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Bienvenue dans leur Far West

mercredi 11 juin 2014 à 17:42

Internet n’est plus « votre »terrain de jeu, c’est le leur…

Souvenez-vous… Ou pas d’ailleurs… Au commencement était un réseau mondial qui luttait pour s’imposer, seul, avec quelques barbus aux commandes, principalement dans des universités. En face, des poids-lourds de l’industrie qui espéraient enfermer leurs abonnés dans un vaste centre commercial virtuel : Microsoft, AOL, etc. Les technologies associées à Internet étaient « nouvelles ». Tellement nouvelles, que peu de monde savait les utiliser. Les hackers n’étaient pas légion.

Avant le Web, il y avait Veronica.

VeronicaMars

Veronica permettait de trouver « des choses » sur des serveurs Gopher.

gopher

A cette époque, en France, il ne devait pas y avoir un grand nombre de policiers dans la cour où l’on jouait. Puis est arrivé le Web. Dans un premier temps, les entreprises françaises se refusaient à y publier quoi que ce soit. L’argument principal étant d’ailleurs que « sur Internet il n’y a que des pédophiles et des pirates ». Mieux, en marge d’une conférence de presse, Jean-Jacques Damlamian, ponte de France Telecom, m’expliquait benoîtement que FT ferait tout pour ralentir la progression du Net en France puisque l’on avait le Minitel. Un visionnaire.

Mais très vite, les directions générales de ces mêmes entreprises intimaient l’ordre à leurs services informatiques d’être présents sur le Web aussi vite que possible. Les technologies étant « nouvelles », les budgets étant -déjà- réduits, le résultat fut un festival de conneries.

Ce qui donna naissance à la rubrique des « admins fous, fous, fous » sur Kitetoa.com et me permit de rigoler plusieurs années durant, tout seul devant mon écran.

Les serveurs étaient des passoires qui laissaient fuiter des tonnes et des tonnes de données personnelles, de fichiers confidentiels… La situation s’est un peu améliorée avec le temps mais il est aisé d’imaginer que si je pouvais, moi un non technicien, trouver tout cela, les vrais techniciens pouvaient aller au plus profond du Net, s’introduire un peu partout voir la cyber ville comme une ville en verre tout à fait translucide.

Pirater un serveur était un jeu d’enfant. Il suffisait parfois d’utiliser une machine à l’étranger comme rebond pour échapper aux poursuites. La police avait du mal à obtenir des informations via des commissions rogatoires internationales, le temps de la justice étant souvent bien plus lent que celui de la rotation des logs. En d’autres termes, si une commission rogatoire était lancée (peu probable), les logs avaient déjà disparu lorsque la réponse revenait.

Quant aux policiers spécialisés, ils avaient encore du chemin à faire. Je me souviens de l’un d’entre eux qui ne savait pas à quoi ressemblaient des logs Apache. Quant à celle qui m’avait entendu dans le cadre de l’affaire Tati

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A cette époque, je traînais mes cyber baskets avec des gens très sympas (ADM, Rhino9, Fyodor, RFP, etc.) qui naviguaient sur le cyber océan sans que rien ne vienne s’interposer. D’autres aux Etats-Unis teintaient parfois leurs chapeaux blancs de gris, sans conséquences (w00w00, L0pht, cDc). En France, Laurent Chemla, contributeur vénéré de Reflets volait de l’électricité.

C’était vraiment une autre époque.

Aujourd’hui, quelques années plus tard, les policiers spécialisés sont devenus bien meilleurs que moi et ont parfois un niveau en informatique (ça se dit ça ?) qui égale celui de hackers chevronnés. Mieux, ils ont à leur disposition une litanie de textes tous plus répressifs et intrusifs dans votre vie privée les uns que les autres. C’est sans doute très utile pour lutter contre la pédophilie ou le terrorisme, mais c’est aussi les fondations d’un Etat policier extrêmement intrusif qui se fixe des règles très particulières. Vous n’avez pas le droit de pirater un ordinateur qui ne vous appartient pas. Les policiers ont le droit de pirater votre ordinateur. Logique, non ?

Tout a commencé en 1978 avec la loi relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés.

Et puis cela a dégénéré:

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Les lecteurs assidus de Reflets le savent bien, il ne s’agit là que de la partie émergée de l’iceberg.

En dehors des lois, il y a les écoutes sauvages. Et sur le Net, elles sont passées de l’artisanat à base de pinces crocodile, à une industrialisation totale. Amesys et Qosmos sont là pour le démontrer, tout comme Edward Snowden.

Essayez d’imaginer… La NSA collecte quelque 11,5 petabytes par an.

Il faut bien l’admettre… Aujourd’hui, nous ne sommes plus dans notre Far West, nous sommes dans le leur et ils y font exactement ce qui leur plaît, en suivant leurs lois pour certains.

En ne les suivant pas pour d’autres, et ce, avec la bénédiction et le soutien des gouvernements successifs, de droite comme de gauche. Et je ne parle même pas de la NSA…

Quelque chose a changé dans mon Internet. Je sens comme une perturbation…

 

 

Note :  cet article est issu d’une prez pour Pas Sage en Seine 2014, mais n’ayant droit qu’à un seul talk, je publie cela ici.

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Attention la Banque Centrale Européenne va nous relancer l’économie en deux coups de cuillère à pot

mardi 10 juin 2014 à 23:04

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Ce n’est pas aussi vendeur que Roland-Garros ou la coupe du monde de fouteballe, mais il s’est passé un truc intéressant ces derniers jours. La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé quelques petites choses pour nous relancer une économie atone et éviter une trop faible inflation. Super Mario Draghi, le président de la BCE a par exemple annoncé une nouvelle baisse des taux :

In pursuing our price stability mandate, today we decided on a combination of measures to provide additional monetary policy accommodation and to support lending to the real economy. This package includes further reductions in the key ECB interest rates, targeted longer-term refinancing operations, preparatory work related to outright purchases of asset-backed securities and a prolongation of fixed rate, full allotment tender procedures. In addition, we have decided to suspend the weekly fine-tuning operation sterilising the liquidity injected under the Securities Markets Programme.

Sur le papier, et c’est ce que vous avez pu lire ici ou là, c’est très intéressant. Les taux n’ont jamais été aussi bas, donc l’argent va couler à flots, notamment vers « l’économie réelle », les entreprises. Bref, de la relance à tout va. Et si relance il y a, le chômage devrait baisser. De plus, pas fou, Mario Draghi a pris ses précautions. Pas question de laisser les institutions financières profiter à nouveau de cette manne d’argent quasi gratuit. Cela aussi, vous l’avez sans doute lu, les banques devront prêter à l’économie réelle au moins 30% de ce qu’elles emprunteront à taux bas auprès de la banque centrale.

Sur le papier, tout est parfait. Dans la réalité, en revanche…

Première annonce, le taux directeur passe à 0,15% :

First, we decided to lower the interest rate on the main refinancing operations of the Eurosystem by 10 basis points to 0.15%

Quant aux fonds que les banques voudraient laisser en dépôt auprès de la BCE, on passe à des taux négatifs :

The rate on the deposit facility was lowered by 10 basis points to -0.10%.

Une bonne idée, sur le papier, pour éviter que les banques ne laissent dormir leurs liquidités et se sentent obligées de le prêter pour obtenir, cette fois, des taux positifs.

Pour cela, il faudrait que la demande de crédit soit forte dans l’UE. Ce qui n’est pas certain. Les entreprises ayant tendance à puiser dans leurs réserves par prudence eu égard au contexte économique et à leurs perspectives de chiffre d’affaires (en chute libre).

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Il faudrait aussi que les entités économiques voulant emprunter soient solides, dans l’esprit des banques. Plus solides que la BCE ou d’autres produits financiers. Or, comme nous l’avons écrit, les taux négatifs et leur attrait, parfois, de la part des institutions financières en disent long sur l’état d’esprit des acteurs de la finance vis-à-vis du reste de l’économie.

L’expérience menée au Danemark des taux négatifs est peu concluante. Dans la réalité, les institutions financières peuvent penser que leurs fonds sont plus en « sécurité » à la BCE qu’ailleurs. En outre, les revenus générés par des placements ailleurs (dette souveraine par exemple, mais pas seulement) peuvent « compenser » les taux négatifs sans pour autant que l’argent soit investi dans « l’économie réelle ».

Siouuuuplaît, pour rester propre…

Les institutions financières sont d’une inventivité sans égal pour créer des bulles (sinon, comment faire de gros bénéfices ?) et venir pleurer misère quand la bulle éclate.

Seul secteur économique qui échappe aux règles du capitalisme, le secteur financier gagne quand il gagne et … gagne quand il perd. Il lui suffit pour cela d’invoquer son mantra magique :

« Risque systémique« .

En d’autres termes, après avoir fait plonger dans une crise noire toute la planète et surtout « l’économie réelle », avec son cortège de chômeurs et d’expulsés, la finance se tourne vers les politiques et évoque le risque d’écoulement complet du secteur. Donnez-nous de l’argent où nous entraînons tout le monde dans notre chute. Et ça marche…

Après 2008 et les subprimes, après la crise de la dette souveraine,  le secteur de la finance a obtenu de l’argent quasi gratuit de la part des banques centrales, qu’il a réinvesti dans le High Frequency trading et dans la dette souveraine, générant de confortables bénéfices.

Parmi le lot de décisions de la BCE, il y a la même blague…

Un nouveau LTRO (Long term refinancing operations) permettra aux banques de s’abreuver à la fontaine désormais habituelle (initiée par la Réserve fédérale) de l’argent facile. Avec les risques évidents, déjà connus de crise à venir, de marchés actions à des niveaux improbables…

Dans les jours qui ont suivi, les décisions de la BCE ont fait un flop en termes d’objectifs. Toutefois, on note deux événements comiques. Le rendement de la dette souveraine de l’Irlande et de l’Espagne est passé sous celui des Etats-Unis. Sur le papier, on pourrait en conclure que les économies de ces deux pays sont tout à coup en meilleur état (ce papier serait moins anxiogène) que celle des Etats-Unis. Dans la réalité, en revanche…

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Pascal Rogard, Hadopi, Wikipedia et les « RG »

mardi 10 juin 2014 à 15:48

Pascal Rogard, président de la SACD, est un homme bien informé. Lobbyiste invétéré et décomplexé, il est aussi connu comme un trolleur de premier plan sur Twitter… un bon client. L’art est difficile, car un bon mot en 140 caractères, c’est toujours un véritable exercice de style, on ne peut pas trop en dire, mais il faut en dire suffisamment pour susciter un quelconque intérêt.

Aujourd’hui, Pascal Rogard lance un scoop sur Twitter, sous forme de bouteille à la mer. Il met en copie son bon ami Pierre Lescure, l’homme de la TV, tout désigné par le gouvernement pour lire et peser lourdement l’avenir Internet (cherchez l’erreur).

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Très bien informé, Pascal Rogard annonce donc la fin de la loi Création et Internet, c’est à dire d’HADOPI et de la riposte graduée, et surtout ce que celà implique, à savoir le traitement massif de données à caractère personnel, orchestré par une entreprise privée inconnue jusque là du monde de la sécurité informatique, que son institution a d’ailleurs conjointement missionné, sans se tenir à ses engagements, à savoir pratiquer des audits réguliers pour s’assurer que ce traitement soit fait dans les règles de l’art… ce qui, nous l’avons démontré, était loin d’être le cas. Et ça aurait pu vraiment mal tourner.

Mais le plus amusant, c’est que selon les informations de Pascal Rogard, « Wikipedia et ses amis » auraient des fiches « RG » bien fournies.

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Ce tweet de Pascal Rogard est troublant, amusant… mais troublant. Comment Pascal Rogard aurait-il pu avoir accès à des « fiches RG » concernant les contributeurs bénévoles de Wikipedia ? Qui donc aurait pu lui glisser cette information ? Info ou intox ? Mais pourquoi se poser cette question ?

Il vous manque probablement quelques élélements pour avoir une lecture correcte de cet échange de bons mots. Nous allons vous en donner les clés dont certaines se trouvent aisément dans cet article de 01Net :

  1. L’HADOPI doit selon ses statuts renouveler 3 membres de son collège depuis décembre 2013. Ce renouvellement ne peut intervenir que sur décret du premier ministre.
  2. Une information, véridique ou non, commence à s’ébruiter : Rémi Mathis, Président de Wikimedia France, militant pour « diffusion libre de la connaissance », pourrait rejoindre le collège de l’HADOPI.
  3. Tout ceci intervient au moment où l’HADOPI dit étudier les modalités de légalisation des échanges non marchands sur Internet.
  4. Pascal Rogard, a de longue date, une aversion pour certaines informations diffusées sur Wikipedia. Et après moulte vaines tentatives pour faire modifier certaines de ces informations, voilà qu’il apprend que le président de Wikimedia France risque d’intégrer le collège HADOPI. Cet aversion pour Wikipedia, transpire dans son tweet voulant faire passer les contributeurs de Wikipedia pour de dangereux terroristes.
  5. Etrangement, le gouvernement fait la sourde oreille et laisse planner depuis décembre 2013 l’HADOPI dans un flou juridique inquiétant, puisqu’elle ne peut plus prendre aucune décision engageant des montants de plus de 100 000 euros. L’HADOPI se trouve tout simplement castrée.

D’un tweet à l’autre, on commence à se demander si ce n’est pas cette nomination possible de Rémi Mathis au collège de l’HADOPI qui aurait pu motiver Pascal Rogard à aller exercer ses talents de lobbyiste au ministère de la culture, pour que ce dernier traine des pieds, jouant la montre au profit du CSA, un allié de circonstance plus fiable pour Pascal Rogard qu’un nouveau collège de l’HADOPI qui pourrait intégrer un militant de « diffusion libre de la connaissance » à l’expertise reconnue.

Nous allons donc ouvertement poser la question :

Pascal Rogard, son influence et son aversion pour Wikipedia seraient-il à l’origine, ou une partie des éléments, qui expliqueraient les réticences à peine voilées du Premier Ministre à redonner à l’HADOPI les moyens d’action que lui ont donné la loi Création et Internet ?

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La politique, c’est plus dans les urnes, c’est les mains dans le cambouis #FabLabs

dimanche 8 juin 2014 à 17:01

Les questionnements sur l’état de la politique et de la société française sont nombreux. Les dernières élections interpellent beaucoup de monde, mais les réponses apportées sont les mêmes qu’il y a 20 ou 30 ans : manifestations, appel à lutter contre l’abstentionnisme, ostracisme à l’égard du Front national (Le FN, c’est le mal !). Etonnant, quand on sait que ce parti  politique ne cesse de jouer les victimes du système et use et abuse de ce concept pour gagner des voix électorales. Alors que le monde est en cours de mutation et que des individus travaillent à créer la nouvelle donne globale qui s’annonce, la sphère médiatico-politico-militante ressasse toujours les mêmes concepts. Sans résultats. Pendant ce temps là, les mains dans le cambouis, des milliers de personnes discrètes font de la politique concrète et sincère : celle qui change le faire-en-société, pas celle qui dicte comment nous devrions faire société. Petit tour de la « fabrique de politique réelle » en cours, celle des des faiseurs.

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Dogmatisme, militantisme sont voués à l’échec

Il n’y a rien de plus simple pour qui veut se donner bonne conscience que de militer avec le dogme politique de son choix. Il suffit de prendre une carte de parti, ou distribuer des tracts, ouvrir un blog politique, faire du lobbying via les réseaux sociaux, publier dans des journaux militants. Le tout est de se conformer au dogme du « bien » (forcément, chacun choisit le bien), dogme établi par le camp dans lequel on veut « s’engager » : nationaliste, internationaliste, anarchiste, républicain, libéral, socialiste, communiste, conservateur, centriste à poils mous ou durs, bref, les options ne manquent pas. En agissant ainsi, les individus perpétuent une vieille tradition politique qui veut que l’engagement est un « acte fort », qui peut changer la société. Rien n’est plus faux, et les 40 dernières années le prouvent de façon magistrale.

La question du changement est au centre de ces comportements : pour les engagés en politique, il faut changer la société, et la seule et unique manière d’y parvenir est de pousser des puissants qui s’accordent avec leurs idées, vers les rênes du pouvoir, pour qu’ils produisent ce fameux changement. Grâce aux urnes, le plus souvent. Ou une « révolution ». Il va sans dire que le changement attendu ne survient jamais : l’oligarchie en place explique très rapidement aux « puissants » qu’ils n’ont de puissants, que le nom et pourquoi pas, le costard, mais pas plus.  Les révolutionnaires peuvent aller se rhabiller : leur révolution reste le plus souvent dans le salon. Ou est récupérée très rapidement par les spécialistes en politique.

JF-Copé

Le militantisme politique, un phénomène très inquiétant pour la santé mentale du pays

L’histoire politique moderne est là pour nous démontrer ces phénomènes, il n’est pas nécessaire de s’étendre sur le sujet. Reste que des changements majeurs surviennent quand même, et qu’ils ne sont la plupart du temps pas le fait de décideurs politiques. Et nous sommes dans une époque où les possibilités de changements offertes au plus grand nombre via les outils numériques sont immenses. Il y a certainement là quelque chose d’intéressant à observer.

Les faiseurs se liguent autour de concepts simples

Ce qui a le plus changé le monde depuis 40 ans est l’invention du micro-ordinateur personnel. ce qui a le plus fait évoluer les mentalités et l’économie depuis 30 ans est l’invention du logiciel libre. Ce qui a le plus modifié les rapports humains est Internet. Le micro-ordinateur n’est pas né d’une décision politique. Comme le logiciel libre. Internet a échappé et échappe encore aux politiques. Personne n’a décidé en haut lieu que ces outils devaient être donnés à l’humanité, les individus les ont créés, améliorés, modifiés, conçus,  s’en sont emparés avec une très grande liberté. Aucun dogme politique particulier n’existe dans ces trois « objets » qui ont radicalement changé l’humanité. Internet n’est ni de droite ni de gauche. Le logiciel libre, malgré ce que de nombreux militants aimeraient imposer, n’est pas de gauche, bien que la droite ait un peu de mal avec lui. Quant au micro-ordinateur, il faudrait être borné pour en faire un objet politique. Même si certains le feront, ce qui est très dommage vis-à-vis de la réalité passionnante que cet article va tenter de restituer.

Tu rêves d'avoir le même sabre-laser que Yoda ? Fabrique-le !

Tu rêves d’avoir le même sabre-laser que Yoda ? Fabrique-le !

Les « faiseurs » actuels se regroupent dans des lieux physiques autour de concepts simples et efficaces : celui du « libre » et des lieux où il peut se développer : les FabLabs et les hackerspaces. Ceux qui pensent que ces endroits ne regroupent que des geeks/hackers passionnés d’informatique, d’électronique et de GNU/Linux se trompent lourdement. La tendance est plutôt celle de « tiers-lieux » ouverts au plus grand nombre, centrés sur la réalisation de projets collectifs. L’exemple des FabLabs est frappant : le numérique y est central, mais pas à tous les niveaux, pas tout le temps. Aucune distinction d’âge, de sexe, ou d’origine n’y est faite : le but de ces lieux est de faire, et le plus souvent, ensemble. Innover. Apprendre. Echanger. Partager.

L’innovation n’est pas que technique

Mutualiser des énergies est le cœur des lieux d’échanges et de fabrication numérique. Celle des hackeristes-libristes, des geeks net-neutraux, des  techno-pédagoques, échangeurs de savoirs, partageurs de connaissances, faiseurs de projets et autres serial-fabricateurs. Toute cette foule sincèrement passionnée cherche à innover— pour le plaisir de le faire. Ou par nécessité, quand quelque chose peut manquer. Le principe du besoin revient souvent dans ce monde là. Nécessité fait loi. Si quelque chose manque, et qu’on aimerait qu’elle existe, on ne va pas pleurer auprès des autorités publiques ou des entreprises pour l’avoir. On la crée. Et ça marche. En général.

Ainsi du laboratoire de fabrication numérique peut émerger un projet de « social-lab ». Un « agri-lab ». Un « rural lab« . Des potagers open-source en partage. Il y a même des bibliothèques FabLabs. Une maison libre. Des usines miniatures, pour se ré-accaparer les outils de production, des espaces de travail collaboratifs, des événements participatifs : le champ d’activité est illimité. Ces initiatives ont de multiples intérêts politiques : elles ne clivent pas, elles sont agissantes au lieu d’être seulement déclaratives, elles ne sont pas dogmatiques et offrent ainsi la possibilité à tout un chacun de participer.

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Potager P2P et open source en accès gratuit

Les électeurs du Front national, s’ils viennent dans un FabLab, deviendront vite autre chose que « Front national », ou s’en iront. Un électeur du Front national n’est rien d’autre qu’un individu qui pendant 1 minute s’enferme dans une boite en bois et glisse un bulletin de papier dans une urne. Et même si on estime que dans sa vie, le racisme et autres concepts rances, développés par son parti, sont nuisibles, il est possible qu’en faisant société avec lui, il n’ait plus envie de continuer à militer au FN. Allons savoir ? Les idées s’envolent vite, les actes et les créations restent. Innover est avant tout inventer, remodeler, chercher de nouvelles façons de faire. Et faire société est incontournable : nous sommes des bêtes sociales.

Dans le cadre des FabLabs/Hackerspaces, la seule contrainte est celle de respecter la neutralité du net, le droit à la vie privée, éviter la marchandisation, utiliser au maximum du libre, améliorer les liens humains, faire du sens, prendre du plaisir, se la jouer collectif au maximum et apprendre. Un programme politique très alléchant. Qui est en cours de se réaliser.

Si tu n’as pas de lieu comme ça près de chez toi, lecteur de Reflets, et que ça te parle, il ne te reste plus qu’à chercher des gens intéressé par le concept et le créer. Ainsi, tu feras de la politique. Avec de la sueur, des engrenages, des têtes d’impression, des copeaux de bois, des machines à coudre, perceuses, cutters et autres découpeuses laser. Une politique du « changement c’est maintenant » pour de vrai . Pas dans deux siècles, et concrètement. Avec ou sans le FN, qui disons-le, n’est pas vraiment grand chose, hormis pour ceux qui ont besoin de vendre du temps de cerveau disponible.

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Entretien avec une puissance médiatique individuelle

samedi 7 juin 2014 à 13:58

Reflets a été invité à deux journées de rencontre des « médias libres ». Comme nous sommes polis, nous y sommes allés. Le plus intéressant de ces 48h se trouvait être (d’après nous) un trublion, ni journaliste ni militant de quoi que ce soit, et qui à chaque fois qu’il prenait la parole, disait des choses très curieuses et souvent pertinentes. Par un hasard de circonstances, le trublion résidait dans le même hébergement que nous. C’est donc au petit déjeuner que nous l’avons interviewé. Mais attention, tout ça est très sérieux, et même s’il est parfois un peu difficile à suivre, Bourino réfléchit avec un recul étonnant sur la société de l’information dans laquelle nous vivons, et bien entendu au moment politique dans lequel nous sommes plongés. Entretien.

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Bourino, on se demandait si tu étais un philosophe ?

Bourino : J’ai du mal avec les classifications, mais c’est sûr : j’adore les mots. Je trouve que clarifier le sens des mots est extrêmement conséquent. J’ai d’ailleurs autant envie de parler de poésie que de philosophie. Les deux sont très puissants pour ce qui est mon terrain d’intérêt, mon souci : celui de la canalisation des énergies. C’est-à-dire, comment se fabriquent les comportements, le vivre ensemble. Les mots, pour ça, sont des clés énormes.

Donc, tu te promènes et tu titilles les gens sur le sens des mots ?

B : Ce qui me gène, c’est la réduction d’ » être  » avec  » faire ». C’est une chose parmi d’autres, mais j’en fais dix mille autres dans dix mille autres champs. Je fais, autant que je décortique des mécaniques de systèmes, des entrées-sorties de traitement…

Là, on est dans l’informatique…

B : Absolument. A 100%. Je peux te donner un exemple informatique typique. Là, on parle d’information, à cause de la réunion des médias libres. Typiquement, le mot information, pour le détailler, je prends le mot sens. J’adore ce mot « sens », parce qu’il a trois sens (la direction, la sémantique, et les 5 sens, ndlr). Et ça illustre bien la puissance d’illustration autour d’un mot, et du coup l’aspect dangereux de réduire un mot à un seul de ces sens. De faire des amalgames, et donc d’orienter  les contenus des cerveaux. Sur l’information et sur l’informatique, le rapport c’est la cybernétique. Le modèle de la cybernétique c’est entrée, traitement dans la boite noire, sortie et boucle de régulation ou pas. Dans les trois cas tu as un seul mot : sens, sens et sens. Nos cinq sens pour recevoir l’info, la signification dans le traitement de l’info, et dans quel sens on va pour la sortie de la décision. Ces trois mots, plus la boucle de régulation sont toujours de l’information, et je trouve ça intéressant parce que du coup, dans le territoire de l’information, ce sont des territoires que l’on peut tout à fait identifier.

Observer c’est une chose, modéliser c’est autre chose, exiger c’est encore autre chose, et évidemment contrôler c’est la dernière chose. Ces quatre mots sont une boucle de régulation des mécaniques et des systèmes de nos fonctionnements de collectivités.

Tu as défini les gens, dans une discussion, comme des puissances médiatiques individuelles. Qu’est-ce que tu mets là dedans ?

Ce n’est pas une seule définition pour moi-même, mais j’explicite, avec ce concept, un de mes territoires d’intérêt. Je définis chacun comme étant détenteur de sa propre puissance médiatique individuelle. C’est une puissance qui est accessible à tout un chacun, et elle est pratiquée. Le contenu que j’y vois, c’est que chacun fait ses choix médiatiques, et c’est  un choix beaucoup plus conséquent que ses choix électoraux. Dans les choix électoraux on a juste à choisir entre idiot ou idiot, alors que dans les choix médiatiques on a à choisir entre des informations différentes qui mènent à des conséquences. C’est hyper puissant pour canaliser nos comportements collectifs.

Là, tu parles des informations que tu reçois…

B : Des deux : que je reçois, que je traite et que j’émets. Et quand j’émets, j’émets deux types d’information, parce que c’est pourtant bien de l’émission dans les deux cas. Par exemple, ce que je relaye d’informations que j’ai reçues. Traduction : je regarde TF1, ou n’importe quel média dominant et je choisis d’en parler avec des potes. Je choisis d’être à l’intérieur d’un système, de cultiver mon cerveau dans des lunettes complètement verrouillées, sur ce que moi j’appelle « la machine à tout casser pour la croissance de l’argent ».

Typiquement ça a des conséquences sur l’information d’exigence. Aujourd’hui les gens exigent des emplois. Je trouve ça d’une aberration totale, d’une débilité totale. Si les gens acceptaient d’exiger des ressources, c’est à dire de voir que dans le même mot c’est un autre contenu qu’ils visent, ils en seraient dix fois mieux lotis. Exiger des ressources ça permet enfin de travailler, c’est-à-dire enfin de travailler pour que les ressources souhaitées soient plus faciles d’accès.

Des changements pourraient survenir si les gens changeaient leurs choix médiatiques, c’est ce que tu veux dire ?

B : Mais tout à fait : chacun fait des choix politiques majeurs dans son choix médiatique ! Ce choix médiatique, c’est son premier choix conséquent pour sa production de richesses pour sa collectivité. Le travail ne produit pas de richesses pour une collectivité aujourd’hui : toutes nos exigences c’est de dire à des patrons pyromanes « faites des incendies, j’aurai mon travail de pompier ». Ce n’est pas ça qui produit de la richesse !

Et Internet dans tout ça ?

B : Déjà, Internet c’est un média. Dans le concept de média actif, de puissance médiatique individuelle, Internet, j’adore. Parce que ça élargit les sources d’informations. C’est une source d’info géniale.

Justement, en lien avec Internet, qu’est-ce tu penses des lolcats ?

B : Je suis trop nul pour savoir de quoi tu parles : c’est quoi un lolcat ?

Ben, t’iras voir sur Internet…

(Rires)

On peut vivre sans lolcats ?

(Rires)

Les hackers et l’info, tu en penses quoi. Tu es un peu un hacker socio-politique, toi, non ?

B : Je n’ai jamais imaginé ce mot attribué à moi, mais j’ai entendu la définition de Benjamin Bayart hier soir, et j’ai bien aimé : prendre ce qu’on a sous la main pour en faire ce qu’on a besoin de faire. J’ai tendance à faire ça un peu tout le temps. Si je dois faire un cours sur le développement durable, parce que c’est la mode, je vais faire un cours d’économie sur le développement durable et commencer par expliquer que c’est zéro sur les marchés, je vais par contre expliquer comment tuer les marchés pour être plus riche.

Mais qu’est-ce qui te motive ? C’est quoi ton plan ?

B : J’ai toujours eu le même fil conducteur. J’aime être joyeux. Et puis c’est tout. Là où je sens que ça me parle bien, que ça me plaît, et bien j’y vais. J’ai fait polytechnique, travaillé pour une multinationale, par obligation familiale. Ça ne me convenait pas. Alors j’ai cherché un travail à deux jours par semaine et passé six ans avec cinq journées de week-end. Là j’ai pu suivre ce que j’avais besoin de sentir, ce qui me parlait bien. Donc, j’ai fait une psychanalyse, de la poésie, de la peinture, du théâtre, de la danse, et beaucoup de vie sexuelle. Des tentatives de fonctionner mieux.

Mais tu as dit avoir un programme politique…

B : Pour moi, le mot politique il faut le clarifier. La politique c’est l’ensemble des systèmes que se donne une collectivité pour réguler son fonctionnement commun et collectif. On médiatise aujourd’hui le fait qu’il y a trois grandes puissances politiques : législatif, exécutif, judiciaire. J’ai toujours entendu ça. Je rajouterais le pouvoir financier et le pouvoir médiatique.

Ce que j’appelle programme politique se joue dans deux dimensions. Il y a le programme électoral, qui est quelque part un peu secondaire, et il y a le programme équipements et systèmes, qui est le programme principal. Alors évidemment dans le système actuel, la transformation des systèmes peut passer par le programme électoral, mais il ne faut pas mélanger les choses. Je suis investi en politique, mais je crois que je détesterais être élu. Même si un jour je me suis mis candidat député. Mais c’était très bien, parce que j’ai découvert que j’avais le droit de poser mes affiches. Même si ça n’a servi à rien du tout, parce que les affiches sont localisées dans des endroits où personne ne va où personne ne les voit. J’ai découvert plein de choses.

Il y a souvent un mélange entre partisans et politiques. Les gens, aujourd’hui, ont amalgamé le mot politique des équipes partisanes, des partis qui veulent un pouvoir exécutif et qui veulent brasser des sous. Alors, si je me lance dans les exigences, je rappelle que pour comprendre les exigences il y a du travail en amont pour voir autrement le monde, transformer les lunettes culturelles, brasser de l’information avec d’autres puissances que les puissances d’argent…

Alors, ce programme ?

B : Oui. Exemple tout bête : la diminution démographique. Je sais que c’est le pire des mauvais scoops, parce que ça va faire fuir 90% des gens, mais pourquoi j’en parle ? Parce que j’aime bien que les gens soient libres. Moins j’ai de soucis d’argent, plus je fais des choses intéressantes, donc ça n’a rien à voir avec ne pas travailler, ou ne pas être actif, ne pas être relié socialement. Pour moi l’économie c’est la facilité d’accès aux ressources.

Dans la facilité d’accès aux ressources, personnellement, je trouve intéressant qu’au même moment où il y a une maîtrise d’énormément de choses, et à très grande échelle, on ait autant multiplié le nombre d’hommes. Donc on a fait une tension sur les ressources. Moins les ressources sont faciles d’accès, plus il faut travailler pour en avoir, plus il y a des esclaves et plus les dominants augmentent leur puissance d’argent. Je pense que cette question démographique est des plus conséquentes et des plus mal traitée. Les aides à la surnatalité des populations les plus en difficulté sont un exemple. Je préfère mille fois donner de l’argent à tout le monde et pénaliser ceux qui veulent faire plus de gosses : s’ils veulent plus de gosses qu’ils se le payent eux-mêmes.

Un autre exemple typique : reprendre la propriété publique de la création monétaire. On a monté une très belle machine à sous : on paye des impôts pour les financiers. C’est-à-dire que l’Etat est devenu le percepteur d’impôts des financiers. Ça s’appelle joliment « intérêts de la dette ». Il faudrait que le banquier emprunte à l’Etat et que les intérêts de la dette soient ceux des banquiers pour l’Etat ! Mon autre axe c’est la séparation de la finance et des médias. Un principe qui devrait être inscrit dans la constitution. Exactement comme on a fait la séparation de l’église et de l’Etat. A l’époque c’était incompréhensible. L’idée c’est de dire que c’est l’égalité médiatique qui est centrale, pas celle des voix électorales.

L’alternative du gratuit : Blog de Bourino

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