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Dans un élan de transparence, le ministère de la défense marocain menace de poursuites les journalistes et les associations de défense des droits de l’Homme évoquant le projet PopCorn d’Amesys

mardi 2 juin 2015 à 15:01

amesysPopCorn, c’est le nom d’un projet Eagle, au Maroc. Il n’est pas dans notre habitude de publier des preuves de sujets que nous avançons, tout particulièrement quand ces preuves font l’objet d’examen dans une procédure en cours.

L’existence du projet PopCorn ne fait aucun doute, nous travaillons sur ce sujet depuis le 2 février 2011, plus de quatre années durant lesquelles nous avons accumulé des preuves que nous tenons bien évidemment à la disposition de la justice… justice qui s’est pour le moment montrée plus intéressée par notre Google KungFu que par les contractants, les intermédiaires et les appuis de l’exécutif français pour revendre des armes électroniques et des outils de surveillance de masse à des états dont les droits de l’Homme n’ont jamais été une préoccupation du quotidien (Libye, Qatar, Syrie, Gabon, Maroc, on en passe…).

Interrogé par nos confrères de Telquel.ma, Jean-Marc Manach qui a beaucoup travaillé sur ces contrats, émet des doutes sur l’effectivité du projet Popcorn. Plus précisément, il déclare ne pas savoir si ce dernier est aujourd’hui actif. Même si nous n’avons pas de photos des salles hébergeant l’Eagle marocain, il y a quand même un faisceau de présomptions du côté français qui le laissent entendre. Amesys a bien envoyé des ingénieurs au Maroc, pas des technico-commerciaux, des ingénieurs dont la spécialité n’est pas la signature de contrat mais le tuning du livrable lui-même ou la transmission de connaissances (post phase de mise en production). Par ailleurs, une commande de deux millions de dollars en disques durs dans le cadre du projet PopCorn, pour ne pas les utiliser, laisse rêveur. Le Citizen Lab et Slate ont mis en évidence l’utilisation dans ce pays d’ outils de Hacking Team, à destination des gouvernements, des outils qui ont servi à espionner des journalistes et des militants des Droits de l’Homme, notamment ceux de l’association Mamfakinch.

De son côté, Amesys, visée par une enquête préliminaire en France s’est empressée de délocaliser son activité à Dubai. Nouvelle plaquette commerciale (en fait la même avec des couleurs et des noms différents), nouveau nom (Advanced Middle East SYStem … oui ça fait Amesys), des dirigeants qui restent les mêmes (les papas d’Eagle), tout a été fait pour assurer une continuité des services et honorer les contrats dont il est démontré pour certains qu’ils ont été appuyés par l’exécutif français. Et quand on se penche sur certaines personnes peu fréquentables, on imagine mal que ceci ait pu se passer autrement qu’en toute connaissance de cause de la part des autorités françaises.

De là à penser que la « fuite » des activités de surveillance de masse a été pensée et organisée par l’exécutif français, il n’y a pas loin. Pourquoi organiser la fuite d’une activité rentable ? Parce qu’elle est illégale et qu’il n’est pas à exclure qu’il y ait des prises d’intérêts tout aussi illégales dans la négociation de ces contrats d’état à état dont la France niait l’existence il y a encore peu, tout en envoyant ses hauts fonctionnaires les négocier et ses agents coopérer à leur installation et leur mise en service. Chaque mois qui passe dans l’interminable enquête visant Amesys permet à l’entreprise de faire disparaitre tout élément à charge en délocalisant ses activités à Dubaï. Et à l’Etat français, d’inscrire dans son propre droit des techniques d’interception de masse grâce à une loi sur le renseignement qui donne ses lettres de noblesse à des pratiques illégales a-légales, à l’encontre de sa propre population.

Autrement dit, regardez, nous aussi on le fait, on est le pays des Droits de l’Homme, vous voyez bien que c’est « 100% Droits de l’Homme compliant® », un superbe argument commercial tout neuf, en cours de validation par le Parlement… que demande l’exécutif ? Et chaque jour qui passe est un jour qui lave le sombre passé d’Amesys un peu plus blanc que blanc…

Il n’est donc pas surprenant que malgré les éléments que nous avons publié sur Reflets, le ministère de l’intérieur marocain exerce des pressions sur des militants des Droits de l’Homme et des journalistes de son pays, comme il n’est pas plus étonnant que nous voyions dans les commentaires de nos articles des personnes hurler que nos documents sont des faux. Reflets est réputé pour ses talents multimédia, la falsification de documents audios et de documents vidéo.

Plus sérieusement, ces documents qui évoquent 18 châssis de Blade center IBM et une somme de 2 millions de dollars uniquement en disques durs, on peut en penser ce que l’on en veut… D’ailleurs en France, Amesys appelle ça un stylo, le Quai d’Orsay appelle ça du « Matériel grand public« , un matériel grand public dont la seule divulgation conduit déjà à l’auto censure au Maroc.

… Le Maroc, cet ami d’une France irréprochable hein ?

Le gouvfr simplifie et relance l’économie avec des débits de boisson

mardi 2 juin 2015 à 11:26
mandon

Mandon (secrétaire d’Etat en charge de la réforme de l’Etat et de la simplification) : « Simplifier pour redynamiser, c’est simple : il suffira d’ouvrir plein de débits de boissons campagnards pour gros alcoolos »

Au milieu des diverses annonces du projet de simplification, dont certaines sur la baisses des contraintes environnementales devraient faire bondir pas mal de monde, il y a des mesures… surprenantes.

L’une d’elles est placée dans la case « revitalisation des territoires ruraux ou périurbains » et propose pour atteindre ce noble objectif… de réformer la Licence IV des débits de boisson, puisqu’elle est « fortement limitée ».

Le gouvernement prépare en outre une réforme du régime des débits de boisson à consommer sur place, en particulier la célèbre licence IV « dont le nombre est fortement limité », au nom de la « revitalisation des territoires ruraux ou périurbains ».

Revitaliser les territoires ruraux avec plus de lieux à bibine, au lieu de s’intéresser, par exemple aux zones blanches internet des déserts numériques de nos campagnes, c’est très moderne tout ça.

Un choix politique.

Un vrai.

 

Affaire Bluetouff, Loi renseignement, Snowden, Wikileaks : the big picture

vendredi 29 mai 2015 à 14:28

V

Il y a plusieurs manières d’envisager des événements qui n’ont aucuns rapports directs visibles entre eux mais se concentrent sur des sujets similaires, ou tout du moins parallèles. La première est de traiter chacun d’entre eux séparément et de faire les constats qui s’imposent. C’est le cas des révélations de Wikileaks, puis celles d’Edward Snowden, qui sont le plus souvent orientées dans un cadre géopolitique, avec comme leitmotiv la puissance américaine sans limite, et sa capacité à se mettre hors-la-loi, si elle l’estime nécessaire. Aux politiques de s’indigner poliment, aux journalistes de pointer la réalité des écoutes et de la surveillance de l’administration Obama, aux citoyens de conspuer les acteurs ce ces affaires… et les vaches numériques sont bien gardées. Puis vient la Loi renseignement, en France. Et la confirmation en Cassation de la décision de la Cour d’appel à l’encontre de Bluetouff. Si bien entendu toutes ces affaires n’ont pas autant de poids les unes que les autres, elles sont néanmoins des sortes de bornes, d’une époque qui… change. Radicalement.

Le grand verrouillage mondial est en cours

Lors de la diffusion de la vidéo « Collateral Murder » par Wikileaks, en 2010, personne n’aurait pu imaginer que 3 ans plus tard on apprendrait que les communications de la planète étaient intégralement surveillées par la NSA. Puis, que la France ferait voter une loi de surveillance de masse d’Internet. Que les lanceurs d’alerte seraient pourchassés par des Etats dits « de droit », comme de vulgaires criminels, (et certains, comme Manning, enfermé pour 35 ans) alors que ce sont ces mêmes lanceurs d’alerte qui dénoncent des crimes d’Etat.

bradley

Ce principe de « tuer le messager » est désormais la règle. Et l’affaire de Bluetouff et des fichiers de l’ANSES en est une parfaite illustration. Cet article de blog est éclairant, puisqu’il résume de façon claire et simple la dite affaire. Il dénonce aussi les commentaires absurdes et totalement débilitants de pseudo-analystes de la « chose internet » et du « droit qui en découlerait (selon eux) — analystes qui en viennent à raconter n’importe quoi. Comme comparer le réseau avec des maisons, avec plein d’éléments du monde physique, pour essayer — de façon assez minable, il faut bien le dire — de démontrer une atteinte envers l’ANSES et une faute de Bluetouff, qui n’existe que dans leur pitoyable cerveau d’hypster désœuvré.

Un serveur Internet n’est pas une maison avec des portes, on ne copie pas des fichiers comme on photocopierait des documents, on ne « vole » pas des documents dans répertoires publiques sur le réseau, la confidentialité des données ne s’établit pas en déclarant à un juge qu’elles le sont. Et si aujourd’hui on condamne les internautes, journalistes, sur leur volonté et la compréhension supposée de leurs actes de copie de PDF dans des répertoires publics, il est urgent d’appeler des psychiatres à l’aide ou établir qu’une police de la pensée existe et qu’elle est désormais habilitée à poursuivre tout un chacun et à faire condamner.

Que dit l’époque ?

Nous sommes à la croisée des chemins. Le basculement de civilisation est en cours, quoi qu’en pensent ceux qui ne voient dans l’escalade de la surveillance numérique qu’une simple logique politique opportuniste.

La nouvelle civilisation qui se met en marche est celle de l’information globale et du contrôle des données qui en découle. Une société totalitaire, de gouvernance algorithmique — si les Etats, aidés des multinationales passent au stade de l’industrialisation du contrôle des données — se profile, et en réalité, se met en place. L’alliance des députés conservateurs et sociaux-démocrates au sein de la Commission Commerce du Parlement européen, hier, pour avaliser les points les plus liberticides du Traité de libre échange Etats-Unis-Union européenne (TAFTA ou TTIP), en est la parfaite illustration.

(…) Des amendements très contestables ont été votés conjointement par les sociaux démocrates et la droite sur les services, l’énergie ou encore la propriété intellectuelle, entre autres.

La « grande coalition » entre la majorité des sociaux-démocrates et les conservateurs appelle ainsi à la totale libéralisation du commerce des énergies fossiles entre l’UE et les Etats-Unis et privilégie le mode de négociation le plus risqué sur les services.

C’est une déception majeure pour tous les observateurs de la société civile. Ce vote a d’ailleurs été salué comme une avancée par Business Europe, le lobby des plus grandes multinationales européennes (…)

On peut toujours se cacher derrière son petit doigt et argumenter devant son clavier et son écran sur le fait que Bluetouff savait ou pas que les PDF [des PDF qui pouvaient tuer la planète, selon un juge] n’étaient pas « destinés » à être copiés, le fait est que le droit à informer à pris une sacrée claque avec cette décision en appel, confirmée par la Cour de cassation.

Parce qu’au final, les documents de l’ANSES, qui ne contenaient aucune marque de confidentialité, amenaient par contre de nombreuses informations sur la capacité de l’Agence en question à bien connaître la dangerosité de certains produits, à indiquer clairement leur interdiction à l’étranger, et à prôner pourtant… la continuation d’études, de rapports et autres observations « scientifiques » sur ces mêmes produits en France. A les laisser donc circuler dans le commerce. Des produits dangereux et démontrés comme tels… par l’Agence en question.

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Cette information n’a donc aucune valeur pour le public ? Les impôts de chacun d’entre nous financent une agence censée protéger notre santé,  et celle-ci porte plainte parce que des documents démontrant sa mollesse caractérisée sur des sujets de santé publique sont dévoilés ? Tandis qu’elle laisse ces documents à disposition sur le net, dans des répertoires publics, la justice condamne le messager, et il faudrait en plus défendre la « justesse de la décision » de cette dernière ? On croit nager en plein délire. Mais non. Aucun délire. Nous avons simplement basculé dans ce nouveau monde. Celui du contrôle de l’information.

Et maintenant ?

Le métier de journaliste, s’il est effectué avec honnêteté, dans une éthique sincère, n’est pas facile. Celui de spécialiste en sécurité, « hacker public » et lanceur d’alerte, comme c’est le cas de Bluetouff, encore moins. Le but d’une publication comme Reflets est d’informer, réfléchir, alerter, fouiller, triturer tout ce qui traverse la société. Pas de relayer le message des puissants ou de groupe d’intérêts quels qu’ils soient. Il va sans dire que le soutien de certains lecteurs/commentateurs à l’égard de la justice qui n’a de justice dans cette affaire que le nom, est plus qu’agaçant. Inquiétant. Mais sont-ils conscients de la gravité d’une telle décision pour l’avenir ? Oui, l’avenir de nos communications, notre capacité à s’informer, à informer, à dénoncer, alerter ?  Que va-t-elle devenir ? Va-t-elle se retrouver piégée dans l' »Internet civilisé » rêvé par N. Sarkozy et qui se met en place avec F. Hollande ? Un Internet où l’utilisateur est guidé, encadré, et où toute action non conforme au droit national établi à un instant « T » peut être un crime ? Un Internet avant tout marchand, placé sous l’œil vigilant des « radars-caméras administratifs numériques » des services de l’Etat ? Un Internet qu’ils auront défendu, ces vaillants analystes du « droit des serveurs », un Internet où « on ne fouille pas dans les tiroirs des gens quand on rentre dans leur maison » ?

eagle

Si les serveurs internet sont des maisons avec des portes, et les répertoires des serveurs des tiroirs que l’on peut ou non fouiller, même quand ils sont ouverts, alors le grand village Internet est une prison. Et en prison, les gardiens sont les ennemis. Surtout quand les détenus sont majoritairement innocents.

A bon entendeur.

La SNCF torpille un site d’info temps réel [de ses propres trains]

jeudi 28 mai 2015 à 17:42

raildar

Frenchtech es-tu là ? Le ministère de l’économie numérique devrait se pencher sur les pratiques de ses services et autres entreprises dont l’Etat détient des parts. Le cas de Raildar.fr est un cas d’école. Un développeur « s’amuse » à créer un site d’information temps réel des trains de la SNCF. Il le fait en 3 mois. La SNCF s’y essayait depuis… 3 ans. Ca marche bien ce qu’il a fait, Spyou (le développeur, @turblog sur twitter). C’est gratuit. C’est tellement bien, que la SNCF vient de torpiller le projet.

Dans une soudaine envie d’harmonisation, la SNCF a torpillé le site Infolignes. Du coup, Raildar ne pouvait plus récupérer ses infos temps réel. Pour parfaire le tableau, ils ont installé tout un tas d’éléments pour m’empêcher d’appliquer le même principe sur leur nouveau truc. Du coup nous nous fournissions sur le serveur alimentant les applications mobiles de la SNCF, mais nous en avons été virés comme des malpropres.

Du coup ben … tant pis.

Si vous avez envie de vous taper le boulot pour que ça remarche, envoyez un mail à root at spyou.org et on verra ce qu’on peut faire. Quelques éléments sont dispos sur ce pad.

Le PDG de la SNCF avait vu le site raildar.fr, et avait beaucoup aimé :

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Et voilà, chère madame @axellelemaire, une belle décision de type « frenchtech » dont votre gouvernement [et ses sbires] ont le secret.

Question subsidiaire [cc Guillaume Pepy] : la frenchtech, il faut l’utiliser avec ou sans lustrant ?

P.S : Le site raidlar pouvait faire des choses assez classieuses, comme une heatmap temps réel des trains en retard. Tellement pratique pour l’usager, mais tellement transparent…

heatmap-raildar

 

Valls va recruter plein de hackers

jeudi 28 mai 2015 à 15:30
valls

Eh, toi, là, oui, le jeune : écoute la parole officielle, et convertis-toi à la République laïque au lieu de vouloir djihadiser par Internet !

Il n’est jamais à cours d’idées toujours plus proches des régimes autoritaires, et ça ne lui en fait pas frémir l’une plus que l’autre. Manuel Valls a déclaré vouloir créer une fondation de droit privé qui travaillera pour l’Etat, avec comme objectif « faire de la contre-propagande » sur le net. Très moderne. Très PC Chinois.

Cette officine « fera de la recherche sur l’évolution du discours et de la propagande djihadistes et produira des « outils de contre-discours pour alimenter des community-managers associatifs » annonce notre Macho national. Le principe est grosso-modo de contrer les théories du complot qui fleurissent sur le net et appellent les jeunes gens à devenir de sanguinaires djihadistes. Il paraît même que le Manuel veut recruter des hackers. Beaucoup de hackers : brrrrrr.

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<script async src="//platform.twitter.com/widgets.js" charset="utf-8">

Extrait :

« Nous nous adressons au cœur de cible : les jeunes en voie de radicalisation. Nous allons donc mettre en place un bataillon de community managers de l’Etat pour opposer une parole officielle à la parole des djihadistes, et ne pas leur laisser l’espace numérique.  Nous savons qu’il est difficile pour les autorités, pour l’État, pour les adultes, de s’adresser aux jeunes concernés, les djihadistes utilisant la théorie du complot justement pour décrédibiliser la parole officielle. Il faut reconnaître que leurs sites, leur paroles, sont « très bien faites, très efficaces », c’est une véritable propagande utilisant les moyens modernes pour atteindre les esprits, les cœurs et les cerveaux« .

A quand le ministère de la propagande et de la vérité ?