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Restez assis, le lobby des Big Data s’occupe de vous

vendredi 6 décembre 2013 à 01:24

assises2 Quelqu’un a croisé quelqu’un qui a eu le courage de poser ses fesses sur les sièges du Théâtre des Variétés, le mardi 3 décembre? Désolé, moi j’avais piscine. Ce jour-là, pourtant, il y avait du beau monde pour un programme alléchant: les 6èmes « Assises du Numérique », organisé par le CNN, le Conseil national machinchose créé par l’ancien président pour amuser la galerie. J’ai vainement essayé de trouver des dépêches, des papiers ou des billets sur ce truc. Même Zdnet, « partenaire de l’évènement », a publié une bafouille la veille, mais rien de concret depuis. Excusez-les, ils doivent encore être en train de lustrer les rotatives. Faut être patient.

Pourtant, elles étaient placées sous de bonnes étoiles, ces Assises. Ou alors faudrait-il dire Grande messe, car le tout était « sous le haut patronage » de plein de monde vachement important… Le Président Hollande himself, Neelie Kroes, Archevêque européenne à la « Stratégie Digitale », Fioraso, archiprêtre du centre Minatec de Grenoble et accessoirement sous-ministre à la Recherche, mais aussi Montebourg, pasteur en chef du Made in France et d’autres ecclésiastiques bien en cour. Ne manquait que Fleur Pellerin, la sacristin chargée de l’économie numérique, qui devait être prise à faire ses ablutions.

assises1Sans avoir assisté aux ébats, quelques tables rondes méritaient le détour. Par exemple, celle titrée «Fiscalité Numérique, comment favoriser l’innovation ?»

Le 30 octobre, le Canard Enchaîné nous apprenait que de vaillants députés tentaient de faire sauter quelques verrous sur l’optimisation fiscale, qui permet à de grands groupes d’échapper à une grande part de l’impôt qu’ils devraient payer grâce à de savants montages au sein même de l’Union européenne. Le quotidien Les Échos, un peu plus tard à la mi-novembre, confirmait que la prochaine loi de finances serait intraitable avec ces margoulins. Selon la mission d’information sur l’optimisation fiscale des entreprises, publié en juillet par le député PS Pierre-Alain Muet, « les cinq grandes entreprises mondiales du numérique (Google, Amazon, Facebook, Microsoft et Apple), qui feraient au total 8 milliards d’euros de chiffre d’affaires en France, y payent 37 millions d’euros d’impôt sur les sociétés au lieu de 800 millions ».

C’est bien beau, mais les lobbys restent tapis dans l’ombre. Le débat sur la fiscalité aux Assises annonçait la couleur:

Le numérique français ne se développe pas à la vitesse de celui de ses concurrents européens et mondiaux. Selon certaines analyses, la fiscalité actuelle en est partiellement responsable ! [sic] Sur un marché par nature mondialisé où la concurrence fiscale régie le bas de bilan de nos entreprises, quelles sont les propositions qui permettraient de remédier à la situation de relative faiblesse concurrentielle de la France dont certains s’évertuent à le crier à tort ou à raison ?

La personne qui animait ce débat, c’est un certain Guillaume Buffet. Un « net-entrepreneur » qui préside « Renaissance numérique ». Ce machin se présente comme « think tank » pour la galerie, mais c’est un vulgaire groupe de pression à l’ancienne. Lobby qui compte Google, Yahoo, Microsoft ou Viadeo (un des concurrents français du géant Facebook) dans son club des fans. Bref, la loi de finances 2014 n’est pas encore prête à faire vaciller les géants du Net dans leurs petites acrobaties fiscales.

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Ce même symposium, pourtant préparé en pleine affaire Snowden, prévoyait aussi de réhabiliter les « Big Data », surnom donnée aux métadonnées collectées à tout-va par les charognards de la vie privée pour fourguer aux internautes des pubs chirurgicales — et pour servir d’os à ronger aux services répressifs comme on l’apprend tous les jours. L’atelier est intitulé, sans rire, « Big Data is Beautiful ! » Le tout orchestré par Medhi Benchoufi, présenté comme un mathématicien et co-fondateur d’un autre think-tank converti à la même religion en « ique », le Club Jade. La chose est ainsi présentée:

Les quantités de données générées chaque jour sont colossales. Dépassent parfois notre propre imaginaire. Des quantités qui constituent un trésor pour l’analyse de phénomènes complexes, l’opinion, le marketing, le life science, le croisement de calculs scientifiques… (…) Big Data où comment retirer « l’essence » du monde de données qui nous entourent : deviendra t’il le nouveau carburant de l’industrie du 21ème siècle ! »

Aucune allusion aux effets collatéraux de ce big marché — l’espionnage à grande échelle de ces même « grosses données » par les services de renseignement. Pourtant, comme intervenants à cette table ronde, il y avait du lourd:

Au passage, rappelons que le laboratoire à idées cité plus haut, Renaissance numérique, milite — pardon, « s’interroge » — contre le « droit à l’oubli », qui obligerait les marchands d’identités à effacer toute trace d’une personne qui en ferait la demande.

Et, dernière pantalonnade, Renaissance numérique, tout comme le vaisseau amiral de la confrérie, l’ASIC (Association des services internet communautaires — c’est à dire Google, Facebook, Microsoft, Ebay, Dailymotion/Orange…), se répand en communiqués rageurs pour critiquer la prochaine loi de programmation militaire, qui prévoit de légaliser le chapardage systématique des métadonnées. (Ici la fausse pudeur de RN, et là la bafouille démago de l’ASIC). J’attends avec impatience les comptes-rendus détaillés de ces « Assises » pour apaiser mes craintes.

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