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Après la cyber utopie, le cyber cauchemar ?

dimanche 23 février 2014 à 20:16

Les analyses à propos du réseau informatique mondial sur les 20 dernières années ne manquent pas, et nombreuses sont celles qui en ont fait l’apologie : le réseau devait nous sauver, ou presque. Une nouvelle ère s’ouvrait, faite d’accès universel à la connaissance, aux savoirs, à l’échange, au partage, à la gratuité. Ceux connectés dans les années 90 connaissent le concept de « village global » promu par les codeurs libertaires, opposé aux « autoroutes de l’information », sorte de cheval de Troie capitaliste dont Microsoft était l’emblème. Village global, autoroutes de l’information : au final, ces concepts un peu creux reflétaient surtout différents espoirs placés dans cet outil génial qu’est Internet. En 2014, que sont devenues les cyber-utopies, et surtout : avons-nous basculé dans un cyber-cauchemar ?

toile-mondiale

De l’Antiquité du net à la révolution industrielle des géants du réseau

Reflets est un magazine un peu particulier par plein d’aspects. Pour résumer, il est l’évolution à travers le temps de passionnés du réseau qui vivent depuis longtemps au sein du réseau et ont une vision particulière du réseau (et du monde en général), vision qu’ils défendent. Cette précision est importante pour tenter d’entrevoir et comprendre la situation actuelle dans laquelle se trouvent le journal Reflets et ses membres vis-à-vis des concepts importants que sont : l’information, le journalisme, le blogging ou encore la réflexion écrite. Le réseau change, de nouveaux outils s’y implantent, ainsi que de nouveaux comportements, de nouveaux types de communications, de modes d’échanges.

modem-9600

Reflets n’est pas un journal classique, avec une ligne éditoriale établie, un rédacteur en chef et des journalistes qui cherchent à écrire des sujets pour se faire payer : c’est un lieu où ceux qui publient font ce qu’ils veulent : informer, enquêter, pousser des coups de gueule, triturer des notions, réfléchir, provoquer, analyser, etc… Cette liberté est directement liée à la cyber-utopie que cet article tente d’évoquer. Ici, sur Reflets, la liberté est de mise, comme à l’époque où les grandes entreprises verticales du net n’existaient pas. Quand l’internaute naviguait à vue, dans un océan de pixels et de bits, ne sachant jamais ce qu’il allait trouver, qui il allait rencontrer, ou ce à quoi il allait être confronté. Une sorte de cyber-Antiquité, un temps mythique où l’aventure en ligne était une réalité.

Après une forme de moyen-âge survenue dans les années 90, une renaissance (?) s’opère dans les années 2000 avec l’émergence de cette notion étrange du web 2.0 —qui voudrait que l’on puisse alors (enfin) fournir du contenu en tant qu’internaute — comme si ce n’était pas possible auparavant (!)—, nous voici arrivés à l’époque de la « révolution industrielle » du réseau. Et quand l’industrie prend le gouvernail, les utopies sont souvent battues en brèche.

Démocratie totalitaire ?

Très tôt des penseurs du net ont cherché à comprendre ce qu’il était réellement en train de se passer, au delà des poncifs vendus à longueur de page web par les cyber-béats de la révolution numérique. « Utopie.net: la réalité Internet après le rêve » (de Pascal Lapointe), est l’un de ces ouvrages, publié en 2002.  Extrait choisi :

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Ce que l’auteur souligne est très éclairant avec des lunettes de 2014, soit 12 ans après : la confusion règne à un niveau rarement égalé, et quant à la démocratie, chacun peut s’accorder à dire qu’elle est plus que vacillante. La loi de programmation militaire, votée en décembre dernier dans la plus grande discrétion, avec son article 20, instaure par exemple une nouvelle forme de fonctionnement démocratique que l’on pourrait qualifier de totalitaire. La démocratie totalitaire est un concept vicieux, puisqu’en surface les citoyens ne peuvent accuser les dirigeants en place pour lesquels ils ont voté, de les bâillonner. La liberté d’expression est garantie, la justice indépendante, mais en coulisse, tous les outils des régimes totalitaires sont en place—et les citoyens le savent parfaitement. Ce que l’auteur d’ »Utopie.net: la réalité Internet après le rêve » analyse, est donc ce retournement d’un outil extraordinaire, le réseau des réseaux, pouvant émanciper les individus, mais menant au final à une nouvelle forme d’asservissement :

extrait-internet-reve2

Cette idée de l’écrasement de la pensée par l’impossibilité de trier les informations trop nombreuses, en flux continu, surpassant les capacités humaines peut-elle mener à une sorte de sidération ? Avec un risque majeur : la paralysie. Est-ce cette paralysie qui est déjà active ?

Contrer le cyber cauchemar

Les mouvements de contestation sont nombreux en France de quelconque bord qu’ils soient, avec les revendications les plus hétéroclites. Tous utilisent le réseau. Plus particulièrement les réaux sociaux, qui  leur permettent de diffuser très rapidement, de façon virale, tout type d’informations, allant de la dénonciation de lois scélérates à des rumeurs les plus absurdes. La société est fragmentée, le réseau est devenu un champ de captation de données personnelles incroyable que les citoyens cèdent dans un aveuglement abasourdissant : Facebook est le système de fichage le plus performant que la DCRI n’ait jamais rêvé, Google (et d’autres que lui), bras armé des gouvernements, scanne la vie numérique du plus grand nombre. Ces constats effectués, il reste pourtant des des voies pour sortir du cyber-cauchemar ayant remplacé la cyber-utopie.

LQDN

Ces voies passent par l’action marquée des collectifs de cyber-technophiles (terme plus précis et moins connoté que celui de geeks ou hackers) ayant pour objectifs, comme ce fut le cas il y a plus de 15 ans— l’accès à la connaissance, l’échange, le partage, la liberté individuelle et le progrès social. Tous ces objectifs ne devraient pas se perdre dans la basse politique, activée de toute part par ceux qui n’ont aucun amour du réseau, mais seulement intérêt à le soumettre à leur propre désir de pouvoir. LQDN en est l’un de ces collectifs, il faut les soutenir encore plus, les mettre plus en avant, et créer d’autres collectifs, comme celui (d’août 2013) de Laurent Chemla, avec son projet de messagerie sécurisée

L’utopie peut être réactivée, ce n’est qu’une volonté de ceux qui la défendent, contre ceux qui poussent au cyber-cauchemar. Avec un élément à conserver à l’esprit : on ne peut pas vouloir quelque chose et agir à l’inverse. La responsabilité est collective, et si la marchandisation du réseau est telle, écrase tout, c’est qu’une majorité la plébiscite. A nous, acteurs de la cyber-utopie, de permettre à ceux qui n’ont pas connu l’âge mythique d’Internet, de les convaincre qu’ils peuvent participer à stopper le cauchemar. Et pourquoi pas, retrouver le souffle des origines ?

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Faites les taire (bis repetita)

vendredi 21 février 2014 à 12:19

blues-brothers

On pourrait ne demander qu’une chose. Qu’ils se taisent. Sans chercher plus loin. Sans se demander pourquoi.

Le simple fait que leurs discours ne soient qu’une litanie d’inepties, qu’une succession de contre-vérités, nous pousse à demander le silence. Mais il y a pourtant autre chose. Un fait qui devrait nous inciter doublement à leur imposer le silence. Par leurs reniements permanents, leur inversion du sens, leurs mensonges, les politiques poussent une partie de la population au fond de la fosse à purin. Et la fosse à purin, c’est excessivement dangereux. Pas uniquement pour ceux qui s’y plongent volontairement. C’est dangereux pour tout le monde.

Depuis le milieu des années 80, les « commentateurs » soulignent combien tous les politiques situés à gauche du Front National poussent les électeurs dans les bras du parti extrémiste. Ce n’est pas une nouveauté. Il y aura toujours des troupes de mono-neuronaux pour penser que le salut passe par le … salut nazi, les cheveux rasés et une bonne dose de racisme.

Ce qui est peut-être nouveau ces temps-ci, c’est la multiplication des gens qui, déçus par les politiques, finissent par se laisser bercer par ce genre très particulier de sirènes. Celles-ci prenant toutes sortes d’apparences. De Dieudonné à Soral en passant par Marine Le Pen, Civitas ou la Manif pour tous.

Il faudrait être sourd et aveugle pour ne pas entendre ou voir la radicalisation d’une grosse partie de la population. La banalisation du poison est en marche. Le discours de Nicolas Sarkozy qui voulait que les Français soient enfin « décomplexés » n’y est pas étranger. Mais les renoncements et les contre-vérités de François Hollande et son équipe ne sont pas anodins.

S’ils se taisaient, tous, peut-être verrions-nous moins de personnes se rallier aux extrémistes ? Au moins peut-on essayer de se raccrocher à  cet espoir ?

Prendre la parole pour dénoncer les fameux renoncements, les contre-vérités, les mensonges, l’inversion du sens est une action à double tranchant et les commentaires sous les articles de Reflets lorsque nous le faisons en sont l’illustration : nous risquons d’encourager certaines personnes à penser : « tous pourris, soutenons le FN qui n’a jamais été aux affaires, donnons leur leur chance de montrer s’ils sont vraiment différents« .  Un résultat inverse à celui qui est recherché.

Et pourtant… Il y a d’autres Voies.

 

desperado

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Faites les taire !

jeudi 20 février 2014 à 12:18

moscovici

Jusqu’à quand ? Jusqu’à quand tolérerons-nous ces déclarations ridicules qui sont une insulte à l’intelligence des peuples ? Jusqu’à quand ? Des exemples ? Ils manqueront de pertinence tant ils sont nombreux, une déferlante sans fin… Le nuage de Tchernobyl qui s’arrête aux frontières françaises, le patron du Medef qui demande que l’on arrête de stresser les patrons alors que dans le même temps on annonce plus de 3 millions de Français à la limite du burn-out… Fleur Pellerin qui veut bâtir une « start-up république » quand on aurait surtout besoin d’une République pour remplacer l’oligarchie en place. Les politiques de gauche et de droite qui se contrefoutent que la France vende des armes numériques aux dictateurs. C’est sans fin, on vous dit.

Il y a aussi le souhait de la chancelière allemande Angela Merkel d’imposer un système permettant aux Européens d’éviter la surveillance de la NSA. Mais faites les taire !

Plus la connerie est grosse mieux c’est ? C’est un concours de leurs communicants ? Sur le mode « celle-là, elle est énorme, tu n’arrivera pas à en faire dire une plus grosse à ton politique » ?

Alors voilà, quelqu’un a suggéré (sans doute) à Angela Merkel que l’opinion publique serait sensible à ce qu’elle s’investisse dans l’affaire Snowden/NSA. Qu’elle prenne position un peu plus clairement. Du coup, elle nous annonce maladroitement l’idée d’une mise en place d’un Internet européen qui véhiculerait les mails et quelques autres données des européens sans passer par les Etats-Unis. La belle histoire que voilà…

Pour réussir une telle prouesse, il faudrait agir sur plusieurs leviers. Une mission impossible :

Angela… Tais-toi, s’il te plaît. Et puisque tu as le numéro de téléphone de tes amis politiques européens, appelle-les et demande leur de se taire aussi. Tant qu »on y est, si les dirigeants politiques pouvaient demander à leurs ministres de se taire également… Et ainsi de suite. Le silence est d’or.

insurrection

La Yegros (El Bendito) a accompagné musicalement l’écriture de ce billet.

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Les trackers statistiques ont été supprimés des pages « sensibles » de sites gouvernementaux

vendredi 14 février 2014 à 17:29

supercrapuleReflets est un média maintenu par 4 gus dans garage qui ne font pas que télécharger des documents publics publiquement accessibles sur des questions de santé publique, émis par un organisme public… pour en rendre compte au public (et se faire condamner). Reflets alerte aussi régulièrement les pouvoirs publics ou la presse « traditionnelle », sur des questions en rapport avec les usages (bons ou moins bons) d’Internet.

Nous avions, il y a quelques jours, relevé la présence de codes de tracking statistiques qui nous apparaissaient, sur certains sites de l’administration, particulièrement déplacés, car ces derniers, touchant à l’intime, n’apportaient aucune garantie en terme de protection de la vie privée et de visibilité sur les données collectées, comme sur d’éventuels traitements ultérieurs.

Et il semblerait que notre alerte ait payé puisque le Ministère de la Santé, dont il faut saluer les équipes techniques et décisionnelles pour leur promptitude, a finalement fait supprimer de son site les marqueurs analytics sur les pages « sensibles ». C’est par exemple le cas sur la page dédiée à l’IVG du ministère, ainsi que sur celles d’autres sites web.

Salutations au Ministère de la part d’un cybercriminel dont il a (encore) été victime et qui s’est probablement maintenu frauduleusement dans le code source de certaines pages HTML pour vous le signaler.

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Avec des « si », on mettrait Kitetoa et Bluetouff dans des bouteilles !

mercredi 12 février 2014 à 23:19

v-justiceLa condamnation est tombée, la décision de se pourvoir en cassation aussi. Les commentaires vont généralement dans le sens de l’équipe de Reflets. En d’autres termes, la plupart des gens pensent que cette décision est ridicule sur un plan technique, qu’elle met en situation d’insécurité juridique tous les utilisateurs du Net et qu’enfin, en droit, c’est un peu capillotractée. Mais… Et c’était attendu, certains estiment que Bluetouff devait être condamné. J’ai également connu ces « enquêtes » emplies de juridisme à 2 cents d’euro il y a quelques années.

Voici donc quelques précisions. Je vais mettre des « si » un peu partout parce que les « si », c’est très utile pour parvenir à démontrer quelque chose de juste, ou pas. Et inversement.

Si Bluetouff avait voulu masquer son IP et pirater jusqu’au trognon l’extranet de l’ANSES, il aurait pu le faire.

Il ne l’a pas fait.

Personnellement, j’y vois la confirmation de l’absence de toute volonté délictueuse. Voyez-vous, Bluetouff, comme moi et quelques amis qui restent anonymes, nous avons quelques notions qui nous permettent de réaliser ce qui semble complexe sur le Net : ne pas laisser de trace qui puisse être remontée par les services de police (Eric Freyssinet me dirait sans doute que je me trompe, mais ça se discute). Surtout s’il s’agit d’une opération unique.

Je m’explique…

Lancer toute une série d’attaques, avec le même surnom que l’on médiatise (équipe LulzSec par exemple) rend pratiquement nulle la possibilité qu’aucune erreur ne soit commise, à un moment ou à un autre. Si vous êtes un apprenti nakeur à ailette jaune et que vous utilisez des outils inappropriés, un proxy va vous lâcher, un fournisseur de VPN va vous dénoncer sur requête judiciaire (logique), etc. Si vous êtes un hacker chevronné, une box piratée va vous trahir à un moment ou un autre si vous l’utilisez plus d’une fois.

Ne pas revendiquer un piratage, ne pas le médiatiser, ne pas laisser de traces de votre piratage, ne pas laisser de logs ici où là (sur les machines qui vous ont permis d’atteindre la machine piratée), est une façon de réussir à passer entre les mailles du filet, même si c’est compliqué.

A l’inverse, moi, à une certaine époque, ou Bluetouff aujourd’hui avec l’ANSES, nous médiatisons ce que nous faisons. Nous signons même nos articles avec des pseudonymes complètement éventés. Une simple recherche Gogleuh sur nos pseudos renvoie nos noms réels.

Si Bluetouff ou moi-même il y a quelques années avions voulu tirer un bénéfice de nos trouvailles, nous aurions pu vendre des tombereaux de données personnelles, des fichiers confidentiels d’entreprises qui traînaient dans des serveurs Web publics, que sais-je…

Cela n’a jamais été le cas et la plupart du temps, les données trouvées par hasard ont fini dans les cyber-poubelles de nos ordinateurs.

J’ai déjà évoqué dans un commentaire d’un précédent article que la présence d’une méthode d’identification sur un serveur Web ne préjugeait pas de l’aspect totalement « privé », ou pas, de l’ensemble des contenus du serveur. Il est parfaitement possible de définir des zones de « confidentialité » sur un serveur qui contiendrait aussi des fichiers publics. C’est un peu le travail de l’administrateur de la machine…

Je vous donne un exemple:

[DISCLAIMER : si vous cliquez, vous risquez de vous retrouver dans la situation de Bluetouff]

Ceci est un intranet demandant une identification.

Ceci est le même intranet qui donne accès via Gogleuh à des données personnelles sur ses utilisateurs.

Reprenons : pas de volonté de se cacher, ce qui démontre une totale absence de volonté délictueuse. Accès à des documents publics sur un serveur public placé sur un réseau public.

Publication sur Twitter d’un appel à des scientifiques ou des journalistes spécialisés pour aider à comprendre les documents (médiatisation), publication d’articles sur les sujets évoqués dans les documents… Et on en arrive forcément au sujet qui fâche…

En fait l’ANSES ou le ministère public ne sont pas venus nous chercher sur le vrai sujet : nous avons fait un travail journalistique. La réponse judiciaire est ailleurs. Elle porte sur un supposé piratage. C’est un choix d’un angle juridique.

Ceci devrait alerter nos confrères.

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