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Lettre aux barbus

jeudi 5 juin 2014 à 10:39

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Un an. Voilà un an que E. Snowden a rendues publiques les interceptions de masse réalisées par la NSA.

Et que s’est-il passé en un an ? Faisons le bilan.

Paroles, paroles…

D’abord il y a eu beaucoup de paroles. On ne compte plus les articles, émissions, débats, conférences sur les problématiques de la vie privée et de l’espionnage de masse. L’espionnage de masse n’est pas nouveau, ce qui est nouveau, c’est qu’on en parle.

Les services secrets n’ont pas attendu PRISM et la NSA. Déjà, depuis la fin des années 80 avec Echelon (qui a fourni 25Mds de dollars de contrats pour les firmes américaines) et Frenchelon, nous savions que nous étions surveillés, écoutés à très grande échelle, et que tous nos échanges électroniques étaient potentiellement interceptés, au moins dans le cadre de l’espionnage industriel.

Mais surtout, surtout, avec la banalisation de toutes les formes de surveillance à la fin du siècle dernier. Écoutes et fadettes, videosurveillance, RFID, Pass Navigo et autres cartes de fidélité en magasin: il y a longtemps que nous avons abandonné toute notion de vie privée au profit des petites et des grandes entreprises et de l’espionnage industriel des états. Ça ne date pas du 11 septembre, ça ne date pas non plus d’Internet, et je suis assez vieux pour me souvenir du moment où la RATP a pu communiquer positivement sur la vidéosurveillance dans le métro, assez vieux aussi pour savoir que, quelques années plus tôt, la réaction du public aurait été très fortement négative.

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Petit à petit, le discours sécuritaire permanent nous a transformé en moutons, sous surveillance électronique permanente, et heureux de l’être. Nos ados d’aujourd’hui sont des Truman Burbank natifs bien avant d’être des natifs du numérique.

Ce qui est nouveau, donc, c’est que les révélations d’un énième programme ont, cette fois-ci, été relayées par les grands médias, qu’elles ont alerté la population, et que ça a été plus qu’un buzz de quelques jours. Cette démocratisation n’a rien changé aux comportements ni du public ni des espions, mais – pour une fois – on a vu une réaction généralisée face a la prise de conscience de la fin de la vie privée, au delà des activistes, des experts et des complotistes.

Un an plus tard, nous sommes un peu en stase: soit cette réprobation finira par avoir des effets (peut-être légaux, par des condamnations, peut-être politiques, par le vote du Parlement européen ou les suites de NetMundial, peut-être sociale, avec un rejet de la société de surveillance), soit le public finira par en prendre définitivement son parti.

C’est visiblement, encore aujourd’hui, le pari des espions. La NSA continue de nous espionner, et vous continuez d’utiliser votre pass Navigo.

Des paroles et peu d’actes

Bien sûr, au delà des paroles, il y a eu quelques actes.

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Mais, en pratique, pour le grand public au quotidien, rien n’a changé.

Alors est-ce que le pari des espions est en passe de réussir ?

 

Redéfinir le problème

En quoi la surveillance de masse est-elle un problème ? De nos jours, la jeune génération envoie des sextos, raconte sa vie intime sur les réseaux sociaux, elle est née « videoprotégée », babyphonée. Elle est tracée, traquée, partout, en permanence, soit par des commerçants avides de tout savoir d’elle pour mieux lui vendre leurs produits, soit par l’État au nom de sa protection. Et elle ne semble pas particulièrement rebutée par tout ça.

Et elle l’est d’autant moins que leurs modèles de réussite sociale sont d’autres jeunes, qui ont construit des empires commerciaux en échangeant la gratuité des services contre la vie privée.

Facebook vend les contenus produits par ses utilisateurs à des régies publicitaires sans rien verser aux producteurs. Il vend aussi à ces mêmes régies toutes les informations qu’il peut récupérer sur les producteurs et leurs visiteurs. Il vend encore, en bourse, ses actions dont la valeur ne dépend que du nombre d’esclaves volontaires qui travaillent pour lui. Et depuis peu il vend enfin à ces esclaves le droit d’être mieux exposés au plus grand nombre. Et on ne voit guère de monde s’inquiéter de ce que ce modèle économique aliène non seulement la propriété mais jusqu’à la personnalité de ceux qui utilisent le service « gratuit ».

D’autre part, ce modèle économique « gratuité contre données personnelles et publicité », très largement établi sur Internet, a conduit à une centralisation massive des services.

Parce qu’il est plus utile, pour une régie publicitaire, de traiter avec les plus gros diffuseurs au détriment des plus petits, le phénomène du « winner takes it all » est encore amplifié. Et du fait de cette centralisation à outrance, l’espionnage de masse devient si facile qu’il est difficile d’en vouloir aux services quand ils en profitent. Plutôt que de devoir placer leurs sondes DPI partout, il leur suffit d’avoir accès aux quelques points par lesquels nous passons tous, désormais.

Le coût de la surveillance est beaucoup trop bas.

Le coût économique, d’abord: quand une technique comme le DPI était inaccessible en 2001 (faute de capacité de calcul), la loi de Moore est ici notre ennemie, et elle est aujourd’hui à la portée de tous les opérateurs et de tous les états.

Le coût social ensuite: si les réactions à un scandale comme celui de PRISM sont d’une envergure encore jamais vue, elles sont loin d’être suffisantes pour faire reculer les états, comme on a pu le voir avec le vote de la LPM en France.

L’acceptation est partout, et la fausse logique du « si je n’ai rien à cacher je n’ai rien à craindre » est bien ancrée dans les esprits. En période de crise, comme nos sociétés occidentales le redécouvrent sans cesse, la sécurité est une valeur refuge pour la majorité de la population. Les populistes en profitent, et les surveillants en vivent. Pour la vaste majorité, la liberté est un luxe dont il sera bien temps de se préoccuper quand elle aura de quoi manger.

Or c’est bien là qu’est tout le problème: dans un état de droit, la liberté individuelle est en équilibre avec la sécurité publique. Quand cet équilibre est détruit, quand toute vie privée disparaît en échange d’une sécurité théorique, on ne vit plus dans un état de droit mais dans une société totalitaire.

On peut comprendre que la sécurité publique interdise qu’on puisse agir en tout anonymat (qui de toutes manières est sinon impossible sur Internet au moins très largement théorique et de toutes façons inaccessible à grande échelle) : l’appareil judiciaire doit pouvoir enquêter, rechercher, trouver et punir les criminels.

Mais quand tous les citoyens, quels qu’ils soient, sont en permanence sous surveillance électronique pour garantir la société et empêcher les délits, sans mandat d’un juge, en dehors de toute enquète légalement justifiée, quand toutes les données recueillies sont conservées ad vitam aeternam, il n’y a plus le moindre équilibre.

Et quand on aura de quoi manger, il sera beaucoup trop tard pour démanteler cet appareil sécuritaire.

Chercher des solutions

Alors, dans quels domaines peut-on agir ?

Un peu dans le champ politique, bien sûr. En faisant pression sur les élus, pour qu’ils encadrent mieux les écoutes (sans en étendre sans cesse le champ en échange d’un simple semblant de contrôle comme dans la LPM).

On pourrait, par exemple et sur le modèle (largement compromis) du Safe Harbor, imposer aux états de ne partager aucune donnée personnelle de leurs ressortissants avec les services d’un état étranger. Il n’est pas normal que la France s’interdise (en théorie) d’écouter sa propre population mais qu’elle échange le produit de ses propres écoutes (en majorité sur le continent africain) avec leur contrepartie américaine qui, elle, concerne bel et bien les citoyens français.

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On pourrait, ce ne serait pas du luxe, intégrer des représentants de la société civile – à égalité avec les élus – dans le CNCIS, pour rétablir un contrôle démocratique sur ce qui constitue et constituera toujours une atteinte aux droits fondamentaux, et qui doit être justifiée et proportionnelle.

On peut agir aussi dans notre vie de tous les jours.

On peut apprendre à mieux communiquer sur ces questions, à sortir du discours complotiste, à rester factuel pour éviter de passer pour une tribu de paranoiaques en crise.

On peut aider les lanceurs d’alerte en protégeant leur anonymat, en leur apprenant, à l’instar d’un Glenn Greenwald, à feuilletonner leurs révélations pour maintenir une pression constante sur les médias et les élus.

On peut demander à notre médecin, à nos amis journalistes, et à tout notre entourage comment ils protègent leurs données personnelles (et les notres par la même occasion). Et comme c’est probable, on peut ensuite leur apprendre à mieux se sécuriser, à prendre d’avantage en compte ces problématiques, à adopter des principes simples pour limiter les risques.

Et enfin, on peut essayer d’apporter des réponses techniques.

Reset the Net

Dans ce domaine, on l’a vu, la plupart des développements en cours sont encore trop orientés vers un public averti, qui est déjà de très loin celui qui sait le mieux se protéger. C’est une erreur.

Une des nombreuses raisons qui nous ont ammenés là où nous en sommes, c’est la croyance très largement partagée chez les informaticiens que – simplement parce qu’un outil libre existe et que sa documentation est en ligne – le grand public va petit à petit se l’approprier et s’en servir. C’est clairement faux. S’il ne fallait qu’un exemple: PGP existe depuis 23 ans et même parmi mes contacts les plus avertis, quasiment personne ne l’utilise au quotidien. C’est votre cas aussi.

On peut penser que les outils de sécurité sont trop compliqués à mettre en oeuvre (et c’est vrai, dans le cas de PGP même si Google nous promet un module intégré dans Chrome pour très bientôt), mais même pas: même après PRISM, un service comme Lavabit n’hébergeait que 400000 comptes email: une molécule d’eau dans l’océan de Gmail (un milliard de comptes mail). Et pourtant, Lavabit n’avait rien d’un outil cryptique en ligne de commande.

Quand ces 400000 utilisateurs sécurisés écrivent au reste du monde surveillé, tous leurs courriers sont publics, à 2500 contre 1.

Si nous voulons rendre Internet plus sûr, si nous voulons modifier, peu à peu, le comportement de tous (et pas seulement de quelques uns) pour retrouver un équilibre depuis longtemps perdu, alors ce n’est pas 400000 utilisateurs que nous devons convaincre. Ce n’est pas non plus quelques millions qui changeront la donne: à 100 millions d’utilisateurs hypothétiques du futur module PGP de Google, ce dernier aura encore 90% des échanges en clair. De quoi savoir tout ce qu’il y aura à savoir, sur chacun d’entre nous.

Nous devons viser le milliard, nous aussi.

Nous avons trop longtemps laissé le design et la communication aux GAFA. Or, si nous voulons donner envie au grand public d’utiliser nos solutions, c’est un passage obligé: nous devons, nous aussi (et ça me gonfle) apprendre à devenir des communicants. Nous devons, nous aussi, faire des trucs sexy, attirants, à la mode. C’est le seul moyen d’amener à la sécurité un nombre significatif d’utilisateurs, suffisamment grand pour que le renchérissement de l’espionnage de masse soit à un niveau suffisant pour en dégouter les états.

Nous devons, aussi, cesser de n’imaginer nos solutions que sous forme de services centralisés. Quelle que soit la sécurité d’un Lavabit, ou d’un équivalent localisé sur un territoire plus respectueux des droits des utlisateurs, le coût de recherche et d’exploitation d’une faille sur un service unique est beaucoup trop bas pour éviter qu’un service secret ou un autre ne le fasse.

Nous devons encore, évidemment, utiliser d’autres modèles économiques que la vente des données de nos utilisateurs à des centrales publicitaires: outre l’incompatibilité intrinsèque avec la protection de la vie privée, c’est – on l’a vu – la meilleure façon de pousser à la centralisation du net.

Et nous devons, enfin, ne plus jamais laisser la sécurité de côté quand nous créons de nouveaux outils, de nouveaux services ou de nouveaux protocoles. C’est le sens du RFC 7258, mais c’est aussi du bon sens: le design, la communication, la sécurité, les modèles économiques, tous ces gros mots sont chiants, je sais, mais ça fait désormais partie du boulot.

Règles de base

Ce ne sont pas les scandales à répétition qui pousseront plus qu’une portion négligeable des utilisateurs vers des outils sécurisés: nous devons imaginer de nouveaux usages, de nouveaux services, pour attirer les masses vers ce que nous leur proposerons.

D’abord parce qu’il est illusoire de croire que – parce que vous êtes une personne plus surveillée que la moyenne – les outils sécurisés vous protégeront. Les espions espionnent tout le monde, mais s’ils savent que vous êtes un objectif important ils ne se contenteront pas des moyens qu’ils utilisent pour surveiller tout le monde. S’ils vous veulent, ils vous auront.

Ensuite parce que ce n’est qu’en rendant suffisamment chère la surveillance de masse que nous pousseront les services secret (et les autres) à un équilibre plus respectueux de nos droits fondamentaux. Toute pression autre que financière n’aurait que des effets négligeables à court terme.

La sécurité globale n’est pas la somme des sécurités individuelles. Elle ne reviendra que du fait de rendre l’espionnage de masse si difficile que seul l’espionnage individuel redevienne rentable.

C’est une évidence, mais si on l’oublie, si on se focalise trop sur la facilité d’accès pour valoriser un produit, alors on contribuera encore et toujours à simplifier l’espionnage de masse. Nous devons nous rééduquer, et rééduquer nos utilisateurs, et s’il faut pour ça imaginer d’autres motivations que la simplicité pour attirer le grand public, eh bien ! Nous n’en manquons pas.

Chaque nouveau service web innovant qui rencontre le succès ouvre un boulevard à la surveillance généralisée. Parce qu’il attire le public en un seul lieu, il suffira d’une faille, d’une sonde, d’une personne pour que tout ce qui s’y échange soit intercepté. Même la NSA s’est fait trouer (so many thanks to you Edward Snowden).

Nous devons imaginer les services du futur sous une forme décentralisée autant qu’il est possible. Et s’il faut pour ça trouver des modèles économiques différents, faisons le.

Accessoirement, c’est sur ces bases que nous construisons Caliopen.

Tout est foutu

L’excellent texte « Everything is broken« , de Quinn Norton, dresse un tableau apocalyptique de l’informatique, mais il est juste.

Nous avons laissé faire. Trop longtemps. Nous avons négligé la sécurité, remis « ça » à plus tard, oublié de nous en occuper.

Nous ne sommes pas les seuls: chacun, à son niveau, partout dans nos sociétés, nous sommes responsables d’avoir laissé faire, d’avoir accepté la surveillance. Pour quelques euros de réduction mensuelle, pour une sécurité théorique, par paresse ou parce que « ça ne nous concerne pas », nous avons accepté les cartes de réduction nominatives, les moyens de paiement électroniques, les caméras et le reste.

Revenir à une société un peu moins folle ne se fera pas en un jour. Il y faudra du temps, de l’énergie, et de l’espoir. De la pédagogie, des scandales, et quelques autres héros de la trempe de Snowden. Ce sera long, difficile et c’est un combat presque perdu d’avance.

Mais il en vaut la peine.

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Electricité libre : la transition énergétique, c’est maintenant

mercredi 4 juin 2014 à 19:20

L’article sur la propagande pro-nucléaire de  l’EGE (Ecole de guerre économique),  soulève de nombreuses questions sur la problématique de la production électrique, et de l’énergie en général en France. Serions-nous condamnés à consommer de l’électricité produite par fission ou à termes par fusion nucléaire ? Quelle est la part de production/consommation électrique dans l’ensemble de la consommation d’énergie sur le territoire ? Qui consomme le plus ? Pourquoi ? Le problème ne viendrait-il pas de la passivité des citoyens, incapables de se libérer des structures d’Etat ou des entreprises pour leur consommation électrique personnelle ? L’électricité libre est-elle une utopie, ou bien est-ce l’avenir ?

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Le parallèle entre logiciel libre et production libre d’électricité n’est pas sans intérêt. Personne n’imaginait il y a 30 ans qu’un système d’exploitation d’ordinateur puisse être quelque chose de libre, gratuit, modifiable et évolutif sans qu’aucune entreprise d’informatique ne soit derrière. La production d’électricité libre est au même stade que celui du logiciel libre au milieu des années 80 : elle existe, elle est embryonnaire, mais elle est possible. Le problème majeur n’est ni technologique, ni réglementaire, mais capitalistique et privatif. Exactement comme les systèmes propriétaires et le logiciel libre.

Maintenir la dépendance

Produire de l’énergie électrique en toute indépendance et en totale autonomie dérange les puissances politiques et économiques. Non pas parce que cette option pourrait remodeler entièrement le paysage de production d’électricité en France, mais parce que cela démontre l’inverse de ce que ces décideurs martèlent depuis des années : la production électrique (et d’énergie en général) doit être centralisée, appartenir à l’Etat ou a à des entreprises triées sur le volet. Les citoyens doivent être dépendants de ces systèmes productifs. Au point de leur faire croire que produire de l’électricité est tellement compliqué, qu’il faut construire et maintenir des usines à fission nucléaire, capables de détruire la moitié de l’Europe si elles venaient à exploser. La dangerosité de l’énergie nucléaire n’est plus à démontrer, les accidents de Tchernobyl,  Fukushima sont bien réels. L’Allemagne l’a très bien compris, a éteint ses 8 réacteurs, et décidé de basculer dans la production électrique sans nucléaire. Sauf que le fond du problème ne se situe pas uniquement sur ce plan. Bien qu’un pays sans centrales nucléaires soit plus rassurant.

Qui consomme quoi ?

En France, les différentes politiques menées depuis des décennies ont mené à l’installation de chauffages électriques dans un nombre croissant de logements. Le discours dominant a été celui d’une indépendance énergétique très importante du pays grâce à une production électrique massive, peu chère, assurée par l’industrie nucléaire. Au point d’être le seul pays au monde à produire 75% de son électricité avec l’atome. Mais quelle est la part de la consommation électrique dans l’ensemble de la consommation d’énergies en France ? Le site d’EDF suivant l’indique de façon très précise :

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L’électricité primaire correspond à 44% de la consommation totale de l’énergie en France. Elle comptabilise le nucléaire, l’hydraulique, l’éolien et le photovoltaïque. Comme la part des renouvelables est de 18,6 %,  le nucléaire a une part réelle de 36% dans l’énergie électrique primaire consommée. Et en réalité, encore un moins, puisqu’il faut retirer les 25% restants issus des centrales thermiques. Mais qui donc consomme cette électricité ?

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Il est intéressant de constater que les plus gros consommateurs sont les particuliers et le secteur tertiaire. Pas les industriels, ni les transports ou l’agriculture. Ces particuliers, en termes globaux, consomment 47% de l’énergie produite en France, selon EDF :

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Le chauffage électrique est l’un des facteurs aggravants de cette hyper-consommation, mais pas seulement puisque s’il reste très élevé, il est en baisse (page 12 de ce document de RTE FRance) depuis quelques années.

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Selon l’institut d’Etudes européen de la consommation électrique, entre 25 et 40% de la consommation des ménages pourraient être économisée. Les 36% (27% en réalité) de parts du nucléaire dans la production d’énergie pourraient donc être réduites à 20% voire…à 15%. Une autre étude démontre que 20% des Français consomment 51% de l’électricité consommée dans le secteur résidentiel en hiver.

Mais toutes ces études, statistiques, bien que démontrant la possibilité de réduire la part du nucléaire dans la production d’électricité, ne vont jamais dans un sens bien plus important et bien plus intéressant : celui de l’électricité libre.

Electricité libre : indépendance individuelle électrique de son domicile

La vocation de l’Etat en matière de production électrique est de conserver le contrôle, à tous les étages. Que ce soit avec l’atome ou les renouvelables. Les aides de l’Etat pour l’installation de systèmes de production électrique photovoltaïque individuels sont par exemple conditionnées à leur mise en place par un professionnel, et bien entendu de l’obligation de raccordement au réseau EDF. Si vous voulez consommer votre propre énergie, sans la revendre à EDF, ne pas être raccordé au réseau, vous pouvez le faire, mais l’Etat ne vous aidera pas. Toutefois, rien ne vous empêche de produire votre propre électricité, sans raccordement au réseau électrique : vous êtes simplement considéré par l’administration comme…n’ayant pas l’électricité. Dans le cas d’une habitation neuve, c’est la possibilité de faire soi-même l’électrification intérieure : aucun consuel (payant) ne passera pour vérifier la conformité des installations, vous n’êtes pas raccordé au réseau, vous n’existez pas pour EDF, et le consuel étant une entreprise qui se préoccupe de vous « protéger » en cas de problèmes électriques venant du réseau…EDF…il ne vous connaît pas.

L’intérêt de concevoir sa propre centrale électrique, à base de panneaux photovoltaïques, complétés par une éolienne pour les trois mois d’hiver peu ensoleillés dans la partie nord du pays, est très grand : le dimensionnement de l’installation correspond à vos besoins, puisque vous le déterminez vous-même. La consommation et les économies d’énergie deviennent naturelles, puisque si vous faites n’importe quoi en terme de consommation, vous risquez de vider vos batteries trop vite, et de les user prématurément. Vous ne devez rien à personne, votre énergie électrique est libre : exactement comme le logiciel du même nom. Vous pouvez modifier votre système, l’améliorer, l’étendre, le réduire : aucune limite, ni aucun contrôle ne s’exerce à votre égard. Et votre habitation, équipée d’appareils à basse consommation (frigidaire, lave-linge, ampoules led, ordinateurs, écran led), est alimentée en 220 V, toute l’année, 24/24, 7/7. Comme n’importe quelle habitation. Enfin presque, puisque dans les cas de coupure sur le réseau à cause des intempéries, vos voisins n’ont plus d’électricité, alors que vous, si.

Sortir de la passivité et ouvrir les yeux ?

Il est possible de se ré-emparer d’un nombre croissant de productions auparavant réservées à des secteurs industriels ou d’Etat. La production électrique en fait partie. Si la majorité de la population ne peut pas facilement produire son éléctricité librement et se chauffer au bois, tous ceux qui décident de construire une maison individuelle, ou en achètent une, le peuvent. C’est un choix. Mais il est profondément politique. Il démontre que les individus n’ont pas besoin d’être asservis à l’Etat ou des multinationales pour pouvoir s’éclairer et faire fonctionner les objets électriques de leur quotidien. Fabriquer de l’électricité libre n’a rien d’exceptionnel, ni de compliqué aujourd’hui, et les monstres de béton bourrés de matières radioactives censés nous assurer une électricité « fiable » et déclarée peu chère, seront à termes des antiquités ridicules. Les générations futures risquent de se poser des questions quand ils apprendront que pour fabriquer des bombes pouvant détruire la planète entière, la France avait choisi de faire tourner des turbines avec ces mêmes matières…pour produire de l’électricité. Ces matières radioactives qui tuent et rendent malades des milliers de Japonais depuis 3 ans, et contaminent les océans, l’air et les sols. En Allemagne, la clef de la transition énergétique passe par ce types de réflexions (source : http://www.sortirdunucleaire.org/Allemagne-la-transition-energetique-ca-marche ) :

« Contrairement aux craintes souvent exprimées, l’Allemagne n’a pas connu de black-out depuis l’arrêt de 8 réacteurs.

La fermeture progressive des réacteurs allemands et l’arrivée massive d’électricité d’origine renouvelable sur le réseau électrique nécessite de passer à un autre modèle de production d’électricité, reposant sur un plus grand nombre de petites installations de production, variables mais prévisibles. Cette transition nécessite des ajustements mais elle n’est pas insurmontable. Le projet « Kombikraftwerk » (centrale combinée) a montré qu’on pouvait garantir un approvisionnement électrique sûr et 100% renouvelables 24h/24, tout au long de l’année uniquement grâce à une multiplicité d’installations situées dans tout le pays.

Le principal enjeu n’est pas technique, mais économique : mettre fin au monopole des gros fournisseurs capitalistiques pour passer à un système reposant sur une diversité de petits producteurs. »

Sur ce sujet, le Physicien nucléaire, polytechnicien, Bernard Laponche est très clair. Son interview de 2011 en dit long sur la voie française du tout nucléaire. Mais au final, en France, ne serait-ce pas surtout les mentalités qui doivent changer ?

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Comment convaincre les gens qu’entrainer une turbine en faisant bouillir de l’eau radioactive, c’est la seule solution ? #EGE

lundi 2 juin 2014 à 19:16

La propagande est un sujet souvent abordé sur Reflets. Parce qu’elle est présente à tous les niveaux dans le monde moderne. Renommée lobbying, la propagande est un moyen fantastique pour faire plier des masses de population, transformer leur opinion afin d’agir dans un sens précis. Ainsi, en France, le nucléaire, source de plus de 75% de la production électrique, est un sujet de propagande très en vogue depuis longtemps. Une structure comme l’Ecole de guerre économique (EGE) forme des professionnels à fabriquer de la propagande. En plus clair : transformer une réalité gênante en quelque chose d’acceptable, voire de positif. Si vous doutez des méthodes pratiquées par ce type d’école, que vous pensez qu’ils pourraient porter plainte pour diffamation, vous vous trompez. Ils assument parfaitement. C’est leur travail. Le nucléaire est d’ailleurs un exemple très parlant : suivez le guide…

coucou-cest-encore-lui

Ce personnage a-t-il un rapport avec le sujet ? Si vous pensez que oui : tapez #1 – Si non, fermez la page.

Une étude pour apporter des solutions propagandistes

Ce document intitulé « LE NUCLEAIRE, L’ENERGIE D’AUJOURD’HUI ET DE DEMAIN — Comment conserver le nucléaire ? » est un cas d’école au propre et au figuré. Vous pouvez le consulter ici. Le principe de cette étude est fort simple et son objectif, écrit en toute lettre :

L’exploitation du nucléaire apparaît comme un enjeu majeur, celui de l’indépendance énergétique. Cet enjeu stratégique est à mettre en perspective avec l’enjeu économique des entreprises du secteur, et avec les exigences de sureté et sécurité centrées sur l’indépendance des organismes de contrôle et sur la localisation des centrales. L’objectif de cette synthèse est de présenter certaines défaillances représentatives des entreprises de production électrique nucléaire, d’analyser l’origine de ces défaillances : environnementales, humaines ou techniques, et de proposer des recommandations autour d’un plan de communication dédié à chaque problématique.

Un plan de communication ? Absolument. Suit donc le principe général :

Le plan d’action proposé est organisé autour des messages suivants :
• En l’état actuel de la technologie, il n’existe pas encore d’énergie de substitution viable à grande échelle
• L’énergie nucléaire est la source d’énergie la meilleure marché aujourd’hui
• Les sources d’énergie issue de la combustion de matières fossiles sont très polluantes et insuffisantes
• Un contrôle public unique comme en France, même si il est perfectible, permet aujourd’hui d’offrir la meilleure garantie en matière de sûreté.
• La création de normes et process internationaux dans la gestion de crise est nécessaire

En conclusion, le développement d’une argumentation rationnelle autour du nucléaire semble-être la seule alternative possible : il s’agit de changer la perception générale vis-à-vis du nucléaire.

Les messages sont donc très clairs, même s’ils sont mensongers, le plus important étant de changer la perception générale [de la population, ndlr] vis-à vis du nucléaire. Quitte à mentir un peu, atténuer des phénomènes ou carrément détourner l’attention de réalités bien ennuyeuses. Si pour les rédacteurs de l’EGE, il n’existe pas « d’énergie de substitution viable à grande échelle » , il est surprenant de constater que la planète s’en passe très bien pour produire de l’électricité : seulement 11,7% de l’électricité mondiale est produite par le nucléaire. Ce qui laisse tout de même 88,3% de production électrique par d’autres moyens. Mais à l’EGE, quand on aime, on ne compte pas.

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Le nucléaire est l’énergie la moins chère ? Là encore, l’affirmation est assez cocasse : cette étude du MIT démontre exactement l’inverse, et le rapport de la cour des comptes sorti en janvier 2012 précise que le prix de 22 €/MWh en 2010 a progressé de 11%, et que ça n’est pas près de s’arrêter : maintenance, démantèlements, nouveaux investissements, sécurité… Précision utile : le document de l’EGE date de 2011, quelques mois après la catastrophe de Fukushima. L’ »exercice » de type commande, d’une telle analyse semble évident, puisqu’à l’époque la perception générale du nucléaire était tout sauf positive. On peut le comprendre…

Décrypter les vrais problèmes pour les annuler en termes… de communication

Ce qui est vraiment bien avec les propagandistes comme  ceux de l’EGE, c’est que pour parvenir à créer des campagnes de comm’ efficaces, convaincre les masses [pour leurs clients], ils sont forcés de faire des vrais constats afin de pouvoir ensuite contrer les arguments concernant les problèmes soulevés. Dans le cas du nucléaire, ce document de l’EGE est très éclairant. Merci, donc, à l’EGE, de nous offrir ces analyses effrayantes sur la dangerosité et la problématique de l’énergie nucléaire.

Comment fonctionne une centrale nucléaire en France ?
Une centrale nucléaire produit de l’électricité grâce à la chaleur dégagée par la fission d’atomes d’uranium. Cette chaleur transforme de l’eau en vapeur d’eau et met en mouvement une turbine reliée à un alternateur qui produit de l’électricité

Et oui, braves gens, une centrale nucléaire n’est rien d’autre qu’une grosse cocotte-minutes. Fort chère, légèrement compliquée dans la technique pour parvenir à faire bouillir l’eau (essayez chez vous, vous allez voir, c’est difficile et un peu dangereux) et carrément archaïque dans la forme, puisque au bout de la chaîne c’est un appareil datant du XIXème siècle  (1888, Nicolas Tesla) qui fabrique du jus : un alternateur. Bon, il est vrai que si le principe est le même, c’est un peu plus gros et évolué, mais quand même, tout ça pour ça…

nucleaire

Suit la gestion des déchets, très vite évacuée :

Aujourd’hui en France, la production de 1 MWh d’électricité d’origine nucléaire (équivalent à  la consommation mensuelle de deux foyers) génère environ 11 g de déchets radioactifs. Par an et par habitant, cela représente moins de 1 kg de déchets. Par comparaison, la masse de déchets hautement toxiques est de 100 kg par an et par habitant.

Très bel argument choc, en se disant que décidément dans la comm’ et la guerre économique la comparaison permet un relativisme très rassurant. Avec quand même 65 millions de kilos de déchets nucléaires générés chaque année en poussant des boutons pour faire chauffer le café parce que les cafetières sont électrifiées par des cocotte-minutes radioactives géantes. Mais comme les déchets toxiques sont 100 fois plus importants…on ne va pas chipoter non plus.

Viennent ensuite les défaillances, avec de très jolis histogrammes des accidents nucléaires sur la planète au cours du temps. Mais le plus intéressant survient lorsque l’Ecole de guerre économique se préoccupe de Fukushima. Cette partie du document est intitulée : « Comment rassurer sur les failles techniques et humaines« .

De questions intéressantes sont posées, parce que les anti-nucléaire les soulèveront à l’encontre des clients des rédacteurs de l’EGE :

Fukushima au Japon, séisme ayant entrainé un tsunami;
• Plus de 500 000 personnes déjà évacuées
• Bientôt des millions de personnes malades
France :
• Pourquoi la moitié des sites sont construits sur des zones sismiques?
• Est-ce que nos centrales sont protégées des risques d’inondation ?

risques-sismiques

Les gens vont parler d’informations ennuyeuses, c’est certain. Ils l’ont fait déjà. Et l’EGE a des réponses « rassurantes », bien qu’ils se demandent quand même si tout ça n’est pas un peu « bidon » :

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Des choses vraiment agaçantes et alarmantes sont soulignées dans le rapport :

Problématique : les solutions de stockage actuelles montrent des défaillances notoires.
• les déchets, qu’ils soient issus de déchets technologiques solides (boues radioactives) ou de produits de
fission se caractérisent par l’intensité des radiations émises, et de leur durée de vie (de courte à longue)
• le stockage des déchets toxiques reste problématique, leur nombre s’accroît
• les déchets hautement radioactifs renferment des cendres et des résidus issus des combustibles irradiés en réacteurs : ces déchets concentrent 90 % de la radioactivité
ils perdent progressivement leur radioactivité sur des dizaines de milliers d’années !
• de plus la question des déchets nucléaires va encore s’aggraver vers 2010 avec le démantèlement
programmé en France des centrales aujourd’hui en activité car les centrales des années 1970 arriveront
en fin de vie !
• il faut rappeler que la dose maximale d’irradiation «sans risques» pour un homme est en France 5 fois
supérieure à celle des normes internationales.

Et oui, on est un peu dans la m*** en France avec ce parc nucléaire unique au monde. Même si on s’est débrouillé pour que les doses radioactives acceptables soient 5 fois plus élevées qu’à l’international. Hum hum hum. Comment faire alors ? Lisez le document dans son ensemble, mais la conclusion de l’EGE est très simple :

L’énergie nucléaire n’est pas considérée comme une énergie propre. Les différents accidents en centrales, les bombes, les problèmes liés aux essais nucléaires, les différents accidents liés au retraitement des matières usagées, le manque d’entretien de centrale en Europe de l’Est etc. sont autant d’arguments qui en font un mode de production d’énergie anxiogène, par définition difficilement contrôlable. Développer une argumentation rationnelle autour du nucléaire semble-être la seule alternative possible.

En gros : le nucléaire, c’est carrément pourri, dangereux, mais comme on est payé pour faire que ça soit la seule alternative possible, il faut développer des argumentaires pour faire rentrer dans le crâne de tout le monde qu’en France, ce sera nucléaire et rien d’autre.

Dans ce cadre, une approche de fond, plus axée sur la pédagogie et les conditions d’encadrement seraient recommandables. A titre d’exemple, des opérations sont en effet menées pour faire accepter les risques du nucléaire par des cabinets spécialisés dans ce créneau comme Mutadis Consultants. Ce cabinet a mis en place plusieurs groupes de recherche pour disposer des contres expertises nécessaires pour convaincre l’opinion publique et minimiser les risques associés à l’implantation des centrales. (…) 

incident-accident

Conclusion finale de l’EGE :

Les défaillances et les dangers du nucléaire existent. Mais le nucléaire reste la source d’énergie la plus fiable, la moins chère et la seule ayant la capacité à couvrir nos besoins énergétiques. 

Et voilà le travail.

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Allo, Arnaud, ici Reflets : on a un truc pour te faire économiser 74 milliards d’euros

jeudi 29 mai 2014 à 14:50

C’est dommage qu’Arnaud Montebourg n’ait pas lu plus attentivement le rapport Queyranne qui lui a été remis il y a un an. C’est vraiment dommage. Mais comme à Reflets nous sommes généreux, nous lui offrons quelques éléments issus de ce rapport avec une solution clef en main pour économiser 74 milliards d’euros par an.

Montebourg-clown

Voici ce que le rapport constatait : les impôts sur les sociétés rapportent 36 milliards par an à l’Etat, et dans le même temps, les quelques 6000 différentes aides aux entreprises coûtent 110 milliards d’euros à l’Etat. Il te suffit donc, cher Arnaud, de supprimer les 6000 aides aux entreprises comme les impôts sur les mêmes entreprises (pour ne pas les vexer et faire jouer la fameuse compétitivité), et tu récupères 74 milliards : 110 – 36 = 74.

Pas besoin de faire l’ENA pour effectuer ce genre de calculs…ah, quelqu’un dans l’oreillette indique que justement, ceux qui ont fait l’ENA ne peuvent pas y arriver, parce que c’est trop simple.

Dans tous les cas, Reflets insiste pour faire savoir que sans toucher aux salaires, au pouvoir d’achat des Français, aux intermittents, aux retraites, à la TVA, aux chômeurs, il y a moyen de récupérer 74 milliards par an, et pas 55 milliards en 3 ans en grattant n’importe où. Tout ça avec une simple réforme des impôts sur les sociétés et des aides aux entreprises.

Nous, on dit ça comme ça. Pas plus.

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A partir de quand est-on en danger dans une démocratie ?

mercredi 28 mai 2014 à 22:54

Alors que le parti dirigé par Marine Le Pen a obtenu 25% des voix exprimées aux élections européennes, un  nombre grandissant de questions angoissées circulent à travers le pays. Que peut donc faire le FN [ou pas] avec ce résultat électoral, et dans le cadre d’une politique-fiction, que pourrait-il se passer, au cas où ce parti d’extrême droite parvenait à remporter les élections présidentielles ?

Stakhanov

Le premier parti de France ? Vraiment ? En réalité, le Front national est le parti le plus plébiscité par la minorité de citoyens encore intéressée par le système politique en place : la démocratie représentative. Les votants FN étaient très peu nombreux dimanche : 4,6 millions de personnes. Le « parti » des non-inscrits sur les listes électorales sont plus nombreux que les électeurs de l’extrême droite : autour de 5 millions. Les abstentionnistes ? Plus de 10 millions… Si des cris d’orfraies se répandent un peu partout, criant au scandale des abstentionnistes, responsables selon eux de cette catastrophe, il est un peu dommage de ne pas questionner le véritable message renvoyé dimanche par la population française en âge de voter.

Qui a peur du grand méchant loup ?

Les journalistes pètent de trouille, se lamentent. Il suffisait d’être dans une salle de rédaction dimanche soir pour s’en rendre compte. Avec des crises de mea culpa saisissantes : « On lui a donné trop de place, on a quand même notre part de responsabilité… ». Tout en se jetant sur le sujet, parce que, bon, « tout le monde le fait et que quand même, elle est en tête, donc, on est obligé de la mettre en avant ». Tout ça peut prêter à sourire ou agacer, mais le résultat est là : le parti du grand méchant loup envoie plus de députés européens à Strasbourg que n’importe quel autre parti. Et alors ? Que vont faire les élus FN là-bas ? Déglinguer l’Europe, que de toute manière 50% de la population française déteste et aimerait voir disparaître ? Faire passer des lois européennes anti-étrangers alors que le droit européen empêche la discrimination ? De toutes les manières, ce que chacun regarde en réalité n’est pas cette élection, mais celle de 2017. Et là, c’est beaucoup plus drôle.

En 2017, il ne se passera rien…

Ou presque, puisqu’en réalité, la politique fiction la plus raisonnable voit la candidate du FN arriver au deuxième tour, peut-être même en tête, par le jeu de la dispersion des voix. Et ensuite ? La grande trouille nationale, les hurlements d’indignation, le recours aux sauveurs républicains : et hop, l’UMP qui aura peut-être été un peu toilettée en autre chose gagnera largement l’élection. Ou le PS, ce dont on peut douter, quand même…

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Mais imaginons que ce ne soit pas le cas, et que le grand méchant loup arrive au pouvoir. Serions-nous encore en démocratie ? [En établissant que nous y soyons aujourd'hui, en démocratie…ce qui se discute d'un point de vue du droit du peuple, justement, à disposer de lui-même. Et oui, ce peuple que le grand méchant loup n'arrête pas de brandir, et qu'il aime, à qui il veut redonner du pouvoir. Le populisme, ce mot qui fait peur, et pourtant, qui représente les fondements du système dans lequel nous sommes installés. Un système issu d'une révolution…populaire. Qu'en faire ? Le FN bénéficie de plusieurs facteurs convergents : l'épuisement du système, la grogne populaire, la corruption avérée d'une partie très importante de la classe politique, une crise sociale et une mutation économique de grande ampleur. Quoi de plus facile pour lui, dans ces conditions, que de faire appel aux peurs, aux bas instincts largement entretenus par un appareil médiatique entièrement capté par une bulle hors des réalités concrètes ?]

Oui, donc, serions-nous encore en démocratie avec le grand méchant loup au pouvoir ? Et bien, et c’est là le point de discussion intéressant : peut-être bien que oui, justement. Toujours en démocratie. Pas plus en dictature qu’aujourd’hui. Non, pas plus. Parce que les institutions nous protègent, normalement. Parce que les lois iniques, comme celles nombreuses votées par N.S, qui se fit élire en 2007 en siphonnant les voix du FN, justement, nous ont donné un avant goût de ce qu’un pouvoir réactionnaire, autoritaire pouvait faire. Que fait-il ce pouvoir? Il joue le jeu de cette « démocratie » : il annonce, il influence, il éructe, se replie, gesticule, promet, donne, reprend, active, désactive, se défend, attaque, mais jamais ne fait autre chose qu’être ce pour quoi il a été élu. Et cette chose est essentielle, et est la cause de tous les problèmes actuels : il fait à la place. Il a le pouvoir. Il décide pour tous.

Le choix est simple

Si vous n’avez rien envie d’autre que de regarder ce qu’il y a au programme ce soir, ou sur les intertubes, en vous disant que « c’est la merde », mais qu’au final, ce n’est pas de votre faute, et puis que « les méchant fassistes c’est vraiment trop injuste » : vous ne méritez pas grand chose de plus que la « réalité » qui vous est offerte par des médias totalement largués. Par contre, si vous tenez bon, droit dans vos tongues, en vous disant que de toute manière c’est en faisant des choses intéressantes et opposées aux idées de ces charlots totalement abrutis que les choses peuvent s’améliorer, alors, peut-être bien que le monde pourrait devenir plus sympathique.

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Ce qui nous entoure est une vaste escroquerie, un leurre totalement vicié : la fabrique des idées pourrait s’arrêter, celle du consentement aussi, pour peu que nous nous efforcions de continuer à travailler ensemble, et donc surtout, à faire. Le reste, les jeux politiques en cours, les comptabilités de bazar, toute cette minable kermesse artificielle républicaine n’ont qu’une vocation : vous laisser transi d’effroi ou de rage ou de ravissement, mais surtout vous inciter à continuer ce que vous faites le mieux. Compter les points, baisser ou lever le pouce, c’est-à-dire, vous faire ******* en douceur. Si demain les 15% qui ne votent pas, les 6 ou 7 millions de non partisans agissent au lieu de commenter, les choses pourraient bouger.

Mais il faudrait éteindre les télés. Calmer Twitter. Facebook. Regarder un arbre, parler à un chat ou un chien. Fabriquer des choses. Prendre le temps. Et toujours faire. Ce que certains ont déjà compris. Et tant mieux.

 

 

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