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Veni, Vidi, Delevi Vinci

jeudi 28 novembre 2013 à 21:24

vincirueila11bisUn petit tour par le plancher des vaches pour revigorer nos envies mutuelles de tout faire péter. Cela fait trente ans que l’establishment nous bassine les oreilles du besoin inéluctable d’«aménager le territoire» pour mieux déménager les objecteurs de croissance. Les « Grands Projets d’Infrastructure » sont autant de grands projets inutiles qui continuent de servir les intérêts des multinationales et de desservir l’esprit collectif. Le greenwashing transforme les projets destructeurs en chantiers HQE — « haute qualité environnementale ». Les équations économiques sont habillées pour traduire « développement durable » ce qui ne sont que constructions avides en ressources naturelles et en énergie fossiles.

Ainsi se justifie le projet d’«Aéroport du Grand Ouest», blase grandiloquent du présumé nouvel aéroport de Nantes que son ex-maire et premier ministre Jean-Marc Ayrault revendique pour entrer dans le club des grandes métropoles européennes. Il s’agit de déménager celui du sud de l’agglomération vers le bocage verdoyant du nord de la ville, du côté de Notre Dame des Landes.

Vendredi dernier, une troupe de joyeux drilles du Collectif NDDL Ile-de-France ont sorti des armes en carton pâte pour aller narguer le groupe Vinci, leader européen du BTP et des autoroutes, qui sera le premier bénéficiaire de la construction de ce nouvel aéroport, fruit d’un bien banal partenariat public-privé (PPP). C’est en effet devant le siège social de Vinci, à Rueil-Malmaison (92), que s’est inauguré « l’aéroport total », offrant une séance de détente à une belle cargaison de CRS (près d’une dizaine de cars mobilisés pour protéger le blockhaus aux vitres fumées de la vindicte des envahisseurs).

Face à la propagande mystificatrice de l’ordre économique, qui disqualifie ce qui ne contribue pas à la « croissance » du Produit Intérieur Brut, les mots se distillent comme un venin. A la manière des Yes Men, les trublions ont détourné la communication institutionnelle du groupe présidé par Xavier Huillard pour se dégourdir les méninges.

vincirueila11Une porte-parole en tailleur bleu ciel est ainsi venue prononcer un discours d’inauguration aux petits-avions. En voici quelques extraits (l’intégralité ici, enrobé dans une superbe mise en page aux couleurs de Vinci):

Nous ne pouvons pas ici en ce merveilleux jour de l’inauguration de ce magnifique aéroport vous exposer l’ensemble de notre programme mais nous voulons votre bien, sachez-le, gobez-le, mâchez-le, gerbez-le. Voici notre volonté — soit faite sur la terre comme au ciel.
Nous voulons pour votre bien…
Libérer des territoires où la vie archaïque perdure pour les faire entrer dans le monde du progrès et y bâtir des palais pas laids sur les devantures desquels on aura la joie de lire « Liberté, Esclavité, Vacuité »…
Pour votre bien, nous voulons…
Préserver la diversité de la vie vent et protéger les espèces (surtout l’oseille) en les sauvant sans (bon) heurt de leur environnement naturel en les empaillant, en les siliconant, en les papier-mâchant en les répertoriant, en les classant, en les numérotant pour leur donner tout l’éclat de vie vent dans les caveaux luisants des google-musées de sciences virtuelles. […]
Un jour les arbres et les légumes seront transformés en avions, en TGV, en autoroutes. Parce que ça, au moins c’est utile.
Les animaux relégués au musée et au laboratoire. Là où on pourra les conserver et les utiliser sans qu’ils ne gênent de trop.
Et puis les places publiques, si tristes et sales, en centres commerciaux, bien propres et rassurants. Le pétrole coulera à flot, car certains pays seront enfin transformés en puits géants, ce sera le progrès en marche et ils seront bien fers de leur sacrifice. Quelques pertes humaines qui nous feront prendre conscience de toute la valeur profonde des héros et des martyrs. Le mot « exploitation » trouvera son plein sens, enfin retrouvé et reconnu.
On aimera son prochain parce que marcher sur la tête de quelqu’un ça rend plus grand.
Notre conscience qui  peut  parfois être si  harassante sera redressée par prothèses
nanotechnologiques de pointe, toutes en protection et sécurité maximales. Comme ça, plus de doute, plus de remise en question, plus d’écueil des affects, plus d’inquiétude, plus de question, plus d’émotions perturbatrices, et le minimum de rationalité. Rien qu’un espace tiède et sécurisé du moindre stimulus. […]

Photo 0338On détourne bien les long-courriers pour entrer au Panthéon des «terroristes». Ici, nos erroristes ont préféré détourner les courriers que le big boss de Vinci, Xavier Huillard, envoie régulièrement à ses « Chers actionnaires salariés » pour justifier sa soif de béton et de bitume :

Nous accumulons les marchés — et pouvons nous targuer de nombreux projets colossaux, alors même qu’ils ne sont pas nécessaires ! Le développement des PPP (Partenariat Public Privé) restera décidément l’aubaine du siècle — du moins pour des groupes comme nous, ou nos meilleurs ennemis de Bouygues, qui savons nous montrer tout à la fois des prédateurs sans pitié et des « éco-responsables ouverts et dévoués » (si, si !). L’Etat nous prêtant main forte dans la maîtrise du territoire, avec ses forces de l’ordre et ses financements, nous nous voyons dotés d’une légitimité démocratique incontestable. […]

vinci-lettre-cover

Cliquez pour lire le PDF (2 pages)

Certes, ce n’est pas glorieux au sens plein du terme, mais nous pouvons être fiers de ce que nous faisons et j’aimerais que vous puissiez enfin assumer comme moi la tête haute les mots qui nous sont lancés à la figure par nos opposants : exploiteurs, expropriateurs, gestionnaires du désastre. Souvent nous ne mesurons pas toute l’épaisseur de ces mots, nous les envisageons de loin, et comme des caricatures creuses et faciles, alors qu’il est si gratifiant de se délecter de leur sens profond.

Quant aux pouvoirs dits « publics », ils s’en donnent à cœur joie pour détourner l’attention , falsifier le réel pour faire avaler la pilule en usant de méthodes bien plus officielles — « enquêtes d’utilité publique », débats « citoyens », « études d’impact » ou expertises téléguidées… — pour imposer leurs projets dévorants.

Mais une fois que l’on creuse un peu, malgré le silence ou la collaboration médiatique — l’ex-journaliste du Monde Hervé Kempf raconte ici comment son cas s’est réglé sur l’autel de NDDL — le dossier est bourré d’irrégularités de droit, le même « droit » revendiqué par les promoteurs pour disqualifier les paumés du bocage. Ici il est question d’un écart de 911 millions d’euros entre ce que l’«Ayrault-Port» est censé rapporter en avantages financiers, là d’infractions au code des marchés publics à propos de l’impact écologique du chantier, sans oublier les multiples dérogations aux règlements réclamées par les « porteurs de projet » pour parvenir à leurs fins.

Dernière stupidité, début octobre: l’interdiction de semer sur la ZAD (interdiction à « quiconque de mettre en culture ou de procéder à quelque plantation que ce soit, sans y avoir préalablement autorisé, sur les parcelles situées dans la zone »). Décision annulée en référé peu après, mais cela montre jusqu’où peuvent aller nos « décideurs ».

Les lois européennes sont tellement respectueuses de la nature qu’il est prévu de rendre viable un projet d’aménagement pour peu que l’on puisse « déménager » les zones détruites — on ordonne alors la translation de quelques kilomètres d’une mare, d’un bocage, de marécages qui ont mis des millénaires à laisser germer leurs richesses insoupçonnées. On peut donc les déménager ailleurs, en oubliant que les nappes phréatiques resteront où elles sont. Oubliant que les milieux vivants ne s’exportent pas dans des sarcophages de béton pour y prospérer « ailleurs », que l’équilibre naturel ne se gère pas comme des vases communicants.

vinci-predateur-libertaliaCes processus de « compensation écologique » — barbarisme dont seul le libéralisme triomphant est capable — sont aussi démago qu’illusoires. Vinci, en tant que premier concessionnaire d’autoroutes, sait de quoi il s’agit. Le groupe se gargarise d’équilibrer ses bilans comptables et de verdir ses rapports annuels en transférant artificiellement des zones au biotope unique pour ne pas contrecarrer ses tracés de béton.

Si vous voulez en savoir plus sur le « prédateur Vinci », son histoire collaborationniste (celle des fondateurs de la SGE, MM. Loucheur et Giros), ses méthodes de voyous institutionnels, sa philanthropie très intéressée, procurez-vous sans plus attendre le livre de Nicolas de la Casinière (Libertalia, 2013) — qui est par ailleurs le trublion nantais qui a créé et anime l’indispensable feuille satirique La Lettre à Lulu, poil-à-gratter indéfectible du potentat nantais de Jean-Marc Ayrault.

affiche-ADN44En ce moment à lieu à Nantes une semaine de mobilisation contre le fichage ADN. Comme dans toutes les luttes, les militants qui se montrent un peu trop démonstratifs finissent au tribunal pour outrage ou refus de prélèvement, comme le résume un papier paru hier Rue89. L’un d’eux, Rodolphe B., militant de longue date contre ce funeste aéroport, passe devant la Cour d’appel de Rennes le mardi 3 décembre à 14h. Auteur d’une lettre ouverte à Taubira tout récemment, en 2009 il avait déjà été jugé pour refus de prélèvement ADN après avoir participé à une action collective contre des forages géotechniques organisés à Notre Dame des Landes. En novembre 2011, il s’en prend, sans violence, à un policier en civil qui tente de s’infiltrer dans une nouvelle manif contre le même chantier Vinci: condamné pour  « outrage et violence sur personne dépositaire de l’autorité publique » (un an avec sursis) et à nouveau pour refus ADN (un mois avec sursis). C’est pour ces deux faits qu’il passe devant la cour d’appel de Rennes. Une manif de soutien s’organise à Nantes le samedi 30 novembre, 15h place Bouffay.

[A propos du titre, j'espère ne pas avoir trahi la grammaire latine: delevi, parfait du verbe delere (anéantir).]

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Démocratie : la mutation

mercredi 27 novembre 2013 à 10:26

Abu-Ghraib

Non mais franchement… Qui pourrait s’étonner de la mise sur écoute de toute la planète par les services de renseignement ? Et après tout, n’est-ce pas là leur raison d’être ? Cela ne peut gêner que ceux qui ont quelque chose à se reprocher, c’est à dire une minorité de personnes. Les arguments ne manquent pas pour minimiser la portée des révélations reposant sur les documents d’Edward Snowden. Pourtant, elles s’inscrivent dans une série qu’il serait dangereux d’écarter. Mises bout à bout, elles permettent de se faire une idée de la mutation en cours du concept de démocratie.

Le 11 septembre a été un tournant. Peu après, les Etats-Unis mettent en place un réseau de prisons secrètes un peu partout dans le monde. Des trous noirs dans lesquels allaient être enfermés les ennemis de la démocratie américaine. Ces détenus d’un nouveau genre n’ont évidemment pas de statut juridique, ce qui interroge sur ce qu’est une démocratie qui enferme des gens sans perspective de procès équitable.

En parallèle, étaient mis en place des vols internationaux d’avions fantômes permettant de véhiculer les personnes enlevés en plusieurs points du globe. Certaines ont fini dans ces prisons illégales, d’autres ont été « déposées » dans des pays « alliés » pratiquant une réelle torture, histoire de les faire parler. Ces avions se sont posés un peu partout en Europe, avec la bénédiction des gouvernements des démocraties européennes.

Dans le même temps, les Etats-Unis mettaient en place un « cadre légal » pour l’usage de la torture.  Dès janvier 2002, trois mémos du département de la justice étaient produits pour définir quel type de torture pouvait être utilisé pour faire parler les ennemis de la démocratie américaine. Le simple fait de faire plancher des juristes du ministère sur le sujet laisse perplexe.

Parallèlement, les soldats américains se sont laissés aller à des actes de torture physiques et psychologiques. Le scandale d’Abou Ghraib reste dans les mémoires. D’autant que les acteurs de ces tortures ont pris le soin de bien les documenter avec des photos très explicites.

La  démocratie américaine a clairement « muté » après le 11 septembre.

Certains diront qu’il s’agit d’une mutation isolée, dans un pays traumatisé par l’un des pires attentats de l’Histoire.

Pourtant, la tendance de l’exécutif à s’affranchir du contrôle opéré par le pouvoir judiciaire est une tendance lourde que l’on retrouve plus près de chez nous. Il n’y a aucune réaction des populations. Ni aux Etats-Unis, ni en Europe.

En France, Nicolas Sarkozy a ouvert une voie avec son projet de disparition du juge d’instruction. Mais la gauche n’a pas manqué de prendre le relais notamment dans le cadre de la future loi de programmation militaire. Celle-ci donne -entre autres choses- un accès quasi illimité à certains services aux données de connexion des internautes.

Dans la série : « citoyen, renonce ce jour à toute possibilité d’anonymat, tu es considéré a priori comme un délinquant potentiel« ,  il est interdit en France de se promener avec une capuche dans une manifestation.

En  Espagne l’exécutif passe des lois pour faire taire la protestation. Que  la rue décide de se rebeller contre des décisions macro-économiques et  voilà une loi pour faire rentrer tout le monde à la maison.

Comme l’on parle désormais dans les sphères du  pouvoir de « vidéoprotection » et non plus de vidéosurveillance, la  prochaine loi espagnole qui empêche clairement de manifester, s’appelle  la « Loi de sécurité citoyenne« . Cherchez l’erreur. Ou l’Orwell.

Mieux, le gouvernement espagnol explique que certains délits pénaux deviendront de simples contraventions, ce qui permet de désengorger les tribunaux et dépénaliser certains délits. Oui, mais non. Les amendes (salées, jusqu’à 30.000 euros contre 10 à 30 jours de jours-amende jusqu’ici)  vont pleuvoir. Sans possibilité de discuter devant un tribunal de la réalité des faits qui vous sont reprochés. Devant une tribunal administratif, c’est au citoyen de prouver qu »il est innocent. Devant un tribunal pénal, c’est à l’Etat de prouver que le citoyen est coupable. Ce n’est pas un détail. Quant aux amendes, c’est bon pour le déficit budgétaire et cela permet d’éviter les manifestations. Quelques 4000 à Madrid l’an  dernier avec seulement une douzaines émaillées d’actes violents… Il était temps d’agir… Il sera désormais interdit de manifester près du Congrès et de filmer la police.

En Espagne, le Franquisme n’est pas un lointain souvenir et nombreuses sont les voix qui s’élèvent contre l’actuelle mutation de la démocratie. Et comme le fait remarquer Manuel Ballbé, professeur de Droit Administratif à l’université autonome de Barcelone, il n’y a pas matière à renforcer l’arsenal judiciaire. Dans un pays avec 50% de taux de chômage chez les jeunes, il faut noter que ceux-ci se comportent de manière incroyable, précise le professeur. Et pourtant…

Entre-t-on dans une phase historique où tous les dirigeants de pays démocratiques deviendraient anormalement paranoïaques ?

 


Cet article fait partie d’une trilogie. Lire la suite ici

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Les écoutes massives ? C’est politique mon bon monsieur

mercredi 27 novembre 2013 à 10:26

ecoutes

Mais pourquoi revenir sans cesse sur les écoutes massives à l’échelle planétaire mises en place par des gouvernements « démocratiques » ? N’y a-t-il pas des choses plus importantes ? Le chômage, la faim dans le monde, la guerre ? Si, bien sûr. Pour autant, les écoutes massives décrites par les documents d’Edward Snowden ne doivent pas être négligées. Elles sont le reflet d’une problématique politique essentielle : la mise en place d’écoutes massives à l’échelle de la planète est le fruit du travail de personnes complètement paranoïaques qui voient en chaque citoyen un délinquant potentiel. Quel cheminement intellectuel peut amener un dirigeant politique à mettre en place un tel système ? A placer potentiellement sur écoute tous ses concitoyens ?

Toute personne à peu près équilibrée ressent un besoin impérieux de fuir une personne présentant des troubles cliniques de paranoïa.

Visiblement pas en politique.

Les électeurs délèguent leur pouvoir à des gens qui font preuve d’une dangereuse et inquiétante paranoïa. Et leur renouvèlent leur confiance, Encore, et encore.

A-t-on voté pour ces gens afin qu’ils se livrent à de telles activités ? Afin qu’ils nous remercient  en nous mettant sur écoute ? Afin qu’ils fassent fi du droit fondamental à la confidentialité de la vie privée ?

Dans privé, il y a … privé

Ce qui différencie deux êtres humains, ce qui nous caractérise les uns par rapport aux autres, ce n’est pas notre ADN, ce n’est pas la composition chimique de notre corps, c’est justement notre vie privée. Dans vie privée, il y a « privée« . Qu’est-ce qu’ils ne comprennent pas dans « privée » ? Comment la démocratie a-t-elle pu muter à ce point qu’il est interdit d’être anonyme une partie du temps ?

Le DPI est foncièrement politique. C’est un choix de monde dans lequel nous souhaitons vivre. Laisser se développer ces technologies, c’est hypothéquer l’avenir de nos enfants. Un renoncement aux droit de l’Homme, aux droits fondamentaux. C’est permettre à de futurs gouvernants de nous accuser de choses que nous n’avons pas faites.

L’évolution démocratique en France, pour ne prendre que cet exemple -il y en a d’autres en Europe moins hypothétiques, montre que les électeurs des partis « démocratiques » de l’oligarchie tendent vers l’abstention. En revanche, le Front National a toujours évolué dans une tranche de 15-20%. Pas d’abstention de ce côté de l’échiquier. La théorie des vases communicants laisse penser qu’un de ces quatre, ce parti pourrait, à la faveur d’une abstention massive, parvenir au pouvoir. Que ferait une Marine Le Pen d’un tel outil de surveillance massive ?

Vous évoluez dans le Far West des services de renseignement

Nous allons encore l’entendre à l’Assemblée Nationale tant les projets de régulation du Net sont légion ces jours-ci, ce réseau est un Far West. Peut-être. Mais quel Far West ? Qui est le caïd de la cyber-prairie ?
Avant (mais ça c’était avant), le Net était un Far West où tout était possible : les forces de l’ordre étaient complètement dépassées par la technologie. Aujourd’hui, les forces de l’ordre et les services de renseignement ont créé LEUR Far West sur les réseaux. Elles peuvent y faire ce qu’elles veulent et s’affranchissent allègrement des lois qui s’appliquent à M. Michu (le mari de Mme Michu). On vous a autorisé l’usage de la cryptographie ? C’est exact. Grand bien vous fasse.

En échange, de nombreuses lois ont donné aux autorités la possibilité d’obtenir les clefs pour déchiffrer en cas d’enquête, d’installer des chevaux de Troie sur vos ordinateurs, etc.

L’ancien président Nicolas Sarkozy parlait déjà de Far West en 2007 lors de la signature des Accords de l’Élysée, d’où naquit Hadopi, comme le rappelle PCINpact: « Il faut dire que pour l’ex-chef de l’État, cet univers un peu étrange  est proche d’un film de John Wayne, assimilant Internet à un « Far West » high-tech, « une  zone de non-droit où des « hors-la-loi » peuvent piller sans réserve  les créations, voire pire, en faire commerce sur le dos des artistes » ».

Le même Nicolas Sarkozy est à l’origine de la montée en puissance de deux sociétés spécialisées dans le DPI et l’écoute massive à l’échelle d’un pays : Amesys et Qosmos. Il est à l’origine du contrat d’Amesys en Libye

Qui a parlé de Far West ?

Dans ce cas précis, on délocalise les écoutes massives, pour s’affranchir du droit français…

L’idée même d’un Far West est une mauvaise idée, quel que soit le caïd de la plaine…

Le Far West d’avant, c’était aussi un monde où chacun qui était responsable de lui-même et faisait en sorte de ne pas impacter négativement les autres. Chacun gérait son bout de tuyau pour que tout continue de fonctionner (un tuyau tout seul ne sert à rien). Ce n’est plus le cas. Demain, chacun tentera de tuer l’autre à coups de DPI.

Choisis ton monde camarade…

Oui, le DPI, c’est politique. En le laissant s’installer, proliférer, les citoyens choisissent de vivre dans un monde où un agent des renseignement habite sous leurs lits. Il n’y a plus ni respect de la vie privée, ni contrôle des écoutes par des juges. Encore moins de droit à l’anonymat.

Si l’on peut comprendre que Mme Michu ne soit pas alertée sur ces problématiques, on  comprend moins que les journalistes ne jouent pas leur rôle de contre pouvoir. Mais, il est vrai, il y a Nabila, les petites phrases des politiques, l’immigration, la France raciste, …

Mais… Oh, wait… Les journalistes sont parmi les premiers visés par ces technologies…

Fort heureusement, les volontaires se pressent pour les former à la cryptographie, leur assurant ainsi un faux sentiment de sécurité qui génèrera peut être plus d’ennuis que de choses positives.

Le DPI est également une question éminemment juridique. Si le législateur (coucou @jjurvoas) continue de plébisciter ces technologies comme il a plébiscité la vidéosurveillance, l’avenir est franchement sombre. S’il se saisit de ces problématiques, il deviendra peut être plus difficile de laisser le Far West des services de renseignement s’installer et perdurer.

Le DPI est une question éminemment culturelle et économique. Car demain, avec le DPI, ne passeront sur nos réseaux que les paquets « purs ». Chacun est libre de défendre son bout de gras, mais pas au prix de la neutralité du Net, là aussi, une histoire très politiques (au bon sens du terme).

Il va être temps de se réveiller si vous tenez à pouvoir continuer de consulter des images de lolcats terroristo-pédo-nazis.

lolcat-virgins


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Dis donc, la France, tu fais quoi dans tout ça ? #DPI

mercredi 27 novembre 2013 à 10:26

singes

Reprenons… Aux Etats-Unis, le patron de la NSA a été convoqué pour témoigner devant le Congrès. Quelques représentants un peu moins serviles que les autres ont même proposé d’encadrer les dérives de l’agence. En Grande Bretagne, les patrons des services de renseignements sont également venus s’expliquer devant des représentants du peuple pas trop agressifs. En Espagne aussi, le chef des services de renseignements  doit s’exprimer devant les députés. En Allemagne, le tollé est assez fort dans la population, époque Stasi oblige. Et Angela Merkel a du faire semblant de taper du poing sur la table. A Bruxelles… Pas grand chose. Mais au moins, une petite indignation de façade. Au Brésil, la présidente a envoyé paitre Barack Obama. En Belgique, la presse s’est indignée. Mais en France ?

Oui, chère France… Qu’as-tu mis en place ? Quelle infrastructure d’écoute massive as-tu développée ? Sur ordre de qui ? Avec quelles garanties démocratiques ? Et vous, chers représentants du peuple, que faites-vous pour nous représenter ? Pour demander des comptes à l’Executif ?

Quel est cet accord Lustre dont, c’est un comble, parlent seulement des journaux allemands ou britanniques ? Quel est cet opérateur spécialisé dans les protocoles qui collabore avec tant de zèle avec la DGSE et le GCHQ ? S’agit-il de Qosmos, comme le suggère un ancien salarié de cette entreprise ? Qosmos dont le Fonds Stratégique d’Investissement (et donc l’Etat) est entré au capital…

Et ton Narus il s’appelle comment ?

Quelle est la portée de ces écoutes qui permettent visiblement d’engranger des dizaines de millions de communications en un seul mois ?

Quelle infrastructure technique as-tu mis en place ? Avec qui ?

Toutes ces questions restent sans réponses. D’une part parce que l’Exécutif (de droite ou de gauche d’ailleurs) refuse de répondre, d’autre part parce que les autres pouvoir (députés et sénateurs, Judiciaire, presse) ne se précipitent pas au portillon pour l’interroger et surtout, le forcer à répondre.

Et c’est fort dommage. Un peu de transparence et de dialogue, ça a du bon dans une démocratie. Mais lorsque ces deux composantes sont absentes, c’est que la démocratie a muté. Elle est devenue autre chose.

Chère France, tu as vraiment un souci avec les questions que te posent tes citoyens. Tiens… Prends exemple sur les Etats-Unis. Un condensé de délire paranoïaques et de surveillance massive. Et pourtant…, Reflets a demandé à la NSA quels étaient ses contrats avec la société Narus. La NSA nous a répondu en moins de quatre semaines. Et toi ?

Si nous te demandons quels sont tes contrats avec, au pif, Alcatel Submarine Networks, Orange Marine, Amesys, Qosmos, EADS dans le domaine de l’interception massive, tu nous répondras ?


Cet article fait partie d’une trilogie. Revenir au premier papier de cette trilogie

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La #DGSE, le #GCHQ, et… #Qosmos

vendredi 22 novembre 2013 à 13:56

qosmosC’est une véritable petite bombe qui vient d’être lâchée par un ancien employé de Qosmos sur son blog. Une note de blog qui confirme toutes nos hypothèses, toutes nos suspicions d’une collaboration étroite des services de renseignement extérieurs français et anglais…

Channel 4, le Guardian et Mediapart avaient pointé du doigt une accumulation de preuves sur ce genre de collaboration en évoquant un (pas si mystérieux que ça) acteur privé partenaire de la DGSE, maîtrisant une brique technologique indispensable pour la réalisation d’interceptions de masse… la détection protocolaire dont nous aurons surement prochainement l’occasion de vous reparler plus amplement.

En attendant, les révélations de James Dune sont fracassantes et se passent de commentaire :

Ces informations révélées par The Guardian/Ed Snowden corroborent l’annonce faite en interne, devant l’ensemble du département R&D de l’entreprise Qosmos, spécialiste française du développement protocolaire, par son Vice-Président Communication Erik Larsson, au mois de mars 2012 :  »Nous sommes en train de négocier auctuellement un contrat avec le gouvernement Britannique. »

Le partenaire privé de la DGSE -  »the DGSE’s main industry partner » selon les documents révélés - est l’entreprise française Qosmos, entreprise au statut Confidentiel Défense spécialisée dans le domaine du développement protocolaire, et qui à ce titre a reçu €10 millions du Fond Stratégique d’Investissement (FSI) en août 2011.

En tant que Responsable de la Documentation Technique au sein du département R&D de l’entreprise Qosmos, j’ai assisté personnellement à cette réunion de mars 2012, et suis prêt à la raconter dans ses détails à la justice française.

Oui, la France, par l’entremise de la DGSE et d’entreprise(s) française(s) participerait activement au programme de surveillance mondial orchestré par les services américains ;

Oui comme nous le claironnons depuis des mois, la France serait donc parfaitement au courant, elle est en fait complice ;

Oui… il va être temps de s’en expliquer devant les citoyens français et européens.

Ça risque d’être compliqué de nous expliquer que le gouvernement travaille de concert avec la CNIL sur ce dossier.

Le 25 novembre 2011, Reflets titrait « Et si nous étions tous libyens« . Deux années ont passé, les révélations s’enchainent sur les programmes de surveillance « décentralisés » et massifs, répondant à une logique légale qui échappe totalement au citoyen qui se retrouve placé sous un régime exceptionnel, extension à l’ensemble de la population de mesures antiterroristes.

L’écoute massive des communications, l’interception de données sur des câbles sous-marins, l’implication des services extérieurs de grandes démocraties… Tout ça ne fait aujourd’hui que peu de doute. Souvenez vous également de ce que nous vous expliquions au mois de mai dernier :

Voici comment je m’y prendrais si je voulais écouter massivement, à moindre coût, et surtout discrètement.

 

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