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Crise sociale : et si on parlait de projets ?

mercredi 8 juin 2016 à 19:21

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La crise sociale déclarée dans laquelle est plongée la France peut être résumée en quelques points. Le pouvoir politique en place à décidé de modifier profondément le rapport de force dans le monde du travail, entre employeurs et employés, par le biais d’une loi. Cette loi, passée en force, sans discussion démocratique, brise des acquis issus des luttes sociales du Front populaire, des propositions du Conseil national de la résistance et de nombreuses autres avancées gagnées de haute lutte par les mouvements ouvriers.

Les syndicats, dans leur grande majorité sont logiquement vent debout contre cette réforme anti-sociale et demandent son retrait. Dans le même temps, un mouvement — plus ou moins spontané — s’est formé avec comme objectif la dénonciation des politiques menées et une volonté de proposer « autre chose » : Nuit debout. Les médias, dans leur ensemble jouent leur jeu habituel, basé sur le « comptage de points » et la stigmatisation des mouvements de grève, comme des débordements violents au sein des manifestations, etc. Rien de neuf sous le soleil. Tous ces éléments sont parfaitement connus, ont déjà existé, Nuit debout inclus, puisqu’au final, le rassemblement en question est parfaitement parallèle à ceux qu’effectuaient les manifestants de mai 68. En nettement plus sage, pour Nuit debout, et avec des idées nettement plus « bourgeoises » qu’en 68.

Un constat ressort, déjà vieux de quelques années, et qui pourtant ne fait toujours pas véritablement débat : le système politique est à bout de souffle, tout comme les institutions, et cette situation ne peut pas durer. Ce sont des analystes politiques, économistes, sociologues, philosophe etc, et même une partie du personnel politique qui effectuent ce constat. Tout comme les membres de Nuit debout. Pourtant, rien, dans les médias, n’est retiré de ce même constat.

Aucun projet autre n’est débattu de façon visible, rien dans les organes parlementaires non plus. Comme si proposer de véritables changements n’était pas nécessaire, et qu’il fallait se contenter de constater l’étendue des dégâts. Pourtant, des projets existent, avec leurs penseurs, leurs acteurs.

Un constat mérite-t-il une contre-proposition ?

Le modèle de traitement de l’information sociale et politique est resté figé : d’un côté des politiques qui veulent réformer envers et contre-tout, de l’autre des syndicalistes qui refusent la réforme. Ce modèle incite chaque citoyen à prendre parti de façon binaire : d’un côté la dénonciation de la « prise en otage » de la population par une minorité syndicale (appuyée par des reportages, des radio-trottoirs, etc), de l’autre le soutien à la lutte « contre » le pouvoir réformiste anti-social. Dans cette arène simpliste, du pouce levé ou abaissé, l’intelligence n’a pas besoin de régner. Les jeux du cirque social et politique encore en cours en 2016 ont ça de formidable : ils permettent à la population de se sentir impliquée tout en économisant sa capacité à réfléchir et à aller plus loin.

Pour autant, faire des constats ne suffit pas. La nécessité d’offrir des espaces de discussions et de contre-proposition est réelle, et devrait se mettre en place. Toute la difficulté de la proposition, en France, réside dans l’assimilation et l’étiquetage idéologique. Parler des problématiques de verticalité et de hiérarchisation dans le monde du travail puis mettre en avant des procédés coopératifs mène immanquablement à des attaques visant à caricaturer les propositions sous le terme de « communisme ». Constater les effets dramatiques du néolibéralisme, parfaitement défini par les spécialistes dès systèmes politiques et économiques, amène le plus souvent des défenseurs du « vrai libéralisme » à contester l’état du système en place qui ne serait pas — selon eux — un système libéral, mais au contraire hyper étatique. La financiarisation de l’économie qui a mené à la dictature des marchés, semble elle, plus évidente. Parler de l’ornière politique dans laquelle nous sommes plongés mérite donc, une fois certains constats collectivement faits, des contre-propositions. Réalistes. Applicables. Pouvant être acceptées par une « majorité ».

Faux constats et solutions mensongères

Le prisme récurent des analystes de la crise en cours est toujours le même, et il a pour but de ne surtout pas parler du fond, afin d’offrir un confort total à ceux qui l’emploient. Ce prisme est celui de l’économie comme unique pilier fondateur de la société, de son équilibre et de sa bonne ou mauvaise santé. Parler d’autre chose que de l’économie (et de ses avatars que sont le chômage, l’emploi, la compétitivité, les aides sociales, l’entreprise, etc) pour décrire les problèmes et chercher des solutions n’a plus aucun poids aujourd’hui. Étonnamment, de nombreux problèmes (et leurs solutions) ne sont pas reliés directement à l’économie du pays. Et surtout : les constats et les solutions pour améliorer cette fameuse économie sont parfaitement biaisés et mensongers de la part des éditocrates et du personnel politique.

Le constat principal serait que nous vivons une crise, puisque la croissance du PIB ne serait pas suffisante pour créer plus de richesses, donc donner du travail aux 5 ou 6 millions de personnes qui en sont écartés. Ce manque de croissance serait dû à un manque de compétitivité des entreprises françaises, écroulées sous le poids des « charges » — qui soit dit en passant sont avant tout des cotisations offrant de la protection sociale — et écrasées par la concurrence étrangère, en premier lieu. Il est donc nécessaire de toujours abaisser les charges (donc abaisser les cotisations et les rentrées financières des caisses de protection sociale), empêcher que le salarié ne soit un frein au développement de l’entreprise, en pouvant s’en débarrasser plus facilement en cas de ralentissement économique de cette dernière, estimant que si les gens sont plus faciles à virer, on les embauche plus facilement. Ces analyses ont débouché dans plusieurs pays sur des réformes, équivalentes à celle imposée par la ministre Myriam El Khomri.

L’Espagne, en 2012, par l’action de son premier ministre de droite, Mariano Rajoy, a donc réformé dans ce sens, avec comme objectif déclaré d’augmenter la performance des entreprises à l’export, donc booster leur compétitivité. 4 ans plus tard, le chômage est toujours à 21%, les emplois créés en 2015 sont massivement temporaires et précaires (comme ceux du premier trimestre 2016), et la fameuse reprise tant vantée par les spécialistes n’est en réalité due qu’à un phénomène de consommation intérieure causé par la baisse du baril de pétrole et du prix de l’essence à la pompe accompagné de crédits pour renouveler l’appareil productif très vieillot des entreprises espagnoles. Des crédits alimentés par la « planche à billets » du quantitative easing de la BCE avec ses taux d’intérêts proches de zéro, voire négatifs dans certains cas. Les banques ne savent plus quoi faire de leur argent, il faut bien prêter. Le commerce extérieur de l’Espagne est toujours en berne, son économie ne va pas « mieux ». Et la population ? Crise du logement, pouvoir d’achat diminué dans des proportions drastiques, services publics en déliquescence…

La dynamique collective, ça parle à qui ?

Se focaliser sur la performance macro-économique d’un pays et ses statistiques de dettes et déficits sur PIB est dangereux, en plus d’être parfaitement inefficace. Les 8 dernières années l’ont prouvé en France, et de partout en Europe. L’Allemagne produit des excédents budgétaires faramineux et aspire toute la dynamique économique à son profit, tout en paupérisant sa population, en oubliant de moderniser ses infrastructures, avec en vue un problème de paiement des pensions de retraite inouï, et les médias parlent de « modèle allemand » ? Au delà de l’Europe, la nation qui domine [à tous les niveaux] la planète se nomme les Etats-Unis d’Amérique, et étrangement si ses déficits publics sont en baisse, sa dette colossale continue d’augmenter : plus de 104%. Les inégalités au sein de la population américaine sont des plus criantes, les phénomènes de violence, de pauvreté extrême, de précarité médicale, d’exclusion, de crimes policiers y sont énormes. Et c’est pourtant sur ces critères de performance économique seuls que toute la politique française raisonne, sans jamais offrir ne serait-ce que le début d’un projet autre que celui de : faire baisser le chômage, créer de l’emploi, rendre plus compétitives les entreprises. Exactement ce que font l’Allemagne et les Etats-Unis. Quel est le projet de l’Allemagne ? Celui des Etats-Unis ? Comment les citoyens s’y portent-ils ? Quelle démocratie offrent ces pays ?

Un pays qui s’écroule lentement à tous les niveaux (et pas seulement la France, soyons clairs) risque de grands problèmes intérieurs. Précision : l’écroulement en question est social, éducatif, médical, culturel, associatif, politique, industriel, écologique, agricole… La liste est longue et n’est certainement pas complète. Ces problèmes ne se résolvent pas par l’amélioration macro-économique. Clairement : demain, avec 3 ou 4% de croissance, un déficit à moins de 3% et une dette qui redescend, rien n’aura changé. Il y aura peut-être quelques centaines de milliers de personnes qui auront retrouvé du travail, mais soyons certains que ce seront des emplois précaires et qui de toute façon ne changeront rien au vide intersidéral d’une société sans projet. Une société juste bonne à voir des individus ramener un salaire (qui sera toujours au plus bas afin de continuer à accroître la « compétitivité ») et voir les bénéfices de ceux qui détiennent le capital de leur entreprise, s’envoler. La France n’a jamais payé aussi peu d’intérêts sur sa dette qu’aujourd’hui et n’a pourtant jamais eu une dette aussi élevée. Étonnant, non ?

Ce qu’il manque est une dynamique collective, autre qu’économique, qui corresponde aux aspirations d’un peuple plutôt fier, arrogant, mais qui sait parfois aller là où on ne l’attend pas : vers le progrès, le vrai, celui qui humanise et s’intéresse aux plus fragiles plutôt qu’aux plus forts, plus aux cultures et aux bien communs qu’à la réussite individuelle…

Retrouver les fondamentaux français ?

Le vieux pays inventeur de la monarchie absolue (et non pas parlementaire à l’inverse de ses voisines de l’époque) est malgré tout un poids lourd dans le « hall of fame » des nations innovantes, respectées pour les progrès qu’elles ont apporté à l’humanité. C’est en France que les droits universels ont été pondus, que les congés payés ont été gagnés par la lutte en 1936, puis les retraites au sortir de la guerre tout comme la sécurité sociale, la protection de l’enfance, le droit de grève (bien avant, au XIXème siècle, avec la liberté de la presse), la séparation de l’église et de l’Etat, bref : l’universalisme français est reconnu. Le progrès social, c’est ici. Le droit d’asile, l’accueil de l’opprimé, c’est encore ici. Le planning familial, c’est en France, comme le droit à l’avortement. Le principe d’association loi 1901 à but non lucratif, du financement public de la culture, de l’intermittence du spectacle, de la gratuité des soins, de l’école publique…c’est en France.

Si une nation peut offrir un nouveau projet de société progressiste au XXIème siècle, il semble que la France ne serait pas la plus mal placée. Loin de là. En parlant par exemple de redistribution des richesses, d’incitation forte à la création d’entreprises coopératives et solidaires, d’encadrement des rémunérations des plus hauts revenus, de droit au revenu d’existence inconditionnel, de création de plateformes numériques d’échanges publics, de citoyenneté en ligne, d’intéressement et participation obligatoire des salariés dans leurs entreprises, de mise à plat des systèmes de prélèvements des entreprises (RSI, URSSAF) plus justes et basés sur l’activité réelle, de projets éducatifs forts et liés au monde actuel, de réhabilitation architecturale, de transports pour tous, de formations citoyennes aux outils d’information et de communication, d’autonomie énergétique…

Tous ces projets sont pensés, par des chercheurs, des spécialistes de tout poil, qui écrivent, expliquent, et sont accessibles pour qui veut s’en donner la peine. Ces projets sont absolument à la portée d’un pays comme la France.

Ceux qui pensent la société par le biais de la doxa établie diront qu’il n’y a pas les « moyens » de financer de tels projets. Ils ont raison, mais uniquement si le système — absolument mafieux  — en place, perdure. Il faudrait donc simplement faire appliquer la loi — censée être la même pour tous — en récupérant par exemple les 60 à 80 milliards d’évasion fiscale, supprimer les [très nombreuses] niches fiscales les plus absurdes, arrêter de subventionner par dizaines de milliards des entreprises qui ne respectent jamais les accords qu’elles signent en échange de ces aides, purger la monstrueuse dépense d’Etat de tous les privilèges et somptueux « arrangements républicains » ou autres conflits d’intérêts de l’appareil administratif, qui la caractérisent…

Mais pour cela il faudrait que ce ne soient pas des petits comptables obtus qui tiennent les manettes du pays, qu’ils soient de « gauche », de « droite » ou des extrêmes.

Il reste donc une solution, qui a déjà commencé : que les habitants de ce pays fassent ce qui leur semble le plus juste, ensemble, sans attendre des élites qu’elles comprennent où non le sens de l’histoire et du bien commun.  Cette approche est plus fastidieuse et moins efficace qu’avec une volonté politique, il est vrai. Elle prendra beaucoup de temps et requiert de faire des choses concrètes, plutôt que de commenter l’ambiance générale devant des écrans.

A moins que le système politique n’implose complètement, avec toutes les étapes violentes et délétères que cela implique ? Il faudra ensuite — dans ce cas là — reconstruire autre chose. De vraiment différent. Mais ça, c’est avec des « si ». En attendant, il vaudrait mieux se retrousser les manches…

L’obscurantisme, cette valeur sûre de l’insécurité

mercredi 8 juin 2016 à 16:44

kill-the-french-techMalgré les efforts d’une poignée de parlementaires, la situation les lanceurs d’alerte en matière de sécurité informatique demeure la même depuis 20 ans. Le petit monde de la sécurité a, lui, bien évolué, les attaques, leur impact sur les sociétés privées ou les administrations aussi. La seule chose qui semble immuable, c’est la vision manichéenne du législateur, de ceux qui pensent savoir, qui imposent des lois, comme pour nous imposer un curseur moral. Comme si nous avions besoin d’un curseur moral, imposé par des personnes qui dans 99% des cas ne comprennent pas la porté des problématiques auxquelles nous sommes quotidiennement confrontés. Pourquoi devrions nous nous laisser guider par un législateur qui fait le choix de placer l’ensemble de sa population sous surveillance ? D’appliquer des mesures antiterroristes à l’ensemble de la population ? Comme s’il en avait peur…

Nous n’avons pas peur de vous, nous aurions pourtant des raisons d’avoir peur à chaque fois que nous tirons sur un fil et qu’une pelote se déroule, mais ce n’est pas le cas.

Nous reconnaissons l’importance de vos responsabilités dans la recherche d’une meilleure société, d’un équilibre. Mais cet équilibre, volontairement (combien d’évadés fiscaux poursuivis ?), ou pas (combien de lanceurs d’alertes poursuivis sur des problématiques qui vous dépassent parce que la compréhension de l’impact de la non-action vous est étranger ?), vous le brisez. Vous devenez le layer 8 de notre modèle démocratique, un modèle qui fonctionne pourtant tellement mieux que le vôtre.

En matière de « criminalité informatique », j’en suis à ma seconde affaire, toujours sans plaignant ni victime. Cette fois ci, on me reproche d’avoir mis en évidence, pas écrit, juste copié-collé, un bout de code qui aurait servi à attaquer le site des impôts. À cette période, ce n’était pas un seul site ministériel qui était pourtant menacé mais Gandi, un hébergeur qui croulait sous de violentes attaques par déni de service. Ce n’est pas un site mais des dizaines, centaines de milliers qui étaient menacés d’indisponibilité. Cette publication a permis de les faire cesser. Mais non… un magistrat a trouvé fin de me poursuivre, avec un dossier vide, sans même qu’il soit établi que la personne qui s’est attaquée au site des impôts était venue s’emmerder à utiliser le script du proof of concept que j’avais publié alors que le binaire (prêt à cliquer), se trouvait alors et se trouve toujours sur d’autres sites.

Ce genre de petites blagues de la justice a un coût financier et personnel que vous aviez l’opportunité de nous épargner. Car je suis loin d’être le seul dans ce cas. Il existe des cas bien pires que le mien. J’ai encore en tête celui de Serge Humpich, qui a démontré il y a plusieurs années une vulnérabilité sur les cartes bleues. Serge a été victime d’un harcèlement juridique dont nous n’avons pas même idée. Serge avait pourtant tout fait correctement, alerté les bonnes personnes… Il a payé ce service rendu à toute la société au prix fort, pendant plusieurs années. Pourtant sans Serge, nous sommes des millions qui aurions pu voir nos comptes bancaires vidés du jour au lendemain sans qu’aucune explication ne soit donnée puisqu’aucune loi n’oblige une banque à avouer qu’elle a été victime d’un vol ou d’une intrusion.

Vous n’avez donc pas fait le choix de nous l’épargner, pire, vous avez fait le choix de tenter de nous faire taire… Sans même avoir la moindre conscience qu’une brèche sur des données personnelles ouvre naturellement la porte à d’autres brèches, sur d’autres applications, brèches qui se traduisent dans la vie réelle par des vols de données qui pénalisent chaque années des millions de gens. Vous avez fait le choix de l’obscurantisme « surtout ne pas dire que 200 000 mots de passe sont dans la nature, peu importe qu’ils soient réutilisés sur d’autres sites »… Bravo. On ne parle pourtant pas de « transparence », on parle de bon sens.

Quand Michel Sapin se targue d’une avancée significative pour le statut de protection des lanceurs d’alerte, je ricane… Une exemption de peine… Quelle rigolade. Qu’est-ce qu’une porte défoncée à 6h du matin, 48h de garde à vue et quelques milliers d’euros pour se défendre après tout ?… Pour avoir aidé des gens à en protéger d’autres.

Parallèlement, les sociétés ou administrations, qui sont pourtant rarement étrangères à ce que nous découvrons, ne sont jamais inquiétées, ou très, très rarement. La CNIL fait ce qu’elle peut avec les moyens qu’on lui donne et nous reconnaissons que l’art de la défense est plus complexe que celui de l’attaque. Mais c’est très rarement qu’un système d’informations se retrouve compromis par une vulnérabilité inconnue (un 0day), l’immense majorité se retrouvent compromises par des vulnérabilités dont les correctifs sont disponibles depuis des semaines, des mois…
Chaque structure, en fonction de ses moyens et du patrimoine informationnel qu’elle doit protéger actera pour une politique sécuritaire qui lui est propre. Toutes ne peuvent appliquer le bottin téléphonique de l’ANSSI pour protéger leur patrimoine informationnel, c’est ça la réalité de terrain. Et l’ANSSI, elle a probablement des choses plus sérieuses à faire avec nos équipements industriels connectés qu’à se voir devenir la plateforme d’intermédiation entre un internaute qui tombe sur des données personnelles et une PME.

Et pendant ce temps, nous tombons tous les jours sur vos adresses mail @**.gouv.fr en accès public sur des sites web de sex shops, c’est limite si nous ne connaissons pas les pratiques sexuelles de certains… que nous ne rendons pas publiques, non, on s’en fout, ce n’est pas pour ça que nous vous confions vos mandats. Mais peut-être qu’un jour vous prendrez conscience de la monumentale erreur que vous faites, par exemple en ne rendant pas obligatoire la communication sur une brèche qui a conduit à une fuite de données personnelles. Cet obscurantisme nous conduira, un jour, à quelque chose de bien plus grave.

Do you speak lacrymo?

jeudi 12 mai 2016 à 20:03

Bon, j’ai entendu le passage du 49-3 en direct, comme on écouterait un match de foot, en croyant jusqu’au bout qu’il se passerait quelque chose, genre la station Mir qui tombe juste devant l’Assemblé Nationale. L’annonce du report des votes, déjà, ça laissait peu d’espoir, et le suspens n’a pas été long. Passage en force.

Gros bazar devant l’Assemblée, le pont est bloqué, grosse pluie. Grosse flemme, je rentre, et je rate la fête de la lacrymo et de la grenade à broyer les couilles.

Nuage de lacrymo et parapluies

Nuage de lacrymo et parapluies

Donc, manif officielle ce jeudi, jour de vote de la motion de censure. Les frondeurs se sont humiliés à deux voix près, il n’y a aucune chance pour celle posée par l’UDI et LR.

Le trajet de la manif est atypique. Denfert – Assemblée. Dans le quartier des cols marguerite et jupes plissées.

Bon, yet another manif, on retrouve les mêmes pancartes, banderoles et groupes. Par contre, la foule est très mélangée, que ce soit les tranches d’âges ou la répartition hommes/femmes. Le casque est très tendance, avec du scotch dessus, pour désigner les journalistes ou les médics, ou sans rien.
Une proportion étonnante de masques divers, pour respirer. Du masque à poussières au masque à gaz en passant par l’écharpe de supporteur ou le keffieh. Et les masques, c’est pour tout le monde, on a dépassé le stade du distinguo entre le vilain casseur et de la mémé militante : masques pour tout le monde. La lunette de piscine reste un classique, tout comme le masque de ski, plus impressionnant.

Un rigolo distribue des bouts de PQ et met du citron dessus. Quelle idée saugrenue. Ah tiens, un gros nuage blanc, alors que je suis en milieu de manif, côté syndicat, et donc du côté des gentils comme l’a bien précisé la Préfécture de Police. Ah oui, ça pue, ça pique, ça pleure, ça tousse. Pas si saugrenue que ça son idée.

Les trajets innovants sont toujours stressants. On ne connaît pas forcément les voies de sorties, ni même si on est proche de la destination ou pas. Des toutes façons, au bout d’un moment, il n’y a plus de voies d’échappatoires, les rues adjacentes sont bloquées avec des murs de plexis maintenus par une espèce de parapluie géant, installé au cul d’un camion bleu marine. On a passé le stade du mur de CRS avec qui les petits vieux ou les poussettes peuvent négocier, là, on a un mur, grillage + plexi, comme au zoo. On ne négocie pas avec un mur.

Ça commence à bouchonner devant l’église Saint-François-Xavier. La fin du trajet est proche, le camion de la CGT, à ma hauteur, annonce qu’ils vont plier le gros champignon, et annoncer la dispersion. La place est super pleine, je ne sais où je suis, ni ce qu’il se passe. Situation des plus classiques. Oh, un envoi de grenade lacrymo, en cloche. La fascination de ces tirs sur les manifestants est comparable aux feux d’artifice sur les zombies de Romero. Sauf que là, c’est en odorama, et ça pique très fort. La place était tranquille, remplie, mais sans tension, sans bruits, et pouf, en welcome bonus, les lacrymos.

C’est gentil de demander la dispersion sur une place avec les issues verrouillées. Bon, le boulevard tourne et revient en arrière, et on débouche devant l’église, faisant juste une petite boucle. Voilà, nassé, avec le reste de la manifestation, bien dense, qui arrive.

Il est juste 16h, autant attendre un peu l’heure du vote, au moins. Glandouillage sur le téléphone. Ah tiens, il y a deux réseaux HSBC. La banque est à l’autre coin de la place, et elle a été repérée. C’est écrit « Panama papers », en gros, dessus, à la bombe, en rappel à ceux qui ne suivent pas l’actualité. Bon, ça commence à se remplir, l’énervement à monter. Ah tiens, une volée de bouteilles et autres projectiles en direction de la banque. OK, j’ai fait mon quota et je n’aime pas les tonfas, je prends la seule voie ouverte, avec juste quelques gardes mobiles trop espacés pour bloquer quoique ce soit.

C’est normal, ils bloquent un peu plus bas. Donc, ils dispersent la manif à la lacrymo, ET ils bloquent les voies de sorties. Ils doivent compter sur l’évaporation, ou un truc comme ça. Mais c’est mal fichu, ils sont suffisamment nombreux pour empêcher de passer, mais trop peu pour nous empêcher d’insister. Ils ont surtout compris que leur position n’est pas légitime, pour ne pas dire absurde. La foule se densifie, et n’est pas impressionnée par les playmobils, paf, un passage s’ouvre, une vague de manifestants peut passer.
Ils n’ont rien trouvé de mieux que de filtrer, et donc de refermer derrière la première vague. Sauf que les gens qui sont passés ne rentrent pas gentiment voir les images du 20h dans leur maison, ils restent juste derrière. Les CRS se retrouvent, trop peu nombreux, avec des gens devant et derrière. C’est une très bête idée, il faut le reconnaître.

Ça commence à chanter « Laissez les passer » et à taper des mains. Une foule qui agit en cadence, ça change tout de suite l’ambiance. Des syndicalistes passent un peu en force, avec leur camionnette. Un CRS est vexé, il sort son Baygon vert, enfin, son gros spray pour en arroser un, un bon coup de 49-3 dans la gueule. Sauf que la cible, c’est une ménagère de plus de 50 ans, pas un dangereux zadistes, classique punching-ball. Ses collègues syndicalistes en gilet orange lui rincent le visage à grande eau, à la bouteille, pendant que les gens filment la scène au téléphone. Voilà, pour l’exemple, une femme, âgée. La pédagogie du CRS.

Bon, ça vire au vinaigre, j’ai eu ma dose. Dans le métro, des annonces de stations métros bloquées, de part et d’autre de l’Assemblée Nationale, il y a donc eu du monde, malgré la fatigue, le temps de merde et le passage en force de la loi.

Par contre, la fable du gentil manifestant encadré par les syndicalistes responsables, et les vilains casseurs qui cassent une si belle ambiance, ça va être dur à vendre.

Néolibéralisme et post-colonialisme sont dans un bateau, et #NuitDebout tombe à l’eau… ou pas ?

dimanche 8 mai 2016 à 08:36

Vouloir envisager les blocages d’un pays comme la France en contester les politiques, se positionner comme défenseurs d’une alternative de société, tout en faisant l’économie d’une synthèse politique globale… est un peu casse-gueule, voire suicidaire. Le mouvement Nuit Debout se cherche, creuse des pistes de réflexion, tente de mener une analyse de fond sur les problèmes graves qui touchent la société française, mais se refuse pourtant à faire émerger un mot d’ordre clair, à établir une vision politique permettant un ralliement plus massif de toutes les couches de la populations pouvant adhérer à la pensée du mouvement.

Le refus de la hiérarchie — parfaitement compréhensible et souhaitable  au sein du mouvement — mène pourtant, jusqu’alors, à une impossibilité de hiérarchiser les idées. Si tout se vaut, si chaque parole est équivalente, que rien ne doit émerger plus qu’autre chose, le résultat des commissions de Nuit Debout est plus proche de la soupe mixée, ou chaque ingrédient s’est tellement bien mélangé que l’on ne peut plus savoir de quoi la soupe est constituée. Est-il possible de faire avancer — et faire croitre — un mouvement horizontal, non-hiérarchique et potentiellement apolitique — pourtant demandeur de changements — en refusant de proposer une feuille de route politique, un projet rassembleur ?

Que dénonce Nuit Debout ?

Créé à la suite des mouvements sociaux contre le projet de la Loi Travail, les citoyens participant à Nuit Debout sont unanimes pour dénoncer l’écrasement potentiel ou vécu des salariés par [de nombreuses] entreprises, la toute puissance du capitalisme financier et la collaboration active de la classe politique pour renforcer ces phénomènes. De façon plus claire, plus intelligible, Nuit Debout dénonce la main mise du néolibéralisme sur la société. Le néolibéralisme n’est pas une invention sémantique tordue — n’en déplaise aux défenseur d’un libéralisme politique humaniste et émancipateur — mais un constat basé sur des politiques économiques et sociales.

Le néolibéralisme ne veut pas réduire le pouvoir de l’Etat pour libérer les citoyens de son joug. Le néolibéralisme est piloté par des Etats, des superpuissances, et sa seule ambition — déjà partiellement accomplie — est  de transformer toute chose en marchandise. Les hommes et les femmes comme la culture, les relations, la santé, l’éducation ou encore, les biens communs.

Cette idéologie qui ne se nomme pas elle-même, est en action de façon constante depuis 25 ans grâce à la création ou l’augmentation des capacités d’action d’institutions internationales tels le FMI, l’OMC, la Banque mondiale, aidé par la Commission de Bruxelles, d’accords commerciaux transnationaux (TISA, ELENA, Traité transpacifique), de la BCE,  de la FED, de toutes ces structures qui travaillent en permanence à donner le maximum de pouvoir aux firmes géantes transnationales, et par ricochet au système financier mondial. La volonté commune et avérée de ces organisations et entreprises géantes, vérifiée par les faits, est l’abolition de tous les droits récemment mis en place puisqu’ils limitent l’expansion des dites firmes : droits sociaux, environnementaux, de douanes, de santé, de protection des biens publics, etc.

Ce simple constat, qui n’a pas de frontière politique, partagé par des électeurs de droite comme de gauche — mais nié par la majorité des élites politiques de droite comme de gauche puisqu’elles-mêmes achetées par les bénéficiaires du néolibéralisme — est le cœur du problème dénoncé par Nuit Debout. La situation économique, sociale, politique française (et au fond désormais de quasiment toutes les sociétés de la planète) est entièrement dépendante de l’invasion du néolibéralisme dans toutes les strates du fonctionnement du pays, invasion effectuée par étapes successives depuis bientôt 3 décennies. Avec en tâche de fond, un post-colonialisme qui ne s’éteint pas. Ce sont ces deux phénomènes que Nuit Debout dénonce, sans les nommer clairement : Néolibéralisme et post-colonialisme.

De la hiérarchie… des idées

Refuser toute idéologie signifie en réalité refuser toute idée du monde. Idéologie ne veut pas dire adhésion à une idéologie politique établie. Et pour autant, affirmer une idéologie est indispensable pour n’importe quel mouvement social. Il est d’ailleurs possible de créer une idéologie. Etre anti-capitaliste n’est pas la même chose qu’être opposé au néolibéralisme. Ne pas faire la nuance entre les deux est une faute d’appréciation qui oriente et amalgame deux phénomènes — qui bien que liés — ne sont pas similaires. Vouloir une société française sans capitalisme est amusant et intellectuellement — pourquoi pas — très valorisant, mais totalement absurde et improductif du point de vue politique et économique. Aucun groupe — même important — voulant une sortie du capitalisme ne peut y parvenir et n’y est parvenu, pour la simple et bonne raison qu’aucune condition ni proposition alternative crédible n’existent, et que la société française est tout sauf en vase clos.

La sortie du capitalisme ne pourrait se faire que de façon mondiale, sous l’impulsion impérieuse et très certainement contrainte des puissances capitalistes elles-mêmes, puissances qui seraient alors très certainement en train de s’écrouler. Le néolibéralisme, par contre, lui, peut tout à fait être démoli, mis à l’index, écarté, démonté — chacun peut choisir le terme qu’il souhaite — afin d’orienter le « système capitaliste » vers autre chose. Les sociétés humaines ne pourront que s’en porter mieux, malgré le désarroi d’une poignée d’actionnaires milliardaires. Un capitalisme social, à visage humain, coopératif est-il possible ? Très certainement. Faut-il encore l’admettre.

Pourquoi Nuit Debout ne revendique-t-il pas de façon centrale son opposition au néolibéralisme ? Avec des propositions politiques claires pour étayer cette première brique idéologique : les contrôles fiscaux des multinationales généralisés, une harmonisation européenne du droit du travail vers le haut, une charte européenne des « droits incontournables » (environnement, santé, éducation, etc), des tribunaux spéciaux pour les « entreprises voyous » avec protection totale des lanceurs d’alerte, le contrôle des banques et des lois bancaires de séparation des activité de dépôt et d’affaires, l’interdiction pure et simple des sociétés offshore et des transactions avec les paradis fiscaux… Cette liste n’est en aucune manière exhaustive, mais ceux qui discutent, écoutent, échangent, sur les places françaises devraient facilement pouvoir sortir des propositions politiques réalistes et applicables de ce type ?

Dire tout haut ce qui ronge la société

Le post-colonialisme est un deuxième enjeu idéologique qui semble majeur dans le mouvement Nuit Debout. Parce qu’il est entièrement lié à la progression et la justification du néolibéralisme. Ce phénomène est à la fois politique, économique et social. Le principe du post-colonialisme est simple : laisser les pays impérialistes ex-détenteurs de colonies continuer à gérer les pays décolonisés — ainsi que les personnes immigrées issus des ex-colonies — sur un registre équivalent à la période coloniale. En moins visible au sein des pays impérialistes, de façon parfaitement assumée dans les ex-colonies, via les firmes internationales et leur cortège de corruption et d’asservissements des travailleurs pauvres.

La fin de la Françafrique, annoncée par Sarkozy, puis Hollande est encore un vieux pieux, une promesse politique non tenue. La société égalitaire tant vantée par les défenseurs de la République « une et indivisible » continue d’entretenir les discriminations quotidiennes les plus criantes. Tant que l’indigène ou l’enfant d’indigène resteront des « citoyens inférieurs », sur qui tous les soupçons peuvent peser — puisque aucune loi n’interdit les discriminations sur les contrôles d’identité, n’empêche les recrutements sur critères ethniques ou géographiques, ou le refus de logement basées sur l’origine — la société française continuera de s’éteindre lentement dans l’entre soi. L’innovation, politique, économique, sociale, quelle qu’elle soit ne peut survenir que si tous les acteurs d’une société sont incités à participer. Ecarter des millions de personnes par la discrimination empêche le dynamisme, crée des tensions, épuise les personnes concernées et divise la population.

Recréer du lien social passe par l’abolition de tous les post-colonialismes encore en activité, qu’ils soient internes à la France ou exportés à l’étranger. Un projet humaniste, progressiste, moderne ne peut faire l’économie de traiter ces phénomènes. Parler de ce problème et convaincre les foules est certainement moins évident, mais après tout, en quoi la dénonciation du post-colonialisme et de ses effets dévastateurs serait-il réservé à un bord politique ? Le camp d’été réservé aux « non-blancs » qui s’annonce (et donc interdit aux « blancs ») organisé par un groupe d’activistes de Nuit Debout est une réponse fortement décalée et inquiétante face à ce sujet. Il n’est pas certain qu’en réalisant de telles opérations ségrégatives, ceux qui dénoncent le post-colonialisme remportent l’adhésion du plus grand nombre.… De la même manière, les réunions non-mixtes sont le meilleur moyen de fermer toute action collective positive et rassembleuse.

Nuit Debout pourrait transformer l’essai… ou pas

Ce n’est peut-être pas aux gens qui squattent les places de créer une structure « force de proposition ». Mais ceux qui la créeraient pourraient en tout cas indiquer qu’ils sont inspirés par Nuit Debout. Un collectif politique, oui, avec des gens, dont des « jeunes », issus de tous les milieux, inconnus des médias, comme de nombreux intervenants de Nuit Debout : travailleurs sociaux, économistes, ouvriers, intermittents, salariés, sans-emploi, entrepreneurs, universitaires…

Le principe ? Etablir une proposition « d’alternative politique réaliste », ce qui est appelé en général un « programme ». Nuit Debout continuerait son expérience par les discussions, pendant que le parti  (ouh, un gros mot, mais Madame Michu, elle, elle a besoin de comprendre, et un parti politique, elle comprend…) de  la« Politique debout » ( oui, le PD, ça claque) irait lui, au casse-pipe médiatique… puis électoral. Si le système le lui permet (parrainage, temps de parole, etc) ? Pas besoin de se positionner sur l’échiquier politique, puisque de toute manière, en 2016, plus personne n’est en mesure de savoir qui est à gauche ou à droite. Ce qui n’a d’ailleurs plus aucun intérêt.

Certains croient que cette option politique ne « peut jamais rien changer », que « c’est mal », sauf qu’en France, ça n’a jamais été tenté. Et que toutes les autres solutions faites de mouvements militants, quels qu’ils soient, n’ont jamais produit aucun changement significatif. Comme disait Coluche : »Le système, pour l’enculer, faut rentrer dedans ». Rester à côté du système, en mode tailleur et secouage de mains, c’est marrant un moment, mais ça peut quand même vite retomber dans les oubliettes de l’histoire. Et surtout finir par convaincre les foules, que Nuit Debout, c’est « rien que des beatniks qui foutent rien et passent leur temps à discutailler ».

Il est donc possible d’instiguer cette mutation des idées depuis Nuit Debout vers la politique, en douceur, aidé par plein de gens bienveillants de tous bords (la confédération paysanne est venu à Nuit Debout, comme Edgar Morin, voir vidéo ci-dessous) — qui pourraient très bien comprendre et soutenir le sens de la chose — ou bien, continuer de refuser de « jouer le jeu politique ». Avec un risque très élevé, dans ce dernier cas, de se retrouver à genoux, les pantalons baissés et quelques représentants de la force publique derrière soi. Pas bienveillants du tout. Le tout orchestré d’une main de maître par qui l’on sait.

Mode gonzo on : C’est un choix à faire, ou pas.  C’est en tout cas, [pour moi], un passage incontournable pour empêcher l’extinction du mouvement et de ses idées. J’en ai la conviction, conviction qui peut, il va sans dire, ne pas être partagée par tous (spéciale dédicace à Benjamin B), mais que je partage avec moi-même. Mode Gonzo off

Sachant qu’Edgard Morin pense lui, qu’il « ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs, et commencer par se reconnaître, se rassembler, pour que le mouvement établisse une charte, afin de devenir un lobby (…) Il faut avoir une finalité électorale, mais simplement municipale par exemple » dit le sociologie-philosophe, qui ne refuse pas qu’il y ait un candidat à la présidentielle mais « de manière symbolique « . En gros, pour Morin, il faut continuer à penser, sans rentrer dans « des formules électorales ».

La problématique du néolibéralisme et de la manipulation des masses, ce « néototalitarisme », est pointé du doigt par le deuxième philosophe, Vincent Cespedes qui explique qu’il y a une nécessité à changer la donne politiquement, une fois la « conscientisation » des gens effective.

Bref, alors que #GlobalDebout arrive, le 15 mai, Nuit Debout, même s’il est malmené par les médias (à la solde de la classe politique ?) qui n’arrêtent pas depuis deux jours d’annoncer que les « Français ne soutiennent plus Nuit Debout, qu’à 49% (sic) », peut devenir une force qui compte.

Si une convergence, pas seulement des luttes, mais des idées, des aspirations, se crée, avec un ensemble plus large, international ? Et qu’une offre politique, peut-être pas sous forme  dans un premier temps  de parti politique, survient ? Pour permettre à des millions de personnes — qui veulent une autre société et détestent le « néototalitarisme » en marche — de se raccorde au mouvement. Et peser. Pour faire changer la donne ?

Pourquoi pas ?

Le détournement d’attention comme méthode politique

mercredi 4 mai 2016 à 18:55

ghosn-renaultC’est une technique pratiquée dans les arts martiaux depuis la nuit des temps : le détournement d’attention. Un mouvement détourne l’attention de l’adversaire qui est alors frappé à un autre endroit. L’attaquant peut espérer terminer ainsi le combat. Il existe des variantes plus ou moins élaborées, mais la plus courante est celle de l’attaque dans l’attaque. Le cerveau est bien fait. S’il peut parer une attaque, il a plus de mal pour en arrêter deux simultanées. Trois, cela devient impossible. Il semble bien que nos politiques aient appris des arts de combat et qu’ils usent à outrance du détournement d’attention. Nicolas Sarkozy en avait un art subtil. Il avait choisi la méthode du deux pas en avant, un pas en arrière (si vous savez compter, vous avez compris qu’il a avancé d’un pas en mimant une retraite) tout en lançant une nouvelle attaque, généralement un incongruité plus grosse que la précédente, ce qui masquait le pas en avant réalisé. François Hollande et Manuel Valls ne sont pas en reste.

Alors que les journaux relatent chaque jour un peu plus les brutalités policières contre les manifestants opposés à la Loi El Khomri, vient de surgir un nouveau « sujet » qui tourne en boucle et déclenche une pluie d’avis d’experts plus ou moins sérieux. C’est le salaire de Carlos Ghosn. Sujet de Une du la newsletter éco du Monde.fr.

Tu vas voir ma loi !

Et si la couverture du sujet faiblit, pas de souci, une déclaration martiale d’un ministre suffit à la relancer. Aussitôt pensé, aussitôt fait avec Emmanuel Macron, chantre de la justice sociale, qui menace les grands patrons de légiférer s’ils ne savent pas modérer leurs ardeurs à s’augmenter et se payer des sommes faramineuses. Fouyouyouille… La trouille des grands patrons… L’intérêt des rédactions ! Le fera-t-il ? Que se passera-t-il ? Les grands patrons vont-ils plier ? Pourront-ils se passer de leurs millions d’argent de poche ?

Oui, sauf que voilà, ce n’est absolument pas un sujet neuf. François Hollande avait déjà lancé cette menace en 2013 en annonçant un projet de loi sous deux semaines. C’est long deux semaines qui durent près de quatre ans.

Ce qui est intéressant, c’est ce qui se passe ailleurs. Là ou l’attaque arrive.

Il suffit de regarder avec attention pour le découvrir.

Bien entendu, on peut immédiatement penser aux manifestants qui se font largement tabasser, gazer, arrêter, juger en comparution immédiate [Lien Mediapart- paywall] (cette justice de luxe ). Ce sont les premières victimes de ce détournement d’attention. Pendant que la presse parle du salaire de ce pauvre monsieur Ghosn, elle parle moins des violences policières soutenues et encouragées par le gouvernement de Manuel Valls.

Mais il y a mieux. La crise à venir. Celle qui va achever les populations des pays dits « riches ». Le système capitaliste produit des crises à intervalle plus ou moins réguliers. Elles sont généralement le produit de bulles spéculatives. Un produit voit son prix augmenter de manière hallucinante pendant quelques années, puis la bulle explose car, chaque trader le sait, « les arbres ne montent pas au ciel« . Paf, c’est la crise, tout s’écroule. Dans l’affaire, tout le monde n’est pas perdant. Le secteur financier, souvent à l’origine de la crise s’en tire avec sa pirouette habituelle, son incantation magique : « risque systémique« . Les gouvernement, craignant un effet domino si de grosses institutions font faillite renflouent le secteur financier qui repart immédiatement sur une autre bulle. Sans bulle, pas de profits mirifiques.

La dernière crise en date est celle de 2008, dite des subprime, suivie par une crise de la dette souveraine (celle des Etats surendettés. Mais la prochaine ? Ce sera quoi ? La bulle actuelle, où est-elle, me direz-vous ?

Pendant que l’on s’occupe du salaire de monsieur Ghosn, on ne vous parle pas de ces bulles, de la crise à venir qui finira de vous ratatiner. Oui, parce que quand l’Etat a renfloué le secteur financier, il faut bien qu’il se renfloue lui-même. Et pour cela, il y a… Les contribuables.

Crise, ô ma crise

Les possibles crises à venir sont multiples. Faites votre choix…

Il y a bien entendu le High Frequency Trading. Mais pas uniquement. C’est ça qui est sympa, dans une société de consommation, il y a une offre plantureuse. La Chine par exemple. Complètement à la ramasse, cette économie survendue risque bien de s’écraser sur le mur de la réalité à un moment ou un autre et comme il s’agit de notre plus gros client… Ne parlons même pas de ses avoirs de dette américaine.

Cherchons encore. Ah, oui, l’Europe… La zone euro et ses pays faibles comme la Grèce (vous en entendez encore parler dans la presse ?), l’Espagne, l’Italie, le Portugal, la France, dans une moindre mesure…

eudebptgdpAvec les politiques d’arrosage massif et automatique du secteur financier (de l’argent gratuit – 80 milliards d’euros par mois – pour financer l’économie réelle les investissements pour compte propre des banques sur les marchés financiers), la Banque européenne a créé une situation très amusante. La Zone euro est endettée comme jamais. On ne voit pas comment cela pourrait finir mal. La Banque centrale européenne vient d’annoncer que sa prévision d’inflation et celle concernant la croissance était revue à la baisse. Deux indicateurs qui devraient être à la hausse.

Le marché des dérivés qui est soutenu par cet argent gratuit a explosé depuis la dernière crise (il représente environ 10 fois l’économie mondiale) et menace. Pour vous donner une idée, le marché des dérivés de taux représente environ 500 000 milliards de dollars aujourd’hui alors que celui des CDS qui a déclenché la crise de la dette souveraine était alors d’environ 50  000 milliards.

On va se marrer…

Mais pourquoi parler de tous ces trucs compliqué quand on peut parler du salaire de M. Ghosn ? C’est plus facile à comprendre pour tout le monde, pour les journalistes et pour les lecteurs. Et puis ça a un avantage : ça détourne très bien l’attention de tout le monde.