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Les trackers statistiques ont été supprimés des pages « sensibles » de sites gouvernementaux

vendredi 14 février 2014 à 17:29

supercrapuleReflets est un média maintenu par 4 gus dans garage qui ne font pas que télécharger des documents publics publiquement accessibles sur des questions de santé publique, émis par un organisme public… pour en rendre compte au public (et se faire condamner). Reflets alerte aussi régulièrement les pouvoirs publics ou la presse « traditionnelle », sur des questions en rapport avec les usages (bons ou moins bons) d’Internet.

Nous avions, il y a quelques jours, relevé la présence de codes de tracking statistiques qui nous apparaissaient, sur certains sites de l’administration, particulièrement déplacés, car ces derniers, touchant à l’intime, n’apportaient aucune garantie en terme de protection de la vie privée et de visibilité sur les données collectées, comme sur d’éventuels traitements ultérieurs.

Et il semblerait que notre alerte ait payé puisque le Ministère de la Santé, dont il faut saluer les équipes techniques et décisionnelles pour leur promptitude, a finalement fait supprimer de son site les marqueurs analytics sur les pages « sensibles ». C’est par exemple le cas sur la page dédiée à l’IVG du ministère, ainsi que sur celles d’autres sites web.

Salutations au Ministère de la part d’un cybercriminel dont il a (encore) été victime et qui s’est probablement maintenu frauduleusement dans le code source de certaines pages HTML pour vous le signaler.

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Avec des « si », on mettrait Kitetoa et Bluetouff dans des bouteilles !

mercredi 12 février 2014 à 23:19

v-justiceLa condamnation est tombée, la décision de se pourvoir en cassation aussi. Les commentaires vont généralement dans le sens de l’équipe de Reflets. En d’autres termes, la plupart des gens pensent que cette décision est ridicule sur un plan technique, qu’elle met en situation d’insécurité juridique tous les utilisateurs du Net et qu’enfin, en droit, c’est un peu capillotractée. Mais… Et c’était attendu, certains estiment que Bluetouff devait être condamné. J’ai également connu ces « enquêtes » emplies de juridisme à 2 cents d’euro il y a quelques années.

Voici donc quelques précisions. Je vais mettre des « si » un peu partout parce que les « si », c’est très utile pour parvenir à démontrer quelque chose de juste, ou pas. Et inversement.

Si Bluetouff avait voulu masquer son IP et pirater jusqu’au trognon l’extranet de l’ANSES, il aurait pu le faire.

Il ne l’a pas fait.

Personnellement, j’y vois la confirmation de l’absence de toute volonté délictueuse. Voyez-vous, Bluetouff, comme moi et quelques amis qui restent anonymes, nous avons quelques notions qui nous permettent de réaliser ce qui semble complexe sur le Net : ne pas laisser de trace qui puisse être remontée par les services de police (Eric Freyssinet me dirait sans doute que je me trompe, mais ça se discute). Surtout s’il s’agit d’une opération unique.

Je m’explique…

Lancer toute une série d’attaques, avec le même surnom que l’on médiatise (équipe LulzSec par exemple) rend pratiquement nulle la possibilité qu’aucune erreur ne soit commise, à un moment ou à un autre. Si vous êtes un apprenti nakeur à ailette jaune et que vous utilisez des outils inappropriés, un proxy va vous lâcher, un fournisseur de VPN va vous dénoncer sur requête judiciaire (logique), etc. Si vous êtes un hacker chevronné, une box piratée va vous trahir à un moment ou un autre si vous l’utilisez plus d’une fois.

Ne pas revendiquer un piratage, ne pas le médiatiser, ne pas laisser de traces de votre piratage, ne pas laisser de logs ici où là (sur les machines qui vous ont permis d’atteindre la machine piratée), est une façon de réussir à passer entre les mailles du filet, même si c’est compliqué.

A l’inverse, moi, à une certaine époque, ou Bluetouff aujourd’hui avec l’ANSES, nous médiatisons ce que nous faisons. Nous signons même nos articles avec des pseudonymes complètement éventés. Une simple recherche Gogleuh sur nos pseudos renvoie nos noms réels.

Si Bluetouff ou moi-même il y a quelques années avions voulu tirer un bénéfice de nos trouvailles, nous aurions pu vendre des tombereaux de données personnelles, des fichiers confidentiels d’entreprises qui traînaient dans des serveurs Web publics, que sais-je…

Cela n’a jamais été le cas et la plupart du temps, les données trouvées par hasard ont fini dans les cyber-poubelles de nos ordinateurs.

J’ai déjà évoqué dans un commentaire d’un précédent article que la présence d’une méthode d’identification sur un serveur Web ne préjugeait pas de l’aspect totalement « privé », ou pas, de l’ensemble des contenus du serveur. Il est parfaitement possible de définir des zones de « confidentialité » sur un serveur qui contiendrait aussi des fichiers publics. C’est un peu le travail de l’administrateur de la machine…

Je vous donne un exemple:

[DISCLAIMER : si vous cliquez, vous risquez de vous retrouver dans la situation de Bluetouff]

Ceci est un intranet demandant une identification.

Ceci est le même intranet qui donne accès via Gogleuh à des données personnelles sur ses utilisateurs.

Reprenons : pas de volonté de se cacher, ce qui démontre une totale absence de volonté délictueuse. Accès à des documents publics sur un serveur public placé sur un réseau public.

Publication sur Twitter d’un appel à des scientifiques ou des journalistes spécialisés pour aider à comprendre les documents (médiatisation), publication d’articles sur les sujets évoqués dans les documents… Et on en arrive forcément au sujet qui fâche…

En fait l’ANSES ou le ministère public ne sont pas venus nous chercher sur le vrai sujet : nous avons fait un travail journalistique. La réponse judiciaire est ailleurs. Elle porte sur un supposé piratage. C’est un choix d’un angle juridique.

Ceci devrait alerter nos confrères.

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La théorie de la cause unique ? (2/2)

lundi 10 février 2014 à 12:45

2011 a été une année clef, un moment de l’histoire important. Une leçon a été alors donnée aux occidentaux : par les Tunisiens, puis les Egyptiens. Des peuples, au sens large du terme, puisque ce n’était pas seulement une élite qui menait la fronde, ont décidé de sortir dans la rue pour virer leurs dirigeants. Ce qu’ils ont réussi à faire, au prix du sang, alors que tout portait à croire que cela ne surviendrait pas : la France, par le biais de Michèle Alliot Marie, dans le cas tunisien, proposait son aide aux forces de répression de Ben Ali, fin 2010, en pleine révolution, sans aucun complexe.

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Dans le même temps, ce printemps là, des centaines de milliers d’Espagnols occupaient des places et marquaient leur désaccord avec le principe de la démocratie élective, entièrement à la solde des puissance financières. Aux Etats-Unis, à l’automne, de la même manière qu’en Espagne, des centaines de milliers d’américains occupaient les lieux symboliques du pouvoir financier et inventait le concept des 99%. Le mouvement Occupy était né…et allait mourir quelques mois plus tard, comme celui des Indignados espagnols.  Si l’espoir généré par le printemps arabe a été énorme au Nord, il y a aujourd’hui une réalité peu glorieuse qu’il faut bien observer : les pouvoirs politiques occidentaux ont réussi à étouffer toute velléité de changement dans le fonctionnement du monde blanc, riche et dominant. Malgré un début de révolution pacifique (presque) mondiale des peuples des sociétés les plus riches.

Les 99% : encore une cause unique ?

Le mouvement des #Occupywallstreet a théorisé le mal des sociétés par la captation des richesses, et par ricochet, du pouvoir d’une partie de l’humanité, très réduite, sur le reste. Cette partie de l’humanité est celle qui organise et maitrise la finance internationale. 1% de l’humanité tient entre ses mains la quasi totalité des richesses, du pouvoir politique, et décide pour les 99% restants. « We are thé 99% » résume cette situation, où 99% de la population trime pour enrichir les 1% qui récoltent les bénéfices colossaux engendrés. L’injustice planétaire est très bien résumée dans ce slogan, et celui qui l’a inventé est un anthropologue, féru d’économie, David Graeber. Son dernier bouquin, publié à l’automne dernier « Dette, 5000 ans d’histoire », est un bijou pour qui veut comprendre le fonctionnement des sociétés. Ayant rencontré David pour une interview, il m’a semblé intéressant de parler quelques instants de cette discussion.

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David est un type franchement facile à aborder, très souriant. Pas une once de prétention dans les réponses aux question complexes que son bouquin amène, et après l’interview, aux questions plus personnelles que j’ai pu lui poser, à propos d’Occupy. Comment ce mouvement a-t-il pu s’arrêter aussi vite, alors qu’il prenait des proportions incongrues, pleines d’espoir ? La réponse est triviale, mais sans appel : « ils nous ont écrasés par la force, la répression a été très violente, sans possibilité de résister ». David explique que « des sénateurs ont été contactés, les revendications du mouvement portées au plus haut niveau », et pourtant « ils [les politiques] n’ont pas voulu entendre, ont préféré se protéger. » C’est de mémoire, ce que m’a dit David Graeber. Avec une grimace évocatrice. Comme un constat terrible, sans appel. Alors qu’Occupy est un mouvement qui établit des constats très percutants, justes, dans la foulée de celui des Indignados : une oligarchie financière et politique tient la planète et impose son mode de fonctionnement. C’est une forme de cause unique du problème actuel, mais il est relié à des facteurs si nombreux et historiques, que justement, il ne peut pas être résumé, au final, en une cause simple et finie.

 Acceptation et refus des foules

Les populations occidentales on accompagné ce mouvement de libéralisation de l’économie, de dérégulation financière et de globalisation des échanges. Une majeure partie des électeurs a reconduit aux plus hautes fonctions les Thatcher, Reagan, Mitterrand, Kohl, qui sont les grands acteurs du basculement vers le système capitaliste néo-libéral qui domine la planète. Très certainement, nombreux sont ceux qui ont crû aux bienfaits d’un tel système, et qui le regrettent aujourd’hui. Comment accepter les super-rendements des entreprises géantes transnationales quand des millions de salariés sont maintenus à peine au dessus du seuil de pauvreté ou  licenciés en masse, alors que leur entreprise génèrent des bénéfices colossaux, que l’accès aux soins est de plus en plus difficile chaque année pour une part toujours plus importante des populations ? Cet état de fait est difficile à modifier puisque les politiques de tous bords continuent à cautionner ce phénomène, voire le renforcent, alors qu’ils se disent horrifiés par ses effets, comme François Hollande, élu en partie grâce au combat qu’il promettait d’effectuer contre « la finance, cet ennemi sans visage… »

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Dans le même temps, les populations voient un nombre d’interdictions, de mesures de contrôles, de lois visant à réguler leurs comportements, leur modes de vie, de plus en plus imposant se mettre en place…par ceux qu’ils ont élus : comme si ceux-ci voulaient se protéger de leurs propres citoyens ? Les effets de cet ensemble, que sont la domination de la finance toute puissante, des politiques protégeant et accompagnant cette domination, et des politiques pointant la population comme le principal ennemi, sont désormais visibles. La colère, l’indignation, le refus, l’emballement, prédominent parce qu’un système, ultra sophistiqué, composé d’une galaxie de composants humains, économiques, législatifs, organisationnels, politiques est arrivé à un moment où il dévore ses proies, écrase les dominés de manière trop importante, sans presque aucune résistance.

Où et qui est est l’ennemi ?

Il n’y a pas d’hommes lézards, d’Illuminatis ou de Juifs banquiers complotistes à l’échelle planétaire. Non. Mais par contre il y a des gens qui détiennent un pouvoir énorme, grâce à l’argent qu’un système (politique et économique) totalement débridé leur a permis d’obtenir, et qui procèdent de manière toujours plus injuste pour continuer à conserver ce pouvoir. Ils sont quelques centaines de milliers. Voire quelques millions, puisque le club des millionnaires s’agrandit. En gardant à l’esprit que pour s’y maintenir, dans ce club, il faut que ses membres continuent d’appuyer dans le même sens, toujours plus injuste…ce qu’ils font, et plutôt bien.

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Anonymes pour la plupart, ces hyper-riches, les 1%, ne sont pas combattus. Et certainement pas « combattables » frontalement par la population puisqu’ils n’ont pas vraiment de visages, et ne font en fait que profiter d’une permission : celle de pratiquer l’évasion fiscale, optimiser des profits au delà de la descende, échapper un maximum à l’impôt, écraser légalement tous ceux qui voudraient les ralentir, piller tout ce qui peut l’être, faire passer le maximum de lois allant dans leur sens, organiser au maximum l’environnement humain afin que le « troupeau », les citoyens-clients, soient pieds et poings liés à ce qui les enrichit, eux, les hyper-riches.

Ce qui n’a pas marché

Le printemps arabe a montré ses limites. Bien que les méthodes des populations ont été une source d’inspiration pour les mouvement des Indignés et des Occupy, les situations ne peuvent être comparées. En Tunisie ou en Egypte, la révolution populaire était une insurrection contre un homme et son régime despotique. L’Egypte a pour l’heure échoué a inventer un nouveau système politique plus juste et équilibré. Les Tunisiens, après deux ans de galère causée par le prosélytisme des conservateurs musulmans, commence peut-être à voir un début de lumière grâce à une constitution plus moderne que la française. Pour autant, le système politique, économique, n’a pas changé et n’a pas visiblement vocation à être profondément modifié. Les révolutionnaires, qu’ils soient ceux du printemps arabe, des Indignés ou d’Occupy n’ont pas su proposer « autre chose ». On ne fait pas la révolution sans vouloir imposer un nouveau système, c’est en substance ce que tous les historiens ou politologues établissent.

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Vient maintenant la question du malaise ressenti par les populations les plus éduquées et les plus riches de la planète, qui est réel. Pas seulement en France. Dans de nombreux pays, la grogne est encore plus grande qu’au moment du mouvements des 99%, et pourtant ce message, cet appel à changer le fonctionnement inique des sociétés n’est plus porté. Pire, il a été remplacé par un autre, et cet autre message est un message clivant, stigmatisant. Il est celui des mouvements nationalistes européens qui brulent des villages roms, font la chasse aux immigrés dans les centres-ville, pointent les musulmans ou les juifs du doigt, demandent un pouvoir autoritaire, la fin  de toute union entre les peuples, appellent au repli.

Les responsables politiques français ne sont pas vraiment inquiets de ce basculement revendicatif, bien au contraire. Avec les 99%, c’était une union « transpolitique » qui se dessinait, un véritable tsunami populaire revendiquant des droits, obligeant à une nouvelle forme de démocratie. Et dans celle-ci, même si elle n’était pas vraiment définie, pas vraiment théorisée, ces responsables savaient qu’ils n’avaient plus leur place…

…ce qui pourrait marcher ?

Alors quoi de mieux qu’éclairer un peu fortement les ténors d’une parole clivante, stigmatisante ? Entre Noël et le jour de l’an, par exemple ? En poussant le bouchon jusqu’à interdire par avance un spectacle, et donc, en bafouant la liberté d’expression, au lieu de laisser la justice œuvrer ? Bien pratique, puisque le bouffon-bafoué ami de l’extrême droite ne manquera pas d’en rajouter des couches, de cracher ses provocations au delà de la décence, mais surtout : il drainera des foules qui le défendront, et d’autres qui ne supporteront pas ses saillies stigmatisantes. Ainsi, les cochons se retrouveront bien gardées. Machiavel a tout inventé, il suffit d’appliquer. Si en plus, on est prêt politiquement à créer quelques lois ou réformes qui hérisseront le poil d’une partie de la population religieuse et/ou conservatrice contre le reste, le clivage est encore plus important.

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Homos Vs musulmans et catholiques, Laïcité Vs islam, Bouffon Vs liberté d’expression, Ministère de l’inférieur l’intérieur Vs libertaires, etc…

Dans le grand bordel ambiant et clivant, qui donc passera pour un sauveur de la République au final ? Hum ? Et puis arrêter de penser la complexité de la réalité, pour bondir défendre ou l’un ou l’autre, n’est-ce pas bien pratique, et bien plus confortable ? Plutôt que lancer un grand mouvement transpolitique, une version 2.0 hybride d’Occupy-Indignados, demandant fermement un nouveau système politique, de nouvelles règles économiques qui remettent les 1% à une place de partenaires— et non de bourreaux— c’est un peu plus difficile. Ca demande des efforts, de la sueur, et surtout, en premier lieu : sortir du mode de pensée binaire. Tout en refusant de suivre des personnalités ou des idées marquées par le sceau de la hargne et du mépris, même cachées sous des habits humoristiques. Ce qui n’est pas gagné, c’est vrai. Mais on peut toujours garder espoir.

La théorie de la cause unique ? (1/2)

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La théorie de la cause unique ? (1/2)

vendredi 7 février 2014 à 21:44

Est-ce une nouvelle religion, un phénomène psychologique inexpliqué ou un effet de bord de la vie numérique ? Le mode de pensée binaire, puisqu’il s’agit de cela, est en cours d’envahir toute la sphère de réflexion collective. A chaque problème une solution, mais à chaque problème une cause…unique, ou presque. Bien entendu, la volonté d’expliquer des phénomènes inquiétants ou causant de grosses difficultés, est naturelle, très humaine.

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Mais qui dirige donc le monde, bordel de merde ?

Rester dans l’inexpliqué, entre deux rives, alors que tout se déchaine autour de soi est assez insupportable. Trouver une raison, une cause aux problèmes est donc une démarche humaine logique. Longtemps, les dieux ont été là pour permettre cette explication : capricieux et propices à mettre les être humains dans des situations impossibles, il suffisait, lorsque rien n’allait correctement, de les accuser. Le Dieu unique des monothéismes n’a pas changé grand chose à cette façon d’expliquer le monde puisqu’il a inventé le diable ou les djinns, bref des entités maléfiques censés causer des troubles à l’humanité, la défier, l’obliger à se dépasser. Au XXIème siècle, la techno-science a remplacé la plupart du temps la religion, pour en devenir une, en un certain sens. Mais le fonctionnement par principe de cause unique n’a pas beaucoup varié.

La simplification : vertu pédagogique ?

Dans un monde complexe, hyper complexe, fait de causes et d’effets pléthoriques, en perpétuel changement, avec des inventions humaines toujours plus nombreuses et surprenantes, l’esprit humain en vient à se noyer dans un océan d’informations et d’intrications de phénomènes les plus divers. Internet n’est pas étranger à cet effet de noyade intellectuelle, pour le moins sidérant. Un prochain article traitera de cette problématique d’Internet et de la sidération par trop plein d’informations. Toujours est-il que les scientifiques et experts de tous poils n’ont jamais été autant plébiscités, comme les pythies grecques de l’Antiquité, pour venir éclairer toute cette complexité.

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Attention les enfants, ceci n’est pas un épisode de Star Wars !

Economie, politique, problèmes sociaux, santé, environnement, climat, tout y passe. Notons que les possibilités de séduction des foules pour certains personnages à la faculté oratoire développée sont vastes dans une époque pareille. Conférences, spectacles, meetings, ouvrages, articles, tout est bon pour venir expliquer aux masses le pourquoi du bordel ambiant, pour faire simple. Si l’on analyse les discours de ces spécialistes ou experts auto-proclamés des problèmes modernes, il ressort pour la plupart d’entre eux, malgré de grandes circonvolutions intellectuelles qui voudraient exprimer une complexité de raisonnement, une simplification extrême des dites causes modernes de la difficulté du monde.

…ou outil politique ?

Sur les modifications du climat, d’éminents scientifiques ânonnent la cause unique de l’émission de Co2 par les activités humaines et en viennent à menacer tous ceux qui oseraient chercher une explication multi-factorielle et complexe à l’étude du climat planétaire différente de la leur. Sur le cancer, l’augmentation de la  pauvreté, les guerres, il est fréquent de retrouver des causes uniques, simples, faciles à assimiler et répéter autour de soi. L’ennemi unique est toujours un bon système de pensée pour arriver à soulager l’esprit qui n’arrive pas relier toutes les causes et effets en cours autour de lui.

Confusion

Ainsi, pour certains, l’ennemi est le capitalisme, pour d’autres c’est le socialisme et le trop plein d’Etat, ou bien encore un ordre secret millénaire, des hommes lézards venus de l’espace, les Francs-maçons, les Juifs, l’islamisme radical, ou tout ça en même temps…mais des concepts qui font un « tout » plutôt simple à assimiler. Après tout, une secte millénaire aidée d’hommes-lézards venus de l’espace peut très bien avoir comploté avec un ordre judéo-maçonnique capitaliste qui se cache sous les traits de politiciens socialistes qui créent un nouvel ordre mondial d’Etats tout puissants qui esclavagisent les populations avec l’appui des islamistes radicaux, utilisés pour déstabiliser l’ensemble ?

Tout ça est en fait très sérieux

La vision du monde (post-moderne) que les citoyens tentent d’avoir est très fragmentaire, parce que mouvante et travaillée par de nombreux groupe d’intérêts qui cherchent à engager dans leur sens, le plus grand nombre. A force de manipulations éventées, de tentatives d’influences plus ou moins réussies (de la part de ceux qui en ont les moyens), les populations en viennent à ne plus accorder leur confiance aux élites censées les guider, ou tout du moins les éclairer et améliorer leur sort.

L’explication unique devient alors vraiment importante, nécessaire, sinon, c’est la sensation d’être le dindon de la farce qui supplante tout. Une forme d’écrasement sous le poids de forces terribles, exogènes et anthropique qui au final empêchent l’individu d’exercer son libre-arbitre. C’est ainsi qu’en ce moment, des groupes plus ou moins importants de personnes en France manifestent et cherchent à s’opposer à mal unique qui rongerait le pays. Ils sont différents, n’ont pas tous le même ennemi, mais ont en commun cette simplification des causes. Avec des responsables en ligne de mire. Oui, sauf que la responsabilité, les causes ne sont pas si simples…

(Re)lire Nietszche #oupas

La lecture d’ouvrages du célèbre philosophe fou allemand a tendance à causer plusieurs réactions assez étranges. Parfois c’est exaltant, lumineux, parfois tout devient sombre, incompréhensible, déprimant. Ce penseur n’en reste pas moins un génie, unique dans son genre, qui a su porter très loin la capacité humaine à conceptualiser l’existence et la réalité relative du monde. Lire Nietszche, c’est nager dans la complexité. Ce qui procure à la fois humilité, apaisement et rage, envie de taper sur tout ce qui bouge ou aller se rouler dans l’herbe sous un orage en éclatant de rire. Bref : s’il y a des choses qui aujourd’hui nous guettent, elles sont potentiellement inscrites au fond d’un ouvrage du célèbre penseur qui s’est figé et n’a plus jamais écrit ou parlé après avoir vu un homme qui maltraitait un cheval à Turin.

nietzsche

Facebook est-il un outil nihiliste ?

Parler de Nietszche ne change pas la situation de désarroi désormais établi d’une grande part de la population française, c’est certain. Pour autant, ne pas tenter de remettre un peu de sens dans cette époque, est ennuyeux. Parce qu’il y a du sens, autant dans les emportements de la « manif pour tous », des « bonnets rouges », des « dieudonnistes », du « Printemps français » et autres soraliens, chouardiens, frontistes. Laisser dire n’importe quoi de la part de ceux qui mènent ces groupes, ou qui les soutiennent, si l’on estime leur message réducteur, insultant, dangereux, menant à la violence, n’est pas non plus possible. Mais dans un deuxième temps, ne pas faire savoir que tout cet emballement contestataire est le fruit d’une complexité vaste—mais exprimable—est dommage.

Le fruit d’un processus long et…collectif

Ce n’est pas avec cet unique article que toutes les causes des énervements populaires actuels seront développées. Par contre, sortir de la cause unique (ou presque) des problèmes déclarée par ces groupes, pour aborder la réalité objective des problèmes auxquels nous sommes confrontés, peut être effleuré. Des tentatives ont été faites ici même, sur Reflets, pour comprendre, par exemple, les origines de la crise financière, crise de la dette, crise économique : rien n’est simple, de nombreux facteurs se sont accumulés pour mener des sociétés telle que la nôtre, là où elle en est. Travail difficile, non exhaustif, tentative de chercher à réfléchir sur le monde qui nous entoure : il n’y a pas de volonté de tout résoudre ici, c’est impossible. Mais chercher des pistes, oui.

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Ah ben oui, comme ça c’est plus simple !

Si l’on parles des responsabilités vis-à-vis de l’état de la société, de l’économie, de la société en général, il est assez fréquent de pointer les responsables politiques. Oui, mais : qu’avons-nous fait si ce n’est leur donner notre accord pour qu’ils s’occupent des affaires du monde ? Les citoyens des démocraties occidentales s’empoignent depuis longtemps pour la défense d’un camp contre un autre : gauche contre droite, libéralisme vs socialisme… etc… Et arrive un moment où toute cette belle horlogerie s’écroule : les masques tombent, il n’y a rien derrière ces camps, aucune approche du monde, pas de projet de société, mais seulement des perroquets en costume-cravate ou tailleur, qui récitent les mêmes couplets avec une conviction que l’Actor-studio ne renierait pas. Pour appliquer toujours la même politique, rester aux commandes et faire payer à la population des choix toujours plus destructeurs pour elle.  Et si la population s’en rend compte, le fait savoir, il y a là un moment assez particulier.

C’est ce moment qui est en train de survenir. En sachant que les révolutions arabes, la tunisienne en particulier, ont donné un espoir assez fou en Europe et aux Etats-Unis de pouvoir faire changer le système en place, pour l’amener à moins d’injustice : les indignés espagnols, puis les occupy wall street ont été ce début d’étincelle vite étouffée. Les 99% et les 1% : encore une cause unique ? Cela reste à analyser. Ce que tentera de faire l’article suivant.

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Aidez-nous a façonner une nouvelle star !

vendredi 7 février 2014 à 11:57

lolcat-star« Allo ? Tu sais quoi, je suis dans un congrès de juristes sur les nouvelles technos et devine quoi, on parle de toi ! Si, si, la jurisprudence Tati/KItetoa ! T’est une star ».

Ce coup de fil, je l’ai reçu des dizaines de fois.

Et pour tout vous dire, je me serais bien passé d’être une star de ce genre. Deux ans de bataille judiciaire, une condamnation pour piratage informatique, quelques cheveux blancs, des centaines d’heures passées à préparer sa défense… Bien entendu, j’ai gagné in fine. Bien entendu, la jurisprudence Tati/Kitetoa est une bonne chose pour les internautes. Bien entendu, cela valait le coup. Mais à quel prix ? A l’époque, la solidarité des internautes était un peu moins développée et c’est quasiment seul, avec mon avocat, Olivier Iteanu, que j’ai préparé ma défense.

Dans l’ombre, le Parquet de Paris travaillait pour ma relaxe. Un magistrat curieux et éclairé ne voulait pas d’une jurisprudence qui créerait une incertitude juridique pour tous les internautes. Dans son esprit, il était impossible qu’un internaute puisse être condamné sur la base du RFC6996 (bis).

Cette problématique du RFC6996 (bis) tenait tellement à coeur du Parquet que celui-ci avait même, chose particulièrement rare, émis un communiqué de presse.

Le changement, c’est maintenant, le Parquet de Paris a décidé, dans l’affaire ANSES/Ministère public versus Bluetouff de suivre une démarche radicalement inverse pour des faits similaires.

Toute la communauté Internet crie au scandale, toute la communauté demande à Bluetouff d’aller en cassation pour éviter une jurisprudence stupide et dangereuse. Allez, Bluetouff, vas-y. On te suit !

Pour avoir été dans la même situation, je sais combien il est difficile de ne pas prendre ce combat à bras le corps, il y a comme une sorte de responsabilité à devoir mener cette lutte contre l’irrationnel. Nous savons qu’en termes technique il n’y a pas eu de piratage et qu’une telle condamnation est inique.

Mais nous savons aussi que Bluetouff et Reflets partent pour un combat long et épuisant.

Cette fois, il y a effectivement des gens pour nous soutenir. Dans la presse, dans le monde judiciaire, des particuliers qui veulent bien nous aider financièrement pour le pourvoi en cassation (c’est cher).

Mais ceux qui passeront des heures et des heures à préparer la défense… C’est nous…

Alors oui, nous allons y aller. Ne sommes-nous pas des rainbow hats ? Nous allons y aller pour tenter d’éviter une jurisprudence stupide. Pour essayer de sécuriser juridiquement l’utilisation de Gogleuh. Pour aider à façonner un Internet qui nous ressemble, où il n’y a ni lojins, ni Gogleuh, où l’on peut suivre un lien Google sans risque d’être condamné sur la base du RFC6996 (bis).

Mais nous allons vous demander de l’aide. Financière et médiatique. Il nous faut financer le pourvoi et surtout, il nous (vous) faut faire de la pédagogie. Expliquer les dangers du RFC6996 (bis).

Vous êtes prêts ?

On y va.

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