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Un homme comme les autres (6/7)

mardi 9 septembre 2014 à 13:28

magritte-corps

Le pigeon continuait de se laisser caresser et se mit à roucouler de plus belle. Le ciel était d’un bleu indescriptible. Je commençai à me sentir épuisé. Siderm ne parlait plus. Le pigeon se tut. Le soleil nous emplissait d’une chaleur douce et bienfaisante. Martin Siderm tourna enfin la tête vers moi.

— “Vous devez me trouver bien pessimiste et nihiliste, n’est-ce pas ? J’avoue manquer de nuances parfois. J’entends par là que je fais des raccourcis. Les églises ont fait des choses merveilleuses et ont offert aux hommes une ferveur fantastique. Des périodes que je ne connais pas dans le détail ont prouvé que les croyances monothéistes ont su de nombreuses fois se respecter et même pratiquer des échanges. Allez rencontrer des spécialistes en histoire et en théologie, vous serez surpris. Peut-être qu’un journaliste comme vous aimerait écrire un ouvrage de référence à ce sujet ?”

— “Une réconciliation serait la solution, c’est cela que vous voulez dire ? Une réconciliation entre modernité, humanisme, spiritualité, cultes, science et je ne sais quoi encore….”

J’étais empli d’une lassitude sans nom. Mon esprit s’était comme lentement désagrégé sous l’assaut des paroles de Siderm. Des nuages menaçants emplissaient ma vision, l’avenir sentait le soufre, une odeur à la fois violente et écœurante. Je ne pouvais détacher mon regard du pigeon perché sur la main baguée de l’étrange personnage assis à ma gauche. Je transpirai presque.

— “Si vous préférez nous pouvons arrêter l’entretien ici pour aujourd’hui, Mr Siderm…”

— “Oui, merci. Nous reprendrons demain, à la même heure si vous n’y voyez pas d’inconvénient. Prenez le temps de visiter Lyon, c’est une ville chargée d’histoire, une ville fascinante. Si vous le trouvez, passez quelque minutes dans le jardin d’Anselme Victorius. C’est un lieu apaisant, qui purifie l’esprit. Vous en avez besoin…”

Martin Siderm se leva sans précipitation, il était plus grand que je ne l’avais imaginé. Le pigeon s’était perché sur son épaule et m’observait nonchalamment. Il s’envola alors que Siderm pivota et s’éloigna à pas mesurés vers la sortie du jardin.

Lyon, le même jour : 21 h

Anselme Victorius n’était certainement qu’une métaphore inventée par Siderm. Personne ne paraissait avoir entendu parler d’un jardin affublé d’un tel nom, et ma déception se doublait d’une inquiétude grandissante : Martin Siderm n’était-il qu’un affabulateur délirant, une sorte de charlatan éclairé ? Je revivais par un flot d’images continu l’entretien de l’après-midi sans pourtant pouvoir trouver de traces précises d’un délire avéré dans le monologue de mon mystérieux interlocuteur. Le cœur de son discours pouvait être controversé, bien sûr, et peu d’analystes politiques ou de sociologues auraient adhéré à sa théorie de la perte du sacré comme nœud de tous nos maux, il n’en restait pas moins que sa pensée étrange —et pourtant claire, m’avait touché, peut-être même dérangé. Il y avait quelque chose de sombre dans les paroles de cet inconnu, mais aussi quelque chose de très beau, une dimension universelle, un espoir immense…

Je finis mon repas précipitamment, hélai le serveur, payai mon addition et sortis en trombe. J’avais, durant ma réflexion, entrepris d’écrire le nom du jardin et joué avec les lettres du nom composé. Mon esprit encore affecté par les concepts de Siderm avaient inconsciemment extrait un nom à partir des lettres “Anselme Victorius”. Ce nom était celui de la fée la plus célèbre de notre histoire, Melusine et, ce faisant, laissé des lettres formant un autre nom: Victor As (melusine). Je fonçai vers les pentes de la croix-rousse toutes proches, le cœur battant la chamade au souvenir d’une rue empruntée l’après-midi même, rue prénommée Victor Aslov. Le jardin ne pouvait être vu depuis la rue. Un petit portail en fer forgé coincé entre deux pans de mur chargés d’une jungle de lierre en permettait l’accès. La statue de la fée Mélusine, accrochée au portique en pierre de taille semblait scruter le visiteur d’un œil malicieux et surveiller les allées venues sûrement rares de la rue Aslov.

Je poussai le portail entrouvert et pénétrai dans l’enceinte. C’était un jardin abandonné, de petite taille, rempli d’arbustes épineux, de fleurs sauvages et de mauvaises herbes. En son centre, une fontaine de pierre à la margelle circulaire surplombée, une fois encore, par une statue identique à celle du portail d’entrée. La pleine lune irradiait de sa lumière blafarde l’ensemble du jardin et créait des jeux d’ombre étranges. Un nuage égaré venait parfois obstruer l’astre nocturne et les ténèbres s’emparèrent soudainement du lieu, un froid surnaturel avait surgi du néant et chaque plante semblait frémir au changement survenu. Je m’asseyais au bord de la margelle, sortis une cigarette, l’allumai et contemplai la statue de la fée à quelques centimètres au dessus de ma tête.

Je ne savais toujours pas pourquoi Siderm m’avait recommandé de venir méditer en ce lieu. Cet étrange personnage avait eu le don de m’intriguer et je commençai tout juste à mesurer l’impact que ses théories avaient eu sur moi. Un monde en proie à la folie, un monde-illusion fabriqué par l’esprit, où tout était possible, en fin de compte. Le pire comme le meilleur. Je fermai les yeux et tirai une longue bouffée de tabac. La fatigue générée par l’intensité de l’interview de l’après-midi se déversait en moi à grands flots, de la tête aux pieds.

Je ne sus jamais comment je m’assoupis aussi vite, accolé à la fontaine. Je volai. A vive allure je m’élevai dans les cieux, et tournant le regard vers le bas, je vis le jardin et ma silhouette endormie contre la fontaine. En quelques minutes je me retrouvai dans l’espace et durant quelques secondes j’eus l’angoisse de ne pas survivre au vide intersidéral. Pourtant rien de la sorte ne se produisit. La vitesse augmenta, les astres défilèrent devant mes yeux émerveillés, puis de nouveau le vide, les ténèbres cosmiques et enfin une vision merveilleuse et grandiose qui resta gravée dans mon esprit. Une galaxie s’étalait devant moi, parsemée de nuages gazeux multicolores, d’objets étranges dessinés par des voies lactées et des astres inconnus.

J’eus la sensation que ce tableau magnifique représentait quelque chose, qu’il y avait un message dans cette composition astronomique, comme les tableaux de certains peintres surréalistes. Quelque chose bougea. Plusieurs étoiles s’étaient mises en mouvement et se réunissaient. Elles formèrent une sphère, la sphère se modifia en ovale, une chevelure apparut. Un visage humain. Souriant. Le visage se déforma et se transforma en poisson, puis en pieuvre, en oiseau. Des planètes colorées se rapprochèrent et je vis des jardins de la taille de nos continents, des mers couleur émeraude survolées par des nuées de goélands aux plumages immaculés. Je ne sais combien de temps dura ce miracle visuel. Je me réveillai en sursaut et constatai qu’il était plus de minuit. Je sortis du jardin précautionneusement et courus presque jusqu’à ma chambre d’hôtel.

Le lendemain, il faisait toujours aussi beau et après une matinée à flâner dans le vieux Lyon, je me rendis une nouvelle fois jusqu’au musée Saint-Pierre.

Un homme comme les autres (5/7)

lundi 8 septembre 2014 à 10:11

magritte-therapeute

S : — “C’est de la démocratie dont il faut parler. De l’état de la démocratie. Aller aux urnes n’a plus aucun sens, chacun le sait bien, ou tout du moins sent bien que ce ne sont pas les politiciens au pouvoir qui tiennent les rênes de la société. Ces politiciens ne peuvent que modérément freiner, s’ils ne sont pas totalement acquis à la cause scientiste-capitaliste. Mais ils ne peuvent rien empêcher. Ce qui motive les citoyens à aller voter, hormis ceux acquis à cette cause, est assez triste actuellement. Voter contre ceux qui veulent accélérer le processus, pour essayer de freiner, ou bien voter contre, par peur des partis extrémistes, ou bien aller même jusqu’à voter pour des partis extrémistes par envie du retour d’une sorte de fascisme, proche de celui inventé par Mussolini et “amélioré”, si je peux m’exprimer ainsi, par Hitler et Franco. Je crois que nous sommes à l’aube du retour d’un totalitarisme des plus vicieux.

Déguisé, parfois, comme en Amérique grâce à l’utilisation de la religion et des rêves propres à cette nation, bien plus découvert, par contre, en France ou ailleurs en Europe. Je crains que ce ne soit, comme en 1933, une nouvelle fois, le triomphe électoral des chimères humaines. Une autre réalité, là aussi, vous en conviendrez, et des plus cruelles. Les défilés SS, les bannières nazies— le IIIeme Reich dans son ensemble— devait durer 1000 ans. Et les gens y croyaient. Jusqu’à accepter l’inacceptable, fermer les yeux et basculer dans un autre monde, un monde de folie destructrice et de haine. Mais cette fois-ci le piège est plus grand, un enseignement a été tiré de cette période de l’histoire par ceux qui ont la volonté d’amener et diriger un tel monde. Il n’ y a pas eu, et il n’y aura pas de défilés pro-fasciste, ni de déclarations fracassantes. Le processus totalitaire est déjà en cours. Dans l’économie au premier chef, chacun le sait. Mais un système totalitaire ne se crée pas seul, de lui même, et comme dans l’Allemagne d’Hitler, ce sont l’ensemble des individus qui laisse faire, accepte, reste passif — alors qu’il peut être contre un tel système — et qui, au final, permet à ce système de valeurs basé sur la peur, l’angoisse, la division et l’orgueil, national, social ou racial de se mettre en place.

Ce système de valeur ne survient que grâce à une unique chose, et vous avez étudié l’histoire, peut-être la sociologie, vous devez donc le savoir. Cette chose, c’est la peur. La peur du vide, du manque de repères, du manque matériel, mais surtout, du vide existentiel. La peur existentielle dont je parlais au début de cet entretien. Et si nous étions seuls ? Alors il n’y aurait aucune chance de se réaliser autrement qu’ici, dans la matière. C’est effroyable. Mais si on commence à croire cela, qu’on ne vit seulement que par cette vision d’horrible solitude, vision d’une créature qui croit qu’elle est engendrée par le hasard chimique d’un univers vide et sans conscience, que se passe-t-il ? A quoi bon se réfréner, chercher à maîtriser ses démons intérieurs, ouvrir son esprit au delà de la matière, si notre conscience disparaît à notre mort, qu’il n’ y a pas de foyer dans lequel nous pourrions retourner nous réfugier après cette terrible épreuve de l’incarnation…?

I : — “…Oui, mais vous me concédez que malgré les croyances en la Divinité, l’humanité a toujours perpétré des crimes, des sacrifices….il y avait une Allemagne protestante, catholique….et ça n’ a rien empêché”

S : — “Je ne vous parle pas de religions. Ni d’églises, de mosquées, de synagogues, de temples, avec des citoyens s’y rendant par soumission à la tradition. Vous savez bien que cela fait des milliers d’années que la croyance profonde, intérieure, discrète et détachée des contingences matérielles, a pratiquement disparu. Notre moyen-âge le démontre bien. Au moyen-âge, on vénérait plus le Pape que le Christ. On craignait plus le Diable que Dieu. On priait pour son propre salut, pour améliorer sa condition. Et nous n’étions pas encore prêts alors à l’humanisme. Lorsque l’humanisme a émergé—et il était indispensable qu’il émerge—le socle commun du lien à la Création était déjà détourné depuis longtemps. L’évolution sociale, économique, politique, nous obligea alors à “scientifiser” l’espace de pensée, entre autres pour lutter contre la rigidité des églises. Les églises ont refusé de changer intrinsèquement. Elles se sont juste adaptées à cette évolution, jusqu’à devenir des objets creux et figés pour les individus acquis à l’humanisme, vision humaniste que je partage.

Le problème de fond reste cette possibilité propre au 18 ème siècle de l’application concrète de la science. Cette science existait à l’état brut depuis des milliers d’années : les Romains maîtrisaient l’énergie de la vapeur et auraient donc pu construire des trains et des rails, les Chinois la poudre, ils auraient pu faire des canons et des fusils il y a 3000 ans, les Egyptiens les concepts mathématiques appliqués à la physique, les Grecs la géométrie, mais cette science ne pouvait pas être mise en oeuvre. Les raisons de cette impossibilité tenaient à la crainte de défier la création, pour résumer brièvement. Mais aussi de la peur pour les dirigeants de perdre le pouvoir politique puisqu’il était directement lié à la religion…”

I : — “Si je vous suis bien, le socle du lien à la création est détourné depuis l’origine des civilisations mais nous a maintenus dans une réalité commune satisfaisante. Une réalité qui ne pouvait pas nous mener à la folie subjective égotique, selon vos termes, folie qui depuis la destruction de ce socle nous guette du côté occidental ? Les hommes d’un côté sont en train de se prendre pour Dieu, ou bien ont peur d’être seuls dans l’univers, de l’autre ils se raccrochent à des cultes, des dogmes. D’un côté, un système matérialiste totalitaire et scientiste, déconnecté du Divin; de l’autre une théocratie et des fous de Dieu. Dans un cas comme dans l’autre, le résultat est un changement de réalité, une folie individuelle et collective…planétaire”

S: — “Vous avez un esprit de synthèse remarquable Mr Liderman…”

Drôle de monde où le règne du faux s’est généralisé

dimanche 7 septembre 2014 à 23:49

roswell

Si l’on en croit la presse et l’ex-compagne du président, François Hollande n’a aucun respect pour « les pauvres ». Il les appelle les « sans dents« . Tous les journalistes qui l’ont côtoyé savent bien que François Hollande est un adepte de l’humour. Mais là… Tout de même. Ne dépasserait-il pas les bornes? Est-ce vrai ? Ou pas ? Valérie Trierweiler a-t-elle inventé cette tirade pour assurer l’efficacité de sa vengeance ? Qui sait ? Et franchement… Quel intérêt tout cela a-t-il ?

Que la population d’un pays « découvre » que les dirigeants s’intéressent à elle comme à leur première dent de lait refilée à la petite souris, peut-être… Et encore, on est en 2014 et Internet est passé par là. Mais que les journalistes fassent semblant de le découvrir, qu’ils s’offusquent, qu’ils y reviennent encore et encore, pondant des articles au kilomètre. Là, franchement, c’est indécent.

Tout journaliste qui a un peu roulé sa bosse, et notamment dans le domaine politique sait très bien que les élus dans les hautes sphères du pouvoir sont là parce qu’ils satisfont une ambition débordante, un ego surdimensionné, parce que le pouvoir rend fou comme un shoot de crack, parce qu’ils ont des ascenseurs à renvoyer, des amis à aider, on en passe. Mais certainement pas pour aider les « sans dents » à améliorer leur sort.

Paris, comme n’importe quelle capitale est un petit village dans lequel une élite s’accroche au pouvoir. Pouvoir politique, économique, culturel, journalistique…

Et tout ce petit monde se côtoie, échange, se rend des services. Or, de la même manière qu’en bourse, quand quelqu’un gagne, c’est que quelqu’un perd, dans ce petit village, étendons-le à la France puisque c’est ce qui nous occupe, quand l’élite en question gagne, et c’est tous les jours, les autres, les « sans dents », perdent.

En matière politique, tout est désormais inversé. La gauche (le PS) se fait élire sur des idées de gauche (« la finance est mon ennemie« ) mais pratique une politique que l’UMP ne renierait pas. La droite (UMP) a, depuis Nicolas Sarkozy, largement intégré les idées de l’extrême droite. L’extrême droite essaye de faire croire qu »elle défend les « sans dents » et l’extrême gauche n’existe plus dans les urnes. Pour autant, la stratégie d’inversion des valeurs ne porte pas sur l’électorat. Les gens de droite continuent de voter à droite et les gens de gauche, à gauche. Certains, bien sûr, migrent « ailleurs ».

C’est le règne du faux, théorisé et appliqué par George Bush et ses faucons, qui s’est installé partout. Pas seulement en politique. En économie et en finance aussi. Là où on pouvait espérer une mise à plat du secteur après les deux crises massives (subprimes et dette souveraine), on observe un délire exponentiel avec mise en place de toutes les nouvelles crises graves à venir. Les chiffres sont affolants (nous y reviendrons sous peu dans un article). Et que lit-on ? Que « la crise est derrière nous« , que les banques vont maintenant être forcées par la BCE de prêter au secteur privé pour « relancer la croissance« , que « la courbe du chômage va s’inverser« .

Il paraîtrait même que la tour de Pise va bientôt se redresser et que les extra-terrestres sont en route pour la Terre, histoire de nous apporter des iPhones 567.

Et la presse généraliste fait mine d’y croire. Tout au moins relaye-t-elle chaque jour les mêmes inepties. Quelques rares articles mettent en doute ce matraquage marketing visant à calmer les « sans dents« . Mais souvent par pure position idéologique. La presse de droite raille les déclarations des politiques de gauche, et inversement. Sans toutefois aller chercher la vérité toute nue pour l’opposer au discours du règne du faux. Quelques franc-tireurs s’époumonent. Mediapart, le Canard Enchaîné, Reflets dans son domaine. Mais ils sont rares.

Les sans dents mangent des iPhones

Même sans dents, on peut manger de tout. Et ceux qui en ont, des longues et aiguisées, font tout pour que nous mangions de tout, surtout de l’inutile. Il faut bien que nous les aidions à faire pousser leurs dent, à eux, en remplissant leurs portefeuilles au delà de ce qu’ils pourront jamais dépenser…

A peine sur le marché, un smartphone, un ordinateur, un lave-vaisselle, sont immédiatement « dépassés ». Le nouveau modèle est « tellement mieux », il véhicule une « promesse » tellement plus géniale. Quant à « l’expérience utilisateur », elle est indescriptible, tellement elle est fantastique.

Le discours, aussi stupide soit-il, porte. Nous achetons, remplaçons ce qui ne devrait pas l’être. Nous acceptons qu »un réfrigérateur ait une durée de vie de 5 ou 10 ans quand il durait toute une vie il y  à peine 50 ans.

Nous dépensons ce que nous n’avons pas. Et nous acceptons un sort qui aurait jeté dans les rue les mêmes parisiens il y a 143 ans à peine, pour une petite révolution dont ils avaient le secret. Avec de vrais idéaux et de vraies motivations.

Prenez ces chiffres publiés par Mediapart il y a peu. Les avez-vous vus au 20h de TF1 ? Probablement pas. On comprend aisément pourquoi.

En France, quelque 10 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté contre 7 millions en 2004. Dans le même temps, la hausse annuelle des revenus des 0,01% des Français les plus riches a atteint 43 % à un minimum de 840.000 euros. « Les 10 % des Français les plus pauvres n’ont eux connu qu’une augmentation de revenu à la marge. En 2005, ils gagnaient au maximum 13 020 euros par an, en 2011, ils gagnent au maximum 13 070 euros, soit une hausse de 50 euros sur l’année », soulignait Mediapart dans un récent article. Le nombre de foyers bénéficiaires du RSA a quant a lui progressé de 7,9% en deux ans à 2,310 millions en mars 2014.

Elle n’est pas belle la vie des sans dents ? En même temps, vous dirait le François Hollande de Valérie Trierweiler, s’ils sont tellement bêtes pour se laisser arracher les dents sans rien dire, pourquoi ne pas continuer à les leur arracher ?

Où va-t-on ?

Ce qui est paradoxal dans cette histoire, c’est que nous fonçons tête baissé dans un mur.

Les politiques, à force de mentir comme des arracheurs de dents, sont en train de pousser la population dans les bras de l’extrême droite. Ils scient la branche sur laquelle ils sont assis.

S’ils concédaient un tout petit rien, des miettes (à leurs yeux), aux sans dents, ces derniers s’en satisferaient peut-être. Ils porteraient ces miettes à leur crédit. Et l’alternance stérile perdurerait. Les deux gros partis politiques continueraient de pouvoir régler leurs petites affaires, de renvoyer les ascenseurs. Tout baignerait dans l’huile de noix de coco pour eux.

Est-ce parce que nous sommes bombardés d’informations comme jamais auparavant ? En tout cas, les « magouilles » se voient de plus en plus. Alors que le Service d’Action Civique (SAC), les horreurs d’un Jacques Foccart en Afrique pouvaient passer inaperçues de la majorité, ce n’est plus tout à fait le cas.

Oh, bien sûr, la presse généraliste continue d’abreuver ses lecteurs d’écrans de fumée, mais Les franc-tireurs luttent et Internet les relaye.

Il reste bien entendu le JDD pour publier un sondage d’un utilité évidente :

sondageSi les Français ne veulent pas de François Hollande pour un deuxième mandat (qui en voudrait ?) ils le diront dans les urnes. A quoi sert un tel sondage ?

Les sans dents, de leur côté, vont probablement voter massivement en 2017 pour les seuls qui n’ont jamais été aux affaires. Dégoûtés par le flot d’informations qui leur parvient. L’affaire Thomas Thévenoud n’est que le dernier épisode d’un liste sans fin. Et en votant Front National, les sans dents vont déclencher eux-même la guillotine qui finira de leur trancher le cou. Ce règne du faux généralisé est à pleurer.

Un homme comme les autres (4/7)

dimanche 7 septembre 2014 à 15:23

magritte-homme-dos

I: — “Vous préconisez une thérapie planétaire ? C’est une proposition assez…difficile à mettre en oeuvre, non ?”

S: — “Je ne préconise rien, vous vous en doutez bien. Mais votre question n’est pas si inintéressante : les rituels animistes, les traditions amérindiennes, le shamanisme avaient la vertu d’offrir l’équivalent d’une thérapie aux individus. Une autre réalité leur était présentée et le rapport qu’ils entretenaient à eux mêmes en était modifié. La réalité a été modifiée depuis ce fameux 11 septembre. L’impact qu’a eu cette confrontation à un autre réel improbable continue de modifier notre monde. Imaginez par exemple qu’avec un nouveau télescope très puissant, on observe demain une planète semblable à la terre avec d’autres êtres humains vivant dessus. Ou bien qu’un vent solaire magnétique efface les données de tous les ordinateurs de la planète, ou que les constellations se modifient toutes ensembles et inscrivent un message “divin” en 0 et 1 dans le ciel. Que se passerait-il dans l’esprit des gens ? Tout changerait certainement en nous et autour de nous.

J’invente là n’importe quel exemple, vous vous en doutez bien, mais les événements les plus improbables et positifs peuvent se produire si nous ne nous désolidarisons pas les uns des autres et retrouvons cette attitude ancienne vis à vis du monde qui nous entoure, un respect face au mystère de son origine et de sa réalité. Je ne parle pas uniquement de la nature, j’entends une attitude face à la matière de façon générale, face au temps et à l’espace — comme les Celtes, les Perses, les Sumériens où de nombreuses autres civilisations — un rapport à la magie inhérente du monde, de la possibilité et de l’improbable, de la survenue du mystère, de l’impossible. D’ailleurs, le paradoxe est que “l’Empire Occidental”—je ne fais pas de différence majeure entre l’Europe et les Etats-unis — est un empire chrétien et le revendique jusque dans ses actions politiques et militaire. Et le messie chrétien accomplissait des miracles qu’aucun des scientifiques de cet empire ne peut expliquer. J’ai entendu récemment à la radio un scientifique témoigner d’une expérience très intéressante, vous vous renseignerez et vérifierez sa véracité, c’est votre métier. Une université américaine fait tourner des codes binaires de façon aléatoire afin d’observer les fluctuations plus ou moins importantes qu’un ordinateur peut avoir sur le long terme, en lien avec les émotions humaines. Un algorithme aléatoire généré par une machine. Ceci est étudié et mis en œuvre depuis 1998, je crois. Les séquences sont toujours d’une “aléatoire perfection”. Mais très peu de temps avant que les avions ne percutent les tours du World Trade Center et que le monde entier n’apprenne l’affreuse nouvelle, les séquences ont dérapé et n’ont plus respecté l’aléatoire perfection qu’elles maintenaient depuis trois ans. Le lendemain les codes redevenaient parfaitement aléatoires et le sont encore. Je ne veux pas faire du sensationnel, mais cette observation scientifique, puisque nous y sommes désormais soumis, amène une excellente réflexion sur le monde, l’esprit, la science et le rapport au mystère dont je viens de parler.”

Je restai quelques instants sans prononcer un mot. Les digressions dans lesquels m’emmenait Siderm m’empêchaient de passer à une autre question savamment et bêtement préparée à l’avance pour mon dernier papier — qui je le sentais, n’en serait plus un. Martin Siderm, ou du moins celui qui se faisait appeler ainsi, fixait un pigeon avec attention et n’avait plus l’air de prêter attention à ma personne. Le pigeon s’approcha, vint se poser sur sa cuisse droite, et Siderm, aussitôt, lui caressa la tête. L’animal roucoula. J’avalai ma salive et improvisai une nouvelle question.

— “Vous dites que nous tous, nous influençons le monde par la pensée et que nous allons au désastre en perdant contact avec la croyance ? La matière ne serait qu’une illusion, et la folie nous guetterait par le fait que nous fabriquerions une nouvelle réalité subjective égocentrique et déconnectée du divin, c’est ça en quelque sorte?”

—“C’est un très bon résumé, Mr Liderman.”

Malgré la forme d’ironie voilée que je percevais dans ses paroles je ne me laissai pas démonter et continuai.

I: — “Puis-je vous demander, malgré la position de pensée particulière que vous adoptez, quelle est votre vision de la politique française, ou américaine ? Votre position par rapport aux élections, la citoyenneté, ce genre de choses…?”

Un homme comme les autres (3/7)

dimanche 7 septembre 2014 à 10:33

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S: — “ C’est ce que combattent les musulmans. Une peur qui, je crois, est justifiée de leur point de vue. Une peur de voir leur réalité fondre, de voir la “folie matérialiste occidentale” s’emparer des membres de leur civilisation, et dans le même temps le désir de maintenir un pouvoir par la religion. Pouvoir de l’homme sur la femme en premier lieu, puis pouvoir de chaque croyant qui pense profiter un peu de la puissance de la divinité. Un croyant à l’ego démesuré, bien sûr, puisque invoquant la puissance du Dieu pour lui-même la plupart du temps, puissance qui permet de combattre ceux qui voudraient se libérer des chaînes forgées par la culture humaine, culture inégalitaire qui sert et profite au croyant, le fidèle.”

I: — “ La crise est donc plus large que celle de deux civilisations aux croyances divergentes ?”

S: — “Bien sûr. C’est une crise totale, à l’échelle de l’humanité toute entière. Nous sommes arrivés à une étape fondamentale de la connaissance par le biais de la science et des techniques. Une puissance individuelle et globale de destruction, de création inimaginable, qui arrive d’ailleurs peut être à son terme puisque chacun sur terre redoute que la Créature détruise la Création, ce qui est possible. Une puissance qui prouve —ou du moins tente de prouver —qu’elle a la capacité à comprendre la Création, ou tout du moins la capacité à la mimétiser, et que l’homme, la Créature, puisse créer lui même la vie à l’instar de la Divinité. D’où cette nouvelle réalité qui ne peut que nous mener à une folie à la fois collective et individuelle. Une folie d’ailleurs aux pôles opposés si je fais une anticipation de l’après-11 septembre : une partie occidentale dans une “folie de réalité égotique subjective”, enlisée dans une non-culture technocratique totalitaire ; et de l’autre, une partie orientale, musulmane et sûrement juive-israélienne, emportée dans la folie de Dieu, folie religieuse, égotique et totalitaire, elle aussi.”

I: — “Des mouvements de contestations sont nés depuis quelques années pour dénoncer la dérive du tout libéral, d’une pression des puissances financières sur les populations, d’une mise en coupe de la richesse collective par un petit nombre sur le plus grand nombre. Qu’en pensez-vous?”

S: — “C’est encore une fois, à mon sens, un leurre. Cette pression, mise en coupe réglée, mafia financière, ce désarroi des démocraties sont réels, mais pourquoi ces phénomènes sont-ils là ? Dans quelle mesure le “monde meilleur possible” que José Bové appelle de ses voeux est-il vraiment différent de celui-ci ? En ce que la richesse sera un peu mieux répartie ? Que les pauvres seront moins pauvres et les riches moins riches ? Les bases de notre fonctionnement collectif resteront les mêmes, et l’individu n’y trouvera qu’une moindre insatisfaction. En tout cas, pas la plénitude, l’équilibre auquel nous avions aspiré il y a des milliers d’années.

L’utopie n’est pas un arrangement avec les puissants ou alors c’est un aveu d’impuissance, un compromis, pas une utopie. Nous fabriquons notre réalité tous ensemble, et c’est par chaque acte journalier, chaque pensée que nous redéfinissons ce réel : les alter-mondialistes sont avant tout des matérialistes, exactement comme les ultra-capitalistes qu’ils entendent combattre. Leur croyance est avant tout matérielle, donc sociale, politique, scientifique, économique. Ces concepts ne font que se percuter dans le même élan, élan qui détruit le lien essentiel de l’homme à son existence, et ce lien essentiel, je le répète, c’est le lien à la Divinité. Ce lien implique un grand nombre de contraintes, entre autres, pour qu’il soit juste, un travail important sur l’ego de chaque individu. Une acceptation “autre” de nous mêmes. Un rapport à sa propre souffrance différent, une arrogance, un orgueil intérieur bien moins grands. Une acceptation de notre statut de Créature. Pas comme marionnette, mais bien comme Créature engendrée et reliée, libre, avec une conscience individuelle et des obligations —obligations donc devoir à se rapprocher de ce qui nous a engendrés —tout en acceptant de sonder les méandres de notre esprit à la recherche d’une forme d’équilibre humble et parfois naïf. La psychanalyse est certainement l’une des plus grandes découvertes qui soit et qui pourrait nous permettre de changer cette réalité. Pour retrouver une cohésion collective. Un équilibre respectueux. Un religieux dirait : “faire tomber l’esprit saint sur terre”.