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Ukraine : à l’Ouest rien de nouveau

lundi 10 mars 2014 à 14:33

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L’Ukraine s’est révoltée contre son dirigeant fantoche aux ordres de Poutine. Le voilà parti. Mais le président russe ne l’entend pas de cette oreille et envahit, sans vraiment l’admettre, la Crimée, province de l’Ukraine. L’Ouest (comprenez l’Europe et les Etats-Unis) est très en colère. Le ballet diplomatique, les grandes déclarations outragées se multiplient. Pas question de laisser l’ogre russe manger le petit poussin ukrainien. Non. Pas question. Il en va des Droits de l’Homme, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, de la souveraineté nationale d’un pays indépendant, tout ça, tout ça. L’Ouest parviendra-t-il à faire plier Vladimir Poutine, son ego et sa testostérone ? Pas sûr.

On semble oublier un peu vite que Vladimir Norris Poutine est un pur produit du KGB. Ce n’est pas anodin. Formé, façonné par la guerre froide, il réagit comme le faisaient les dirigeants soviétiques de l’époque. Deux pas en avant, un pas en arrière, deux nouveaux pas en avant, un nouveau pas en arrière, etc. Vladimir Poutine a par exemple accepté « une mission d’enquête ainsi qu’un groupe de contact, éventuellement sous la direction de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe », comme le rappelle le Canard Enchaîné de cette semaine sous la plume de Claude Angeli.

En outre, Vladimir a tendance à ne pas s’embarrasser de concepts éculés comme le respect des Droits de l’Homme ou le droit international. Spécialité dans laquelle il n’est pas le seul à exceller.

Qui se souvient de la prise d’otage du théâtre de Moscou ? Cent vingt-neuf morts parmi les otages après usage d’un gaz un peu trop puissant. Oups, désolé, erreur de manipulation sans doute… Qui se souvient de la prise d’otages de Beslan ? Trois cent quarante quatre personnes tuées par les forces d’intervention russes, dont 186 enfants. Une paille. Sans doute un souci avec les crans de sûreté des armes. L’homme qui voulait « buter les terroristes jusque dans les chiottes » agit avec la même retenue vis-à-vis de la communauté internationale.

Cependant, il ne faudrait tout même pas imaginer qu’un ancien du KGB de la belle époque agisse sans réfléchir. Les Russes sont des joueurs d’échecs redoutables et leurs coups sont prévus bien en amont de ce que l’on croit voir se dessiner lentement sur l’échiquier.

Guerre froide, le retour ?

Les plus vieux d’entre-vous se souviennent probablement de cet affrontement étrange qui a présidé entre les Etats-Unis et l’URSS (L’Ouest et l’Est) entre 1947 à 1989. A base de propagande massive, de coups de Jarnac, de maskirovkas, de course aux armements, d’affrontements délocalisés, par pays interposés, les USA et l’URSS se tapaient cordialement dessus.

L’URSS tentant d’étendre à l’Europe et aux pays en développement leur vision du monde, tandis que les Etats-Unis essayaient de « contenir » cet expansionnisme en soutenant des dictatures d’extrême droite (souvent) et en inondant d’autres gouvernements de dollars.

Les plus vieux d’entre-vous se souviendront peut-être de l’entrée des chars russes à Budapest en 1956. Que fit la communauté internationale ? Elle protesta: c’est mal.

Que fit l’URSS ? Rien.

Un petit air de déjà-vu en Ukraine ?

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Assiste-t-on à un retour de de la guerre froide ? Pas sûr. La Russie n’est plus l’URSS. Son économie, par exemple, dépend bien plus fortement du reste du monde et elle ne peut se permettre un gel des échanges. Pour autant, si la bourse de Moscou s’est écroulée dans les premiers jours de tension internationale déclenchée par la crise ukrainienne, le cours du pétrole s’est envolé. On perd sur un terrain, on gagne sur l’autre…

La flotte de la Mer Noire est stationnée en Crimée. Vladimir Poutine ne peut ou ne veut pas perdre l’accès russe à cette mer. L’Ukraine est par ailleurs un point de passage important du gaz et du pétrole russe vers l’Europe de l’Ouest, son principal client, qui permet à Gazprom (pour ne citer que lui) de survivre. Toutes sortes de raisons qui poussent Vladimir Poutine à se montrer intransigeant.

Drôles de discours, encore et toujours…

Bien entendu, cette volonté ébranle notre conception des droits des peuples à disposer d’eux-mêmes, notre vision de la souveraineté d’un pays. Ceci dit, il est difficile de défendre ces conceptions avec des casseroles sonores accrochées à ses basques.

Les Etats-Unis qui ont fomenté depuis le début de la guerre froides des coups d’Etat un peu partout dans leur « arrière-cour » latino-américaine, sont mal placés pour condamner les actes de la Russie. Plus près de nous dans le temps, les deux guerres « préventives » en Afghanistan et en Irak, les tirs de missiles depuis des drones dont le nombre s’envole en flèche sous le règne d’Obama, sont également complexes à expliquer. Là encore le pétrole, l’influence, sont au coeur de ces guerres. Pour ce qui est de la défense des Droits de l’Homme, l’Ouest dans son ensemble peut difficilement avancer ses réussites récentes dans la légalisation de la torture, l’enfermement sans perspective de procès et sans inculpation, l’enlèvement et la déportation de « suspects » vers des pays qui les ont torturés, pour s’opposer à la vision dictatoriale de Vladimir Poutine sur ce sujet.

En France, l’action de Nicolas Sarkozy en Libye vient également contredire les discours outragés d’aujourd’hui.

Aucun de ces pays envahis n’avait demandé l’aide des Etats-Unis ou de la France.

En ce qui concerne les sanctions économiques, on trouve aussi une forme de duplicité qui laisse rêveur. Du jour au lendemain, les dirigeants occidentaux découvrent que certains dictateurs, avec la cohorte d’oligarques qui les maintient au pouvoir, sont des méchants à qui il faut confisquer leurs biens mal acquis. Ou les empêcher de voyager.

Mais ça, c’est très ponctuel et il faut qu’un certain nombre de conditions soient réunies. Et cela n’impose pas de s’occuper de tous les autres cas pourtant bien connus. Tant que les dictateurs et leurs oligarques sont gentils avec nous et avec nos entreprises, pas de problème. Et si en plus la population ne se soulève pas… Tout va bien.

On notera d’ailleurs que les contrats d’armement avec la Russie ne sont étrangement pas gelés en France. #IFPP (Il faut pas pousser).

Et puis, comme le dit dans son titre et son sous-titre Claude Angeli dans le Canard Enchaîné, « Personne n’a envie de mourir pour Kiev« . « Les médias commencent à l’avouer, tandis que politiques et diplomates n’osent pas le reconnaître. Poutine, lui, le sait depuis longtemps« .

Désespérant, non ?

Signe des temps, toutefois, cette fois la France n’a pas proposé à Poutine de lui envoyer ses forces anti-émeutes pour mater les émeutiers de la place Maïdan

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Le citoyen français est-il un produit à code-barre ?

lundi 10 mars 2014 à 10:16

Le moral de la population du pays inventeur des droits de l’homme n’est pas au plus haut. Ce constat, déjà un peu ancien, n’est pas sans conséquences : la France est en tête du nombre de suicides comme de la consommation d’anxiolytiques et autres antidépresseurs. L’économie est morose, les problèmes sociaux croissants, l’ambiance générale plutôt sombre. Mais pourquoi donc ?

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C’est quoi le projet ?

La France est capable du pire comme du meilleur. Ce pays aime s’emballer, vibrer autour de grands événements. Les Français savent qu’ils représentent quelque chose dans le monde, de par leur histoire et leur place dans le concert des nations : de la révolution de 1789 en passant par la Commune, la première et la seconde guerre mondiale, la création de l’ONU, leur rôle durant la guerre froide,  l’agriculture, le rayonnement culturel… De nombreux éléments soulignent le caractère unique de ce pays. Et de ses habitants.

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Jusqu’à la fin des années 90, les acquis français ont suffit à maintenir un ensemble social et économique cohérent, à laisser entendre à la population que le projet national continuait à se déployer. Chacun pouvait encore, même sans avoir fait de grandes études, travailler, partir en vacances, acheter un bien, faire des économies. Et rêver un avenir meilleur. Mais à cette époque, la fin des années 90, le projet national a changé de tournure, et s’est focalisé sur un mot : l’Europe. Il fallait, à cette époque pas si lointaine, participer à un mouvement de fond, celui de la mondialisation de l’économie, et empêcher la marginalisation (politique et surtout économique selon les promoteurs de cette logique) du pays. Il fallait se souder au niveau du vieux continent, se hisser à un niveau supérieur, et l’effort collectif allait permettre de faire face à ce défi.

l’Euro, mis en circulation en 2002 était la dernière pierre de ce dispositif débuté à la fin des années 50 et accepté en France par voie référendaire en 1992. Le projet européen devait donc remplacer le projet national. Pourquoi pas ? Oui, sauf que…

Quant le citoyen devient un code barre

Une fois l’euro mis en place les dirigeants politiques et économiques ont sifflé la fin de la récréation. Désormais, le projet était devenu relativement simple et sans nuances : faire des profits, à l’échelle de la planète, en utilisant tous les moyens mis à disposition pour y parvenir. Les grandes délocalisations de production, la désindustrialisation, se sont accentuées, les biens ont pu circuler en toute liberté. Quant aux citoyens, ils ont regardé passer les trains des réglementations de la Commission européenne (non élue), des lois sécuritaires boostées à la technologie devenue très bon marché. Le marché unique porte bien son nom, et le Français a bien compris qu’il en est un rouage. Le projet collectif franco-bruxellois français est trivial, vulgaire, abrutissant, monotone. Il est triste et  répétitif, basé sur l’individualisme, la compétition entre individus, il n’a comme objet qu’une seule constante, celle de l’enrichissement financier.

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Consommer, travailler (ou chercher un emploi), être surveillé : le fronton des mairies devrait être remplacé par ces mots au lieu de ceux censés représenter cette nation de philosophes, la France. Quand un pays où la respiration démocratique est normalement rythmée par des manifestations et des contestations sociales fortes, voit ses dirigeants politiques couvrir le territoire de radars et de caméras, voter des lois de surveillance numérique militaire, il est temps de se poser des questions sur sa véritable vocation. En réalité, le citoyen français est devenu un produit à code barres, et il le sait.

Bienvenus dans le grand supermarché français

Au final, le pays de mai 68, des grands intellectuels, de l’excellence industrielle, des artistes hors-normes, des poètes et des grands mouvements ouvriers, des bons-vivant, des contestataires, ce pays raffiné, fier, grognon mais humaniste, ouvert et curieux, accueillant, à la jeunesse souvent fougueuse, est devenu le pays des ronds-points et des hypermarchés. Un pays où la jeunesse court après des gadgets technologiques fabriqués en Asie, où les plus âgés tentent de copier la jeunesse, tout en se demandant quelle pourrait être l’alternative à la vie de merde qu’ils subissent, faite de pressions professionnelles doublées de difficultés financières permanentes.

Quand un pays fait le choix de recouvrir chaque parcelle de terrain constructible de grandes surfaces commerciales et de villages dortoirs lotissements , laisse à elles-mêmes des populations entières, se préoccupe plus de faire rentrer de l’argent dans les caisse de l’Etat que de faire vivre un projet collectif, décide que le citoyen est un plus grand ennemi que les rapaces de la finance internationale, nul ne sait ce qu’il peut survenir.

Pour l’heure, les Français ont choisi massivement de déprimer. Une partie est aussi prête à activer son mécontentement dans les urnes, et le reste ?

Lorsque le citoyen est traité comme un produit à code-barre tout peut arriver, mais que ceux qui ont participé à cet état de fait ne se leurrent pas : à terme, la société qu’ils fabriquent ne se contentera peut-être pas seulement de leur tendre la fesse droite pour être scannée.

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L’Astroturfing à l’Elysée, c’est maintenant™

vendredi 7 mars 2014 à 17:35

Stephen-Colbert-PopcornEn guise d’introduction, une petite histoire drôle (ou pas) sur ce que permettent les technologies et les méthodologies d’Astroturfing en politique, afin de comprendre en quoi tout cela représente un danger pour les démocraties et en quoi il y a de bonnes raisons de s’affoler de voir cela débarquer chez nous.

L’exemple Coréen

L’histoire se passe à l’autre bout du monde, dans un pays bien plus connecté que la France, la Corée (du Sud). En décembre dernier, la Corée vote pour élire son président. La candidate sortante, Park Geun-hye, doit, a quelques jours du scrutin, creuser la distance avec son adversaire Moon Jae-in. étonnamment (ou pas), à moins de dix jours du scrutin, une vaste campagne de calomnie frappera le candidat de l’opposition. Pas moins de 24 millions de tweets, des millions de commentaires et autant d’interventions dans divers médias sociaux Coréens auront raison de l’eReputation de son adversaire, accusé d’être à la solde des nord coréens (l’équivalent local de l’accusation de facho, si courante ces temps-ci en France et placardé sur tout ce qui peut déranger la majorité gouvernementale).

L’histoire ne dit pas si cette campagne de calomnie a été décisive dans la victoire de Park Geun-hye, mais la suite est croustillante : quelques semaines après l’élection présidentielle, une cellule des services secrets dirigée par Won Sei-hoon sera démasquée et désignée comme ayant orchestré, avec une petite équipe, cette gigantesque campagne de calomnie, et avec la complicité de quelques «influenceurs» locaux.

Quelques mois plus tard, une autre cellule, au sein de l’armée, sera également accusée d’avoir participé elle aussi à l’opération. (Rapport intermédiaire ici). L’instruction est en cours, avec une succession d’entraves à la justice par l’exécutif Coréen qui n’est pas sans rappeler le fonctionnement des institutions de la Ve République Française.

Les technologies d’Astroturfing utilisées lors des dernière présidentielles Coréenne ont-elles eu raison de sa démocratie ? Des manifestations monstres, dont curieusement personne ne parle en France, qui demandent l’annulation des élections, sont en train de le décider en ce moment, et l’avenir nous le dira.

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Mais la Corée n’a pas pour seul intérêt de nous dépayser et de nous fournir des smartphones à bas prix, c’est aussi le pays le plus connecté de la planète, où le débit moyen a de quoi rendre jaloux tous les geeks de la terre et le taux de pénétration d’internet au sein de la population est proprement ahurissant. C’est du coup une bonne façon de regarder la façon dont l’usage massif d’internet par le pouvoir comme par la population peut altérer le fonctionnement d’une démocratie. En l’occurrence, la tuer.

Meanwhile in France…

En France, même si nous somme l’un des champion du monde des technologies de surveillance, nous sommes loin, très loin, d’avoir une telle maîtrise au plus haut niveau du pouvoir des technologies d’Astroturfing. Ce qui laisse (peut-être) une petite chance à la population d’ouvrir les yeux avant de se retrouver dans l’impasse dans laquelle se trouve aujourd’hui la démocratie Coréenne.

A tout seigneur tout honneur, l’histoire de l’Astroturfing en France commence par le chantre de la transparence, Jean-François Copé, dont le trucage systématique des « sondages » mis en ligne par la presse lui a permis de faire apparaître sa candidature comme crédible, alors qu’elle faisait rire tout le monde au départ. L’affaire (restée fort discrète) sera ébruitée par son concurrent, François Fillon, en direct sur le plateau du Grand Journal.

Quelques temps plus tard, c’est l’entourage de Manuel Valls qui se fera prendre la main dans le sac de faux «likes» dans une opération destinée à faire croire à un engouement populaire autour d’un projet de grand stade.

Aujourd’hui, c’est de Faouzi Lamdaoui, un proche conseiller de François Hollande (que Le Monde n’hésite pas à qualifier de « Sherpa ») dont nous allons vous parler, avec pour remarque liminaire, outre qu’il semble être habitué à ce que la justice qualifie de « faux et usage de faux »  le fait qu’on pourrait y ajouter une inculpation pour « manque absolu de discrétion » et « éléphant dans un magasin de porcelaine ». Jugez plutôt. Après s’être fait pincer pour une histoire d’achat de pain au chocolat douteux voici que Faouzi Lamdaoui se fait attraper pour achat de followers en masse sur Twitter.

La progression d’un nombre de fans est habituellement quelque chose d’assez linéaire, mais chez Faouzi Lamdaoui, pas vraiment.

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Les deux montées brutales en nombre de fans correspondent très clairement à deux campagnes d’achat de fans distinctes. Comme d’habitude, on a délocalisé les fans, ceux-ci sont indonésiens, ce qui fait un peu désordre (pdf ici).

« Le numérique révolutionne la communication politique, qui doit désormais se déployer dans l’instantanéité, la réactivité, l’interactivité, et passer par l’épreuve de la critique immédiate, du commentaire à chaud, de la sanction multiforme des citoyens. »

Faouzi Lamdaoui (lien)

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Critique immédiate, donc. Le trucage, ici, ne fait pas le moindre doute quand on passe le compte à la moulinette de divers outils…

Mais c’est avant tout l’usage que Faouzi Lamdaoui fait des botnets Twitter qu’il s’est acheté qui plante le décor, et qui l’empêchera de plaider l’habituel « c’est pas nous™ » ou « on savait pas™ » utilisé de façon systématique comme joker par les communicants dans ces circonstances (ce qui pour le moment semble être sa ligne de défense, comme ici, chez Europe 1).

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[Le numérique] «doit jouer sur l’effet de surprise, sur les vitesses d’exécution, sur la maîtrise des codes internétiques pour provoquer le bon buzz et réussir son impact informatif.»

Faouzi Lamdaoui (lien)

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Car Faouzi Lamdaoui ne s’est pas contenté de s’acheter des followers, il achète également des ‘retweets’, permettant de donner un maximum de visibilité au moindre de ses tweets, et dans des proportions qui sont pour le moins déraisonnables.

Ainsi, ses derniers tweets cumulent chacun plusieurs milliers de retweets et de mise en favoris, y compris et en particulier pour les plus creux (voir ci dessus), un score qui n’a rien de crédible avec à peine plus de 40.000 followers, la proportion entre followers et retweet étant pour le moins délirante. A trop vouloir bien faire…

L’animal semble également – selon les analyses d’un célèbre blogueur politique (étiqueté Modem) acheter des statuts sponsorisés sur Facebook (voir ci contre), ce qui, pour le coup, n’est pas triché.

Par contre, l’utilisation de meatpuppet dont le seul destin est de congratuler « l’exceptionnel raisonnement » du « cher conseiller » est des plus cocasse…

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(à y regarder de près, le meatpuppet en question est aussi impliqué
dans le léchage de bottes tunisiennes, nous y reviendrons).

Plus drôle, le bug qui tue : le botnet utilisé par Faouzi Lamdaoui s’est visiblement emballé – il doit être configuré pour booster la visibilité de tout ce qui mentionne son mentor, et n’a pas du tout prévu le cas de figure où des critiques se feraient jour…

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Ce que ne manque pas de remarquer immédiatement Luc Mandret, le propriétaire du compte, faisant voler en éclats l’excuse utilisée par Faouzi Lamdaoui qui expliquait à Europe 1 n’avoir rien remarqué…

Le bug semble avoir été corrigé entre temps, mais a laissé le temps à la communauté des twittos de s’amuser un peu…

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Bref, on progresse dans l’Astroturfing à la Française, et Faouzi Lamdaoui est sans doute ce qu’il y a de plus expert à ce jour, mais même s’il n’en est pas à son coup d’essai en terme d’Astroturfing – en témoigne cette campagne de diffamation orchestrée à l’encontre de Charlie Hebdo à la suite d’un article le critiquant – il reste au Cher Conseiller encore bien des progrès à faire avant d’arriver à la cheville des Coréens.

Vous avez évoqué les nouvelles menaces d’Internet, outil merveilleux de diffusion et d’échange, mais [...] le numérique peut aussi servir de déversoir [...] à l’endoctrinement. Le numérique doit donc avoir ses règles.

François Hollande (diner du Crif, 2014)

En soi, cette opération d’astroturfing n’est pas un drame et c’est plutôt risible, mais c’est un signal faible de première importance, cela montre de façon claire qu’au sein de l’Elysée, on commence à expérimenter avec des approches et des usages de l’internet permettant de mettre en œuvre de gigantesques opérations destinées à manipuler l’opinion publique, ce qui laisse présager, tôt ou tard, d’incidents démocratiques similaires à ce qu’à connu la Corée en décembre dernier.

MISE A JOUR

Opération de diversion ? Depuis la révélation de la campagne d’astroturfing mise en place par Faouzi Lamdaoui, de nombreux politiciens ont vu leur nombre de followers exploser. Une étrange coïncidence…

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Enregistrements de l’Elysée par Patrick Buisson : le concert des pleureuses

mercredi 5 mars 2014 à 10:54

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Pauvre Henri Guaino… « C’est vraiment une trahison« , dit-il à propos des enregistrements de l’Elysée réalisés par Patrick Buisson, l’extrême droitier conseiller occulte de Nicolas Sarkozy. Il a un « sentiment d’effarement« . Pire, il vit « cet événement comme une sorte de viol« . Et il n’est pas le seul, l’auteur du fameux discours de Dakar, à être ulcéré. Après les révélations du Canard Enchaîné, l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin trouve lui aussi la route qui se dessine devant lui, longue, pentue et ardue : « Écouter quelqu’un à son insu, c’est d’une extrême violence« . On a mal pour lui.  »C’est complètement désespérant de la nature humaine« , c’est « profondément choquant« , martelle-t-il. Les pleureuses outragées n’ont pas fini de se bousculer devant les micros. On peut aisément imaginer qu’au fil des révélations à venir, ils viennent, tous nos amis politiques, expliquer combien il faut être dérangé pour écouter les gens à leur insu. Heu… Mais attentez, ne sont-ce pas les mêmes politiques qui votent depuis des années, loi après loi, des textes permettant à l’Etat de s’immiscer au plus profond de la vie privée des citoyens ?

Ne sont-ce pas les mêmes qui ne trouvent rien à redire aux agissements d’Amesys ou de Qosmos ? Qui valident leur financement par l’Etat ? Les mêmes qui ne trouvent rien à redire à l’accord Lustre permettant à l’Etat français de fournir aux services de renseignement américains des millions de méta-données sur les appels téléphoniques des Français ? Les mêmes qui installent des milliers de caméras de surveillance sur le territoire, parfois même, des caméras pouvant visionner ce qui se passe dans des domiciles privés si elles sont orientées correctement, selon le bon vouloir de policiers municipaux ? Ne sont-ce pas les mêmes qui déjà s’offusquaient lorsque l’on apprenait que la NSA écoutait le portable d’Angela Merkel, mais pas lorsque l’on apprenait que la NSA captait les échanges par webcam des internautes ?

De quoi s’offusquent-ils au fond ? Du fait que les Français puissent apprendre ce que disent les hommes politiques à qui ils ont délégué leur pouvoir ? Dans l’exercice du métier (pas de vie privée ici) que les Français leur ont permis d’exercer ? Il semble qu’ils aient à nouveau oublié le fait qu’ils ne sont que les dépositaires d’un pouvoir qui n’est pas le leur. A ce titre, ils doivent rendre des comptes sur la façon dont ils gèrent ce pays.

Et encore, hein… Ils ont de la chance que Spider Jerusalem ne soit pas sur leur dos.

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Quand Fleur Pellerin finance le [plus grand] FabLab [fantôme] de Paris

samedi 1 mars 2014 à 20:13

Arnaud Montebourg et Fleur Pellerin ont lancé un appel à projet FabLabs, fin juin 2013 intitulé « Aide au développement des ateliers de fabrication numérique «  : une très bonne idée qui a visiblement donné des ailes à de nombreux « hackers-makers en herbe », puisque 154 dossier ont été renvoyés. Cet appel à projets a débuté le 25 juin et s’est terminé le 13 septembre 2013. 14 dossiers ont finalement été retenus et se verront verser des aides pouvant aller jusqu’à 200 000 € : ce montant devant couvrir au maximum 70% des besoins d’un FabLab. Jusque là, rien à dire.

Mais, les voies de l’aide d’Etat sont impénétrables et visiblement très  particulières pour Paris et sa proche banlieue.

Si vous connaissez un tant soit peu le milieu des FabLabs, vous devez savoir qu’il existe depuis 3 ans un endroit excessivement dynamique, qui active un nombre impressionnant de projets, avec une équipe de passionnés qui se donne à fond. Ils sont à Nanterre, et se nomment l’ElectroLab.

Leur dossier n’a pas été retenu par Fleur Pellerin et ses conseillers : normal, à l’Electrolab ils font tout à la main, en mode associatif et sont juste en train de monter le plus grand FabLab d’Europe, avec des machines de plusieurs tonnes, à commandes numériques ou pas,un laser de 20 000 watts pour découper de l’acier, (et plein d’autres choses passionnantes en plus des 3D printer). Ils ont plus de 120 membres et 400 abonnés à leur mailing list. Bref, l’Electrolab mérite un article sur Reflets, ce qui surviendra sous peu. Mais ils ne méritent pas que l’Etat s’intéresse à eux. Non, vraiment pas…

Pourquoi ? Et bien…parce qu’un projet de FabLab extraordinaire, génial, (aux service payants) a été retenu en plein cœur de Paris. L’usine IO. Attention, leur site web fait rêver…ou pas, mais il est très beau. L’équipe de l’Usine IO est composé de jeunes gens formidables qui ont tout compris aux mouvements hackers, mais surtout aux opportunité que le mouvement Maker et FabLab représente, pour qui sait s’y prendre.

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Ils sont une entreprise, et Benjamin est leur patron.

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Ce jeune homme de 31 ans dirige aussi une startdown en informatique, Flipshot :

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Et comme toutes les startdowns, Flipshot a du mal à progresser depuis sa création. D’ailleurs Flipshot n’est pas bien recommandé par societe.com :

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Mais tout ça n’est pas très grave, puisque la dotation de Fleur Pellerin va grandement aider ce jeune entrepreneur et son FabLab géant qui doit ouvrir, en 2014, avec une surface de 1300 M2. Oui, bon, pour l’heure, il n’y a pas de localisation, mais on sait que ça doit être dans le centre de la capitale, et tout ça est franchement sans importance.

Le plus intéressant est de voir que la constitution de l’entreprise Usine IO date du 30 octobre 2013, soit plus d’un mois et demi après la fin de l’appel à projet. Mais pointer ce petit vice de forme est vraiment faire preuve du plus mauvais esprit. Parce que ce qui compte dans le High Tech français, c’est avant tout l’énergie, la volonté, et…des bons contacts.

Et puis quand on a comme partenaires, Alactel-Lucent et Dassault Systèmes, on ne risque pas grand chose ?

Enfin, tout dépend quand même de qui s’intéresse à votre cas…

Edit : de gentils hackers un peu fâchés me font savoir que le logo d’Usine IO est tout simplement pillé sur le site d’une grande enseigne américaine de fast-food de luxe, Liberty Burger si si : http://givemelibertyburger.com/ethos/. Comme d’ailleurs la majorité des illustrations qui proviennent de matériels de constructeurs, puisqu’Usine IO n’a aucune machine, puisque pas de locaux, pas de FabLab, mais un super site web, quand même. Et puis Agathe Fourquet est une ancienne maker/hacker émérite de chez Cap Digital, très orientée comm’… ça aide. Mais rien de tout ça ne doit nous faire imaginer que cet appel à projet est bidonné ou aiderait des petits copains. Non, non, non. Tout ça c’est bien fini, parce que le « CHANGEMENT C’EST MAINTENANT », comme dirait l’autre.

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