PROJET AUTOBLOG


Reflets

Site original : Reflets

⇐ retour index

NSA/Snowden : la France, ce cas très particulier…

vendredi 14 mars 2014 à 12:25

ecoutes

Pour qui se souvient de la grande période du sarkozysme triomphant, celle pendant laquelle la presse encensait ce président volontariste, ce nouveau Kennedy, cet homme qui allait faire plier le monde de la finance, réduire en miettes la crise financière mondiale, réguler la gravitation universelle du cosmos, il y a comme un air de déjà-vu. Et oui, il fut une période ou la presse, finalement, ne faisait que relayer les « éléments de langage » distillés par les ténors du gouvernement et de l’UMP. Depuis quelques jours, on assiste au même manège. Les phrases copiées-collées par la garde rapprochée de Nicolas Sarkozy s’étalent dans la presse, soit parce qu’elles y sont prononcées par les nouveaux parangons de vertu de l’UMP, soit parce qu’elles y sont reproduites en boucle. Et là où l’on avait la semaine dernière une avalanche d’affaires très inquiétantes pour l’UMP, on a désormais… Autre chose.

Une sorte de pseudo-affaire Taubira-Valls-Ayrault. Une sorte de pseudo affaire des avocats outragés. Bref, plus grand chose sur le fond. Le fond étant tout de même que Nicolas Sarkozy déteste et méprise le monde entier, à part lui-même, c’est désormais prouvé avec les enregistrements Buisson. Vous nous direz : et alors ? Alors, il est peu probable qu’un homme d’Etat sans la moindre empathie soit, justement un homme d’Etat. Il est un homme de son camp.  Les enregistrements dévoilés dans la presse montrent également que quelques hommes non élus avaient l’oreille très attentive du président à force de lui cirer les pompes à un point indécent, et même, franchement, assez pathétique pour eux.

Avant que les éléments de langage de l’UMP ne retrouvent leur place préférée, c’est à dire à la Une de la presse, il y avait une sale affaire de favoritisme et de surfacturation dans la boutique UMP avec son fournisseur Bigmalyon.

Avant cet enfumage à deux cents d’euros, mais qui a toujours fonctionné du temps du sarkozysme triomphant -pourquoi se priver aujourd’hui-, il y avait un ancien président de la république, redevenu un justiciable comme un autre, qui semblait avoir obtenu des informations très précises sur une affaire le concernant via un membre de la Cour de Cassation.

Que reste-t-il de tout cela ? Le concert des pleureuses qui s’offusque que l’on puisse mettre sur écoutes un ancien président… Encore un peu et ils se feront un méga-Hara-Kiri en place publique pour racheter l’honneur de la Justice et de ce pays.

Paille, poutre, tout ça, tout ça…

Alors justement… Si vous nous permettez et bien que nous l’ayons déjà traité par ailleurs, permettez-nous de revenir sur ce point méta-comique.

amesys

Nous avons donc toute la droite qui s’offusque que l’on puisse mettre des gens sur écoute, alors que, comme l’avance sans rire Henri Guaino, il n’y aurait rien qui le justifie. Cette même droite qui a tant oeuvré pour mettre en place une collection de lois sécuritaires plus liberticides les unes que les autres et qui ont mené, justement à une surveillance relativement globalisée. La même droite qui, utilisant des noms de bonbons mettait en place une infrastructure d’écoutes globales (à l’échelle de la planète cette fois) délocalisée, hors du champ judiciaire français, en  vendant des armes numériques de surveillance à des dictateurs notoires. Vous suivez la logique ?

Nous non plus, rassurez-vous.

Sarkozy à l’origine de l’accord Lustre ?

Mieux, il s’agit visiblement du même président et de la même droite qui mettait en place les conditions nécessaires à la fourniture à la NSA de vos données personnelles.

Et oui…

Le dernier article en date de The Intercept est assez édifiant.

Il revient sur l’apparente surprise des dirigeants politiques européens lorsque éclate le scandale des écoutes de la NSA sur la base des documents Snowden.

Selon Glenn Greenwald, qui se base sur un document de la NSA, les dirigeants politiques n’étaient pas forcément au courant de l’étendue des petits arrangements entre services de renseignement. Entendez par exemple : François Hollande ne savait peut-être pas que des services français fournissaient jusqu’à 70 millions de méta-données sur les appels téléphoniques des Français, en un seul mois, à la NSA.

En revanche, la note de la NSA est assez claire sur un point :

Datée du 15 septembre 2009 elle explique :

« Depuis l’élection d’un président pro-américain l’un de nos partenaires européens est bien plus ouvert pour nous fournir des informations sur ses propres capacités et techniques, dans l’espoir d’augmenter nettement notre collaboration dans le domaine du renseignement ».

Et voilà sans doute où il faut chercher les racines du fameux accord Lustre.

Ce même accord qui n’a fait l’objet d’aucune discussion en France.

Le silence est d’or

En cas de crise informationnelle, entendez un scandale ou un problème d’image important, il y a globalement deux méthodes qui permettent de s’en sortir pas trop mal.

Première méthode, c’est celle à laquelle nous assistons avec l’UMP ces jours-ci : créer un enfumage par la médiatisation d’une supposée affaire dans l’affaire (poupées russes) qui implique le camp d’en face.

Deuxième méthode : ne rien dire, ne rien faire. Laisser une nouvelle info (qui ne vous concerne pas) évacuer la précédente (celle qu vous concerne). Ici, nous avons la méthode utilisée pour la gestion du scandale Lustre.

Rien. Le silence total. Deux ou trois articles ici ou là. Une question parlementaire restée sans réponse depuis novembre 2013. Pas une déclaration d’un dirigeant politique aux affaires. Nada.

Pourquoi ?

Des milliers de lignes sur l’écoute d’un justiciable sur lequel pèsent de lourds soupçons. Quasiment rien sur un accord qui permet à la NSA de se fournir en France, par des moyens qui laissent songeur, à hauteur de 70 millions de données téléphoniques sur un seul mois ?

Quelque chose ne fonctionne pas dans ce pays.

lustre

Comme le note The Intercept, pour la même problématique, Ronald Plasterk, ministre des « Home Affairs and Kingdom Relations » des Pays-Bas a du se défendre devant le Parlement qui lui a imposé un vote de confiance. Les parlementaires n’avaient pas trop apprécié qu’il attribue à la NSA les millions d’écoutes, comme en France, de Néerlandais. Il avait été contraint par la suite d’avouer que les écoutes avaient été fournies par les services de renseignement de son pays à leurs collègues américains de la NSA. Visiblement, dans ce pays, les parlementaires prennent un peu plus au sérieux ce genre de blagues.

Ici, nous ne saurons rien de l’accord Lustre. Ni ce qu’il a généré comme collecte de données. Ni comment ces ces écoutes ont été rendues possibles. Ni par qui elles ont été effectuées. Avec l’aide de quels opérateurs, avec quelle technologie ? Comme il ne s’agit probablement ni d’écoutes judiciaires ni d’écoutes administratives, un peu de transparence serait la bienvenue…

Nous ne saurons pas non plus si l’accord Lustre est toujours appliqué.

Les politiques à qui le peuple a délégué son pouvoir ne pensent visiblement pas que cela ait un intérêt.

Les Pays-Bas ne sont pas le seul pays où le scandale de la NSA a déclenché un débat public et où les parlementaires se sont impliqués. La Grande Bretagne, les Etats-Unis sont parmi ceux-ci. En France, rien. Tout est déjà oublié. On ne parle plus que de pollution et d’écoutes de l’ancien président…

 

Likes(0)Dislikes(0)

Sur #Thinkerview : Olivier #Iteanu parle de l’affaire #Bluetouff et de la #surveillance

jeudi 13 mars 2014 à 15:06

Le site (collectif de réflexion et chaîne youtube) Thinkerview vient d’interviewer Olivier Iteanu, avocat spécialisé dans les technologies de l’information et défenseur de Bluetouff. Retour sur l’affaire de l’ANSES, la cour d’appel, ses lojine, son Gogleu, ainsi que l’analyse d’Olivier Iteanu sur le « tsunami PRISM » et la société de surveillance dans laquelle nous sommes désormais plongés.

Olivier Iteanu : Depuis PRISM et Snowden, je me suis dit « rien ne va changer » 

)

Likes(1)Dislikes(0)

Le Front de Gauche défend le logiciel libre sponsorisé par Facebook

jeudi 13 mars 2014 à 10:36

C’est très chouette la vision gauchiste de l’informatique : on prend deux ou trois mots-clés, quelques évidences bien connues depuis longtemps, on en fait un slogan, on lance le filet et on essaye de prendre le poisson. Ca donne ça :

annonce-fdg

 

Whoouuu : trop bien !

Et c’est quoi le pitch ? C’est ça :

texte-fdg

 

Donc, le logiciel libre est à la gauche de la gauche. Gnu/Linux, c’est politique ! Hum hum, bien, bien. Mais visiblement, être à la gauche de la gauche et défendre le logiciel libre n’implique pas forcément une bonne connaissance de l’ensemble de l’écosystème du libre :

facebook-fdg

 

Caramba ! Encore raté !

Likes(0)Dislikes(0)

♫ Haribo c’est beau la vie, pour Guéant et Sarkozy ♪

mardi 11 mars 2014 à 21:33

keep-calm-and-eat-haribo-s-7Il y a maintenant trois ans, Reflets commençait à révéler ce qui allait devenir un feuilleton juridique à tiroirs, portant sur la vente d’armes électroniques à la Libye de Kadhafi. L’affaire était bien plus importante que ce que nous le pensions à l’époque et allait faire gicler du Flamby jusque sur les plafonds de l’Elysée. Mais devinez ce qu’on trouve entre deux morceaux de Flamby ?… des Haribo.

Nous allions découvrir grâce à Owni, Mediapart, le Wall Street Journal (…) une pelote nommée Homeland Security, du nom du contrat entre la France et la Libye visant des ventes d’armes, et pas qu’électroniques, que Jean Marc Manach a largement détaillé dans son ouvrage « Au Pays de Candy« .

Le casting est hétéroclite : Ziad Takieddine, un président, une poignée de ministres, des entreprises de pointe françaises, Eric Woerth, Mamie Zinzin, la Direction du Renseignement Militaire…. de quoi faire rougir Hollywood.

Homeland Security

Ce contrat ne s’est évidemment pas signé en un jour. Il a fallu préparer le terrain. Aux manettes, Ziad Takieddine (ZT) et Claude Guéant (CG) étaient aux avant-postes pour préparer le terrain à Nicolas Sarkozy (NS) et Brice Hortefeux (BH).

VISITE DE CG 22 09 05

Quelques rétro-commissions, quelques révolutions, un financement occulte présumé de campagne présidentielle, et une guerre en territoire libyen plus tard, c’est aujourd’hui l’épisode juridique de ce mauvais feuilleton qui occupe le gros de l’actualité, tout particulièrement le volet du financement de la campagne de 2007.

Si vous avez loupé des épisodes, il vous manque probablement quelques clés pour comprendre dans le détail les motivations des juges qui instruisent une partie du dossier, notamment les enquêtes visant Claude Guéant, Brice Hortefeux et Nicolas Sarkozy, concernant le volet du financement de la campagne présidentielle de 2007 de Nicolas Sarkozy. Mais pas de panique, vous avez droit à un cours de rattrapage offert par Alcuinn (PDF)

C’est l’un des fils Kadhafi qui le premier lâche aux médias la petite bombe :

« Il faut que Sarkozy rende l’argent qu’il a accepté de la Libye pour financer sa campagne électorale« 

L’accusation est grave, et elle est à mettre en parallèle avec d’autres sérieux avertissements.

Mauvaises fréquentations, grandes oreilles et pieds nicklés

La France n’a jamais frayé avec le clan Kadhafi … source :


C’est probablement notre mauvais esprit qui a conduit la rédaction de Reflets à truquer une vidéo d’un des fils Kadhafi venu faire ses courses chez Thalès et Panhard, et reçu en grandes pompes par Michèle Alliot-Marie .. ou pas

)

Acharnement ?

Suite aux plaintes de la FIDH et de l’Association SHERPA visant Amesys pour complicité de tortures en Libye, la justice a dans un premier temps trainé des pieds, rejetant la plainte de l’Association SHERPA. Mais devant la foule de pièces produites par les médias, il devenait compliqué de ne pas donner le feu vert à une instruction. Et c’est bien de l’épisode libyen que la volée de bois vert pourrait s’abattre sur un système peu reluisant pour notre république irréprochable d’avant.


Mais ça… c’était avant…

« Nous sommes devant une affaire d’écoutes à grande échelle » déclarait aujourd’hui Christian Jacob qui ne doit pas se rendre compte du comique qu’il inspire à la rédaction de Reflets avec cette déclaration. Les écoutes à grande échelle, pour lui, c’est l’écoute d’une ligne camouflée de Nicolas Sarkozy, qui n’a pas grand chose de massif quand on la met en perspective des outils que la France à vendu à Kadhafi et qui aujourd’hui encore sont au centre de notre mauvais scénario.

Parlons d’écoutes massives

Les interceptions massives, mise sous surveillance de millions de libyen made in France, c’est un dossier que nous avons sur Reflets traité en long en large et en travers. Le nom du système, développé sur mesure par I2P (maintenant Amesys, filiale du groupe Bull) pour la Libye de Kadhafi, c’est Eagle, aujourd’hui rebaptisé Cerebro après la cession fantoche et consanguine des activités de surveillance de masse à Advanced Middle East Systems, from Dubai Billancourt.

Et maintenant, parlons confiserie

Quel rapport entre les enregistrements de Buisson et Haribo ? Dans le Canard Enchainé de demain, alors que toute la presse mainstream n’aura d’yeux que pour « Taubira savait, savait pas« , un violent éclat de rire a déjà foudroyé toute la rédaction de Reflets à la lecture de l’encadré, en bas à gauche de la page 3… Tout surpris, déçu et choqué qu’il est, Claude Guéant ne perd pas son sens de l’humour :

Le secret des “Carambar”

LE 26 février 2011, en début d’après-midi à l’Elysée, Nicolas Sarkozy doit accueillir trois otages libérés la veille des griffes d’ Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi). Quelques heures plus tôt, dans le grand salon de la Lanterne, Sarko a détaillé, durant de longues minutes, les conditions de leur libération devant six conseillers et familiers, dont certains ne sont pas habilités au secret-défense.
Claude Guéant fanfaronne et fait sourire son auditoire en narrant, à son tour, l’« opération » et ses « Carambar », « boules de gomme » ou « fraises Tagada », noms de code pour les contreparties proposées aux ravisseurs. Des secrets d’Etat livrés au Dictaphone de Buisson dont « Le Canard » ne dira mot. Plusieurs otages restent en effet détenus.
Au cours de cette conversation à la Lanterne surgit soudainement Carla Bruni. Il n’est plus alors question de bonbons. Elle est au régime ?

Non fidèle lecteur, ne te retiens pas, lâches toi, tu peux exploser de rire, toi qui te souvient des noms de code des programmes de ventes d’Eagle, l’outil de surveillance massive d’Amesys :

… et nous voici aujourd’hui confrontés à des « Carambars », des « boules de gomme » et des « fraises Tagada ».  Notre « république irréprochable® » serait-elle devenue diabétique ? Notre république irréprochable qui jamais ne transige avec des preneurs d’otages aurait offert des paquets de fraises Tagada à AQMI ?

Couper la tête du messager

La contre attaque de l’UMP, voyant se profiler les élections municipales, est assez symptomatique d’un parti vieillissant, empêtré dans une affaire qui ne sent vraiment pas bon. On utilise alors la technique bien connue de l’enfumage. Pour l’UMP, la presse est fautive, il faut faire un référé pour retirer d’Internet des enregistrements dont tout le monde a maintenant une copie… absurde. Pour l’UMP, Taubira savait… et alors ? Enfin une ministre qui suit ses dossiers ?

Les prochaines cibles seront naturellement les organes de presse qui ébruiteront le moindre mot des 280 heures d’enregistrement de Buisson, épaulés par certains avocats qui devraient plus passer de temps à mettre en place des protocoles de communication sécurisés avec leurs clients qu’à occuper le terrain médiatique pour défendre un droit illusoire face aux réalités techniques.

Chanter quand on a les deux pieds dedans… c’est très français.

chicken

Likes(0)Dislikes(0)

Secret des correspondances : pour les avocats non plus, ça ne tombe pas du ciel

lundi 10 mars 2014 à 17:21

CryptographyC’est la stupéfaction générale. Des avocats viennent de découvrir que la confidentialité toute particulière que revêtent leurs correspondances n’est qu’un principe de plus qui ne survit pas à la réalité technique d’une interception judiciaire. Merde… La Plateforme Nationale des Interceptions Judiciaires, cruelle ironie, création de Nicolas Sarkozy, n’est pas fichue de filtrer les communications de ce dernier avec son avocat ? C’est dingue ça non ?

On récapitule

Un avocat a pour client un justiciable qui se retrouve, pour les besoins d’une enquête judiciaire, placé sur écoute. Et là, on parle du téléphone, mais Maître Herzog serait sûrement ébahi de découvrir que c’est aussi l’ensemble de ses emails avec son client justiciable comme tout le monde, ancien président ou pas, qui ont été interceptés.

C’est le clash, le dur retour à la réalité, la réalité technique, constante, implacable, mathématique… celle qui s’oppose aux beaux principes énoncés en quelques lignes dans la constitution, et les milliers de lois qui posent autant de limites aux quelques illusions de libertés susmentionnées.

Oui… la liberté, c’est très soluble. On n’en a probablement pas mis assez dans la constitution pour ne pas la voir diluée dans une LOPPSI ou dans une LPM. Avec quoi avons nous bien pu diluer le sacro-saint secret des correspondances des avocats pour qu’il se retrouve aujourd’hui à ce point malmené ? L’explication n’est pas que juridique, elle est avant tout technique.

La communication

Quand une ligne est interceptée, ce sont tous les appels qui sont interceptés. Et que dire des correspondances électroniques ? Maître Herzog, comme l’immense majorité des avocats, ne doit jamais avoir entendu parler de PGP ou d’OpenVPN, communique sur des canaux non chiffrés, en clair. L’immense majorité des avocats, on doit bien parler d’un minimum de 95% d’entre eux, correspondent par email avec leurs clients… en clair, sans aucun chiffrement… sans aucune mesure technique pouvant apporter le minimum de confidentialité nécessaire quand ils communiquent. L’immense majorité des cabinets d’avocats fonctionne sous Windows, la majorité des avocats utilise un iPhone, ils stockent leurs SMS « confidentiels » dans un cloud pas souverain, pas chiffré, pas confidentiel du tout.

Avant 2004, la vie était belle, dés qu’un avocat intervenait dans une communication, cette dernière n’était pas enregistrée ou retranscrite…mais une loi est venue modifier cette pratique. La réalité technique des outils d’interceptions administratives, qu’ils soient français ou de puissances étrangères, n’ont eux pas attendu la loi, ils se foutent de la loi, ils font de la pêche au gros, du stockage, du traitement, de l’exploitation. La réalité technique des interceptions judiciaires et administratives, où l’humain est relégué au troisième plan, est bête et méchante : elle aspire tout, elle stocke tout, avocats ou pas.

La confidentialité ?

Parlons confidentialité, la vraie confidentialité, celle qui n’est pas écrite dans les textes de loi, la seule qui vaille. La confidentialité n’est pas un dû, elle ne tombe pas du ciel, la confidentialité ce n’est pas l’immaculée conception. La confidentialité, elle se mérite, elle nécessite une démarche, elle n’est pas qu’un droit, elle est une chaîne de confiance qui  doit être maîtrisée, la confidentialité n’est pas offerte en fac, avec un Dalloz et un code pénal. Les manifestations des pleureuses outragées, les beaux courriers tout aussi légitimes soient-ils à la Présidence, c’est bien mignon… mais nous sommes en 2014, avec une belle LPM toute neuve qui consacre de nouveaux outils juridiques… mais surtout techniques.

Faire valoir ses droits en s’évertuant à fermer les yeux sur la technique, faire confiance à son iPhone, son iCloud, le logiciel du cabinet sous Windows et autres choses du même acabit, c’est au mieux de l’angélisme, mais plus certainement une forme d’inconscience, un manque de professionnalisme.

Pourquoi chiffrer ?

Parce qu’il n’est nul texte de loi qui est applicable à « l’intelligence d’une machine ». Quand une ligne téléphonique ou Internet est placée sous interception, la machine ne s’embarrasse pas de demander à l’interlocuteur de l’intercepté sa carte professionnelle, qu’il soit avocat ou journaliste.

Beaucoup de journalistes, confrontés à la réalité du terrain commencent à utiliser des outils de chiffrement, de protection de la confidentialité des communications. Sauf que tout démontre que la « réalité » du terrain n’a aujourd’hui plus de frontière.

Que ce soit pour de bonnes raisons ou des raisons plus obscures, les interceptions ne sont pas que judiciaires et ciblées. Combien d’Edward Snowden ? Combien de Julian Assange ? Combien d’Amesys faudra t-il pour comprendre qu’il ne suffit pas d’une lettre du très respectable syndicat national de la magistrature à la Présidence ou de toute l’indignation du Bâtonnier de Paris, pour assurer la confidentialité des communications ?

Des données qui transitent en clair sur Internet sont des données forcément lues par des tiers. Aujourd’hui, tout porte à croire que plus de 90% des communications électroniques entre un justiciable et son avocat sont interceptées, une partie est stockée, une autre est, ou sera réutilisée.

Les avocats, comme les journalistes, comme tous les citoyens, ont à disposition des outils techniques de chiffrement et d’anonymisation. Seule l’utilisation de ces outils est garante de leur droit à la confidentialité. Si des conversations entre Nicolas Sarkozy et son avocat ont été interceptées par la justice (ainsi que par la NSA et le GCHQ très probablement), alors il est grand temps pour les avocats de revoir en profondeur leurs méthodes de travail. S’offusquer de ces interceptions est une chose, faire la démarche nécessaire pour que ceci ne se reproduise plus en est une autre.

Vous voulez exercer votre droit à la protection de vos communications avec vos clients ? Commencez par lire attentivement la loi de 2004 sur la Confiance dans l’Economie Numérique qui libéralise les outils de chiffrement.

Oui chers avocats, vous en avez le droit… et dans votre cas, ceci devrait même être une obligation morale vis à vis de vos clients… alors CHIFFREZ bordel !

Écoutons Benjamin Bayart parler de confidentialité (Merci à @Sibou56)

Likes(1)Dislikes(0)