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Reflets fête ses 5 ans, venez nous rejoindre le 17 juillet

mardi 14 juillet 2015 à 15:08

Nous fêtons 5 ans de journalisme différent le 17 juillet à la Numa. Venez nous rejoindre et partager un moment avec nous. Inscrivez-vous sur cette page. Nous vous expliquerons d’où l’on vient, ou nous en sommes et si nous y arrivons, où nous allons. Ensuite, on boira un verre et on discutera.

anniversaire

12 fois le PIB grec parti en fumée en Chine : une paille

samedi 11 juillet 2015 à 12:27

La bourse  chinoise a perdu 30% de sa valeur en moins d’un mois. La cause ? Une panique des petits porteurs qui se s’étaient mis à boursicotter en grand nombre : l’équivalent d’un peu plus de la population de l’Allemagne, tout de même. C’est donc un krach qui est en cours, avec Hong-Kong, Tokyo et d’autres bourses asiatiques fortement touchées. Jusque là, tout le monde s’en moque un peu, parce que ça reste contenu là-bas, mais si ça commence à se répandre, ça risque de faire très mal. Parce que 3000 milliards d’euros qui font pschiiiiit, c’est un truc difficile à maîtriser. Certains parlent même de malversations : dans le milieu de la finance ? Allons donc, pas chez ces gens là, quand même.

Terres de Gandhaäl (7) – Livre 1 : « Fondations »

vendredi 10 juillet 2015 à 19:03

gandhaal7

Seghuenor reprit son souffle. Des images de son enfance affluaient par vagues successives, comme des chevaux emballés lancés dans un galop effréné. Les heures passées assis en tailleur sur un rocher surplombant la mer, les yeux fixés sur le soleil, suivant sa trajectoire; la souffrance que procuraient les exercices auxquels l’astreignaient son maître. La solitude aussi. L’attente. L’espoir et le désespoir. Seghuenor ressentait pour la première fois le poids que représentait pour lui cette période de sa vie. Il n’avait pas connu l’enfance, les caresses d’une mère aimante, les premiers émois amoureux. Il avait été projeté dans un monde d’apprentissage et d’effort avant même qu’il ne fut en mesure de profiter des instants bénis que connaissent tous les être humains durant leurs premières années. Il se rendit compte tout à coup qu’il était seul, qu’il ne connaissait pas l’amour, la douceur d’un foyer; il comprit en cet instant qu’il était peut-être, à l’instar  d’un projectile que l’on propulse vers une cible, un pion que l’on jouait, déterminé pour une partie dont il ne connaissait pas les tenants et les aboutissants, ni les règles. Il luttait depuis trente cercles, aidé de Mortesse, et d’autres hommes de valeur et c’était la première fois que cette idée lui venait à l’esprit, le saisissait dans toute sa vérité !

Seghuenor ferma les yeux et entreprit de faire le vide dans son esprit, il lui fallait continuer comme si rien ne s’était passé. Les temps n’étaient pas à l’introspection — se dit il avec force — mais à l’action ! Ils luttaient depuis trop longtemps pour qu’il se laisse aller à de pareilles faiblesses, le destin d’un peuple tout entier, d’une nation était en jeu; il fallait continuer, continuer le combat qu’il menait tous les jours…Une prière silencieuse traditionnelle jaillit dans son esprit, évidente :
Akmäth, déesse mère de toutes choses, reine de la nature, gardienne des élément, viens à mon aide et guide moi ! Je ne suis qu’un homme aveugle et j’implore ta mansuétude…
Doldiën l’avait écouté religieusement, aucune émotion ne semblait perceptible sur ses traits. Ses yeux enfiévrés étaient fixes, rivés sur un point invisible devant Seghuenor. Celui-ci continua son récit, rasséréné par la prière muette qu’il venait d’accomplir.
— Depuis quinze cercles les tribus Mestydes sont de nouveau soudées. Nous avons dû parcourir tout le continent sud durant de longs cercles de saisons, livrer bataille, convaincre, menacer, récompenser, pour y parvenir. Les chefs des tribus ont accepté de nous prêter allégeance et sont désormais membres du conseil d’Anglar qui se tient dans la cité première, Shaleenmär. Mais de nouvelles dissensions font jour, les luttes de pouvoir, les complots sont notre lot quotidien. Nous devons nous organiser, Doldiën, nous devons éviter que les peuples du sud ne reviennent en arrière, ne se perdent une fois encore dans de stériles querelles, ne soient asservis par des puissances extérieures ou ne disparaissent tout simplement. Des émissaires du Ghöl-Amgöth, de Morglang, de Dorianor nous sont envoyés; Anglar commence à devenir une puissance non négligeable et les empires Kendaïs, malgré les guerres terribles qu’ils se livrent entre eux, commencent à s’intéresser à nous. Nous avons fait les premiers pas vers l’unité, la paix, nous sommes une jeune nation fragile et ne voulons pas voir tout nos efforts réduits à néant,  me comprends-tu ?
Jalïn Doldiën hocha la tête lentement à plusieurs reprises. Son visage auréolé par les rayons violets crépusculaires semblait plus vieux, creusé par de soudaines rides qui durcissaient son visage. Ce fut un murmure qui s’échappa d’entre ses lèvres.
— Je comprends très bien, Seghuenor. C’est le début d’une grande histoire, une très grande histoire…
Il sourit malicieusement et reprit :
— J’aimerais beaucoup voir Shaleenmär, la première cité bâtie par des hommes libres. Oui, j’aimerais la voir… Vous avez fait un grand travail tous les deux, mais il y a un gouffre entre unifier des tribus et diriger un empire, et vous l’avez bien compris. Que faire?
Il soupira et secoua la tête de gauche à droite comme pour mieux se convaincre.
— Tout se répète à l’infini; comment arriver à déjouer les pièges qu’il nous tend, je ne le sais pas moi-même ! Mais foin de cela, nous verrons bien…  et qu’en est-il des shalwäth, y en a-t-il parmi votre conseil ?
— Nous les avons chassés ! — intervint Mortesse, le regard sombre. Les shalwaths sont dangereux, ils ne maîtrisent pas les forces qu’ils invoquent, ce sont des êtres corrompus !
Seghuenor, gêné par l’intervention virulente de son ami, reprit à sa suite :
— Mortesse ne dit pas cela pour toi, bien entendu Doldiën; mais nous avons eu beaucoup de problèmes avec les sorciers. Leurs pouvoirs inquiètent le peuple, ils sont étranges et incontrôlables pour la plupart. De plus, les rennes du pouvoir ne leur sont pas indifférents, crois-moi ! Un seul fait exception, il vient de temps à autres à la cour et je lui fais confiance. Il est d’ailleurs à l’origine de l’édification de Neldar la pensante, la deuxième cité. C’est un sage et il n’y a pas d’avidité en lui, il veut conserver la connaissance, améliorer les hommes grâce au savoir.
— Pour moi ? répondit Doldiën. Que veux-tu dire par là ?
— Je…beaucoup de choses ici m’ont fait dire que la Shalaaï ne t’était pas étrangère. Ces lumières… Seghuenor balaya d’un bras la tour baignée de lueurs pourpres — la musique que nous entendions il y un instant…
— Oui, bien sûr, j’aurais du m’en douter, suis-je bête !
Le maître de trois sources rit faiblement.
— Il n’y a aucune Shalaaï dans tout ce que tu me décris, aucune ! Je vous expliquerai, et vous verrez demain des choses encore plus subtiles et intéressantes, croyez-moi. Non, non, je n’aime pas la Shalaaï moi non plus. Je la connais pourtant et m’en suis servi à quelques reprises, il y a longtemps, mais ce sont des forces tyranniques et fluctuantes qui rongent celui qui s’en sert, qui peuvent même en faire leur esclave. Les Kendaïs ont asservi les peuples des deux continents grâce à elle, et ce n’est pas fini. Mais parlons d’autre chose.  Qui est donc le sage dont tu me parlais et à qui tu as confié la responsabilité de la deuxième cité d’Anglar ?
— Il se nomme Wholäth Drhare, mais il ne dirige pas Neldar, c’est un conseiller, architecte, un guide pour le Shaïndi Stampa à qui j’ai donné ma confiance pour que ce port soit construit.
— Oui, je comprends…Wholäth, bien sûr…
— Vous le connaissez ?
—  Je le connais très bien. C’est un ami qui m’est cher. Je ne l’ai pas vu depuis si longtemps, peut-être depuis la disparition de Gandhaäl.
Une expression de surprise envahit les visages des deux voyageurs. Mortesse demanda sans préambule:
— Vous voulez dire par là que vous avez connu le seigneur Gandhaäl, que vous avez plus de deux cent cercles ! Et vous voudriez me faire croire que la Shalaaï n’est pour rien dans tout ça ? Allons Doldiën ! Je n’ai rencontré qu’une seule fois ce Drhare, il n’a pas l’air mauvais bougre, mais c’est un Shalwäth et je ne peux avoir entièrement confiance en un invocateur de démons. Si lui aussi est vieux de deux cent cercles il faut m’expliquer comment cela est possible !
— Il y a des hommes qui ne sont pas comme les autres sur ce monde, et la Shalaaï n’y est pour rien ! Ne cherchez pas dès aujourd’hui à vouloir connaître la vérité, il est trop tôt. Si vous êtes venus jusqu’à moi afin que je vous prête main-forte il faudra accepter que certaines choses inexplicables le restent, sachez-le. Mais nous avons beaucoup bavardé et l’heure avance, les invités de la fête doivent nous attendre. Venez, nous continuerons cette passionnante discussion demain, je vous montrerai la vallée de trois sources et nous aurons alors tout le loisir de partager nos points de vue.
Le ton employé par Doldiën avait été péremptoire, les deux hommes sentirent alors qu’il n’y avait pas seulement chez leur hôte calme et compréhension. Jalïn Doldiën se leva, de manière normale cette fois-ci — se dirent les deux compagnons — et les invita à le suivre. Mortesse et Seghuenor, perdus dans leurs pensées, en proie à de nombreuses questions, suivirent le maître de Gondoriän à travers le dédale de pierre que formait sa demeure, tous deux silencieux.

Manuel Valls en argument commercial de Hacking Team

vendredi 10 juillet 2015 à 18:57

manuel_vallsRelancer la croissance, ça passe aussi visiblement par de bons arguments commerciaux. Pour que les gentilles entreprises puissent vendre leurs beaux produits et contribuer à la croissance du PIB.

Et involontairement, ou pas, finalement, Manuel Valls a été transformé en argument commercial de Hacking Team. Pour bien sensibiliser les prospects, Hacking Team avait une belle présentation PowerPoint pleine de FUD expliquant combien les Internets sont remplis de méchants terroistes, de pédonazis, de vendeurs de drogue, de trafiquants en tous genre.

risk-assessment-hacking-team

Et pour appuyer ses dires, Hacking Team cite quelques déclarations de dirigeants de pays. Obama et Cameron pour le méchant chiffrement et… Manuel Valls pour le terrorisme :

Manuel-valls-hacking-team

Encore un effort, messieurs les politiques et la relance durable sera au rendez-vous en dépit de la Grèce ou de la Chine !

Djihad en France : et si c’était une islamisation de la révolte radicale ?

jeudi 9 juillet 2015 à 17:30

Fraction-Baader

Alain Bertho : « Les valeurs de la République sont aussi des promesses non tenues« 

L’interview d’Alain Bertho, anthropologue (spécialisé dans les soulèvements populaires, les émeutes — en lien avec la mondialisation des échanges) publiée sur regards.fr en mai 2015, est à lire. L’anthropologue y développe une analyse très intéressante à propos du « djihadisme français », analyse qui rejoint celle d’un Serge Portelli, invité le 3 juillet de Radio Reflets, ou d’un Marc Trevidic sur France Inter le même jour. Ces analyses vont à l’opposé de celles les plus relayées — soit par le gouvernement, ou une majorité de grands médias — qui voudraient que les djihadistes français soient des « esprits faibles » qui s’auto-radicalisent sur Internet (sic) — ou bien encore se font manipuler par des salafistes — pour n’être au final que de « simples fous de dieu » transformés en terroristes très dangereux.

La guerre de civilisation(s), le principe d’une République devant lutter contre un ennemi intérieur et manipulé de l’extérieur, des soldats de Dieu appelés à agir sur le territoire par un groupe terroriste — Daesh en l’occurence — sont des concepts très pratiques pour simplifier le problème du « terrorisme djihadiste » en France, et exonérer ainsi de toute responsabilité politiques ceux qui devraient normalement en avoir. La situation n’est pourtant pas si simple.

Et si nous assistions — en réalité — à une révolte radicale, similaire à celles pratiquées par les mouvements anarcho-révolutionnaires des années 70, mais sous une nouvelle forme, animée par d’autres motivations en surface, mais constituée des mêmes maux… en profondeur ?

Un début de siècle… de révoltes

Ce qu’Alain Bertho observe et souligne à propos des mobilisations djihadistes françaises récentes, est une radicalisation de la révolte passant par l’islamisation. Ce qu’il nomme une « islamisation de la révolte radicale ». En termes simples : il y a toujours eu des périodes avec des révoltes radicales, donc violentes, souvent de la part d’une jeunesse déterminée à combattre un ordre établi contesté. Ces affrontements ont pris plusieurs formes, ont été activés par le biais de diverses idéologies, mais sont un fait historique qui souligne la persistance d’une résistance populaire contre le pouvoir politique, ou contre un ordre social injuste.  Bertho remonte le temps et effectue ces constats :

« Nous venons de vivre une séquence mondiale d’affrontements entre les peuples et les pouvoirs, équivalente du « Printemps des peuples » de 1848, des révolutions communistes d’après la première guerre mondiale, de 1968. Il y a deux devenirs possibles à ces séquences : la construction d’une figure durable de la révolte et de l’espoir qui s’incarne dans des mouvements politiques organisés et des perspectives institutionnelles, ou la dérive vers le désespoir et la violence minoritaire. »

Lorsqu’il parle des attentats de janvier dernier, et des réactions du 11 janvier, l’anthropologue éclaire ces événements en creusant la part socio-politique qu’ils contiennent :

Pendant ces dix dernières années, une génération s’est révoltée. Si rien ne semble bouger, comment s’étonner que certains décident de passer à la « phase 2″ ? C’est l’expérience biographique des meurtriers de janvier. Le 17 septembre 2000, Amedy Coulibaly, qui a alors dix-huit ans, vole des motos avec un copain, Ali Rezgui, dix-neuf ans. Ils sont poursuivis par la police… qui tire, et Ali meurt dans ses bras sur un parking de Combs-la-Ville. Aucune enquête n’est ouverte sur la bavure. Cela provoque deux jours d’émeute à la Grande-Borne. Où sont aujourd’hui tous les acteurs des émeutes de 2005 ? Et tous ceux qui les ont regardés faire avec sympathie ? Comment regardent-ils la vie et la politique ? Quel regard ont-ils porté sur les événements de janvier ? On ne les a pas écoutés avant, ni pendant, ni après, ni depuis le 7 janvier. Le 8 au soir, je ne me suis pas rendu à la République, mais au rassemblement devant la mairie de Saint-Denis, ville où j’habite. J’ai rarement vu autant de monde, aussi ému. Mais en même temps, j’y ai rarement vu aussi peu « tout le monde ». Il y avait certainement là tous les réseaux des militants. Mais si peu de gens ordinaires, d’inconnus, de gens et de jeunes « des quartiers », comme on dit. Pris dans notre émotion collective, avons-nous été attentifs au clivage silencieux qui était en train de prendre forme ?

Le questionnement d’Alain Bertho n’a pas vocation à justifier les actes commis, les rendre indolores ou les positiver, mais il est à l’antithèse des analyses et réactions binaires tant de droite que de gauche face au phénomène déclaré « djihadiste » et ses actes meurtriers. Les origines de ces actes ne se trouvent pas dans une quelconque folie individuelle, ou encore une simple fascination — soudaine — pour la « guerre sainte » déclarée au Moyen-Orient par des tribus sunnites en train de prendre leur revanche sur le pouvoir chiite mis en place par l’administration américaine il y a 10 ans.  Et même s’ils sont constitués aussi en partie par ces phénomènes (folie, fascination, etc), le terreau sur lesquels ils se constituent est lui, collectif. Un terreau social, et donc politique. La « phase 2″ dont parle Alain Bertho, après celle des émeutes de 2005, pourrait bien être celle de la violence radicale, soutenue par l’idéologie islamiste, elle aussi radicale.

Les valeurs ne se transmettent pas

Il est facile d’affirmer que l’explication du phénomène ne change rien aux actes. Ce que n’arrêtent pas d’asséner les responsables politiques, suivis par de nombreux intellectuels. « Ils ont tué, ils s’en prennent à la République, ils tuent des dessinateurs, des Juifs, ils sont donc des ennemis à abattre qui ne méritent qu’une réponse à la mesure de leurs actes, une réponse sévère et sécuritaire« . Cette approche est celle des faucons de Georges W. Bush après les attentats du 11 septembre 2001. Elle est la meilleure manière d’inciter la violence radicale à se propager, à se justifier : l’ordre établi joue le jeu de la guerre avec ceux qui s’en prennent à lui, il valide leur capacité de nuisance ainsi que le message de forme que les radicaux veulent voir passer. Quant au message de fond, celui qui n’est pas explicité par les radicaux, il disparaît purement et simplement, alors qu’il est le fondement du problème. Ce message est celui de la souffrance sociale, du rejet de systèmes supérieurs et injustes, d’espoirs déçus à un niveau jamais atteint.

L’anthropologue revient sur les « grands messages » de la manifestation du 11 janvier, et du concept de « valeurs » républicaines (partagées, à défendre, etc) et de l’obligation à se plier aux minutes de silence dans les institutions scolaires pour que chacun démontre son adhésion à ces mêmes valeurs :

« Pense-t-on inculquer par autorité les valeurs de la République ? On sait bien, depuis au moins une génération, que ces valeurs sont aussi des promesses non tenues. L’obligation d’y adhérer est une violence de plus. L’une des grandes faiblesses du monde institutionnel est de penser que l’on peut répondre par les valeurs du passé, par la transmission. Les vraies valeurs d’une génération sont celles qu’elle se construit en retravaillant le passé à l’épreuve de sa propre expérience. La transmission n’y suffit pas. Le propre des valeurs est de donner un sens éthique à l’expérience. C’est hélas ce qui fait, pour certains, le sens du djihad et son attrait. »

 La question du sens, le cœur du problème ?

Alain Bertho aborde avec profondeur le champ des révoltes populaires, des mouvements de contestation et au bout du bout, des actions terroristes en lien avec la mondialisation des échanges, la financiarisation de l’économie, les politiques anti-sociales qui mènent — partout sur la planète — au déni, à l’écrasement des peuples par les classes dirigeantes. La question du sens est centrale dans cette configuration : que peut-on faire dans une société qui ne fait plus sens ? Lorsque rien d’autre que la course aux profits et l’acceptation d’un enfermement dans sa condition sociale, ethnique ou économique, n’est proposé collectivement ?

La « crise grecque », remise sur le devant de la scène ces jours derniers, est un miroir sans pitié de l’ordre politico-économique européen, basé sur une domination sans partage des puissances de l’argent sur le reste. Il n’est plus désormais d’issue qu’un seul et unique sens, celui d’accepter le règne sans partage des créanciers, et d’horizon social le seul rejet à la marge des plus faibles par le biais de « réformes » structurelles censées assainir l’Etat, mais tuant les dernières parcelles de protections sociales pourtant durement acquises par les populations. Dans ces conditions, le « sens du djihad » devient « compréhensible, » puisqu’il donne, ce djihad, du sens à ceux qui en manquent. Ce que dit Bertho.

Et la réponse à apporter, n’est pas, bien entendu — dans cette configuration — celle de l’autorité et du tout sécuritaire. Approche que l’anthropologue résume ainsi et qui conclue son entretien  :

« La conversion au djihadisme est aujourd’hui une figure possible de la révolte. La réponse à ce drame n’est certainement pas une figure de l’ordre, fût-elle républicaine. La réponse viendra d’une figure alternative et contemporaine de la révolte, une révolte qui ne se place pas sur le terrain de la négation de l’avenir, de la négation du passé et de la haine de la pensée. Les deux questions clefs qui sont devant nous sont celle du possible et celle de la paix. « Podemos », nous dit le mouvement d’Iglesias en Espagne. Quand la financiarisation au pouvoir nous enferme dans des calculs de probabilités et de risques, il est urgent d’ouvrir des possibles sans lesquels l’avenir n’est qu’un mot creux. Et quand la guerre ou la menace de guerre (ou de terrorisme) tend à devenir un mode de gouvernement, il est temps de redonner un sens à une perspective de paix collective qui ne passe pas par une politique sécuritaire ni par des frappes aériennes un peu partout dans le monde. C’est peut-être aussi cela que nous ont dit les manifestants du 11 janvier. Je ne suis pas sûr qu’ils aient été bien entendus sur ce point. »

Conférence d’Alain Bertho sur les « révolutions arabes », en lien avec la globalisation des échanges, en 2012 :