le renouvellement est presque constant.

Amusé, j’ouvre la page dans mon navigateur. Je prends très vite le réflexe de la consulter dès que le temps me semble long ou que je suis confronté à une tâche un peu difficile. Je parcours les images amusantes, les partage avec mon collègue. Je n’ai jamais ajouté le site à mes favoris, mais mon navigateur comprend très vite où je veux aller si je tape un simple « 9 » dans la barre d’adresse. Sans que je l’aie décidé, 9gag s’est imposé dans mon tour. Une étape réflexe, incontournable.

Après seulement quelques mois, je me rends très vite compte du temps perdu et de l’absurdité de ce site. Je n’ai plus envie d’y aller. Malgré cela, il m’arrive de trouver le site 9gag ouvert sur mon écran. Je m’effraie. Je découvre un projet Kickstarter d’un bracelet qui envoie des décharges électriques dès que l’on accède à un site « interdit », preuve que je suis loin d’être le seul dans ce genre de situation. Je rigole avec mes collègues à l’idée d’en acheter un. Sans recourir à cette extrémité, je me contente de bloquer le site 9gag dans mon navigateur. Un blocage qui est d’ailleurs toujours présent depuis lors.

Cela fait sept années que le site 9gag est bloqué sur mon ordinateur. Sept années sans y accéder et cela ne manque pas du tout. Ce n’était que de l’amusement sans valeur et sans intérêt. Pourtant, sept années plus tard, lorsque je suis confronté à une difficulté intellectuelle ou une tâche administrative un peu rébarbative face à un navigateur web ouvert, mes doigts tapent machinalement un « 9 » dans la barre d’adresse. Parfois, je ne souviens même plus de l’origine de ce chiffre. Je dois réfléchir pour comprendre pourquoi s’affiche une recherche sur le chiffre « 9 ». Mes doigts, eux, n’ont pas ce scrupule. Ils tapent « 9 », sept années après mon dernier accès à un site contenant ce caractère.

do_the_internet.sh

Durant ma connexion de 2018, je me suis efforcé d’améliorer mon tour. De le réduire et d’en retirer les éléments les plus morbides. L’une de mes observations a été ma capacité à trouver des alternatives. Dès que mon tour devenait « trop court », je découvrais une nouvelle source de distraction. Les sources les plus qualitatives étaient les plus dangereuses. En effet, la qualité de ce que je lisais me permettait de justifier le temps passé et l’automatisme était très vite assimilé. La consultation de mon tour mélange chez moi une savante dose de procrastination, un désir de découvrir des nouvelles choses et la crainte de rater ce qui se dit ou se fait, le fameux FOMO (Fear of Missing Out).

Sur le gemlog de Solderpunk, le créateur du protocole Gemini (un gemlog est l’équivalent d’un blog sur le réseau Gemini), j’ai lu l’idée d’un script « do_the_internet.sh ». Un script est un petit programme simple consistant en un ensemble de commandes que l’ordinateur doit effectuer de manière automatique. L’intérêt d’un script est d’automatiser une suite de commandes qui sont toujours les mêmes. J’ai alors eu une illumination. Plutôt que de lutter pour améliorer mon tour, j’allais l’automatiser.

Une heureuse sérendipité me faisait lire, le même jour, un article sur la conception de scripts suggérant que chaque étape ne devait pas nécessairement être automatique. Un bon script pouvait contenir une instruction demandant explicitement à un humain d’accomplir une tâche, mélangeant les concepts d’automatisation et de check-list.

J’ai donc créé un fichier appelé « do_the_internet.sh » dans lequel j’ai listé ce que je voulais accomplir en ligne chaque jour. Au début, ce fichier ne contenait absolument pas de code, mais de simples phrases comme « vérifier mes emails » ou « vérifier mon agenda ». Au cours des semaines, j’ai réussi à automatiser certaines des tâches. À chaque étape de mon tour quotidien, je me posais la question « Pourrais-je l’automatiser ? Cela en vaut-il vraiment la peine ? ».

L’objectif final m’est apparu rapidement : une fois ce script entièrement automatisé, je pourrai me contenter de le lancer une fois par jour sans rien rater. Encore faut-il que j’estime qu’il soit « terminé ». Je me suis donc fixé une date de départ symbolique et évidente : le premier janvier. Il me restait quelques semaines pour mettre au point mon protocole de déconnexion.

Le quotidien de ma déconnexion

Pour cette déconnexion 2022, je peux donc, une fois par jour, synchroniser mon ordinateur en lançant mon script do_the_internet.sh. Cette synchronisation se fait en branchant un câble dans mon ordinateur sur le palier de l’escalier de la maison. Je dois physiquement me déplacer pour y accéder. Lorsque l’ordinateur se synchronise, je ne peux pas l’utiliser, tout est automatique.

Ce script va tout d’abord synchroniser mes emails. Ceux-ci sont téléchargés sur mon ordinateur afin d’y accéder sans connexion. Tous les emails que j’ai rédigés vont être envoyés. Les mails que j’ai archivés sur mon ordinateur vont être archivés en ligne. Envoyer des mails hors-ligne est une expérience très satisfaisante. Une fois la commande d’envoi effectuée, je n’ai rien à faire, rien à penser. Le mail partira sans action de ma part lors de la prochaine synchronisation. Par contre, si j’éprouve le moindre doute, même plusieurs heures après, je peux aller annuler mon mail. Cette latence artificielle empêche le fameux « ping-pong » où plusieurs mails et réponses s’envoient et se télescopent en quelques minutes. Je suis forcé de réfléchir à ce que j’écris, forcé de prendre le temps de lire ce que je reçois.

En second lieu, mon script va synchroniser les flux RSS des blogs que je lis. Cela se fait uniquement en mode texte, sans image. Cela me permet de garder le contact avec les gens que j’aime bien ou qui sont intéressants. La plupart des blogs que je suis ne postent que de manière très sporadique, j’ai tendance à supprimer les flux dès qu’ils dépassent quelques billets par semaine. En complément des flux, l’accès à l’email me donne également la possibilité d’être abonné à des newsletters. En réalité, je ne suis abonné qu’au site lobste.rs, un site très technique qui permet la mise en place de filtres. J’ai été tellement drastique que je ne reçois que les articles dans un champ d’intérêt très restreint et rare.

L’un de mes objectifs lors de cette année de déconnexion est de réfléchir aux concepts de décentralisation et de protocoles Internet. Pour cette raison, j’ai souhaité ne pas perdre le contact avec le réseau Gemini. Je me suis donc attelé à modifier le navigateur AV-98 pour qu’il me permette de naviguer hors-ligne sur le réseau Gemini. Cette modification a pris de l’ampleur et, avec l’accord de Solderpunk, le créateur de AV-98, j’ai décidé d’en faire un logiciel différent (un fork). J’ai donc codé « Offpunk », un navigateur hors-ligne. Il se concentre pour le moment sur le réseau Gemini, mais je compte le faire évoluer. Le principe d’Offpunk est de se synchroniser pour télécharger le contenu qui pourrait être utile puis d’être utilisable entièrement hors-ligne. Si l’utilisateur tente d’accéder à un contenu qui n’est pas disponible hors-ligne, il est marqué pour être téléchargé lors de la prochaine connexion. La troisième étape de mon script est donc de demander à Offpunk de télécharger ce qui doit l’être sur le réseau Gemini.

Les mails, les RSS et Gemini me donnent l’opportunité d’avoir accès au monde extérieur tout en étant littéralement déconnecté. Si une page web me semble vraiment intéressante à lire et que je n’ai pas accès au contenu, mon système prépare automatiquement un mail qui sera envoyé au service forlater.email. À tout email contenant une ou plusieurs adresses, ce service répond avec un email contenant l’intégralité du texte de la page web en question. Je peux donc naviguer sur le web en utilisant l’email. Avec un délai de 24h, entre le moment où je décide de lire le contenu d’un lien et le moment où je le lis réellement.

Mon téléphone est un Hisense A5, un téléphone avec écran eink en noir et blanc et ne disposant pas des services Google. J’ai désinstallé tout navigateur web et tout logiciel de courriels. Quand il est dans mon bureau, mon téléphone est en mode avion. Whatsapp a été « freezé », signifiant qu’il ne va pas recevoir de messages (mais je dois le garder pour certaines urgences familiales potentielles). Je garde Signal pour les interactions immédiates et nécessaires à la gestion familiale. En dehors de Signal, le téléphone est principalement utile pour les applications de cartographies : OSMAnd, Organic Maps et Google Maps (qui fonctionne sans compte Google). Ce dernier est utile pour consulter les heures d’ouverture et les numéros de téléphone des commerces. Je considère que ces applications de cartographie sont d’excellents services qui n’entrainent aucune distraction. Je peux donc sans soucis les garder.

Enfin, je dispose sur mon ordinateur d’une copie de Wikipédia accessible grâce aux logiciels Kiwix et Webarchives.

Les exceptions (ou la tricherie tolérée)

Malheureusement, il n’est pas réaliste de tout traiter en ligne à travers les emails. J’ai relevé plusieurs actions qui restent nécessaires et ne peuvent se faire qu’interactivement. La gestion administrative et bancaire, les achats en ligne (depuis les livres non disponibles en libraire au matériel de vélo), la préparation des voyages, des raids vélo (Komoot) ainsi que la gestion des projets open source (rapports de bugs, merge sur Github). Sans compter les incontournables réunions en ligne sur Teams ou Jitsi. Paradoxalement, je n’ai pas non plus encore automatisé le fait de poster sur mon blog (mais j’y travaille).

Pour faire tout cela sans devoir, comme Thierry, supplier mon épouse, j’ai dû me résoudre à m’autoriser des accès directs à Internet. Ces accès seront « en conscience ». Cela signifie qu’avant chaque accès à Internet, je suis obligé d’écrire les objectifs de cette connexion et de décrire autant que possible les tâches que je vais accomplir en ligne. Je garde dans un dossier les mails qui ne peuvent être actionnés qu’en ligne et je note dans un fichier les tâches obligatoires à faire en ligne.

Une fois qu’une connexion est décidée, je note dans un fichier spécial la date, l’heure et la raison de la connexion. Je lance un chronomètre. À ce moment-là, et seulement le chronomètre lancé, je me lève et je vais chercher le câble sur le palier. Je branche mon ordinateur et accomplis les tâches prévues. Je ne peux pas m’en écarter. Si la tâche est imprécise (comme accomplir une recherche ou investiguer un domaine), je me donne un temps limite fixé à l’avance et je lance un timer. Durant ces connexions, je n’ai pas le droit de lancer ma synchronisation. Chaque connexion est donc clairement identifiée, consciente, objective.

Une fois le câble débranché et remis à sa place, je peux couper le chronomètre et indiquer, dans mon fichier, le temps passé, arrondi à la minute supérieure. Nous sommes le 3 janvier et, en 2022, je peux affirmer que j’ai passé exactement 5 minutes en ligne, le temps qu’il m’a fallu pour poster le billet de blog du 1er janvier. Durant ces 5 minutes, j’ai dû me faire violence pour ne pas subrepticement ouvrir un onglet de navigateur vers un autre site que mon blog. J’ai tenu bon.

Ce système est également l’occasion de faire des économies. Céder aux achats en ligne impulsifs devient beaucoup plus compliqué. Ma carte de crédit devrait apprécier.

Un système évolutif et une expérience partagée

L’objectif premier de ma déconnexion n’est pas de devenir un puriste voire un puritain, mais de trouver un nouvel équilibre durable. Il me parait donc évident que, soumises aux contraintes de la vie réelle, mes règles vont évoluer. Que je vais devoir trouver des compromis ou des solutions. Que je vais découvrir des choses sur moi-même, sur ceux qui m’entourent, sur ceux avec qui je perdrai contact et ceux, au contraire, avec qui je vais me rapprocher.

Outre l’introspection, je souhaite également partager l’aspect technique que j’affine depuis 2018. Comment améliorer la quantité et la qualité des mails reçus et ceux qu’on envoie. Comment reprendre le contrôle de sa présence en ligne et de ses données. Cette déconnexion est une expérience globale, holistique que je souhaite partager avec vous dans ce blog, dans ce livre en cours d’écriture. Une manière de me connecter à vous, que vous me lisiez en 2022 ou dans un lointain futur. L’écriture et la lecture ne sont-elles pas, depuis 5000 ans, les expressions les plus pures de la connexion intellectuelle par delà la déconnexion physique ?

Si vous êtes éditeur ou agent littéraire et que le sujet vous intéresse, n’hésitez pas à m’envoyer un mail à agent arrobase ploum.eu. Si vous avez des lectures ou des outils à me recommander, utilisez reaction arrobase ploum.eu. Les mails mettent un peu plus de temps que la normale à me parvenir, mais ils arrivent toujours à mon port.

Liens

Mon fameux script de synchronisation :

=> https://github.com/ploum/offlinetools

Le logiciel Offpunk (anciennement appelé AV-98-offline) :

=> https://tildegit.org/ploum/AV-98-offline

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Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

1er janvier 2022, quelques minutes après minuit

samedi 1 janvier 2022 à 12:17

Les feux d’artifice résonnent dans notre quartier. Après avoir embrassé mon épouse et lui avoir souhaité une bonne année 2022, je suis allé dans mon bureau pour mettre en pratique une résolution prise et préparée depuis presque deux mois. J’ai hésité une seconde. Voilà deux mois que l’idée a germé, que j’attends ce moment avec impatience, que je tourne et retourne les modalités pratiques dans ma tête. Pourtant, au moment fatidique, une partie de moi me fait croire que je n’en ai pas vraiment besoin. Que ça peut attendre. Être plus progressif.

Le sentiment d’être un addict me frappe de plein fouet. Jusque là, j’avais toujours cru que tout n’était qu’une question de choix. Que j’arrêtais quand je le voulais. Pourtant, même après deux mois de préparation enthousiaste, mon inconscient cherche à négocier jusqu’au dernier moment.

Pour ne pas lui laisser la moindre marge de manœuvre, j’agis sans regarder mon écran. Le cœur battant, j’arrache le câble RJ-45 relié à mon ordinateur et le sort de mon bureau.

2022 sera une année déconnectée. Une année loin du web.

C’est en prévision de ce moment que j’ai désactivé le wifi de mon portable et n’utilise plus que la connexion câblée depuis plusieurs mois. C’est en prévision de ce moment que j’ai configuré mon ordinateur et passé mes dernières semaines à coder.

Depuis mon premier site web il y a vingt-quatre ans, le web a fait de moi qui je suis. Je lui ai offert des dizaines de milliers d’heures de ma vie et il m’a donné en échange des idées, des rencontres, des carrières, des opportunités dont je n’aurais osé rêver. Pourtant, depuis plusieurs années, un sentiment diffus s’est installé. La balance s’est subtilement inversée. Le web me prend plus. Affecte mon humeur, ma santé, ma productivité. Il m’apporte moins. De moins en moins. Avec une qualité déclinante.

La qualité, les réflexions, elles sont pourtant à portée de main dans les rayonnages des bibliothèques qui constellent ma maison. Malheureusement, après quelques pages, mes yeux se tournent machinalement vers l’écran qui scintille, qui m’appelle.

Une idée germe. Je lance mon éditeur pour en rédiger les balbutiements. Mais derrière l’éditeur se tapit, sournois, un navigateur web toujours lancé, près à s’engouffrer dans la moindre hésitation, à interpréter le moindre frémissement des mes doigts sur le clavier comme une invitation à flâner en ligne. Confronté à une phrase difficile, je m’échappe, je clique machinalement de lien en lien, cherchant La Nouvelle Importante, l’Article Tellement Intéressant avant de constater que mon idée initiale s’est tarie.

Je m’arrache à cette lascive procrastination d’un suprême effort de volonté, je m’immerge dans ce que les anglophones appellent le « flow » avant d’être interrompu par une notification de mise à jour d’un logiciel que j’utilise. Le calendrier m’affiche le rappel de l’anniversaire d’une vague connaissance ou d’un événement que j’avais pourtant refusé. Ma boîte mail se met à clignoter. N’avais-je pourtant pas désactivé ces notifications ? Malgré le fait qu’il soit en silencieux, mon téléphone s’illumine dans mon champ de vision, car un énième message s’est empilé dans l’un de ces groupes Whatsapp ou Signal auxquels j’ai été, à un moment ou un autre, ajouté.

Ding Dong ! On sonne à la porte. Le livreur apporte un colis que je ne me souvenais même plus avoir commandé. Plutôt que de travailler à mes tâches importantes, une énième idée m’était venue, j’avais investigué le matériel nécessaire pour la mettre en place et j’avais même passé commande devant une offre alléchante. J’en avais profité pour commander la liste des livres que mon libraire ne peut pas obtenir en un temps décent. Malgré que la commande ait été faite tout d’un bloc et sans urgence, Amazon va me les faire parvenir au compte-goutte, chaque livre nécessitant un arrêt de la camionnette et une sonnerie de porte.

Les enfants rentrent de l’école. Je n’ai pas progressé dans les tâches que je m’étais fixées. Par contre, des millions de fragments d’idées ont germé dans la sérendipité du web, me remplissant de nouveaux objectifs, de nouveaux projets que je devrais accomplir si le web m’en laissait le temps. Ma liste de tâche n’a donc fait qu’augmenter, avec elle ma frustration.

En 2022, c’est décidé, je me déconnecte. J’envoie valser un quart de siècle de réflexes, de conditionnement. Je veux réapprendre à aimer mon ordinateur, ne plus le voir comme un ennemi, en avoir peur.

Mais est-ce réaliste ? Tant de choses se font sur le web désormais. Se déconnecter du web, s’est également se passer de tout un pan d’Internet aussi indispensable que l’électricité ou l’eau courante.

La connexion m’est, professionnellement et par passion, incontournable. Mais je peux la rendre minimale, contrôlée. Consciente. Efficace.

C’est à cela que je me prépare depuis deux mois. C’est cela que je m’apprête à mettre en production alors que les pétards se sont tus, mais pas encore les échos de la fête.

Une année 2022 déconnectée.

Une année que je vais documenter sous forme d’un livre publié sur ce blog dont vous êtes en train de lire le premier chapitre (et pour lequel je suis à la recherche d’un éditeur ou d’un agent littéraire, y compris pour une version anglophone).

Le point final étant mis à ce chapitre, mon premier réflexe est de me récompenser de mon effort en m’offrant quelques minutes de surf sur le web. Mes doigts cherchent, mais mon esprit conscient réalise l’impossibilité d’assouvir ce désir. Mon navigateur affiche une erreur de connexion.

Nous sommes en 2022. Ça y’est ! Je suis déconnecté.

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Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

Extrait de mon journal, 19 septembre 2021

mardi 2 novembre 2021 à 12:08

J’ai relu la magnifique conclusion du Héros aux mille et un visages de Joseph Campbell. L’essence d’un livre se trouve dans sa conclusion. Tout le reste ne fait que préparer le lecteur à comprendre et pouvoir apprécier cette conclusion. En relisant Campbell, je réalise que ce que je croyais être une recherche d’amélioration de mon écriture devient une quête universelle, un plongeon qui m’entraîne dans la réflexion de ma place dans la société, du rôle de la société, de l’essence de l’individu, de la quête d’identité.

Qui suis-je ? Qui sommes-nous ? En quoi la lecture et l’écriture peuvent répondre à cette question ? En quoi cette quête peut-elle me réconforter dans ma propre mortalité et dans la mortalité de l’humanité toute entière symbolisée désormais par mes enfants ?

Se passer d’écran, se passer d’interaction nous permet de contempler le gouffre infini de nos questions, de nos angoisses. Une contemplation effrayante, dangereuse. N’est-il point étonnant que la majorité se réfugient dans les viatiques que sont le travail, la suractivité et l’abrutissement réconfortant ? Ce que que nous appelons ennui, solitude, je l’appelle désormais conscience et vérité.

Mais comment pourrais-je juger ceux qui souhaitent inconsciemment s’en écarter ? J’ai fait partie du groupe, j’en fais toujours partie. Je lutte pour m’extirper, pour trouver ou retrouver une illusoire clarté d’esprit que certains n’ont jamais perdu et que d’autres ne pourront jamais imaginer.

Extrait de mon journal intime publié sur recommandation de mon épouse.

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Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

Arrêtez de me suivre sur les réseaux sociaux

samedi 30 octobre 2021 à 16:00

Si vous lisez ce message et que vous me suivez ou que nous sommes amis sur un quelconque réseau social, arrêtez de me suivre. Annulez notre amitié sur Facebook, arrêtez d’aimer ma page, arrêter de me suivre suivre sur Twitter, sur Medium voire sur Mastodon.

J’ai découvert, en supprimant mon compte Linkedin, à quel point cela m’ôtait un poids inconscient de la poitrine, à quel point l’existence même d’un compte à mon nom m’aspirait dans un monde d’apparence, de marketing et de quête de gloriole. Après tout, mon compte Facebook n’a été (re)créé qu’avec l’objectif avoué de me faire élire aux élections de 2012 (ce qui n’a, heureusement, pas fonctionné).

En créant un gemlog, l’équivalent d’un blog pour le protocole Gemini, j’ai retrouvé le plaisir d’écrire simplement, sans fioriture, sans me tracasser du succès potentiel d’un billet ni de mon lectorat. L’influence néfaste des réseaux sociaux, dans laquelle mon égotique quête de gloire m’a fait m’engouffrer, tentant, je m’en excuse aujourd’hui, de vous aspirer avec moi, a transformé mes réflexions en d’amphigouriques prétentions, quémandant les « likes » et les partages à tout prix.

Je supprimerai bientôt mon compte et ma page Facebook, chose que j’ai déjà faite en 2008 et que j’aurais dû refaire il y a bien longtemps. De toute façon, même si vous me suivez sur ce réseau, il y’a beaucoup de chances pour que vous ne voyiez pas ce que je poste.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je vous demande de me « déliker/unfriender/unfollower ».

J’ai en effet observé que l’impact d’un post sur Facebook ou Twitter était toujours très faible en regard du nombre théorique de « followers ».

=> https://ploum.net/le-mensonge-des-reseaux-sociaux/

Une de mes théories est qu’au plus vous avez de followers, au moins Facebook et Twitter diffusent votre contenu pour vous encourager à payer. Si cette théorie est juste, ce que je souhaite vérifier avec cette expérience, en arrêtant de me suivre, vous m’aideriez à diffuser ce message paradoxal : « arrêtez de me suivre ! ».

Contrairement à Facebook et Twitter, je suis complètement aligné avec l’éthique du projet Mastodon. Néanmoins, j’ai l’impression que ce réseau entretient également une quête de « followers ». Je garde toujours mon compte, mais, dans le doute, arrêtez de me suivre également là-bas.

Si mes écrits vous intéressent, vous pouvez vous abonner par mail ou par RSS. Ou tout simplement venir sur ce blog à votre meilleure convenance. Si un billet mérite selon vous d’être partagé, envoyez-le par mail, copiez/collez, imprimez-le. Autorisez-vous également à ne rien partager immédiatement, mais à garder l’idée dans un coin de votre cerveau pour vous l’approprier, pour en parler autour de vous en oubliant son origine.

« Ce que je reproche aux journaux c’est de nous faire faire attention tous les jours à des choses insignifiantes tandis que nous lisons trois ou quatre fois dans notre vie les livres où il y a des choses essentielles. »

(Proust, Du côté de chez Swann)

Comme Proust, je pense que les idées vraiment importantes, celles qui peuvent changer nos vies, ne se trouvent pas dans les médias, dont les réseaux sociaux ne sont qu’une descendance bâtarde, mais dans les livres.

Des livres qui attendent patiemment, dans une bibliothèque de famille ou de quartier, en pile sur votre bureau, dans une caisse au grenier, que vous lâchiez votre écran des yeux.

Aidez-moi à lire plus de livres, arrêtez de me suivre sur les réseaux sociaux !

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Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

The Monstrosity Email Has Become

mercredi 20 octobre 2021 à 11:37

Lot has been said about how the web evolved to become a kind of monstrous entity. If you are on Gemini, you probably see what I’m talking about. The mail protocol has followed a similar evolution but it’s a bit more subtle and has often been summarised as « too much email. ».

I’m currently thinking deeply about Offmini, a protocol which would be to email what Gemini is to the web. This prompted me to write about what was bad with email. This post was written as part of another one where I described how I’m building Offmini. It became so long I figured it should be an independent post on its own.

Sending Problem

The first and obvious problem with email is that it has been developed 40 years ago as a receiver-only protocol. 15 years ago, most of the mail traffic was random spam. By random spam I mean that spammers were really generating random mail addresses (or scrapping them over the web) and sending trillions of emails to every possible address. You could receive spam in a language you didn’t even speak.

Complex protocols have been added on top of SMTP, relying once again on DNS (SPF, Dmarc,DKIM), to try controlling the spam by making email a sender-and-receiver protocol (a notion I will describe in a subsequent post). This had the side effect of making it harder and harder to set up your own mail server.

As homemade mail servers were harder to build and less reliable, email started to consolidate into a small oligopoly: Hotmail, Gmail, Yahoo and a handful of others. Having lots of power, those huge monopolistic beasts could easily reject mails from independent servers as spam, making their service even more attractive to customers. It might not have been on purpose but it was the case (source : I maintained multiple independent mail servers between 2000 and 2010).

One clear consequence is that you can’t send email from your computer anymore as it was originally intended. You need a mail server properly configured with a permanent connection to act as a sender identity. And even that is though as Cory Doctorow learned.

=> https://doctorow.medium.com/dead-letters-73924aa19f9d

Format problem

The impact of monopolies on email impacted the format of emails themselves. Emails are encoded in a very impractical format called MIME 1.0. By today standard, this format is very hard to parse and has been awfully abused with HTML emails, trackers, etc. Basically created on a napkin by two guys, MIME never went further than 1.0 because nobody agreed to upgrade it. It was too successful too quickly.

There was only one major addition to MIME. And it was not a planned one: the infamous winmail.dat format.

At the time, there was a bug in Microsoft Outlook, the main mail client on the market, that transformed outgoing emails in a cryptic file called « winmail.dat ». The problem was that Outlook itself was able to decrypt winmail.dat files. As Outlook had a dominant position, only people not using outlook were having the problem of receiving empty emails with only one attachment that they could not open called « winmail.dat ». Users of independent mail servers relying on the open source Squirrelmail webmail interface started to blame their mail administrator (myself, for ten years).

The problem became worse when Google reverse engineered the winmail.dat bug in order to transparently support it in Gmail. At that point, the winmail.dat Microsoft bug became part of the MIME standard without any specification having been ever written.

=> https://ploum.net/winmail-dat-syndrome/

It may gradually fade out but most mail client still have the code to deal with the winmail.dat never documented format.

Email has a bad protocol for sending, a bad file format but what about receiving? It’s not better.

Receiving Problem

As Vint Cerf acknowledged, the whole IP stack was built at a time were memory was really expensive. There was a feeling that storing data would always be more expensive than sending them directly. That’s the reason why we envision the Internet as real-time connection only. As soon as you unplug your computer, you are outside of the Internet. Each software has to deal with disconnection independently. Usually it’s by popping up an error in the face of the user and telling him to check his connection.

As it was clear that most personal computers were not connected all the time, yet another protocol was created to retrieve emails from mail servers and store them on a non-mail server computer: POP3.

The protocol was bad enough not to allow any synchronisation for stuff like folders or marking mails as read. Once again, the goal was to save memory on the server: users could download mail once for all and they would be removed from the server (there was an option to leave them on the server but this was rarely used as space was limited and, with some clients, you had to regularly redownload all the emails).

IMAP was introduced to fix POP3 flaws. IMAP is a very complex protocol with fuzzy part open to interpretations. It’s well known by mail administrators that some particular IMAP servers are not compatible with some particular clients. IMAP was so severely abused by providers that most mail client handle some mail providers separately (like Gmail or Outlook).

IMAP was also created with a permanent connection in mind and most mail clients expect a connection, throwing an error at each offline action. If an offline mode exists, like in Thunderbird, it must be manually configured and is clearly an after-thought.

Worst of all: every IMAP client store emails in its own particular way. There are multiple standard, like Mailbox and Maildir, but each client seems to have its own interpretation of it. If you ever browse Stackoverflow, you will find lots of people asking a naively simple question : « How can I access my email locally with Mutt on the command line and with a graphical mail client ? » Sounds reasonable, right ? After all, you did all the increasingly obscure work of configuring mbsync/isync to get your mail on your local computer (which randomly stop working from time to time until you realize that not receiving any emails in a few days is not normal) in a standardised maildir format, not to mention the cryptic config file you had to copy/past to be able to send email through Postfix, why not accessing them with something other than Mutt ?

Right ?

Well, you can’t. Or, as all Stack Overflow answers will tell you, you « only » need to install an IMAP local server and make the graphical client point to it using your local 127.0.0.1 IP.

Simply have a look at how to use Himalaya, a neat and fresh CLI mail client, offline.

=> https://github.com/soywod/himalaya/wiki/Tips:offline-with-isync-dovecot

Email had become a monstrosity beyond reasonable comprehension while still having inherent flaws such as plain text sending. Every email out there is sent and stored in plaintext (we can easily agree that PGP/GPG use is anecdotical) and, through HTML and inline pictures, most of them are trying to track you to know when you open the email.

The whole ecosystem is becoming even more and more centralised with some modern mail providers not offering the ability to get your mail out of the service at all, arguing, with reason, that IMAP sucks and does not permit some features (the hipsterish Hey! or the privacy-oriented Tutanota only provide you access to your email through their own proprietary webmail). You can’t even read your mail offline by design and nobody blink an eye.

The spam problem

But, at the very least, we have solved the spam problem, haven’t we?

According to my own statistics, we indeed solved most of the random spam. The spam that was plaguing the network 20 years ago seems to have been greatly reduced or, at the very least, is easily blocked.

But, instead, we are now receiving 10 times the amount of what I call « corporate and notifications spam ». Unsolicited emails that come from real identified companies and people. They send you thousands of emails that, they think, should interest you. Most of the time, you can quickly identify why you are receiving this email. It’s linked to one of your accounts somewhere. At worst, your email has only been sold to « trusted partners ». They always provide you with the option to unsubscribe even if they are very sad to see you leaving. Unsubscribing only works for a short time because they basically create a new mailing list for every mail sent and this one should really interest you. The tracking of users is there by default in most mailing-list tools and show marketers that most of their emails are never opened. Which prompts them to send even more emails, arguing that, at some point, you will be tired of not opening them. Providers like Gmail heavily spy on how to use email. It is widely known in the mailing-list community that Gmail learns to mark as spam mails from senders which are rarely open. Prompting marketers to change regularly their newsletter address and to try to make a catchy title. Sounds familiar?

This effect is worsened by the fact that email has become the lazy default for everything. If anything is happening on a service, even a non-commercial one, mail is sent. Facebook and Linkedin are quite infamous for regularly adding « notification categories » where you are subscribed by default, even if you previously find the hidden setting « unsubscribe me from anything ». Besides lazy engineering, as Szczeżuja points out in the link below, it is obvious that it is a cheap way to remind their users that they exist.

=> gemini://szczezuja.flounder.online/gemlog/2021-10-10-dont-be-like-a-developer.gmi

We are now forced to rely on hundreds of very centralised web services for everything and each of those services, by default, fill your inbox. When you enter a new job in a big company, the first action of HR is to subscribe you to a bunch of mailing list. It’s even worse in the academic sector. From the « Weekly news » you don’t care to the « There’s no paper left in the printer from the second floor », email has become a centralised broadcast network. You are forced to be on the receiving end while every central authority known to man tries to broadcast as much as it could.

Your mail inbox is becoming a battlefield where everyone with a small authority fight for your attention, trying to fill your mental space even if you don’t open the mail. I’m an Inbox 0 Taliban and I’m mortified each time I get a glance at a « normal person’s inbox ». It’s basically a long list of companies (lots of Facebook but also local companies) displayed in a long list where only one mail out of ten has been ever opened. Ever wondered why Gmail doesn’t display advertising in its interface? Because it does! All that mail neatly lined up is basically cheap advertising. What’s Google’s benefit? The clumsier your inbox is, the more their automatic triaging rules look appealing. Google is already deciding for you what to write (by suggesting you how to reply) and what is important to look at (with their « smart folders »). It’s not far-fetched to imagine that, at some point, you will need to pay Google for your emails to be important and not considered as spam. Maybe there are already doing it through some kind of « trusted partner program ». It’s, after all, the reason why Facebook created its feed: choosing for you what is important to see and monetising this access to your brain.

There should be a better way.

I’m an inbox 0 extremist. I unsubscribe from everything that contains an unsubscribe link. I spent the last two years sending GDPR removing requests to every company sending me an unwanted email. The first three months were completely exhausting but once I did the first bulk, it became more rigorous hygiene.

I can tell many anecdotes about how companies handle GDPR requests, how I found that I was in some commercial databases, how I tracked down the owners of those databases. How I permanently removed more than 300 online accounts and how I sometimes receive a very unexpected email from companies one year after they told me every information about me was removed. Or how I got stuck in a loop where being unsubscribed from a newsletter required posting on their support forum but they automatically subscribed everyone posting on their support forum. Latest story in town: Lying companies telling me that they had removed my data while I still can log in! (they simply renamed my user account as « removed » but didn’t delete anything).

Funny stories about human stupidity and dishonesty but, in summary, it mostly works. The effort pays off.

My inbox rarely has more than 5 emails at once. In the last year, I received only 20-25 unwanted emails every month, including every random spam and phishing attempt. Half of it is spam from marketers that want to advertise on my website.

But how many people are able to put this time, effort and dedication only to get a less polluted inbox?

Not to mention that, despite all my motivation, I have not yet been able to build an offline setup where I could read/reply to emails offline, having everything synchronised once I connect but still use the webmail if I want. Mbsync configuration is cryptic and randomly stop working without reason. Some mails are, for reason, never downloaded. I know it should possible but it is very hard or too convoluted (no, I’m not installing a local IMAP server on my laptop).

I spent so much time on this because I love emails. But there should be a better way.

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