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la Grèce, sa dette, l’histoire, ta mère et l’euro

lundi 20 juillet 2015 à 17:40

colonelsIl n’y a pas loin de 60 millions de spécialistes de l’économie grecque en France. Comme il y a le même nombre d’arbitres de foot ou d’experts en politique environnementale, et wathever comme dirait l’autre.

Malgré tout, chers lecteurs de Reflets, la Grèce et son histoire économique méritent de prendre le temps d’aller plus loin que les opinions souvent péremptoires qui fusent ici ou là, de la TV à Twitter en passant par les radios.

Ce qui semble important dans la problématique économique grecque n’est pas seulement d’observer la dette actuelle à 175% qui se serait surtout creusée violemment depuis l’imposition des politiques d’austérité en 2010 — bien que, chacun ou presque, ait son avis sur cette réalité : « C’est à cause des politiques imposées par la Troïka, mais non, c’est les gouvernements successifs qui gèrent mal le pays, de toute façon, les Grecs ils payent pas d’impôts donc c’est normal, leur économie est pourrie, ils devraient pas être dans l’euro, c’est Goldman Sachs quand ils sont rentrés dans l’euro, c’est l’Allemagne, c’est les banques, l’Eglise, les armateurs, ils exportent pas assez, ils savent rien faire, c’est la Moussaka, les feuilles de vigne, les JO, ta mère-Merkel ou l’euro. » Non, se contenter d’ânonner sur la dette depuis 2008, ou 2010 ne sert à rien. Et si l’on remontait le temps pour comprendre vraiment quand et comment, l’économie grecque s’est modifiée, jusqu’à devenir une machine capitaliste infernale qui ne peut pas -en réalité — se maintenir dans le « marché européen » avec les règles qui s’y exercent ?  Parce que la Grèce, ça n’est pas simplement une toute petite économie qui ne représente que 2% du PIB de l’UE et une population renvoyée dans le quart-monde par des politiques d’austérité. Non, la Grèce ça eut marché. Il n’y a pas si longtemps que ça. Et ça n’a pas toujours été le dernier de la classe de la dette publique. Et surtout, la Grèce, sa dette, ta mère et l’euro ce n’est pas un truc qui date de 6, 7, 15 ou 20 ans. Non, c’est plus filou. Mais alors, que s’est-il passé ?

De la fin des Colonels

Une chose à savoir, qui n’est pas sans importance, est que ce pays était écrasé sous les bottes de militaires putschistes alors que plusieurs rédacteurs de Reflets étaient déjà nés. Ce repère temporel est là pour signifier que la dictature des Colonels n’est pas si vieille. Tout comme les rédacteurs de Reflets. Torture, arrestations arbitraires, écrasement des opposants, contrôle des médias : la dictature des Colonels n’a jamais été condamnée par les « partenaires » actuels européens, la France en tête. Si la dictature débute en 1967, elle ne s’arrête pas grâce à l’aide de gouvernements voisins férus de droits de l’homme, mais simplement parce que la population grecque se soulève et dégage la junte militaire au pouvoir. Nous sommes en 1974. Nixon a décidé de suspendre la convertibilité du dollar en or trois ans auparavant, puis déclaré la fin de taux de change fixes pour passer aux taux flottants en 1973. Cette affaire vous a été racontée, elle est centrale pour une bonne compréhension globale des problèmes de « guerre des monnaies » et de financiarisation de l’économie.

Quels sont les atouts économiques de la Grèce à cette époque là — disons, de la chute des Colonels au début des années 80 ? Le pays a-t-il déjà un problème de dette ? Les Grecs sont-ils très pauvres ? Comment et pourquoi cette économie va glisser vers autre chose ? Vous n’aurez pas toutes les réponses dans cet article, mais au moins une partie, puisque c’est sur la dette qu’ils se concentre.

…du début de l’Europe et de l’explosion de la dette publique grecque

En 1980, la Grèce est un pays avant tout touristique et agricole. Sa dette publique est très faible : autour de 20%. Pour se faire une idée, à cette époque, la France a une dette publique de… 20% elle aussi. Ce qui frappe dans l’évolution de la dette publique grecque est son accroissement à partir de 1981 et particulièrement jusqu’en 1993. 1981 : c’est à ce moment que la Grèce entre dans la Communauté européenne.

dette-grece-evolution

+70% de dette publique en 12 ans, pas mal, non ? Regardons de plus près de quoi a été fait cette véritable « explosion d’endettement public » pour mieux comprendre comment, par la suite, une vaste opération de maquillage et d’arnaque à tous les étages a pu se monter. Parce que certaines accélérations sont vraiment nécessaires à observer. Comme celles de 1998 à 1993. Ce graphique est étrange, il part de 1970, et exprime en milliards d’euros à prix constants le montant de la dette publique grecque :

volume-dette-grece

Constat sans appel : 2,2 milliards d’euros de dette en 1970 et… 317,2 milliards en 2014.

Mais toute cette affaire n’est pas si simple et comporte de nombreuses illusions dont on ne parle pas assez. Puisqu’une dette publique n’est pas constituée seulement de l’accumulation de la somme qu’on emprunte, comparée au PIB du pays. Il y a d’autres facteurs, dont un est très important, voire central pour la Grèce, c’est celui des taux d’intérêts. Un facteur relié à celui de la croissance (du PIB).

Un gribouillage pour se faire une idée :

comparaison-dette-pib

A gauche, l’échelle représente la dette en % du PIB, à droite, les montants en milliards d’euros de 2005. Bien, bien. Et que voit-on ? Ce qui était dit plus haut, que le le ratio dette/PIB évolue très doucement entre 1970 et 1980 (de 17% à 20%) puis qu’il s’envole de 1981 à 1993 : de 20%… à 91%. Ensuite, il ne bouge pas beaucoup, de 91% à 103% entre 1993 et 2007, puis méga-envolée de 103% en 2007 à 175% en 2014.

Ok. Mais pour ceux qui suivent encore, regardez bien la courbe de la dette en euros et la courbe du PIB durant les années 80, puis 90 et même ensuite dans les années 2000 : elles ne décrochent pas. Le PIB augmente, pas moins que la dette, voire dans les 80’s il augmente plus que les montants empruntés, qui eux, restent constants. Diantre. Mais que se passe-t-il alors ?

Si tu empruntes, je m’intéresse…

Un graphique parlant pour comprendre comment des taux d’intérêts très élevés font gonfler une dette publique, bien plus que son économie ne peut le supporter :

calcul-interets-deficits

Sachant que les déficits de l’Etat grec sont connus, qu’ils sont causés par un problème d’insuffisance de recettes, il n’empêche que les seuls intérêts pèsent à eux seuls sur cette période 1980-2007, 53,5 points de PIB, alors que les déficits, eux n’en représentent qu’à peine un peu plus de la moitié : 28,8 points de PIB.

La réalité est donc triviale : la Grèce « ne dépense pas trop », comparée à sa croissance du PIB depuis 30 ans, ce pays emprunte « seulement » à des taux délirants. Les petits malins qui travaillent sur ces problème de dettes illégitimes ont fait un graphique qui résume bien ce qu’aurait pu être la situation en 2007, entre les taux d’intérêts que payait la Grèce depuis 1980, les taux de référence sur cette période, et la différence que cela leur a coûté :

taux-grec-taux-reference

C’est assez costaud, disons-le, puisqu’au final la dette publique grecque aurait dû être à 68,3% au lieu de 103,1% en 2007 si ce pays avait eu des taux d’intérêts normaux.  Soit 34,8 points de PIB qui auraient pu ne pas être perdus. Hum. Ça fait des milliards ça. Que les Grecs auraient pu éviter d’emprunter aux généreux prêteurs qui les harcèlent pour privatiser tout leur pays, augmenter la TVA et baisser les retraites ?

simulation-taux-grece

La simulation ci-dessus est donc très parlante. Ce qui nous amène à dire qu’en réalité, l’économie grecque d’un point de vue de sa dette publique aurait été équivalente à celle de la France en 2007, dette qui était cette année là, de …64,2%.

De nombreuses questions suivent, au delà de la dette, bien entendu. Sur les capacités économiques de la Grèce avant son entrée dans la Communauté européenne (et après), sur la possibilité ou non de rentrer dans l’euro avec une dette publique à 103%, et d’autres amusements qui pourraient démontrer qu’en réalité, la Grèce (ou disons, les Grecs) est surtout le dindon d’un grosse farce venue de pays plus au Nord. Parce que quand les taux d’intérêts de la Grèce flambaient, d’autres en profitaient pour économiser des sommes colossales sur leur propre achat de dettes. Avec des taux… d’un niveau si bas que… Mais ceci sera traité ultérieurement.

Merci au site CADTM (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde) grâce à qui cet article a pu se faire.

Enterrer la poubelle nucléaire

lundi 20 juillet 2015 à 17:00

DSC00038Les petites manips du gros lobby nucléaire ont la vie dure. Dans la loi Macron (« croissance, activité et égalité des chances économiques »), adoptée à coup de 49-3 le 10 juillet, un amendement de dernière minute a été adopté. Porté par le sénateur de Lorraine Gérard Longuet, qu’on ne présente plus, et finalement accepté par le gouvernement, cet amendement donne le feu vert législatif qui manquait au projet d’enfouissement des déchets nucléaires les plus nocifs que les pouvoirs publics cherchent à imposer dans la petite commune de Bure, dans la Meuse.

L’amendement Longuet, devenu l’article 201 de la loi Macron, est censé transformer l’actuel « laboratoire » de Bure, géré par l’Andra (l’Agence nationale de gestion des déchets radioactifs), en centre de stockage opérationnel qui devrait donc accueillir, dans des galeries souterraines à 500 m de profondeur, des colis de déchets à haute activité et à vie longue (HAVL). Ce sont les résidus les plus radiotoxiques que l’industrie nucléaire recrache continuellement de ses centrales (les barres d’uranium usées), comme ceux issus du retraitement de l’usine de la Hague ou du nucléaire militaire.

Le lobby de l’atome ne pouvait plus attendre. Une loi de 2006 donnait en effet 10 ans à la filière (EDF et Areva en tête) pour trouver une « solution durable » (sic) à la question de ces déchets les plus pourris. La transformation du labo de Bure (appelé Cigéo pour « centre industriel de stockage géologique) en poubelle radioactive devait donc absolument être réglé avant l’an prochain, et le calendrier parlementaire ne le permettait pas. L’amendement Longuet met l’accent sur la question de la « réversibilité » de ce « stockage en couche géologique profonde ». Histoire de rassurer le bon peuple qui pourrait s’inquiéter de voir ces tonnes de poison enterrées ad vitam eternam. L’objectif de ce coup de force parlementaire est de lancer une « phase pilote » pour l’enfouissement des déchets, « sans demander l’avis des parlementaires comme prévu initialement », accusent les associations regroupées au sein de la coordination Bure Stop. Car la loi précédente exigeait, justement, qu’une autre loi en bonne et due forme soit discutée sur cet aspect crucial. Ce tout de passe-passe permet à l’Andra de se lancer dans une « phase pilote » sans débat, et ce n’est qu’au bout de cette phase que le stockage en sous-sol devrait être validé par la loi. Paroles, paroles… Qui peut croire qu’après des milliards d’investissement le seul site disponible en France pour servir de poubelle radioactive soit un jour abandonné?

Le minable amendement Longuet — un bien beau « cavalier », comme on dit en jargon politicard – sera peut-être censuré par le Conseil constitutionnel, saisi par les députés LR le 15 juillet. Mais rien n’est moins sûr: leur saisine n’évoque pas une seconde cet aspect de la loi Macron. Et les écolos, qui sont sorti de leur léthargie pour l’occasion, n’ont pas signé la saisine et se sont contenté d’une « lettre ouverte » pour afficher leur courroux à Valls et Macron. Le ministre de l’économie a prouvé son sens inné de la couardise, puisque devant les parlementaires, le 10 juin, il s’est prononcé contre l’amendement Longuet, car cette question « sensible », disait-il, méritait un « temps de débat approprié » afin de pouvoir « cerner tous les enjeux ». Dommage, cette fois ci c’était filmé.

En vérité, ce passage en force se prépare depuis belle lurette. Bure Stop a suivi à la trace (cf document PDF) les tentatives parlementaires des élus du coin (Meuse et Haute-Marne), PS et UMP confondus, pour faire passer la pilule de l’enfouissement. Depuis décembre 2013, pas moins de 12 amendements, tous identiques à quelques détails près, ont été déposé en séance, d’abord lors des débats de la loi Royal sur la transition énergétique, et ensuite, dès novembre 2014, dans la loi Macron. A chaque fois, le gouvernement a botté en touche en laissant croire que la pureté du « débat démocratique » devait passer avant les intérêts économiques.

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Tout semble pourtant écrit sur une partition bien rodée de l’acceptabilité sociale. Dès le milieu des années 90, la question du stockage en sous-sol des déchets HAVL avait été réglée par une série de manips sournoises mais infaillibles. Il était d’abord prévu dans la loi de trouver 3 sites en France dont le sous-sol géologique aurait pu un jour servir de cimetière nucléaire. Hasard? Ce fut au gouvernement socialo-verts de Jospin de dénicher ces coins de la France profonde. Finalement, en 1999, seul le village de Bure se voyait attribué l’insigne honneur d’accueillir un « laboratoire » de l’Andra. Les deux autres sites ne seront finalement jamais désignés.

La manip consiste aussi et surtout à parler alors de « laboratoire scientifique », de convoquer la science et la recherche, plutôt que de parler de stockage. Tout le discours de l’Andra, depuis 15 ans, joue sur ce flou juridique. Comme l’explique le documentaire autoproduit « Poubelle la vie », réalisé par un collectif d’opposants éclairés (voir plus bas), avant même que le décret sur la création de ce labo ne soit signé en 1999, l’argent public commençait déjà à pleuvoir sur les deux départements impactés : 5 MF par an et par territoire. Le décret signé – par une certaine Dominique Voynet –, la manne passait à 10 MF par an et après 2002 elle était multiplié par 13: 20 millions d’euros par an. Nous en sommes aujourd’hui à 30 M€ par an (toujours pour chacun des 2 départements), et avant même que la loi Macron ne passe, les élus négociaient une rallonge pour passer à 40 M€ par an. Cette manne alimente un Groupement d’intérêt public (GIP) qui arrose à tout va, collectivités, entreprises ou même particuliers, pour tout et n’importe quoi. Pourquoi se gêner?

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La Meuse est une région sinistrée démographiquement et économiquement. A Bure la densité de population est d’environ 6 habitants au km2, et la préfecture, Bar-le-Duc, ne compte que 15000 habitants [et non 55000 comme écrit par erreur] – plutôt pratique pour limiter la présence de hordes de résistants antinucléaires. Depuis que l’Andra est présent dans la zone, tout a été fait pour habituer les populations à la présence presque naturelle de l’industrie nucléaire. EDF et Areva y ont érigé leurs archives dans deux bâtiments à l’architecture épurée pour mieux faire partie du paysage. Le CEA y a ouvert un centre de recherche pour fabriquer du biocarburant à partir de cellulose de bois – histoire de trouver un débouché écolo aux forêts de la région qui sont déjà dévastées par un chantier qui n’est dont officiellement pas encore lancé! EDF a également implanté non loin du labo un centre de maintenance pour pièces de centrales nucléaires. Et Areva a investi la ville de Void-Vacon pour en faire une plateforme ferroviaire géante pour ses convois de déchets nucléaires. Sans parler des filières universitaires qui se sont créé à Bar-de-Duc et à Saint-Dizier (Haute Marne) dédiées aux « métiers du nucléaire ». En pour enrober le tout de verdure symbolique, la région se recouvre de panneaux solaires et d’éoliennes géantes.

burestop_cvTout est fait pour investir les lieux – et les esprits – de l’irrésistible présence de l’industrie de l’atome. Tout ça pour qu’un jour, le « débat démocratique » décide que, finalement, la poubelle de Bure ne soit jamais construite?

Derrière toute cette mascarade, les rares opposants encore en activité se sentent à nouveau méprisés suite au coup de force de la loi Macron. Qu’à cela ne tienne. Du 1er au 10 août, un campement autogéré s’organise non loin du laboratoire pour évoquer ces questions, et bien d’autres. A quelques mois de la grande conférence climatique, la COP 21, qui aura lieu cette année en France (au Bourget, début décembre 2015), le lobby nucléaire ne manquera pas de se « vendre » à nouveau comme une énergie « propre » sous prétexte qu’elle ne participe pas autant que les énergies fossiles au réchauffement climatique. Ce n’est pas une raison pour s’en contenter.

PS – Pour en savoir plus: la dernière brochure de Bure Stop parue fin 2014.

Photos: rassemblement devant le labo de l’Andra, 7 juin 2015.

poubelle la vie from andra dégage on Vimeo.

Un film de Bure AutoMedia sur la lutte contre l’enfouissement des déchets nucléaire, l’avenir et les enjeux du monstre projet CIGEO imposé par les technocrates psychopathes de L’ANDRA et EDF.
C’est aussi un constat d’urgence, un appel à mobilisation & à renforcer cette lutte de résistance internationale et inévitablement décisive pour les générations a venir.

Pour plus d’information:
vmc@riseup.net
http://vmc.camp/
http://nocigeo.noblogs.org/
https://antitht.noblogs.org/
burestop.free.fr

Journal britannique cherche « anecdotes croustillantes » sur Daesh

jeudi 16 juillet 2015 à 17:48
UK« Pouvez vous m’écrire un article sur la montée de l’Etat Islamique avec des anecdotes de personnes vivant sous leur coupe, les techniques de tortures qu’ils utilisent, des anecdotes de personnes qui ont eu leur main coupée, qui ont été violées, qui ont eu leur maison brûlée ou un proche décapité.« 

C’est le mail incroyable reçu par un confrère de la part d’un journal anglais alors qu’il était en reportage en Libye. Oui, Daesh est présent dans le pays, notamment dans la région de Syrte ; oui il y a eu des exécutions filmées. Nul doute que des personnes souffrent de cette organisation terroriste. Mais là c’est le niveau zéro du journalisme à sensation. Quand il lui a répondu que formulé comme ça, le sujet n’allait pas être possible, il a répondu : « Mais il y a bien Daesh en Libye… » Fin de l’échange. Il aurait rêvé de pouvoir lui écrire le seul mot qui conviennent : « FUCK ! »

When Hacking Team thought The Intercept published « conjectures »

jeudi 16 juillet 2015 à 17:30

TI_Launch_02-article-headerTime is on our side… It is always interesting to look at what the marketing bullshit generator has generated in the past when a leak appears. On Oct. 30 of 2014, The Intercept published a story about Hacking Team. Hacking Team was not very happy and as always, would generate the same kind of marketing bullshit : « we don’t disclose who we sell to, but we have a strong customer policy and we can shut down any customer who would misuse our tools ».

The Intercept stated that Hacking Team had probably sold the Remote control System to Ethiopia, Kazakhstan, Saudi Arabia, Mexico or Oman, countries which may have a very personal view of what Human Rights respect should be.

Hacking Team sent a letter to The Intercept which was published by the newspaper at that time. Even if the infamous Eric Rabe thought The Intercept would not dare publishing the corporate « truth » .

Capture d’écran 2015-07-16 à 16.40.42

This letter is now part of the 400 Go leak in a mail sent by David Vincenzetti (HT’s CEO) to other members of the team.

Some parts of this letter look « funny » today :

Despite the headline, the “secret manuals” do not show that anything at all was “sold to despots” worldwide or elsewhere.  That remains the conjecture of the authors.

Let’s have a look at the Intercepts’ conjectures.

Ethiopia, Kazakhstan, Saudi Arabia, Mexico or Oman are all listed as clients :

clients-hacking-team

Ethiopia is listed here as a client :

ethiopiaYou can read here (in french) our two papers about Ethiopia and the Citizen Lab report. These two papers will also enlighten the readers about how Hacking Team used to « shut down » clients who would use the tools against political opponents or journalists.

There is a huge difference between the corporate marketing speech and the reality. This we already knew… We just needed time to prove it.

Terres de Gandhaäl (8) – Livre 1 : « Fondations »

jeudi 16 juillet 2015 à 13:07

La salle en forme de croix, aux imposantes dalles de pierres constellées de reflets gris-bleutés était une merveille d’architecture et de décoration. Des guirlandes de lierre chargées de fleurs aux pétales coniques d’un blanc virginal s’entrecroisaient au plafond, toile végétale arachnéenne surplombant la foule bavarde et joyeuse. Appuyés contre les murs, ou bien aux détours d’une colonne de marbre bleu, des statues de quartz grandeur nature aux corps d’animaux forestiers et aux visages humains semblaient contempler les convives, un sourire malicieux aux coins des lèvres. Chaque branche de la croix que formait la pièce était occupée par des amuseurs aux costumes bariolés; jongleurs, mimes, équilibristes, acrobates et même un cracheur de feu, effectuant mille prouesses au rythme de la musique entraînante que jouaient une troupe de sept musiciens placée au centre de la salle.

Une centaine de personnes, hommes, femmes, enfants, dansaient, mangeaient, buvaient, riaient dans une joyeuse anarchie. De grandes tables de bois avaient été disposées un peu partout contre les murs, chargées de fruits, de carafes de vins aux couleurs chatoyantes, de mets aux senteurs épicées. Méliades et Sylphide s’empressaient de servir chaque convive qui en faisait la demande, glissant d’une table à une autre dans une danse légère et gracieuse. Les deux guerriers, à peine arrivés et pénétrés par l’ambiance festive du lieu furent immédiatement interpellés par les membres composant l’assemblée, chacun voulant savoir d’où ils venaient, ce qu’ils venaient faire à trois sources, ce qu’il se passait ailleurs…
Doldiën paraissait amusé de la situation embarrassante dans laquelle se trouvait les deux hommes; il s’était écarté et parlait avec quelqu’un dont seule l’ombre était visible, dissimulé par un pilier ornemental. Mortesse couvrait par instants la musique de son rire imposant lorsqu’une question innocente ou naïve lui était adressée. Mais le navigateur tout en répondant et blaguant ne pouvait s’empêcher de suivre du regard la silhouette élancée de Méliades. Ses yeux étaient brillants, une flamme de désir incontrôlable embrasait son corps et son âme. La jeune femme lui avait souri alors qu’elle servait du vin au petit cercle de personnes les entourant, et le grand gaillard avait été troublé au point qu’il n’avait pu continuer de parler, bafouillant une réponse incompréhensible à l’auditoire pendu à ses lèvres.

Seghuenor, lui, paraissait songeur. Quelque chose d’imperceptible le déroutait, il y avait en lui des sensation diffuses qu’il ne pouvait chasser. Une impression d’irréel s’était inscrite dans son esprit et son regard n’était pas celui qu’il pouvait avoir en temps normal. La fête était pour lui comme un songe, une illusion dans laquelle il aurait été plongé et qui pourrait disparaître à tout moment. Bien que s’évertuant à faire l’effort de s’intéresser à la fête, le guerrier ne parvenait pas à se détacher de ce sentiment étrange et perturbant. Les vêtements des convives l’avaient surpris de prime abord par leurs couleurs vives, presque criardes. Les tissus n’étaient pas de ceux qu’il connaissait, les chevelures des femmes étaient brillantes et scintillaient sous les rayons colorés des cascades de lumière filtrées par la toile de lierre, et le seigneur de Shaleenmar se sentait peu à peu envahi par un malaise fait d’incompréhension et d’inquiétude. Il se décida à quitter le petit groupe avec lequel il conversait et chercha Jalïn Doldiën du regard. Le maître de trois sources conversait toujours avec l’ombre dissimulée derrière le pilier.

Seghuenor s’avança d’un pas décidé, contourna son hôte et resta pétrifié à la vue de son interlocuteur. Un chat ! Ce fut la dernière image qu’il garda de la scène. un chat se tenant comme l’aurait fait un homme, vêtu de pantalons, une fine épée à la ceinture et parlant nonchalamment au maître de trois sources. La fête se dissipait peu à peu comme un tableau dont la peinture se serait liquéfiée sous l’effet d’une main maniant l’éponge. Les clameurs s’estompèrent. Une brume grise envahit l’espace, et Seghuenor sentit tout son corps changer de consistance, puis la fatigue survint comme après un effort intense. Le seigneur de Shaleenmär perdit connaissance en quelques secondes, luttant en vain contre une force inconnue.

* *
*

La voix était une litanie monocorde. Elle revenait avec une insistance péremptoire, secouait la conscience de Seghuenor et finit par l’amener à ouvrir les yeux, puis à reprendre totalement ses esprits.

— Tu te réveilles, tu es rentré chez toi, tu te réveilles, tu es rentré chez toi, doucement, tu te réveilles, tu es rentré chez toi…
Ses yeux s’entrouvirent, ses narines frémirent, il se redressa, et dévisagea l’homme dont la voix l’avait sorti de l’inconscience. La peau noire, les cheveux ras et crépus, cette machoire large et ce sourire si familier : Dinän! Son ami d’enfance, grand voyageur, conseiller secret. Le sage Dinän, l’érudit le plus célèbre de la cité des mille marchés ! Cela ne pouvait signifier qu’une seule chose : il était de retour à Shaleenmär !