PROJET AUTOBLOG


Reflets

Site original : Reflets

⇐ retour index

#PRISM #Snowden #Lustre : ceci n’est pas un sabre-laser

dimanche 3 novembre 2013 à 14:49

Les révélations d’Edward Snowden doivent amener une réflexion d’ensemble sur le monde interconnecté et hypertechnologique dans lequel nous sommes entrés. Pas seulement sur les abus des agences gouvernementales ou des géants du net, mais sur la relation qu’entretient une part de plus en plus importante de la population au numérique.

spaceship-111206-2

« San-Francisco se rebelle contre les geeks » : c’est sous ce titre qu’un article du Los Angeles Times (traduit dans le Courrier International de ce mois-ci) décrit les changements massifs que génèrent l’invasion de jeunes salariés du secteur des « nouvelles technologies » dans la ville qui accueille la fameuse Silicon Valley. Croire que le secteur du numérique est simplement une aubaine qui produit du bien-être en plus et représente un avenir radieux, écologique, de partage, est un vaste leurre. Bien entretenu par les politiques et surtout par les consommateurs, de plus en plus obsessionnels envers le « numérique ». Etre geek, c’est être cool. C’est être en phase avec son époque, avec les autres. C’est une sorte de sens de la vie. Oui, mais lequel ? Avec quelles répercussions ? Et au final, avec quelles responsabilités vis-à-vis de la surveillance et le non-respect de la vie privée dénoncés par le plus grand nombre ?

Transparence et partage total : le rêve d’Orwell

Sous le prétexte de créativité et de partage, toutes illusoires, le numérique a poussé ses utilisateurs à devenir des sortes de machines auto-promotionnelles, qui offrent au plus grand nombre, quotidiennement, des informations sur eux-mêmes : statut et amis Facebook, humeur et réseau de contacts sur Twitter, achats tracés, et mille et une activités requérant un avis, un commentaire, une note, un renvoi d’information. Les app de coaching individuel explosent, la géolocalisation est fortement incitée, et ainsi, la grande communauté des » modernes » étale et injecte dans les bases de données des serveurs de big data l’intégralité ou presque de sa vie. Combien d’interactions laissant des traces et donnant des informations aux géants d’Internet un citoyen laisse-t-il chaque jour du levé au coucher ? Des centaines. Le rêve pour un Big Brother plus malin et discret que celui décrit par Orwell : ce qui a été fait, par les grandes entreprises, les agences gouvernementales, et ce que révèlent parfaitement les documents communiqués par Snowden à la presse.

Le mouton achète des couteaux au boucher

Cette métaphore peut paraître étrange mais peut se révéler pertinente, et fait frémir sur l’imbécilité contemporaine. Imaginons un instant que nous soyons des moutons et que des bouchers n’aient pas de couteaux ou d’objets tranchants pour nous égorger afin de nous mettre à la vente sur des étals. Difficile d’abattre des troupeaux entiers pour nourrir une clientèle carnivore, n’est-ce pas ? Imaginons maintenant que les mêmes moutons achètent des couteaux pour les donner aux bouchers en réclamant que ces derniers « n’en fassent rien de particulier ». Ridicule ? Oui. Totalement. Les bouchers égorgeront les moutons pour les vendre. Et c’est exactement ce qu’il se passe aujourd’hui : des moutons qui se ruent sur des technologies, dont l’utilité humaine concrète sont la plupart du temps proches du zéro absolu, alimentent des entreprises devenues totalitaires, qui les tondent et les vendent à qui veut, jusqu’à des Etats en plein travail de transformation des vieilles démocraties parlementaires en régimes totalitaires technologiques de basse fréquence.

Se plaindre de la récolte des données par la NSA, dont une grande partie est fournie par Google, Yahoo, Facebook, Amazon, Microsoft, Apple et consorts, alors que la majorité des geeks occidentaux alimente les serveurs de ces entreprises en permanence est une forme de dichotomie mentale effrayante.

Militer pour le bio et acheter des surgelés industriels

Amazon est un exemple parfait de l’entreprise techno-totalitaire. Chez Amazon tout est déclaré cool, et l’entreprise vend à ses employés-esclaves un rêve qui ne concerne en réalité que ses dirigeants. Les clients aiment Amazon mais plébiscitent et financent ce qu’ils critiquent pourtant quotidiennement en termes sociaux et économiques : pression manégériale déraisonnable, surveillance, épuisement des employés, règles de l’entreprise hors des lois du travail, profits à tout prix, etc…

La majorité des grandes entreprises du numérique sont des vendeurs de mirage qui ne militent dans le sens du partage, de l’écologie ou de l’amélioration de l’humanité que pour une seule chose : l’augmentation de leurs bénéfices et la dévoration de marchés hyper-concurrentiels qu’ils créent de toutes pièces. Participer à ces écosystèmes numériques en achetant, en communiquant avec eux, en activant dans sa vie quotidienne leurs services, en les alimentant, est l’équivalent d’un militant du bio qui mangerait des surgelés industriels tous les jours : une hérésie contre-productive, chaque action annulant une autre.

Un monde de clivages psychologiques peut rendre fou

Là où sommes arrivés aujourd’hui est un gué. Tout dépend s’il sera traversé ou non. Rien n’est encore décidé, mais le basculement est en cours. Certains parlent d’actions collectives en oubliant qu’avant de vouloir changer le monde à plusieurs, il faut commencer par changer soi-même et agir quotidiennement dans le sens désiré. Les « changeurs » de monde qui s’excitent sur Twitter ou Facebook, alimentent ceux-là-mêmes qu’ils voudraient combattre. La folie, c’est de dire quelque chose et faire exactement l’inverse sans s’en rendre compte. Peut-être est-ce là le problème actuel : une population entièrement obsédée par les technologies numériques, enfermée, emprisonnée dans les tuyaux, mais qui réclame la liberté et dénonce une surveillance qu’elle a elle-même activée, permise et alimentée ?

Ceci n’est pas un sabre-laser, mais pourtant, c’en est un.

ceci-n-est-pas-un-sabre-laser

Construit par l’auteur en 2005 pour un jeune pré-adolescent passionné par Star-Wars, il est une possibilité : celle de construire nous-mêmes ce qui nous fascine au lieu de se laisser manipuler par ceux qui aimeraient nous transformer en produit de consommation. A l’infini.

Extrait du roman « The Circle » (tiré de l’article du Courrier International « The Circle, entreprise totalitaire », novembre 2013)

« Je comprends, déclara Mae, que nous avons l’obligation en tant qu’êtres humains de partager ce que nous voyons et savons, et que toute connaissance doit être démocratiquement accessible.

— C’est l’état naturel de l’information que d’être libre

— D’accord.

— Nous avons tous le droit de savoir tout ce qu’il est possible de savoir. Nous sommes tous propriétaires collectivement de la connaissance accumulée du monde.

— D’accord, déclara Mae. Donc, qu’est-ce qui se passe si je prive quelqu’un de quelque chose que je sais ? Je vole mes semblables, non ?

En effet, confirma Bailey en acquiesçant gravement…

— La vie privée, c’est le vol. »

Share and Enjoy

flattr this!

Souriez, vous vous faites lustrer

dimanche 3 novembre 2013 à 13:58

catchlonLa blague est bien grasse, bien grivoise, pas drôle, à la hauteur du scandale qui se trame, un scandale ? Non, juste une confirmation. Mais il y a d’autres « confirmations » dont on se passerait bien.

On se passerait par exemple volontiers de mensonges propices à l’instauration d’un climat de défiance durable vis à vis de notre représentation nationale.

On avait senti le président de la république un tantinet fébrile dans la réponse qu’il faisait à Andréa Fradin sur la question d’un éventuel programme d’espionnage massif des communications. On nous avait servi de la CNIL pour une histoire d’interceptions administratives. Ça ne sentait évidemment pas bon, ça sonnait à côté de la plaque et ça l’était.

Alors ? Confusion ? Nouveaux super-pouvoirs donnés à la CNIL dans le plus grand secret ? Ou petite manipulation destinée à endormir l’opinion publique ? La question reste ouverte… mais avec de nouveaux éléments.

La petite bombe a été lâchée par un quotidien allemand… nom de code « Lustre », de quoi éclairer un peu plus nos lanternes. Un seul mot pour moquer les idioties du cloud souverain, les mensonges et autres postures de  circonstances de nos dirigeants européens qui ont feint l’étonnement et l’indignation face aux révélations d’Edward Snowden. C’était trop gros, et comme on pouvait s’y attendre, ce n’est pas passé. Il a donc fallu que nos dirigeants commencent à jouer d’un peu plus de transparence pour tenter de nous faire oublier qu’il y a encore deux semaines… ils étaient tous outrés.

Et la farce continue quand la CIA elle-même, annonce que la majorité des interceptions européennes lui ont été fournies par les services locaux… ça commence à faire un peu tâche. Qu’a donné exactement l’Europe à la CIA ? Des données brutes ? Des accès à des moyens d’interception déployés par leurs soins ? Quand on sait par exemple que pour intercepter des communications téléphonique, il faut la bienveillante bénédiction de l’opérateur, on se gratte la tête et on se demande qui n’était, au final, pas au courant. Mais la question dans tout ça, c’est qui lustre qui et dans quelles proportions ?

Les premiers à nous lustrer depuis des années, on le sait depuis les travaux de Duncan Campbell qui mirent à jour le programme Echelon, ce sont les USA, le Canada, le Royaume Unis, l’Australie et la Nouvelle Zélande. Mais de bonnes interceptions nécessitant une bonne implantation géographique, des pays « amis » ont mis à disposition des américains des bases dans lesquelles déployer du matériel d’interception de signaux électromagnétiques, comme c’est par exemple le cas en Allemagne (et oui Angela, ça se voit même dans Google Maps quand tu fais genre que tu tombes des nues). Les toits des ambassades accueillent eux aussi régulièrement de quoi intercepter, c’est une pratique connue et là encore dévoilée par Duncan Campbell.

Base d’interception de Bad Aibling en Allemagne, opérée par la NSA, ce jusqu’en 2004.

Base d’interception de Bad Aibling en Allemagne, opérée par la NSA, ce jusqu’en 2004.

Se faire lustrer par ses alliés, en soi, c’est déjà moche… se faire lustrer par sa propre représentation nationale, c’est dangereux.

flattr this!

La République, les yeux dans les yeux #ExpliquezNousCa

dimanche 3 novembre 2013 à 10:53

francois-hollandeIl y a un an, Mediapart déclenchait le premier gros scandale du mandat du président François Hollande en révélant que Jérôme Cahuzac, alors ministre du budget, détenait un compte en Suisse, alimenté, entre autre, par de vraisemblables commissions occultes de l’industrie pharmaceutique suite à son passage au ministère de la santé comme conseiller de Claude Evin – ministre de la santé au début des années 90.

Les yeux dans les yeux (bis repetita placent)

Le 23 octobre 2013, le président François Hollande, face au scandale grandissant provoqué par les révélations d’Edward Snowden sur la surveillance globale, annonçait qu’il souhaitait « une coopération bilatérale » entre les services de renseignement français et américains.

Quelques jours plus tard, lors d’une conférence de presse, le président François Hollande répondra à une question posée par Andréa Fradin, journaliste à Slate, et niera toute surveillance de la population Française : « je ne voudrais pas qu’on laisse penser que, finalement, cette pratique de Prism serait générale, il y a un cadre légal qui doit être respecté, et avec la CNIL, nous veillerons a donner toutes les information dans le respect de la loi ».

La loi ? Certainement pas celles qui touchent au respect des correspondances privées, à l’informatique et aux libertés, ou bien encore à l’exportation de données personnelles hors de l’Union Européenne.

Article 1 L’informatique doit être au service de chaque citoyen. Son développement doit s’opérer dans le cadre de la coopération internationale. Elle ne doit porter atteinte ni à l’identité humaine, ni aux droits de l’homme, ni à la vie privée, ni aux libertés individuelles ou publiques.

Crime de lèche majesté

Dans cette même journée du 23 octobre, Najat Vallaud-Belkacem, porte parole du gouvernement Français, et ancienne conseillère du roi Mohamed VI (client d’Amesys) assurait que le président Barack Obama « avait donné son accord pour une telle coopération ». Rapide, donc.

NajatVB

Pourtant, trois jours plus tard, la presse Allemande révèlera que de tels accords avaient – en pratique – déjà été passés entre la France et les USA fin 2011, et portent le doux nom de « Lustre ». Une affaire encore fort discrète à ce jour dans la presse Française. On notera cependant qu’aucun éditocrate n’a demandé « où sont les preuves », tant elles sont accablantes.

Quelques jours plus tard, Pierre Moscovici, en voyage d’affaire au Maroc, en rajoutera une couche en qualifiant la relation Franco-Marocaine d’exceptionnelle.

moscovici-maroc

Les anglais débarquent

la semaine suivante, dans un article decrivant l’ampleur de la coopération internationale mise en place afin d’assurer une surveillance globale des populations, le Guardian, sur la base de documents fournis par Edward Snowden, précisait de son coté que cet accord de coopération – appelé de ses vœux par François Hollande six jours plus tôt et accepté dans la journée par Barack Obama – avait, en réalité, été signé « fin 2011 ou début 2012″ entre la France et les « Five Eyes« , et que les services de renseignements Français échangeaient de façon prolifique des informations issues de la surveillance des populations depuis cette date.

Le Guardian révélait également que des relations de travail fructueuses étaient en place depuis au moins 2009. Le quotidien anglais explique ainsi que les services de renseignement Britanniques se sont montrés très impressionnés par les capacités en terme de surveillance et de déchiffrement des communications des services de renseignements Français.

Association de malfaiteurs

Le Guardian détaille ainsi que la supériorité des services de renseignements Française s’explique, entre autre, par le fait que la DGSE aient une relation privilégiée avec « un opérateur internet » (LULZ), relation que les services de renseignement Français pensent mettre à profit afin de rendre plus efficace encore leurs opérations de surveillance « de masse ».

stéphane richard

Hasard ou coincidence, le patron de d’Orange, Stéphane Richard, qui fut le directeur de cabinet de Christine Lagarde sous le gouvernement Fillon, devint le PDG d’Orange en septembre 2009 – précisément au moment où, toujours selon le Guardian, la collaboration entre la DGSE et le couple NSA/GCHQ prit son envol.

Hasard ou coincidence également, Stéphane Richard est un ami proche de Claude Bartolone, président Socialiste de l’Assemblée Nationale et chef de file des adversaires à la loi sur la transparence décidée à la hâte par François Hollande à la suite du scandale Cahuzac, vite réduite à peau de chagrin par l’Assemblée Nationale.

francois-hollande-et-claude-bartolone-le-20-mars-2012-au-pre-saint-gervais

Hasard ou coincidence (ou continuité de l’Etat), l’amitié entre Claude Bartolone, Stéphane Richard et Jean-Louis Borloo, qui fut, lui, ministre de l’économie du gouvernement Fillon.

Vous avez dit République bananière ?

Charité bien ordonnée

Mais le Guardian ne s’arrête pas en si bon chemin, et dans la noble mission de nos amis anglais qui s’évertuent – à intervalles réguliers – à porter secours à la « démocratie » Française, le quotidien britannique révèle un passage issu de documents fournis par Edward Snowden qui explique que les services de renseignement anglais sont « entrés en contact avec les principaux partenaires industriels [de la DGSE], qui disposent d’approches innovantes à certains défis posés par internet ».

Trouver ces « principaux partenaires industriels » n’est pas bien difficile, pour cela, il suffit de s’attarder sur l’économie numérique Française, et notamment le secteur qualifié de « stratégique », généreusement financé (ou en passe de l’être) par la Banque Publique d’Investissement, coprésidée par Ségolène Royal.

segolene-vs-chucknorris

Au menu des investissements stratégiques de la BPI : Qosmos, Amesys, et – prenons les paris – Alcatel, dans les mois qui viennent, que la ministre de l’économie numérique Fleur Pellerin avouait être une pièce stratégique de la cybersurveillance. Une bourde qui lui vaudra de se faire taper sur les doigts par le ministère de la défense, et qui la mettra dans l’impossibilité de nier quoi que ce soit à l’avenir concernant le Big Brother Français.

nadjat-fleur-jeanmarc-sont-sur-un-batho

Des sociétés épinglées par Reflets depuis déjà plus de deux ans, et qui commencent désormais à faire l’objet de timides articles dans des journaux tels que Le Monde – dont l’un des principaux actionnaires n’est autre que – hasard ou coincidence – l’un des principaux fournisseurs d’accès à internet en France (vous vous imaginiez que le problème était contingenté à Orange ? Bande de naïfs).

Diffamation

Revenons à ce jour fatidique où François Hollande, les yeux dans les yeux, assurait lors d’une conférence de presse qu’il « ne voulait pas que l’on pense que les pratiques telles que Prism étaient généralisées », et que la France, elle, respectait le droit.

Coincidence malheureuse (décidément), ce même jour, Fleur Pellerin ouvrait les premières rencontres parlementaires de la cybersécurité, au siège de la direction de la gendarmerie nationale.

pellerin-cybersecurite

Comme le faisait remarquer l’un des journalistes de Reflets – par ailleurs bloqué sur Twitter par Fleur Pellerin : « timing de merde ».

Car le cabinet de Fleur Pellerin est un lieu… particulier. Une source bien informée (qui « s’autorise à penser », comme disait Coluche), nous confiait il y a peu de temps qu’en matière d’éthique, il n’avait rien à envier à celui de Nicolas Sarkozy. On trouve dans ce cabinet quelques… curiosités. <preview>

Aziz-Ridouan

A l’exemple d’Aziz Ridouan, conseiller de Fleur Pellerin, qui répondait naguère aux accusations de Reflets – désormais confirmées par le Guardian – que nos activités s’apparentaient à « du trolling« .

Le trolling est caractéristique d’une « personne qui participe à une discussion ou un débat dans le but de susciter ou nourrir artificiellement une polémique »

Coincidence (ou pas), quand, il y a plus d’un an, Reflets dénonçait les intentions anti-démocratiques de Fleur Pellerin vis à vis de l’internet, c’est une revue – Nonfictionqui compte Aziz Ridouan parmi ses fondateurs  qui venait à la rescousse de la ministre – sous la plume de Jean Tillinac – spécialiste en « intelligence économique » (et donc assez au fait de ce qu’est la surveillance) et ancien conseiller ministériel du gouvernement Raffarin (entre autre).

Hasard ou coincidence (ça commence à faire beaucoup), Nonfiction compte également parmi ses fondateurs Jean-Baptiste Soufron (ex) conseiller de Fleur Pellerin, et désormais secrétaire général du Conseil National du Numérique (LULZ), qui tente, lui, de lancer la rumeur d’un ralliement de Reflets au Front National dans les salons Parisiens.

jean-baptiste-soufron

Une bien belle initiative qui s’apparente à de la diffamation, un temps épaulé par un certain « leftbloggeur » qui, de concert avec Nonfiction le ministère, avaient pris la défense de la ministre de la surveillance l’économie numérique – ce dernier a courageusement effacé son article (raté) et semble (ou pas) réaliser que ses positions pro-Hadopi et pro-Pellerin pourraient, à la lumière des révélations récentes d’Edward Snowden, lui poser quelques problèmes de crédibilité.

D’autres se hasardent encore à lancer des accusations de conspirationnisme, ce qui ne manque pas de sel, cette stratégie étant jusqu’ici l’apanage de l’équipe numérique proche de Nicolas Sarkozy et de certains employés de grands fournisseurs d’accès à internet (devenus depuis très discrets).

Conspirationnisme ?

Selon Wikipedia, le conspirationnisme « désigne une interprétation spéculative d’événements suivant un plan concerté et orchestré secrètement par un groupe, généralement considéré comme malveillant par les tenants de ces théories. La conspiration secrète civile, criminelle ou politique, visée par la théorie du complot, agirait généralement dans l’objectif de détenir ou conserver une forme absolue de pouvoir (politique, économique ou religieux). »

Que rajouter de plus ? Qui donc pourrait penser que le « plan concerté et orchestré secrètement [accords Lustre] par un groupe [DGSE, NSA et GCHQ, ou dit autrement Sarkozy, Bush, Hollande et Obama], généralement considéré comme malveillant [pour les libertés sur internet et les Droits de l'Homme en général] par les tenant de ces théories [Reflets]. La conspiration secrète civile, criminelle ou politique [rayez les mentions inutiles], visée par la théorie du complot, agirait généralement dans l’objectif de détenir ou conserver une forme absolue de pouvoir (politique, économique ou religieux) [rayez les mentions inutiles]. »

Effectivement, Reflets dénonce bel et bien une conspiration, au plus haut niveau de l’Etat, mise en place sous la présidence de Nicolas Sarkozy et dont François Hollande a assuré la continuité.

1984 c'est maintenant

Rien à ajouter.

Haute trahison

La Haute trahison est, en droit Français, une notion difficile à cerner  - pourtant, tout laisse croire que nous y sommes : « manquements en contravention grave avec les valeurs démocratiques et républicaines, la morale politique ou la dignité de la charge, ainsi que la forfaiture et la prévarication » ou bien encore   »l’espionnage et le complot ». On pourrait ajouter « les atteintes à la sécurité des forces armées », mais c’est une autre histoire.

Hasard ou coincidence (ça commence à bien faire), c’est également sous le terme de trahison qu’un récent rapport commandé par le parlement Européen aborde l’attitude de la France vis à vis de ses partenaires Européens.

Dans la Constitution de la Ve République (art. 68) c’est la seule cause permettant de mettre en jeu la responsabilité du président de la République, et nous pourrions bien être à la veille d’un « impeachment » à la Française, visant à destituer le président de la République pour Haute Trahison. A ceci près que la quasi totalité du parlement, seul en mesure d’activer une telle procédure, appartient à l’un des deux partis politiques largement compromis dans la transformation de la démocratie Française en un Etat Orwellien.

Peu de chance, donc, de voir le pouvoir executif tomber de la sorte. Reste la rue… ou les urnes, car l’alternance ne se pose plus désormais dans le choix entre « droite » ou « gauche », mais entre « Orwell » ou les fachos.

Cruel dilemme.

flattr this!

Expliquez-nous ça monsieur Hollande…

samedi 2 novembre 2013 à 13:56

shitstorm99hollande

Plus de deux ans que Reflets expose sa théorie abracadabrantesque selon laquelle la France s’est dotée d’une infrastructure lui permettant d’écouter une partie de l’Afrique, mais aussi, n’importe qui dans le monde, en délocalisant ses écoutes, ce qui évite le contrôle tatillon d’un juge, d’une commission ad hoc, bref, les restrictions ennuyeuses posées par un Etat démocratique. Deux ans… Et personne jusqu’ici pour nous suivre dans notre indignation. Personne ou presque. Jean-Jacques Urvoas pensait qu’en bons complotistes, nous n’avions rien compris. Aziz Ridouan, conseiller de Fleur Pellerin nous traitait de Trolls sur Twitter, sa patronne nous snobait consciencieusement, comme si nos questions étaient déplacées ou celles de complotistes. Le reste du gouvernement aussi, comme un seul homme, comme une seule femme. La presse ? Pas grand chose non plus. Quelques papiers sur Amesys ou Qosmos, mais sans jamais entrer dans le détail de ce qui s’est véritablement mis en place. Bien sûr, les révélations liées aux documents d’Edward Snowden ont un peu changé la donne. « Il y a une actu coco… » Alors la presse nous invite, vient puiser des documents que nous avons publiés il y a des mois pour étayer ses articles. Depuis des semaines nous attendions que des documents Snowden révèlent la part de la France dans l’énorme machinerie qui s’est mise en place pour mettre la planète sur écoutes. Ceci expliquait, selon nous, le peu de réactions du gouvernement français aux révélations en cascades. C’est à peu près chose faite aujourd’hui avec un article étrangement publié dans le Guardian (et non pas dans la presse française). On y découvre que la DGSE a très fortement collaboré avec le GCHQ britannique et par rebond, avec la NSA.

La DGSE a mis en place, explique le Guardian, une infrastructure d’écoute de masse s’appuyant sur les câbles. Et le GCHQ semble très content, non seulement de ce qui a été fait, mais aussi de la collaboration mise en place :

« La DGSE est un partenaire très motivé, techniquement compétent, qui a montré beaucoup de volonté pour s’engager sur des problématiques IP et travailler avec le GCHQ sur une base de coopération et de partage ».

Mieux, le Guardian note pour ce qui est de la DGSE, celle-ci a un avantage comparatif important : sa relation avec une société de télécommunication qui n’est pas nommée. A vous de développer vos propres théories. Ce pourrait être Orange, bien entendu, mais aussi Alcatel Submarine Networks. Ou d’autres.

Après la révélation par la presse allemande de l’accord Lustre, ce nouvel article du Guardian place le gouvernement français dans une situation intenable.

Bien entendu, celui-ci a hérité d’une infrastructure de la part du gouvernement Fillon et des choix faits par Nicolas Sarkozy, initiés avec la vente d’un Eagle à la Libye de Kadhafi, et par la « cession » de Bull au patron d’Amesys. Bien sûr, cette écoute massive existait avant que François Hollande n’accède au pouvoir. Mais…

Mais il n’a rien fait pour y mettre un terme. Il a goûté ce gâteau au chocolat et l’a dévoré.

L’immense chape de plomb déposée par les gouvernements Fillon et Ayrault sous le contrôle de Nicolas Sarkozy et de François Hollande afin que le scandale Bull/Amesys ne prenne pas d’ampleur s’explique fort aisément maintenant que le Guardian a révélé cette petite pièce manquante.

Pour autant, de mémoire, les hommes politiques sont comptables devant leurs électeurs.

#ExpliquezNousCa s’il vous plait !

Monsieur Hollande, Monsieur Sarkozy, Mme Pellerin, M. Fabius, M. Longuet, M. Urvoas, il faudrait nous expliquer tout ça.

Expliquez-nous comment la « démocratie » française a muté. Comment elle a choisi de mettre en place une infrastructure d’écoute massive, en dehors de tout contrôle démocratique. Ce que le Parlement européen définit comme étant ce qui différencie une démocratie d’un Etat policier ?

Vous, membres du PS, qui avez, avec l’UMP, votre part de responsabilité dans la montée du Front National, vous demandez-vous ce qu’il adviendrait d’une partie conséquente de la population française si le FN accédait au pouvoir et disposait à sa guise de cet outil ?

N’avez-vous rien appris ? Le fichier Tulard, ça ne vous parle pas ?

Oh, bien sûr, ce ne seraient pas les Juif qui pâtiraient de l’existence de votre « machin » en cas d’accession du FN au pouvoir. Les cibles choisies par le FN ne finiraient sans doute pas déportées dans des camps. Mais il suffit d’un peu d’imagination pour comprendre comment une partie non négligeable de la population serait écartée de la société.

Chers hommes et femmes politiques, votre silence est inacceptable. Vos mensonges pathétiques sont éventés.

Vous avez brisé, a nouveau, le pacte social qui nous unissait. Il est temps de vous expliquer.

flattr this!

#Lustre et compagnie : la société panoptique est enfin là !

mercredi 30 octobre 2013 à 20:40

(Allons, allons, nous n’allons pas nous laisser aller, non, non, non : tout se passe comme si les meilleures nouvelles de Philip K. Dick étaient en train de prendre vie sous nos yeux. Pas de quoi fouetter un lolcat. Encore que…? Petite visite en toute autonomie de l’espace actuel, ce monde glacial du totalitarisme fun et communicant, un truc qui te laisse le choix entre : rester devant BFMTV ou reprendre un treizième verre de whisky en méditant sur la poule et l’œuf, voire sur Michel Foucault)

equilibrium27

Il y a comme un frisson glacial qui saisit ceux qui ont vécu longtemps dans ce pays à la longue histoire : la France. Des personnes nées avant la seconde guerre mondiale, par exemple, qui à l’orée de leur vie n’ont plus grand chose à attendre de quoi que ce soit, et qui pourtant, s’inquiètent. Très fortement. Peut-être pour leurs enfants ou petits-enfants ? Possible. Ce sont des gens qui ont vu des choses, que ceux nés plus tard, imaginent vaguement, à travers des écrans, sans vraiment trop y croire, ou en les transformant, ces choses, en quelque chose de caricatural et d’improbable.

Il est de bon ton sur le réseau de faire taire à grands coups de points Godwin celui qui opère une comparaison entre notre époque et celle du nazisme. Il est aussi fréquent de lire l’amalgame entre fascisme et nazisme, comme si le premier devait se confondre obligatoirement avec le second. Triste époque, s’il en est, que celle où l’histoire n’est souvent connue qu’à travers des déformations savamment entretenues par des programmes scolaires débilitants.

Il faut donc remettre des mots au goût du jour, amener des nouveaux concepts. Raconter autrement la réalité, la vraie. Parce que l’histoire ne se répète peut-être pas entièrement, que les repères ont entièrement bougé, que plus rien n’est comme avant. Avec pourtant des résultats qui pourraient s’avérer équivalents, ou pires que ceux d’une époque décidément bien encombrante mais qui permet le plus souvent de contourner la réalité en pratiquant la comparaison.

Mais qu’est-ce qu’il se passe ?

La question peut paraître naïve, mais à peu près tout autour de nous, nous oblige à se la poser : la société n’est plus celle d’il y a 30 ans. Ni celle d’il y a 10 ans. Les révélations de Wikileaks, puis celles d’Edward Snowden permettent d’ailleurs de confirmer des quasi-certitudes, déjà développées dans les colonnes de Reflets : ce qui est « vendu » au public des grandes puissances, et ce qu’est en réalité la société ainsi que ceux qui la « dirigent » sont deux choses bien différentes. Les chiffres assomment les populations, utiles pour de longs et creux argumentaires manipulables à l’infini : croissance négative, croissance de +0,9 l’année suivante, chômage de 3,36 millions de personnes, en catégorie A, 26% de bonnes opinions, 70 millions de communications écoutées, 33% de bonnes opinions, troisième parti de France, intentions de vote de 20%, déficit extérieur de 64 milliards d’euros… Que faire de toutes ces données plus ou moins fiables ? Pas grand chose, si ce n’est constater que « ça va moins bien ma brave dame« . Oui, ça va moins bien. Normal, logique, implacable : quelques pièces du puzzle permettent assez vite de comprendre pourquoi, et de nombreux articles de Reflets ont tenté d’y parvenir. Mais le sujet n’est pas là. Le sujet qui nous préoccupe est : que se passe-t-il vraiment, en ce moment ?

L’aveu ?

En 2013, il y a des phénomènes très intéressants qui permettent d’ébaucher un tableau assez réaliste de la situation véritable qui nous entoure. Le premier est politique. Un homme est élu un an et demi auparavant et démontre aujourd’hui quelque chose d’incroyable : il n’y a plus de pouvoir politique véritable en France. On pouvait s’en douter un peu auparavant, mais pas à ce point là. Plus rien n’est possible avec ce président : ses décisions, son orientation sont en totale opposition avec son discours politique pré-électoral, il plie en permanence, cherche à entretenir l’illusion du pouvoir, mais chacune de ses tentatives démontre le contraire. Le roi est nu, ou le laisse croire. Le fait-il exprès ? On peut en douter.

Equilibrium

Le deuxième phénomène est économique : une grande partie de la population n’arrive plus à faire correspondre ses revenus avec les besoins de l’époque. Abus des prix du logement, ententes sur l’énergie, monopoles de l’agro-alimentaire, lobbies, accords entre politiques et dirigeants du privé : la population française est désormais au courant de la prise d’otage économique dans laquelle elle se trouve. Mais d’autres phénomènes très importants viennent se greffer sur ces deux premiers, désormais évidents, et l’un d’eux est central : celui de la mise en place d’une société panoptique.

 » L’objectif de la structure panoptique est de permettre à un gardien, logé dans une tour centrale, d’observer tous les prisonniers, enfermés dans des cellules individuelles autour de la tour, sans que ceux-ci puissent savoir s’ils sont observés. Ce dispositif devait ainsi créer un « sentiment d’omniscience invisible » chez les détenus. Le philosophe et historien Michel Foucault, dans Surveiller et punir (1975), en fait le modèle abstrait d’une société disciplinaire, inaugurant une longue série d’études sur le dispositif panoptique. (source Wikipedia)« .

L’un des contributeurs de Reflets, Jet Lambda, a publié l’année dernière un ouvrage « Attentifs ensemble ! L’injonction au bonheur sécuritaire«  qui traite de la surveillance, de la société panoptique, et creuse avec brio ces concepts.

Le moment tant redouté

Récemment, sur une chaîne de télévision, Jacques Attali, questionné sur les présidents qu’il conseillait, avouait que la hantise de Chirac et Sarkozy était « de voir leur tête plantée sur une pique« . Etonnante confession qui démontre l’état d’esprit de ceux qui nous dirigent, ou tentent de le laisser croire. Ces « fusibles de la République » seraient donc inquiets que la population vienne s’en prendre à eux ? Pourquoi pas, sachant que de nombreux dispositifs visibles ont été mis en place pour « canaliser » la dite population, lui imposer des appareils d’Etats de contrôle : radars et caméras en premier lieu, bientôt compteurs électriques intelligents.

Mais le génie de l’invention des frères Bentham, inventeurs de la structure panoptique, n’est pas d’effrayer les détenus, et dans notre cas, les citoyens, mais au contraire de ne pas montrer cette surveillance tout en créant le sentiment de surveillance, ce fameux sentiment d’omniscience invisible. La société disciplinaire, déjà en place, est donc une nouvelle forme de contrat social. Terrifiant. Digne des œuvres d’anticipation, mais bien réel.

C’est une société basée en premier lieu sur la peur d’enfreindre la loi. Et les lois sont tellement nombreuses, orientées sur des comportements acceptables ou non, que chacun s’inquiète en permanence d’être en accord avec celles-ci : vitesse sur la route, fumer ou non, réunion de plusieurs personnes, vêtements suspects, normes à respecter, la liste des possibles infractions ou déclenchements de représailles policières, voire judiciaires est devenue énorme. Mais la pire des menaces est celle des actions dont on ne connaît pas la valeur, l’intérêt, la qualité vis-à-vis du système en place ou à venir. Et c’est là où intervient le principe du système panoptique et des révélations de l’accord Lustre, de la surveillance mondiale des grandes puissances ainsi que du dernier rapport de l’UE sur la surveillance globale des citoyens par leurs propres gouvernements.

Vous acceptez de rester en prison parce que vous savez que vos gardiens vous surveillent

La question récurrente sur la valeur de la surveillance, et au final de ses effets, tourne toujours autour de la possibilité d’infraction ou non. Le bon citoyen se moquerait d’être surveillé puisqu’il n’aurait rien à se reprocher, et puis ce serait pour son bien, puisque l’Etat le protègerait des « méchants » en les arrêtant, ces méchants, grâce à la dite surveillance. Sauf que nous découvrons que dans le cas d’une surveillance de masse, l’Etat ne cherche plus à surveiller les méchants, mais tout un chacun. Ce qui signifie que l’Etat et ses représentants estiment que leur propre population est l’ennemi. Ou bien simplement des détenus, ce qui revient un peu au même.

L’Etat enferme donc les citoyens dans une prison imaginaire, mais qui grâce à ce système, qui se veut omniscient, entretient chaque individu dans sa cellule, avec les règles propres à la prison, sur les promenades, le travail, le coucher, le levé, et une certaine latitude, mais que chacun sait bien limitée : le gardien surveille chacun de ses faits et gestes, prévient la rébellion, les tentatives pour mettre en cause l’Etat panoptique. Ainsi, avec vos mails, vos échanges sur les réseaux sociaux, vos appels, vos relations, les relations de vos relations, le système panoptique crée une gigantesque base de connaissance qu’il peut fouiller à tout moment. Cela lui permet par exemple d’être avant les syndicalistes sur les lieux de manifestations. De connaître intimement les leaders de mouvements contestataires. De prévenir et contrer le moment où la grogne deviendra remise en question du pouvoir en place. Et chacun de se demander s’il peut se permettre de… parce que le dispositif le connait peut-être, sait peut-être ce qu’il pense et ce qu’il veut faire.

Ainsi, la grande prison française pourrait perdurer telle qu’elle est. Pour le plus grand bien de ceux qui détiennent les clés, aidés de leurs valets, les « fusibles de la République », qui se font élire par ceux qui craignent que leurs maîtres ne les brime. Le grand troupeau que le général appelait « les veaux ».

flattr this!