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Vous reprendrez bien un doigt d’agitateur français d’extrême droite ?

mardi 4 février 2014 à 11:21

Comment être d’extrême droite ? Qu’est-ce qu’être un agitateur ? Est-il possible de participer à de nouvelles formes de fascismes sans même le savoir ? Toutes ces questions peuvent trouver une réponse adéquate en se penchant sur le berceau des deux agitateurs français d’extrême droite les plus médiatisés en 2014 : Dieudonné M’bala M’bala et Alain Soral.

Ils ont signé au FN

Ce premier élément est important : pour être d’extrême droite il faut aller dans un parti d’extrême droite. Le FN est tout désigné, puisqu’il est le seul des partis d’extrême droite à participer aux élections (ou presque, comme nous le verrons plus loin). Le agitateur comique antisémite antisioniste, Dieudonné, compositeur de « Shoah Nanas », a soutenu Bruno Goldnish. Alain Soral a milité chez les Le Pen devenant membre du comité central du FN, puis a créé sa propre structure nationalo-populiste : Egalité et Réconciliation. Les deux agitateurs ont donc adhéré à un parti d’extrême droite, le FN, à ses valeurs, son programme, puis ont continué d’agiter les foules avec leur propre parti : le fameux parti antisioniste créé en 2005, pour les élections européennes.

« (…)Dès lors associés les deux hommes vont se rapprocher du Front national et développer ensemble leur « antisionisme », créer ensemble une liste « antisioniste » lors des élections européennes, allant jusqu’à soutenir l’Iran, le Hezbollah libanais, et Bachar el-Assad en Syrie, comme en témoigne nombre de documents sur le site de Soral (égalité et réconciliation) par exemple lorsqu’il se fait le relai du discours du Hezbollah dans cet article parmi de nombreux autres en soutien à ce courant.

Le , Dieudonné se rend à la Fête des Bleu-blanc-rouge du FN au Bourget et y rencontre Jean-Marie Le Pen et Bruno Gollnisch. Cette visite, comprise comme un rapprochement avec l’extrême droite est largement répercutée par les médias qui évoquent l’entourage frontiste de Dieudonné. Dieudonné s’exprimera à plusieurs reprises sur cette visite, déclarant s’inscrire dans une démarche de dédiabolisation et être sensible à « la main tendue [par Jean-Marie Le Pen] aux Français d’origines étrangères et plus particulièrement aux Français d’origine africaine ». (wikipedia, Dieudonné)

dieudonne_europeenne

Gollnish, habitué de la contestation de crime contre l’humanité est trainé en justice en 2004. Dieudonné le soutient alors. Dieudonné dévoile donc son adhésion aux thèses révisionnistes et sa proximité avec le premier parti d’extrême droite français à cette époque et fait un pas encore plus important vers la famille Le Pen, en 2008, en demandant à Jean-Marie Le Pen d’être le parrain de sa troisième fille.

L’extrême droite française : ces grands rebelles

Revenir sur le mouvement Occident, puis son successeur, le GUD, serait un peu long et fastidieux, mais rien n’empêche le lecteur d’aller se documenter sur leurs figures historiques, leurs « opérations coup de poing », leur jeunesse rebelle et leurs revendications politiques. L’intérêt de comprendre et d’étudier un peu l’historique de ces groupes est surtout « philosophique » : ces mouvements se veulent révolutionnaires. Ils luttent contre le système. Comme Dieudonné, aidé de sa quenelle (« qu’il aurait bien voulu enfiler dans le fion du sionisme« ). La jeunesse qui soutient ces mouvements d’extrême droite est le plus souvent « rebelle » (tout du moins elle se revendique comme telle). A l’époque d’Occident, elle en voulait au Général, haïssait les trotskistes, voulait défendre la nation contre le judéo-bolchévisme. Aujourd’hui, elle en veut à Hollande comme à Sarkozy et voue une haine au « système judéo-maçonnique » de manière toute similaire. Sans même s’apercevoir qu’elle participe à un mouvement d’extrême droite, ou soutient un courant de pensée nationalo-populiste antisémite, ce qui est encore plus fort en termes politiques, mais bien plus pernicieux.

Les soraliens et la dieudosphère

Ces deux là font bien la paire : ils se présentent sous la même bannière politique antisionniste, organisent leur insolvabilité tout en affichant une très grande présence sur le web. Soral a été longtemps au RSA et s’en vantait en vidéo, et Dieudonné…n’a pas assez de revenus pour contribuer à l’effort national puisqu’il est insolvable. Pourtant, leur présence, leur pensée, leur parole, arrivent à s’infiltrer un peu partout.

Tout le machiavélisme de la démarche soralo-dieudonnienne est de mêler une analyse politique à gauche de la gauche, sur des sujets préoccupants, comme la construction européenne, la confiscation de l’espace démocratique, l’oligarchie capitaliste néo-libérale, l’impérialisme américain et européen, etc… Leurs dénonciations, constats, sont ceux de l’extrême gauche depuis longtemps. Mais à partir de ces constats, de ces revendications, les deux compères braquent leur guidon vers les théories et les valeurs des fascistes.

Oui, des fascistes : avec comme combat principal, l’antisionisme, terme fourre-tout (pour de nombreux citoyens) mais politiquement correct (vis-vis de la loi), pour accuser de complot, un peuple et sa religion, de tous les maux : les Juifs. Et c’est là où le piège est vaste et que chacun se doit d’être fortement concentré. Parce que les répercussions des engagements de chacun dans l’adhésion ou au contraire, dans l’opposition à ces idées, seront bien plus importantes que quelques ban d’ip. Vouloir se dédouaner d’antisémitisme sous couvert d’antisionisme n’est pas un exercice sans risques.

Antisémitisme fasciste et politique d’Israël

Les mots ont un sens. Se cacher derrière un mot qui voudrait tout résumer pour annuler ce qu’il peut sous-tendre, est dangereux. L’antisionisme est de ceux-là, particulièrement avec Soral et Dieudonné. Savoir que se revendiquer antisioniste est légal alors qu’être antisémite ne l’est pas, est jouer sur une limite. Surtout quand on a frayé dans le plus grand parti d’extrême droite français. Surtout quand on soutient un historien négationniste qui tente pitoyablement de prouver l’inexistence des chambres à gaz, et par là-même, l’innocence du régime nazi, pour invalider l’holocauste, c’est-à-dire la planification froide et méthodique de la destruction de millions d’innocents. S’en prendre au sionisme, qui est une idéologie politique, est légal, donc.

Attaquer une idéologie politique, le sionisme, pour basculer dans la xénophobie fasciste en est une autre. Critiquer la politique d’Israël est absolument normal. Vouloir démontrer que « les appareils politiques, économiques, médiatiques mondiaux sont aux mains des juifs » en est une autre. Surtout quand on en vient à humoriser en chanson sur l’extermination des juifs durant la seconde guerre mondiale ou regretter, à propos d’un journaliste au nom juif, que « les fours ne soient plus en marche ». Rien ne peut venir justifier de tels dérapages xénophobes fascistes. Rien. Ou alors si : la prison. Parce que le fascisme est interdit. Non ? Si ? Voyons voir ce qu’il peut se passer au cas où le fascisme deviendrait « acceptable »…

Accepter l’inacceptable, c’est la mort de la démocratie

Ce que nous a enseigné l’histoire c’est que dans les moments difficiles, de grande tension, de grande difficulté, il faut rester vigilants. Ne pas être faible, ne pas laisser la haine et la zizanie entre les citoyens prendre le dessus. Les démocraties des années 30 ont laissé les fascismes croitre, par faiblesse. Elles ont failli en mourir. La limite entre démocratie, liberté et autorité est souvent difficile à trouver, mais que faire, en réalité contre ceux qui veulent détruire la liberté ? La haine du juif de Dieudonné, Soral et autres fascistes modernes, pourrait être celle de l’Arabe, de l’Africain, du Rom. Leur message serait toujours inacceptable, leur volonté de détruire la cohésion sociale serait la même.

Parce que si la liberté d’expression doit tout garantir, même la possibilité de tenir des propos fascistes, il pourrait donc y avoir des spectacles qui regrettent les machettes pour certains Rwandais, on pourrait faire chanter une chanson « Rwanda-dada » au public pour se moquer du génocide rwandais ? Interdire ces spectacles par avance n’est pas acceptable, mais ne rien faire contre le fascisme xénophobe qu’ils contiennent ne l’est pas non plus. Les xénophobes doivent être condamnés, parce que leur idéologie n’est pas compatible avec celle du vivre ensemble de sociétés qui ont fait le choix de faire cohabiter les différences humaines. Et si rien n’est fait pour stopper les xénophobes dans leur quête frénétique pour attiser les haines, c’est la liberté de tous qui en pâtira, puisque le peu de démocratie qui reste n’aurait même plus la force de combattre ce qui tente de la détruire.

A moins que dans cette époque hyper-connectée de relativisme général et d’incompréhension politique frisant l’hystérie, les mots du fascisme soient plus respectables que la liberté qu’ils veulent écraser ?

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Mais que leur arrive-t-il donc ?

samedi 1 février 2014 à 20:07

L’espace citoyen français est légèrement saturé : nous sommes entrés dans l’ère de la contestation par agrégation de connerie crasse. Quelques explications s’imposent, puisque les ténors de la liberté d’expression, ces contestataires de comptoir qui empuantissent l’espace public et privé ne manqueront pas de venir afficher leur mépris dans notre salon nommé Reflets.

 En 2014, tout se vaut

Cette théorie de l’horizontalité qui voudrait que tout avis se vaut, que n’importe qui peut aborder n’importe quel sujet et émettre son opinion, comme n’importe qui d’autre, et qu’elle doit se respecter cette opinion, est devenue une pratique très ennuyeuse. Voire pitoyable. Sous prétexte d’égalité, de liberté, il faudrait donc écouter, discuter, soupeser tout ce qui est dit par n’importe qui. Par exemple, un comique développe des théories politiques radicales et conspirationnistes, affirme son point de vue décalé et cynique sur un très sombre moment de l’histoire humaine, affiche son mépris pour une communauté humaine, et il faudrait en débattre ? Parce qu’une partie de la population défend le comique en question ? Parce que tous les avis se valent ? Parce qu’un ministre de l’intérieur a décidé de rogner la constitution en interdisant les spectacles du dit comique, alors que la justice a déjà un nombre de plaintes impressionnant à son encontre ? Mais que leur arrive-t-il donc ?

Avez-vous envie de ricaner en voyant cette image ?

decouverte_des_camps

Liberté, liberté chérie…

Il ne faudrait quand même pas pousser le bouchon trop loin non plus. Ce n’est pas parce que Kevin, bourré au bout du comptoir de pixels a un avis sur la Shoah ou sur « le négationnisme et le révisionnisme que c’est pas pareil »- comme l’antisionisme et l’antisémitisme,  que « le fascisme c’est un point Godwin », ou sur la disparition des grands singes, qu’il faut respecter la parole de Kevin. Kevin n’a en réalité jamais lu aucun ouvrage sérieux sur à peu près rien et se contente de mater youtube ou lire trois blogs, et quelques reportages télévisuels du cable, mais il faudrait se sentir obligé d’engager une joute intellectuelle avec lui ?

Kevin est un abruti décervelé qui se prend pour un penseur parce qu’il a chez lui un écran qui lui affiche des informations plus ou moins fiables. Pour autant, Kevin reste un être frustre, inculte, hargneux, inquiet, et arrogant qui aimerait bien exister un peu plus, affirmer ses idées, avant tout. Oui, oui, il y a plein de Kevin qui peuvent s’appeler autrement : Martin, Jordan, Patrick, Jean-Pierre ou Mehdi, Pascal, Mohammed ou Elie.

Le problème de fond de ces individus modernes est leur immense capacité à faire du bruit avec leurs doigts pour produire maladroitement des mots écrits censés afficher leur fameuse opinion. Ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’à force de s’énerver sans bien comprendre ce et ceux qu’ils relayent— avec ces idées « formidables-révolutionnaires-anti-système-politiquement incorrectes-pas-bisounours » [liste à compléter], ils ne font qu’une seule chose : activer la bêtise crasse de la haine. Ce qui les mènera inéluctablement à la violence et à la destruction. Tout ça, sans sourciller, parce qu’ils le valent bien, quand même…

 Mais oui, vas-y, fais toi plaisir…

Tu le vaux bien mon petit, tu as le droit de discuter de la réalité du « complot juif international », de chercher à comprendre si « décidément, cette histoire de Shoah, on n’en ferait pas un peu trop, quand même ? ». Tu peux aussi admirer et financer un type sur une scène qui ricane sur la souffrance de millions d’individus exterminés par un pouvoir politique qui a inventé l’industrialisation de la mort sous prétexte de la supériorité d’une race sur les autres.

Mais oui, vas-y, fais-toi plaisir, devant ton petit écran fabriqué en Asie, remets en cause l’Histoire, la réalité des témoignages de personnes qui ont vécu l’intolérable, l’innommable. Mélange le pouvoir politique israélien avec la « question juive »… Tu le vaux bien, n’est-ce pas ? Ton opinion est tellement importante…tu es tellement important, toi qui t’exprime et pense que ta pensée doit être entendue comme n’importe quelle autre. Fais-toi plaisir…

Abruti.

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#Dieudonné : Note de service de la direction #OSEF de Reflets

mercredi 29 janvier 2014 à 17:29

Dieudonné OSEF

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Mes chers connards…

lundi 27 janvier 2014 à 14:40

karol-Pila

Mes chers connards qui en avez tant contre les Juifs ces jours-ci, moi qui ne le suis pas, je prends quelques instants pour vous donner à écouter.

Karol Pila a attendu d’avoir 80 ans pour parler. Jusqu’ici il s’y refusait. A part quelques mots ici ou là. J’avais eu le privilège de pouvoir le rencontrer et de lui poser une question. Il avait bien voulu y répondre. Cette fois, il parle longuement.

Vous imaginez que s’il avait voulu créer un mythe, comme le disent Faurisson, Soral ou Dieudonné, il l’aurait fait bien plus tôt.

Qui ne peut voir l’horreur et le crime contre l’Humanité toute entière s’exclue de l’Humanité.

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La marche du monde – 25/01/2014 – 1ère partie

(19:30)

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La marche du monde – 25/01/2014 – 2ème partie

(26:31)

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Economie globale : où en est-on ?

lundi 27 janvier 2014 à 12:00

Après 3 années de gouffre financier et bancaire, l’économie mondiale semble connaître une embellie depuis 2011-2012. Sauf en Europe, où le chômage ne baisse pas, la zone euro visiblement pénalisée par une croissance économique très faible. Nombreux sont ceux qui ont parié sur un écroulement général du système économique, avec comme premiers symptômes, la mort de l’euro ou la disparition du dollar comme monnaie de référence, et pourtant, tout semble fonctionner comme avant 2008. Mais que se passe-t-il réellement sur la planète capitaliste ?

dollar

Les banques géantes américaines se sont écroulées, la panique s’est installée : crise des liquidités, crise des dettes, crise économique, spéculation et panique mondiale sur les marchés… L’épisode débuté en 2008 est connu, et son coût abyssal. Des milliers de milliards de dollars et d’euros injectés dans le système bancaire mondial par les Etats pour éviter qu’il ne flanche. Des dettes publiques qui explosent, des déficits qui flambent, et puis…le retour aux vieilles pratiques, comme si rien ne s’était passé. La politique libérale de baisse des dépenses publiques, des charges des entreprises, renvoie la Grèce au XIX ème siècle, et partout ailleurs sur le vieux continent, cette austérité de l’économie orthodoxe écrase les populations sous une chape de moins disant-social. Tout ça pour voir les fameux marchés financiers responsables du « quasi écroulement » de 2008-2009, retrouver des couleurs, parader et venir de nouveau donner la leçon. L’indice boursier français, le CAC40, a progressé de 18% en 2013, pendant que le chômage ne cessait de croître. Les impôts, taxes sur les foyers les plus modestes pèsent de plus en plus lourd. Mais alors que les multinationales continuent d’optimiser leur fiscalité, ou fraudent allègrement, comme certains ministres socialistes, l’économie, de façon générale ne va pas « si mal » sur la planète. Et si la majorité des pays européens ne va pas par contre pas très bien, une tendance à la reprise économique semble pourtant en cours. Décryptage des grandes tendances macro-économiques.

USA : le moteur mondial arrose tout le monde

Aux Etats-Unis, la politique de nationalisations provisoires des grands groupes en difficulté a sauvé des emplois : assurances, automobile, l’Etat fédéral n’a pas lésiné pour empêcher la faillite de ses fleurons industriels. En parallèle, la politique de relance par la planche à billet, le quantitative easing, a maintenu un rythme du crédit de plus en plus intensif : injecter 85 milliards de dollars par mois pendant plusieurs années sur les marchés financiers n’est pas sans effet sur l’économie d’un pays, même lorsqu’il est le plus important au monde en terme de PIB. Au delà de l’économie américaine, ces rachats des bons du trésor par la FED ont aidé les fonds d’investissements et autres acteurs des marchés financiers à investir un peu partout, particulièrement dans les pays émergents. Avoir trop d’argent pose parfois des problèmes, il faut savoir quoi en faire. Il n’est donc pas surprenant de voir des investissements de plus en plus massifs dans ces pays, avec des reprises dans divers secteurs, des croissances boostées par l’arrivée des liquidités américaines.

US-FederalReserveBoard-Seal

Tout cet emballement a permis à quelques uns de s’enrichir pour à moindre frais, en jouant avec le cours des devises, et quand la FED a prévenu que la fin de la récréation n’allait pas tarder,  quelques problèmes de réinvestissements et retraits impromptus ont vu le jour, avec à  la clef, des chutes de performances de certains pays émergents, comme le Brésil. Le Casino continue exactement de la même manière qu’avant, avec la FED dans le rôle du croupier. Le Dow Jones a atteint un niveau historique, plus de 16 500 points en novembre, et de nombreux analystes s’inquiètent : quand on atteint de tels sommets, le risque de crack n’est généralement pas loin. A monter trop haut, on descend obligatoirement à un moment, et plus c’est haut, plus la chute est violente.

Pourtant, l’économie américaine va mieux, le chômage baisse, l’immobilier est reparti comme à la belle époque. En Chine, après des petits passages à vide (très relatifs), le business reprend lui aussi, même si des risques de bulles sont soulignés là-bas, comme un peu partout chez les « émergents ». En Inde par exemple. Mais la croissance économique mondiale est repartie. Même au Japon, grâce à une politique de relance par la planche à billet, là aussi. Pas assez d’inflation au pays du soleil levant, des risques de nouvelle période de déflation, mais dans l’ensemble, ça repart un peu. Tout ça pour ça ? Il n’y aurait rien eu de véritablement unique dans cette crise qui continue d’affecter encore sévèrement l’Europe, il suffirait de réamorcer la pompe à billets, et tout repartirait ? Voyons voir d’un peu plus près ce que peut être la suite des événements, sans parier sur l’avenir, mais en faisant des constats…nécessaires.

La France (et d’autres) va payer cher ses choix

La politique économique de réduction des déficits en pleine récession est une très mauvais idée. C’est pourtant celle qui a été retenue par les décideurs politiques socialistes aux manettes en France, comme dans tous les pays de la zone euro. Les effets sont connus : impossibilité de reprise conséquente de la croissance, fermeture d’entreprises, augmentation du chômage, paupérisation d’une part de plus en plus importante de la population. La dette ne baisse pas pour cause de manque de recettes : moins vous investissez, moins les entreprises ont de commandes, moins la dynamique générale économique est bonne, moins les entreprises payent d’impôts. Bref : un pays qui n’exporte que très peu, importe beaucoup, et dont l’Etat diminue son budget et ses dépenses, est un pays qui s’écroule. Surtout quand ce même pays a eu une politique de désindustrialisation massive durant les quinze dernières années. Les dernières prévisions des observatoires économiques ne sont pas très bonnes, et pour cause : rien n’a changé. La seule chose qui est en train de se passer est un transfert des économies des Français vers les caisses de Bercy pour satisfaire la Commission européenne. Bercy qui vient tout juste d’arriver à sortir de la liste noire des paradis fiscaux, en à peine 5 mois,  Jersey et les Bermudes…Il faut dire que les plus grandes banques française,BNP Paribas, Société Générale et Crédit Agricole y sont très bien implantées. Ce serait dommage de les pénaliser, même si les paradis fiscaux en question n’ont absolument rien changé à leurs pratiques.

ACtifs-banques

Cette problématique bancaire inquiète les analystes, qui préviennent d’un risque encore très important dans la zone euro si le ménage n’est pas fait dans les institutions financières. Mais en Europe, on se moque de toutes ces remarques : l’important c’est de réduire la dette et les dépenses sociales, abaisser le coût du travail, pour concurrencer la planète entière. Pour la concurrence, c’est un vœu pieux plus proche du fantasme ou du blocage mental que d’une réalité possible à atteindre. Sauf que les penseurs de la chose économique ne proposent qu’une alternative, et celle-ci est donc faite d’un seul mot d’ordre : la politique de l’offre (forcée).

Le président français fait partie de ce club des penseurs de l’économie à sens unique et vient d’en démontrer la quintessence avec son « pacte de responsabilité » : l’allégement des cotisations pour les entreprises en échange d’embauches. Pour faire court, Hollande croit que ce qui coûte cher dans le prix d’un produit, c’est le salarié. Sauf que le coût salarial représente 20% en moyenne dans le prix de production. Avec ses réductions de charge, les entreprises vont gagner entre 2 et 3% de coût de production. Pour un produit à 10€, il ne coutera plus que 9,70 à produire. Décoiffant ! Avec un tel avantage financier, assez risible, Les entreprises vont faire une seule chose, comme à chaque fois, parce qu’elles ont réduit leurs marges, et qu’une entreprise, ça sert à faire de la marge : elles vont reconstruire leurs marges. Pour embaucher, il faudrait qu’il se passe autre chose : que les carnets de commande augmentent. Avec une croissance à 0,9% ou 1,2% selon les pronostics, elles ne pourront pas.

Europe, Asie, USA : le grand perdant est ?

La crise financière s’est résorbée provisoirement sous l’effet des tours de passe des banques centrales. La crise des dettes est en stand-by tant que les fonds spéculatifs ont décidé que ça les intéressait moins d’attaquer des pays plutôt que de récupérer de l’argent pas cher via les banques centrales. Au final, si rien n’est fini pour autant, l’Europe est partie pour une bonne décennie de marasme économique aux contours inquiétants. La compétition mondiale, si rien n’est fait d’un point de vue protectionniste, est perdue d’avance : les émergents, asiatiques en tête, sont en plein boom et ne s’embarrassent pas de lois protectrices, qu’elles soient sociales, environnementales ou politiques. Alors que peuvent bien faire les dirigeants européens dans leur infinie sagesse ? Pratiquer le protectionnisme pour sauver le peu qu’il reste à sauver et empêcher la compétition totalement déloyale qui s’exerce et va finir par tout ruiner ? Lancer des grands chantiers modernes autour des énergies renouvelables pour redonner de l’oxygène aux industries et aux services ? Forcer les banques à financer l’économie réelle et en finir avec l’évasion fiscale qui écroule les caisses des Etats ? Non. Rien de tout ça. Il semble que l’Europe va tenter d’ouvrir encore un peu plus les vannes de la compétition en participant à un grand espace libéral transatlantique sponsoriée par les Etats-Unis, qui bien que reporté à juin pour cause de grogne populaire, sera mis en avant pour « sauver l’Europe du déclin ».

greceausteriteemarches

Les grandes entreprises mondialisées y trouveront leur compte. Les citoyens ? C’est nettement moins certain. L’euro est une monnaie étrange puisque unique et non pas commune, ce qui l’amène à être surévaluée et empêche toute dévaluation par des pays qui en auraient bien besoin. Comme la France, l’Italie, la Grèce, l’Espagne ou le Portugal. Tenir une compétition mondiale, contre des pays comme les dragons asiatiques est sans issue, perdu d’avance dans ces conditions, en termes de performance globale des pays. Il y aura donc ajustement sur les capacités de financements sociaux des Etats, et un écart déjà visible entre performance des géants de l’International et le reste : PME, artisans, salariés, etc…

Difficile de savoir comment va tourner l’économie européenne (et mondiale), mais une chose est certaine, dans tous les cas de figure, si rien n’est fait pour changer le cap du système économique, ses fondamentaux, les populations souffriront de plus en plus. Qui s’en préoccupe ? Pas les responsables politiques, visiblement. Puisqu’en réalité, cette économie n’est pas faite pour l’amélioration du bien commun, elle est une forme subtile d’achat de la planète par les plus puissants, au détriment de ceux qui en font pourtant la richesse : les peuples.

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