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Restez assis, le lobby des Big Data s’occupe de vous

vendredi 6 décembre 2013 à 01:24

assises2 Quelqu’un a croisé quelqu’un qui a eu le courage de poser ses fesses sur les sièges du Théâtre des Variétés, le mardi 3 décembre? Désolé, moi j’avais piscine. Ce jour-là, pourtant, il y avait du beau monde pour un programme alléchant: les 6èmes « Assises du Numérique », organisé par le CNN, le Conseil national machinchose créé par l’ancien président pour amuser la galerie. J’ai vainement essayé de trouver des dépêches, des papiers ou des billets sur ce truc. Même Zdnet, « partenaire de l’évènement », a publié une bafouille la veille, mais rien de concret depuis. Excusez-les, ils doivent encore être en train de lustrer les rotatives. Faut être patient.

Pourtant, elles étaient placées sous de bonnes étoiles, ces Assises. Ou alors faudrait-il dire Grande messe, car le tout était « sous le haut patronage » de plein de monde vachement important… Le Président Hollande himself, Neelie Kroes, Archevêque européenne à la « Stratégie Digitale », Fioraso, archiprêtre du centre Minatec de Grenoble et accessoirement sous-ministre à la Recherche, mais aussi Montebourg, pasteur en chef du Made in France et d’autres ecclésiastiques bien en cour. Ne manquait que Fleur Pellerin, la sacristin chargée de l’économie numérique, qui devait être prise à faire ses ablutions.

assises1Sans avoir assisté aux ébats, quelques tables rondes méritaient le détour. Par exemple, celle titrée «Fiscalité Numérique, comment favoriser l’innovation ?»

Le 30 octobre, le Canard Enchaîné nous apprenait que de vaillants députés tentaient de faire sauter quelques verrous sur l’optimisation fiscale, qui permet à de grands groupes d’échapper à une grande part de l’impôt qu’ils devraient payer grâce à de savants montages au sein même de l’Union européenne. Le quotidien Les Échos, un peu plus tard à la mi-novembre, confirmait que la prochaine loi de finances serait intraitable avec ces margoulins. Selon la mission d’information sur l’optimisation fiscale des entreprises, publié en juillet par le député PS Pierre-Alain Muet, « les cinq grandes entreprises mondiales du numérique (Google, Amazon, Facebook, Microsoft et Apple), qui feraient au total 8 milliards d’euros de chiffre d’affaires en France, y payent 37 millions d’euros d’impôt sur les sociétés au lieu de 800 millions ».

C’est bien beau, mais les lobbys restent tapis dans l’ombre. Le débat sur la fiscalité aux Assises annonçait la couleur:

Le numérique français ne se développe pas à la vitesse de celui de ses concurrents européens et mondiaux. Selon certaines analyses, la fiscalité actuelle en est partiellement responsable ! [sic] Sur un marché par nature mondialisé où la concurrence fiscale régie le bas de bilan de nos entreprises, quelles sont les propositions qui permettraient de remédier à la situation de relative faiblesse concurrentielle de la France dont certains s’évertuent à le crier à tort ou à raison ?

La personne qui animait ce débat, c’est un certain Guillaume Buffet. Un « net-entrepreneur » qui préside « Renaissance numérique ». Ce machin se présente comme « think tank » pour la galerie, mais c’est un vulgaire groupe de pression à l’ancienne. Lobby qui compte Google, Yahoo, Microsoft ou Viadeo (un des concurrents français du géant Facebook) dans son club des fans. Bref, la loi de finances 2014 n’est pas encore prête à faire vaciller les géants du Net dans leurs petites acrobaties fiscales.

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Ce même symposium, pourtant préparé en pleine affaire Snowden, prévoyait aussi de réhabiliter les « Big Data », surnom donnée aux métadonnées collectées à tout-va par les charognards de la vie privée pour fourguer aux internautes des pubs chirurgicales — et pour servir d’os à ronger aux services répressifs comme on l’apprend tous les jours. L’atelier est intitulé, sans rire, « Big Data is Beautiful ! » Le tout orchestré par Medhi Benchoufi, présenté comme un mathématicien et co-fondateur d’un autre think-tank converti à la même religion en « ique », le Club Jade. La chose est ainsi présentée:

Les quantités de données générées chaque jour sont colossales. Dépassent parfois notre propre imaginaire. Des quantités qui constituent un trésor pour l’analyse de phénomènes complexes, l’opinion, le marketing, le life science, le croisement de calculs scientifiques… (…) Big Data où comment retirer « l’essence » du monde de données qui nous entourent : deviendra t’il le nouveau carburant de l’industrie du 21ème siècle ! »

Aucune allusion aux effets collatéraux de ce big marché — l’espionnage à grande échelle de ces même « grosses données » par les services de renseignement. Pourtant, comme intervenants à cette table ronde, il y avait du lourd:

Au passage, rappelons que le laboratoire à idées cité plus haut, Renaissance numérique, milite — pardon, « s’interroge » — contre le « droit à l’oubli », qui obligerait les marchands d’identités à effacer toute trace d’une personne qui en ferait la demande.

Et, dernière pantalonnade, Renaissance numérique, tout comme le vaisseau amiral de la confrérie, l’ASIC (Association des services internet communautaires — c’est à dire Google, Facebook, Microsoft, Ebay, Dailymotion/Orange…), se répand en communiqués rageurs pour critiquer la prochaine loi de programmation militaire, qui prévoit de légaliser le chapardage systématique des métadonnées. (Ici la fausse pudeur de RN, et là la bafouille démago de l’ASIC). J’attends avec impatience les comptes-rendus détaillés de ces « Assises » pour apaiser mes craintes.

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Précision : Reflets ne relaye aucune idée véhiculée par Alain Soral ou Fdesouche

jeudi 5 décembre 2013 à 19:01

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En voilà un exercice difficile… Reflets aime Arrêt sur Images. Nous relayons souvent leurs articles. Nous pensons qu’ils font un travail salutaire de critique du secteur de la presse. Un exercice auquel nous nous livrons également de temps en temps. Alors, dire que Arrêt sur Images a fait un truc pas très sympa, c’est compliqué.

Mais nécessaire. Pourquoi ? Parce que relier de près ou de loin Reflets ou l’un de ses contributeurs  à Alain Soral ou Fdesouche, c’est à peu près le pire qui puisse nous arriver.

Les idées d’Alain Soral et de Fdesouche sont à plusieurs milliards d’années lumières de celles de l’équipe de Reflets.

Fabrice Epelboin a participé à l’émission 14:42 d’@si, PCInpact et Jean-Marc Manach. Tous des amis de Reflets

Dans cette émission, Jean-Marc pose une question à Fabrice Epelboin sur un « appel d’offres » de l’Union Européenne pour la mise en place d’une « troll patrol » visant à contrecarrer les eurosceptiques sur le Net. Fabrice, comme toute personne interrogée dans une émission ou un reportage de télévision a dû résumer en quelques minutes un sujet qui mérite des heures d’explications. Il y a donc dans la question de Jean-Marc et dans la réponse de Fabrice une approximation. Il n’y a pas d’appel d’offres de l’Union Européenne. Mais des dépenses pour contrecarrer les eurosceptiques. Cette approximation a chagriné @si et Reflets s’en est expliqué ce matin avec Daniel Schneidermann au téléphone.

Les explications de Daniel Schneidermann sont légitimes. Notre amertume à être assimilés (dans la première version de l’article au moins) aux fascistes, l’est aussi.

On peut comprendre qu’@si qui critique parfois l’approximation de la presse veuille faire son auto-critique si cela est nécessaire. En revanche, que la critique ne porte que sur Fabrice, avec un article relativement long qui lui est dédié, c’est peut-être un peu trop. Ce qui fait mal, c’est l’amalgame que le lecteur de l’article initial (il a été modifié depuis) ne manque pas de faire entre complotistes, eurosceptiques, extrême droite (Alain Soral  et Fdesouche), Fabrice Epelboin et Reflets.

Pour être précis, citons quelques passages de l’article d’@si :

On a cherché à en savoir plus. Epelboin s’appuie notamment sur un article du Telegraph de février 2013. Problème : en lisant l’article, il n’est pas question d’un appel d’offres mais de documents confidentiels qui indiqueraient qu’une partie du budget de communication du parlement européen pourrait être consacrée à des « outils de suivi de l’opinion publique ». En clair, de la simple veille sur les réseaux sociaux pour repérer les sujets qui montent et ensuite orienter la communication du parlement européen. Une communication officielle qui passe notamment sur les réseaux sociaux. Mais de quelle manière ? Tout est une question de sémantique. Dans l’article du Telegraph, l’eurosceptique Paul Nuttall, leader d’un parti pour un Royaume Uni libre et indépendant, assure que des fonctionnaires de l’UE pourraient être incités, voire payés, pour répliquer aux eurosceptiques sur les réseaux sociaux. De manière cachée ? Avec de faux comptes twitter ? Ce n’est pas précisé.

Bien que reposant sur des documents confidentiels et les accusations, non vérifiées, d’un eurosceptique britannique, l’article du Telegraph …

L’article du Telegraph, journal qu’@si relaye très souvent sous la plume de Gilles Klein, précise en introduction : « The Daily Telegraph has seen confidential spending proposals and internal documents planning an unprecedented propaganda blitz ahead of and during European elections in June 2014. » Un journal qui a pignon sur rue outre-Manche indique qu’il a vu des documents (ils existent donc, sauf à croire que le journaliste ment) qui prévoient des dépenses pour une campagne agressive d’ici les élections de juin 2014. La majeure partie de l’article porte sur ce qui est décrit dans ces documents et une petite partie de l’article porte sur l’avis d’un eurosceptique sur les mêmes documents. La tournure de phrase de Sébastien Rochat (qui a visiblement écrit l’article d’@si) est pernicieuse. Elle laisse entendre que tout cela pourrait n’être qu’élucubrations. Les documents seraient « confidentiels » et donc on n’aurait aucune preuve de leur existence. Par ailleurs, les accusations d’un eurosceptique non vérifiées risquent bien d’être fausses.

… a franchi la Manche et a notamment été repris par le site d’extrême-droite Fdesouche.com, par Egalité et réconciliation d’Alain Soral, 

Et par qui est repris cet article douteux du Telegraph ? Par l’extrême droite. L’une des pires que l’on puisse trouver sur le Net. Ce n’est pas glorieux. Belle source, monsieur Epelboin… Bravo! (c’est tout du moins ce que le lecteur non curieux pensera).

Une source britannique, rappelons-le,  qu’@si cite souvent.

ou encore par 20Minutes, l’Express(.be) ou enfin Russia Today. Une interview vidéo de Paul Nutall circule également sur le web.

Ces sources ont été ajoutées par la suite, le premier jet de l’article faisant même quelques allusions à du complotisme.

« C’est de la communication sur les réseaux sociaux », finit par reconnaître Epelboin, tout en se déclarant gêné qu’une « telle communication vienne influencer des électeurs ». Encore faut-il le prouver.

La dernière phrase de la chute est également intéressante en ce sens qu’elle sous-entend -par extension- l’idée que tout ce qu’à raconté Fabrice « reste à prouver ». Ce sont les téléspectateurs / lecteurs d’@si qui le « prouvent » le mieux dans le forum lié à cette émission. Il est étrange de voir l’argent des contribuables dépensés à faire la chasse aux trolls ou aux euro-sceptiques. Si une telle équipe est envisagée par l’UE c’est probablement plus pour « influencer » les électeurs (« planning an unprecedented propaganda blitz ahead of and during European elections in June 2014.« ), que pour réfléchir aux textes les plus pertinents pour améliorer le quotidien des Grecs, des Portugais, des Espagnols, des Chypriotes, etc.

Cet article, qui ressort comme une petite pique à l’encontre de Fabrice Epelboin de la part de Sébastien Rochat alors qu’il devait être un rectificatif d’une approximation de Jean-Marc Manach et de Fabrice, semble qui plus est, se révéler être un « pure fail » comme on dit par chez nous. Piqué au vif, Fabrice a retrouvé la trace d’un marché pour un logiciel de veille de l’opinion sur le continent EU.

Voici la description de l’usage qu’en ferait l’UE :

- diffuser des messages-clé et en mesurer la dispersion,
- identifier les influenceurs,
- comprendre les préoccupation des citoyens en analysant les conversations portant sur l’UE,
- améliorer la communication en prenant relais sur les influenceurs,
- évaluer le « sentiment » des conversations portant sur l’UE,
- rester en alerte sur les communication des influenceur importants et stratégiques,
- identifier ce qui a trait à l’agenda de l’UE,
- focuser sur les messages important, mesurer le succès de leur diffusion ou les raison de leur échec,
- détecter les phénomène viraux liés aux sujets relatifs à la CE.
La « promesse produit » est assez lolesque :
- Don’t focus just on technology but on how results will lead to concrete actions.
- Find the way to combine all types of media that may impact or reflect the opinions of your target audience.
C’est très aspirationnel, comme on dit dans la com

 

[En] European Com Summit 2012 Conference from Spotter

Pour l’écriture de ce papier, j’ai choisi d’être accompagné par deux types de musique. Fairouz pour la douceur de sa voix (ne pas s’emporter en rédigeant) … (lire la suite plus bas) …


… et les Bérus parce que tout de même, ce sont ceux qui parlent le mieux des fachos auxquels nous avons été -par mégarde et/ou par procédé trollesque bien éprouvé- assimilés par Sébastien Rochat. Je voudrais citer un petit bout de la chanson Porcherie remaniée à l’occasion du concert d’adieu de Bérurier Noir à l’Olympia en 1989 (à partir de 3:33). C’est notre petit salut à toi à l’adresse d’Alain Soral et de Fdesouche…

 

 

Allez, levez les doigts, levez les doigts, tous les doigts.

Alors on vous fait confiance.

Plus jamais de 20%, plus jamais, nous serons toujours contre.

C’est ça le mouvement de la jeunesse, le mouvement de la jeunesse.

Alors à toutes les manifestation nazies, soyez là, soyez présents et empêchez-les.

Car nous sommes noirs, nous sommes blancs, nous sommes jaunes.

Et ensemble nous sommes de la DY-NA-MYTE.

La jeunesse emmerde le Front National

 

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Wikileaks, Snowden, transparence et journalisme…

jeudi 5 décembre 2013 à 11:18

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A l’occasion de la sortie en salle d’un film controversé sur l’épopée Wikileaks, France-Info propose un sujet sur Wikileaks, Snowden, les lanceurs d’alerte et les journalistes. Les premiers ayant révolutionné le travail des derniers. Il ressort du sujet de France-Info que l’implication des journalistes dans le processus de révélation de documents confidentiels par Wikileaks ou Edward Snowden est une bonne chose. Elle permet de trier, analyser, mettre en perspective les informations. Est-ce vraiment le cas ?

Les journalistes opèrent un tri. Bien entendu, toute liste d’informations peut être classée en fonction de l’importance de chacune d’entre elles. Ce tri n’est pourtant pas anodin. Les citoyens d’un pays peuvent se sentir plus concernés par un sujet qui les touche que par un sujet qui implique un pays lointain. Les journalistes choisiront donc de mettre en valeur les informations dont ils estiment qu’elles intéresseront le plus leurs lecteurs. C’est la loi de proximité appliquée aux lanceurs d’alerte. Cette loi de proximité consiste généralement à mettre en « Une » l’opération de la prostate de François Hollande, et les 1000 morts en Inde en brève, au bas de la colonne de droite d’une page impaire. Cuisine interne… Qu’on le veuille ou non, cette démarche journalistique consiste à penser à la place du lecteur. Ceci va t’intéresser et cela, non. Je t’impose une lecture en fonction de ce que je crois important pour toi, ami lecteur. Les choix éditoriaux sont, comme leur nom l’indique, des choix. Avec les conséquences associées à tout choix.

Dans le cas qui nous intéresse, les choix ne se limitent pas aux informations qui seront mises en valeur. Il s’agit aussi de « censure » déguisée. Pour toutes sortes de bonnes et/ou mauvaises raisons, les journalistes qui ont eu à traiter des informations de Wikileaks, des OffshoreLeaks (tiens, c’est fini ces révélations qui devaient porter un coup fatal à la Finance ?), des révélations d’Edward Snowden, ont omis de publier des parties importantes dans des présentations powerpoint, des détails techniques, certaines parties ont été masquées…

On comprend aisément que le lanceur d’alertes demande aux journalistes avec qui il travaille de ne pas révéler certaines parties pour se protéger ou protéger une source. C’est un peu plus dur à comprendre lorsque c’est le journaliste qui décide de le faire de son propre chef. Or, en ce qui concerne les documents d’Edward Snowden, chaque journal a, à plusieurs reprises, censuré certains passages. Pour les mêmes documents, les passages épurés sont différents. Il s’agit donc d’une décision interne et pas d’une demande d’Edward Snowden.

TechCat h4z more SkillZ th4n you, journos…

Les sujets évoqués par Wikileaks, les OffshoreLeaks ou Edward Snowden sont généralement très pointus. Finance internationale, Technologies Internet complexes, écoutes, ces sujets demandent des connaissances techniques pointues. Les journalistes qui mettent en perspective ces informations seraient-ils les mieux placés ?

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Bien entendu, Jean-Michel Aphatie est tout à fait légitime sur ces sujets, tout comme Christophe Barbier. Ces deux journalistes font pâlir Wikipedia et l’Encyclopædia Universalis. Mais les autres ? Internet a démontré depuis des lustres que certains particuliers avaient des connaissances sur certains sujets, bien plus larges que celles des journalistes spécialisés. Prenons un exemple… Préférez-vous une analyse technique d’un journaliste sur les écoutes de la NSA ou celle de ce blog ?

Préférez-vous un site permettant de fouiner dans une masse complète de données révélées par un sonneur d’alerte ou des articles épars, contenant des bouts de documents dans un journal ? On aurait pu imaginer qu’Edward Snowden (ou Wikileaks en son temps) définisse avec les journaux « partenaires » les documents publiables et ceux qui ne le sont pas. Ensuite, ces documents auraient été mis en ligne. Après seulement, les articles les mettant en perspective auraient été publiés au fil des mois.

Enfin, mieux vaut un gros crowdsourcing que quelques personnes pour analyser un document, cela aussi, Internet l’a démontré depuis longtemps.

Mais c’est moins bon pour le buzz.

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Tatouage : réglementation sanitaire et lobbying des dermatologues

samedi 30 novembre 2013 à 13:15

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Nous avons eu les psy, venus demander à l’état de légiférer en se mêlant de l’éducation donnée à nos enfants. Puis, les institutions religieuses et même d’état (les maires) réclamant à l’état de ne pas autoriser les mariages homosexuels. Mais aussi les pharmacies, venues pleurer pour qu’on leur octroie la distribution de e-cigarettes.

Maintenant nous avons les dermatologues, venus pleurer dans les jupons de l’état sous couvert de l’ANSM, pour nous dire que « le métier de tatoueur n’existe pas » dixit le Pr Nicolas Kluger dermatologue à l’Hôpital universitaire d’Helsinki, et que les encres utilisées sont nocives.

Vous avez dû l’entendre depuis quelques temps déjà, cette nouvelle qui gronde depuis mars dernier : l’utilisation d’encres de couleurs servant dans les tatouages sera interdite en France ? What ?! Et bien, c’est officiel depuis le 27 novembre.

Le Syndicat National des Artistes Tatoueurs, avec en tête Tin-Tin, a été entendu le 27 novembre dernier par le député Olivier Véran. En effet, le SNAT proteste contre cet arrêté qui interdit les encres colorées dans les tatouages et n’a réussi à obtenir qu’une prolongation de remise de peine au 1er janvier 2014, mais le SNAT espère bien faire annuler cet arrêté.

Que l’on remette bien les choses en place. La plupart des tatoueurs se fournissent auprès du Chemical-Technological Laboratory, un laboratoire allemand certifié et accrédité au niveau européen notamment pour les produits de tatouage. Accrédité au niveau européen oui, mais pas en France, puisque la France ne reconnait pas cette accréditation. Si les tatoueurs ne se fournissent pas auprès de ce laboratoire, ils se fournissent la plupart du temps sur le territoire, et ce pour des raisons de sécurité. En cas de problème avec les encres, le tatoueur se retournera vers son fournisseur d’encres.

Là où le bat blesse, c’est qu’aujourd’hui cet arrêté interdit bon nombre d’éléments chimiques entrant dans la composition des encres de tatouages, car l’ANSM n’est pas en mesure aujourd’hui de déterminer le degrés de toxicité ou même et pire encore, de savoir lesquels peuvent provoquer des allergies. Aussi, ils en arrivent à la conclusion que ne seront autorisées que quelques couleurs comme le noir, le blanc, le violet, le vert. On ne parlera pas du rouge source d’allergies, et du bleu contenant du cobalt, lui aussi allergène. Comprenons, tout de même que ces composés chimiques se trouvent déjà dans certains aliments. Pour exemple, le Bisphénol A, interdit dans les tétines et biberons, est lui, présent dans le téflon de vos poêles.

 

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De plus, le Pr Nicolas Kluger, souligne, que beaucoup de personnes tatouées regrettent et/ou ont des ennuis d’allergies, et qu’il faut par la suite les enlever au laser.

Oh là là là. Une rentrée d’argent non remboursée par la sécurité sociale et qui rentre directe dans ma poche en plus… ? Zut, je dois pouvoir trouver une solution. Oh mais attendez les amis, et si on interdisait les encres de tatouages. Laissons leur le noir et le blanc. De toutes façons « Ce que les gens ne savent pas, c’est que le métier de « tatoueur » n’existe pas, ils ont un statut de travailleurs indépendants, et doivent bien sûr avoir du talent en dessin. »

WTF ?!…Il n’est pas indépendant lui ?

Nous avions déjà eu droit à la polémique concernant le maquillage permanent. Les dermatologues étaient déjà montés au créneau, en interdisant aux instituts de beauté de tatouer les femmes. Les tatoueurs, eux, ont un peu plus de conscience professionnelle, n’en déplaise à ce cher professeur sur l’utilisation du mot professionnel, ils refusent de tatouer le visage.

Il faut bien comprendre que les allergies aux encres de tatouages sont très rares. D’ailleurs, et pour une fois même les dermatologues le reconnaissent, à commencer par le Pr Kluger : « Il y a toujours des risques de petites infections locales ou bactériennes, mais elles sont très peu fréquentes. Le plus souvent, on observe des réactions « allergiques », notamment à une couleur spécifique, mais on ne sait pas s’il s’agit réellement d’une allergie. Chez les personnes tatouées, parfois très longtemps après, le dessin se met à gonfler et la peau gratte sur une seule couleur. »

Il était donc plus simple pour le gouvernement de partir d’une liste de produits interdits en cosmétique et de l’étendre aux encres de tatouages, une fois de plus le législateur préfère sacrifier un peu de nos libertés en refusant la complexité du sujet sur lequel il légifère. Et oui, si ces produits sont toxiques en application, imaginez en injection… Oui mais voilà, cet argument n’a jamais été prouvé scientifiquement. Aussi l’ANSM mène actuellement une étude. Mais ce sera long ; plus de 10 ans… et coûteuse qui plus est. Avec 10 à 15 % de le population tatouée, on se demande quand même comment ça se fait que ce « problème sanitaire » ne soit pas remonté plus vite.

Certaines personnes bien intentionnées, nous proposent de nous tourner vers des encres aux pigments naturels, 100 % bio, rien que du naturel. Oui…mais. En effet, ces encres peuvent être utilisées, leur souci, c’est qu’elles ne sont pas permanentes et qu’au bout de 3 mois il faudrait déjà retourner chez le tatoueur pour refaire son tatouage. Quand on connaît le nombre d’heures passées sur une table, et le prix que ça coûte, la perspective du « bio » devient moyennement séduisante. Ou alors on se fera tatouer au henné. Oh wait ! l’utilisation du henné aussi à été encadrée par les dermatologues…

Finalement, n’aurait-il pas été plus simple, de demander aux fabricants de justifier de leurs produits plutôt que d’interdire aux tatoueurs l’utilisation des encres ? Après tout, les tatoueurs ne sont pas des inconscients, ils savent aussi faire la part des choses et surtout concernant la qualité et la provenance de leurs produits. Aujourd’hui nous pénalisons la profession des tatoueurs, au lieu de nous en prendre au véritable problème, les produits utilisés rentrant dans la composition des encres, responsabilité des fabricants.

Le risque, comme le soulignent beaucoup de tatoueurs eux-mêmes, c’est que ces professionnels du tatouage, vont retomber dans la clandestinité et que pour le coup, nous retomberons dans des dérives sanitaires qui avaient enfin pu être éradiquées. Quand on parle de clandestinité, entendez qu’ils n’auront plus d’enseigne et officieront à domicile, dans des conditions d’hygiène non adéquates. Les professionnels ayant plus de courage, s’exporteront en dehors du territoire. Pire encore que la condition des professionnels, des tatoueurs du dimanche, des escrocs, referont surface, avec des encres achetées en Chine, où pour le coup, et là il y a des études le prouvant, gavés aux métaux lourds.

La vraie question à se poser aujourd’hui, c’est que veulent les dermatologues ? Ne serait-ce pas une manière bien déguisée de tenter de récupérer le marché du tatouage en promulguant un nouvel arrêté pour obtenir le monopole de la fabrication des pigments de couleurs destinés aux tatouages ?

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Trucage de « sondage » sur France 3 : la presse découvre l’Astroturfing

vendredi 29 novembre 2013 à 16:44

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Mis en lumière par notre confrère Al-Kanz, le trucage d’un sondage mis en ligne par France3 suite à l’affaire Baby Loup lève le voile sur une pratique très courante : l’Astroturfing.

Al Kanz, qui fut le premier à interviewer la personne à l’origine du trucage du sondage a peut être rendu un fier service à la République, et il convient de leur rendre hommage à tous les deux (Al-Kanz et le responsable du trucage), car il est essentiel que la presse réalise que ces pratiques sont courantes, et reposent sur un arsenal technologique souvent bien plus sophistiqué que celui mis en place par la personne interviewé par Le Monde dans son édition d’hier.

Qu’est-ce que l’Astroturfing ?

L’Astroturfing consiste à faire croire à un « effet de foule » là où n’en existe aucun ou à simuler un « engagement » autrement plus conséquent que ce qu’il est en réalité, et peut avoir des objectifs variés. Le plus simple est de faire croire à un mouvement d’opinion là où il n’y en a pas. C’est ce qu’a illustré le hacker interviewé par Al-Kanz, et rendons lui grâce de ne l’avoir fait qu’à cette fin. C’est une pratique techniquement très simple, d’autant plus simple que la sécurité ici mise en place par France 3 sur son site internet est pour ainsi dire inexistante. Tristement c’est d’ailleurs souvent la norme sur ce type de « sondages ».

Plus sophistiquées, d’autres opérations d’Astroturfing visent à initier un véritable mouvement d’opinion en se basant sur le « comportement moutonnier » de la population (connu des sociologues sous le nom de « bandwagon effect« ), ou pour faire éclater un effet de clustering (silos isolés) de l’opinion et faire prendre conscience à une multitude de personnes agencées jusqu’ici en petits groupes qu’elles pourraient s’unir et peser ainsi de façon plus significative. C’est ce phénomène qui est derrière des mouvements tels que les Pigeons, les Gilets Jaunes, ou les Bonnets Rouges, sans qu’il ne s’agisse pour autant d’Astroturfing dans ces cas précis, mais il serait aisé de déclencher de tels phénomènes en les accélérant à l’aide des technologies d’Astroturfing – on parlera ici de  »bootstrapping » d’opinion publique.

On est là dans le nec plus ultra des sciences politiques « deux-point-zéro ».

Hasard ou coïncidence, tout comme la surveillance était enseignée à Sciences Po. bien avant que n’éclate le scandale Prism ces sujets y sont enseignés cette année (ici et ici) et font également l’objet d’ateliers pratiques.

Trois ans d’enquête et d’investigation

Tout cela n’est pas nouveau, cela fait plusieurs années que nous étudions de très près ces technologies chez Reflets. En pratique, nous avons rencontré ces pratiques et ces technologies bien avant que Reflets ne voit le jour. En mai 2010, ReadWriteWeb s’est ainsi retrouvé confronté à une opération d’Astroturfing mise en place par la police tunisienne, à l’aide d’une officine privée qui fut rapidement démasquée et démantelée (voir aussi ici).

Ce fut notre première rencontre avec l’Astroturfing, et le début d’une très longue enquête, ponctuée de découvertes (plus ou moins) stupéfiantes, comme la participation de l’Armée Américaine à ce type d’opérations, découverte un an plus tard, en mai 2011 pour finir, comme Al-Kanz, par une multitudes de rencontres avec des individus et des officines qui mettent au point ce type de technologies.

Quelques mois plus tard, en juin 2011, certains membres de l’équipe de Reflets seront à nouveau l’objet d’attaques faites à l’aide de logiciels d’Astroturfing mise en place par une officine au sein d’une grande agence de communication Française. Le faible niveau technique de cette opération (démasquée en 24h) sera l’occasion de mesurer le niveau de maitrise technologique en vigueur dans ce qui est la principale agence de communication politique en France. Ce fut également l’occasion de mettre en place une petite infowar fort amusante (clic clic clic clic clic clic ) qui se termina par un pillage en règle des données contenus dans l’intranet du groupe Havas. Des données croustillantes qui, à ce jour, n’ont pas (encore) été rendues publiques.

Un an plus tard, en mai 2012, Reflets mettra à jour une autre opération d’Astroturfing réalisée par la même agence de communication, toujours pour un client politique, visant à simuler un engouement populaire en vue d’influencer le décision d’une fédération sportive dans le choix d’une localité destinée à accueillir d’importantes infrastructures. Ce fût, là encore, l’occasion d’une franche rigolade.

A peine trois mois plus tard, en juillet 2012, nous révélions, à la faveur d’une boulette faite par un ancien premier ministre, comment l’un des principaux partis politiques français pratiquait ce type de trucage de sondage dans le but de faire apparaitre comme crédible la candidature de certains sans que cela ne soit, à l’époque, repris par la presse.

Du hacker à l’arsenal technologique lourd

Il existe des technologies d’Astroturfing infiniment plus sophistiquées que celles révélées aujourd’hui par Al-Kanz, qui est l’œuvre d’un hacker isolé. Entendez par cela qu’il n’y a rien de bien compliqué à truquer un sondage en ligne.

Il convient cependant de ne pas confondre un ‘trucage de sondage’ réalisé en rameutant à l’aide des média sociaux (ou d’une newsletter) des militants et en les appelant à voter ou commenter en masse avec l’usage de technologies permettant d’automatiser ce processus. Ce sont deux choses très distinctes. Si la première méthode est couramment pratiquée en France, notamment par les partis d’extrême droite et d’extrême gauche (mais aussi, en son temps, par l’organisation mise en place par Ségolène Royal lors de sa candidature à la présidence de la République), il ne s’agit en rien de hacking, ni même, à proprement parler, de trucage, mais de militantisme un poil exacerbé. Quand ce type d’opération est réalisée à l’aide de logiciels, on change de dimension, car on ouvre la voie à une manipulation de masse opérée par un tout petit groupe, voire par une seule personne. L’essence de la cyber-propagande.

Les outils

Il existe deux principales catégories d’outils permettant de mettre en place de telles opérations de manipulation de masse de l’opinion publique.

La première se nomme « persona management », et permet à un opérateur de contrôler une multitude de comptes (profils) en parallèle, souvent de façon extrêmement efficace, l’outil allant même jusqu’à attribuer une IP spécifique, cohérente avec la géolocalisation affichée par chaque profil fictif, et fournissant à l’opérateur une multitude de feedbacks lui permettant de garder, pour chaque profil ainsi opéré, une cohérence dans le temps. Vous pouvez, à l’aide d’un tel outil, peupler les commentaires d’un article et organiser ce qui prendra l’apparence d’un débat entre plusieurs parties prenantes masquant un seul et même opérateur, mettant ainsi en scène une conversation entre une multitudes d’individus et lui donnant l’apparence d’une légitimité populaire.

Cette approche nécessite toutefois une certaine main d’œuvre, un opérateur ne pouvant ainsi orchestrer que plusieurs dizaines de faux profils tout au plus. C’est ce type d’outils qu’utilise l’armée américaine à des fins de « PsyOps« , officiellement au moyen orient, mais Prism a révélé que la NSA n’avait pas vraiment de limites géopolitiques. C’est vraisemblablement ce type d’outils qui furent utilisées dans l’opération CyberDawn, qui prit place juste avant l’invasion de la Libye et qui était destinée à implanter des ‘journalistes citoyens’ (en pratique des soldats américains issus d’unités de PsyOps), chargés par la suite de fournir des informations aux journalistes occidentaux incapables de se rendre sur le terrain (tout ceci sera par la suite mis à jour à la suite du hacking par Anonymous des emails internes de HBGary, un sous traitant de l’armée US ayant participé à la mise au point de cette opération).

L’autre classe d’outil consiste à pousser plus loin l’automatisation et à mettre en place de vastes réseaux de faux comptes (essentiellement sur Facebook ou Twitter, où la proportion de faux comptes est estimée entre 5 et 10%). Le challenge technologique consiste ici à animer les dizaines, voir centaines de milliers de faux profils ainsi gérés, en leur donnant l’apparence de véritables utilisateurs, à les insérer dans de vrais réseaux (c’est à dire à les faire suivre sur Twitter, ou devenir « amis » avec de vrais utilisateurs sur Facebook), puis à les faire interagir (‘dialoguer’) avec de vrais utilisateurs. Une tâche assez complexe, qui prend du temps pour installer les multiples faux profils dans les différents sous-réseaux de vrais utilisateurs visés, mais tout à faire réalisable et dont nous avons pu constater nous même l’existence. Cela fait longtemps qu’il existe des moteurs d’intelligence artificielle permettant d’automatiser l’accueil des consommateurs sur un site web, et ces technologies sont du même ordre technique (un peu plus sophistiquées ceci dit, et maitrisant plus de langues). IBM s’apprête, de son coté, à fournir une solution « dans le cloud » tout à fait en mesure de servir de « brique de base » pour la construction de telles capacités conversationnelles.

Le but ultime consiste à doter le réseau (« botnet ») de faux comptes ainsi animés d’une intelligence stratégique et de le lancer à l’assaut d’un groupe de vrais profils préalablement identifiés avec une mission (contrer une opinion, ou les faire cliquer sur un lien, par exemple). Ca peut sembler incroyable, mais tout gamer vous confirmera qu’un bon FPS dispose d’une telle intelligence artificielle doté d’un sens tactique et d’une capacité à mettre en œuvre une stratégie. Aussi surprenant que cela puisse paraitre, cela n’a rien d’invraisemblable, même si cela reste un réel chalenge technique, il n’est en rien irréalisable.

Combinés, ces outils permettent de mettre en place de vastes opérations de manipulation de l’opinion publique.

Quel impact ?

L’objectif des opérations rendues possibles par de telles technologies peut varier grandement d’un commanditaire à l’autre. Celle qu’a révélé Al-Kanz consiste à s’appuyer sur l’ignorance des médias qui multiplient des segments d’informations destinés à « prendre le pouls de l’opinion sur internet » et leur faire refléter une opinion publique qui ne correspond pas à la réalité. C’est basique, mais ça marche.

Plus sophistiquées, certaines opérations consistent à décloisonner des « clusters » d’opinion isolés afin de les réunir pour à la fois obtenir un groupe plus important, mais également dans le but de faire disparaitre le sentiment d’isolement des acteurs ainsi réunis et initier une phénomène connu sous le nom de ‘groupthinking‘ afin de manipuler le groupe ainsi formé. Une fois le groupe reconfiguré de la sorte, il sera plus aisé de l’orienter, surtout si le dispositif mis en place pour agréger ces micro-groupes disparates – typiquement une page Facebook – permet d’établir dans ce nouveau groupe une hiérarchie, comme c’est le cas d’un administrateur pour une page Facebook. Il existe cependant bien d’autres dispositifs qu’une page Facebook pour arriver à ce résultat.

Enfin, on peut manipuler à grande échelle l’opinion publique dans le but d’orienter des mouvements d’opinion, de contrôler des effets de foule, dont le comportement sur internet diffère sensiblement de ce qui a été observé en terme de dynamique des foules jusqu’ici.

Il existe une multitude d’exemples, nous en avons retenus deux particulièrement parlants.

Le premier nous parle parce qu’il nous est proche : lors de l’élection du futur patron de l’UMP, la candidature de Jean François Copé fut soutenue par une campagne d’Astroturfing, par la suite dénoncée par François Fillon sur Canal+ – cette campagne avait pour objectif de faire apparaitre comme légitime et soutenue par l’opinion publique une candidature qui semblait, dans les premiers temps de la campagne, pour le moins perdue d’avance.

La seconde campagne d’Astroturfing politique que nous avons retenue est bien plus lointaine, elle s’est déroulée en Corée du Sud en décembre dernier, lors des dernières élections présidentielles, et visait à discréditer le candidat de l’opposition. Cette campagne d’Astroturfing est particulièrement intéressante pour deux raisons. Son exécution, tout d’abord : elle est l’œuvre de deux services d’Etat combinés, l’armée et les services secrets, et montre, si Prism n’était pas suffisant, à quel point les démocraties sont en péril si elles ne mettent pas en œuvre au plus vite une supervision étroite de tels services.
L’autre raison pour laquelle cette campagne d’Astroturfing est intéressante est l’amplitude de celle-ci. La Corée du Sud est le pays le plus avancé en matière d’usage internet dans le monde, et au vu de l’ampleur de cette campagne d’Astroturfing, il ne fait aucun doute qu’une série de logiciels particulièrement sophistiqués ont été à l’œuvre. Un chiffre témoigne de l’ampleur de cette opération : plus de 24 millions de messages Twitter ont été diffusés dans les semaines qui ont précédé le scrutin, dans le seul but de discréditer un adversaire politique tout en conservant les apparats d’un débat démocratique et juste. Un phénomène fascinant, qui necessite cependant pour en saisir l’ampleur de comprendre le contexte spécifique de la Corée du Sud (pour cela je vous conseille cet article)

Demain

Il existe des algorithmes complexes en mesure de détecter certaines opérations d’Astroturfing, tout comme il existe des méthodes d’investigations permettant de les mettre à jour – comme nous l’avons fait à de nombreuses reprises chez Reflets. Mais c’est loin d’être simple, et c’est une course sans fin aux gendarmes et aux voleurs qui se met en place.

On prendra soin – du coup – à ne jamais prendre pour argent comptant les accusations de ‘trucage’ lancées à la va-vite par certains blogueurs qui s’improvisent experts dès qu’ils mettent la main sur un outil quelconque, quand ils font face à des sondages ou des mouvements de foule qui – systématiquement – sont en contradiction avec leurs opinions personnelles. Pages Facebook de soutien à divers bijoutiers braqués, mouvements nés d’une mobilisation improbable réunissant des acteurs sociaux que les paléo-politologues pensaient jusqu’ici opposés, déferlement de haine sur Twitter autour de hashtags racistes ou antisémites, tous ces phénomènes émergents que nous avons pu observer en France ces derniers temps ne relèvent pas pour le moment de l’Astroturfing, mais reflètent bien une réalité tangible, qu’il convient cependant d’appréhender en tenant compte du miroir déformant que constitue les technologies sociales dans lesquels ils prennent place.

L’important est de retenir que comme toute information, il est possible de truquer celles issues des média sociaux dès lors que l’on a des connaissances techniques dans le domaine ou les moyens de s’en adjoindre; ainsi le doute que nous cherchons à susciter dans l’esprit de nos lecteurs ne peut être que salvateur face à ces « sondages » notamment mais également face aux mouvements de foule plus globalement.

Si les gens commencent à douter de tout, ils vont peut être commencer à réfléchir par eux même.

 

Update

Alors que France 3 a publié sur Facebook une réponse à ce mini scandale  et a affirmé au Monde que ses « services ont fait le nécessaire pour que cela ne se reproduise plus » - le hacker qui a faussé les résultats du sondage fait à propos de l’affaire Baby Loup a de son coté mis à jour son script, et continue de jouer avec les sondages en ligne de France Télévision (mais pas que).

Il nous a fait parvenir des explications techniques relatives à son dernier exploit, visible sur le site de France 3 où il a massivement fait monter le vote « ne se prononce pas » d’un autre sondage mis en ligne plus récemment par France Télévision, en passant par une série de proxies Russes, Ukrainiens et Européens, ainsi qu’en utilisant un malware présent sur de très nombreuses machines et une attaque CSRF sur des sites à fort trafic – entendez par là que ça commence à être sérieux en terme de hacking et que les sondages en ligne vont avoir du mal à lutter contre ce hacker qui compte bien – coûte que coûte – ouvrir les yeux de la presse sur les pratiques d’Astroturfing.

Capture d’écran

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